ŒUVRES
DE
BOILEAU DESPRËAUX.
Voilà le ridicule des passions, auquel, eu ce siècle d'affecta tions, j'avoue que je ne crois pas. Anecdote de la tragédie à! An nibal; admiration de Bodoni pour les caractères, ée cette pièce, surtout pour les majuscules. Reggio est, pour le patriotisme en Italie, ce que TAlsace est en France. La vivacité et le courage de ses habitants sont célèbres. 11 faudrait se trouver ici au moment de la foire, au printemps. Il y a trois villes qu'il faut voir à répoque de leur foire : Padoue, Bergame et Reggio. Je n*ai pu me faire présenter à M. le comte Paradisi, président du sénat sous Napoléon, et l'un des hommes les plus remarquables de cette époque. C'est un esprit froid, mais net et profond. On dit qu'il écrit ses mémoires. En de telles mains, l'histoire d'Italie de 1795 à 1815 peut devenir un chef-d'œuvre^; mais on le dit fort paresseux.
* M. Boita vient de gâter ce beau sujet. La haine aveugle pour Bonaparte porte Itf . Botta à nier TaiCairc de Lonalo. M. Paradis! a relevé quelques bévues de ce pauvre historien, fort honnête homme d'ailieur.'«.
ROME, NAPLES ET FLORENCE il3
SAHOGGIA.
20 décembre. — J'ai eu de curieux détails sur le collège des Jésuites à Modèoe, et sur Tari avec lequel on cherche à dé> Iruire toute générosité dans le cœur des élèves et à foraenler régoîsmele plus sordide. Mes détails remontent à Tannée 1800; alors M. de Fortis, actuellement Tun des chefs de son ordre, était employé au coUége de Modène. On excitait les élèves à se dénoncer les uns les autres ; on citait les délateurs comme des modèles de sagesse. Faites ce qui vous plaît, disait-on à un élève, dites ensuite Deo gratias^ et tout est sanctifié. Il y a ici une rue avec un charmant portique soutenu par des colonnes élégantes. G était à Modène que jadis on voyait la Nuit du Corrége. Auguste, électeur de Saxe et roi de Pologne, acheta cent tableaux de la galerie de Modène pour un million deux cent mille francs, et c'est à Dresde que j'ai admiré la Madeleine, la Nuity le Savnt'GeorgeSf etc. Hier je me suis détourné delà route directe pour visiter Correggio. C'est là que naquit, en i494, ^ rhomme qui a su rendre, par des couleurs, certains sentiments auxquels nulle poésie ne peut atteindre, et qu'après lui Cimarosa et Mozart ont su fixer sur le papier. J'ai remarqué, dans les rues de Correggio, des physionomies de femmes qui rappellent les madones de ce grand peintre.
Plein de ces idées tendres, j'ai passé par Rubiera, dont le château sert de prison au jésuitisme, tout-puissant à Modène. Cette liaison d'idées m'ôtait tout plaisir ; je n'ai pas voulu coucher h Modène ; j*ai poussé jusquà Samoggia, où je suis arrivé à quatre heures du matin. Â partir de Parme, la vue des Apennins, sur la droite, est fort agréable.
Les extrêmes se touchent : le patriotisme et le courage de Reggio à côté du jésuitisme à Modène et d'un gouvernement...