‹ Rome, Naples et FlorenceChapitre 27 sur 40 · CESÈNE · texte numérisé non relu

CESÈNE

20 mai — J'éprouve une sensation de bonheur de mon voyage en Italie, que je n'ai trouvée nulle part, même dans les jours les plus heureux de mon ambition. Je me surprends cinq ou six fois la journée avec des idées vagues de donner ma d^ission et de me fixer en ce pays. Les premier^ mois, j'étais un peu étonné par tout ce que je voyais de nouveau ; maintenant mon âme est plus calme. Je vois neltement l'ensemble des mœurs italiennes ; elles me semblent bien plus favorables au bonheur que les noires. Je crois que ce qui me touche, c'est la bonho* mie générale et le naturel.

* )li8(ori(|ue.

Voici un petit délail insignifiant que j'ai oublié d'écrire à Bologne. La femme la phis capricieuse et la plus belle de la ville est souvent à la Montagnola, la promenade à la mode, avec une petite robe anglaise de dix-huit francs. Elle eu a vingt dans ses armoires du plus grand prix. Tous les mois elle en fait faire deux ou trois qu'elle ne porte jamais. Il est si ennuyeux de s'habiller !

Le fat le plus célèbre de Bologne, M. P**% me disait : « Ma foil moi, je mets ma cravate le matin, et ne m'babille plus. Tant pis pour qui me trouve mal. »

ftinNi.

21 mai. -^ Gomme chaque quartier de Naples a une langue, ici, chacune de ces petites villes voisines, Ravenne, Imola, Faenza; Forli, Rimini^ a des mœurs différentes. Les uns soni prompts, emportés, vindicatifs, libertins; les autres, l'angés, tranquilles, allemands. Je n'ai pas trouvé les conversations montées sur le ton important de nos provinciaux gémissant sur les scandales de Tamour et sur la difficulté de trouver des domestiques fidèles : chacun n'y parle pas toujours de ses intérêts d'argent; l'amour et la musique viennent jeter quelque variété dans ces monotones idées de la province. Au reste, comme chez nous, les bourgeois font la police les uns sur les autres. Par ce triste moyen, peut-être y a-t-il un peu plus de mœurs que dans les grandes villes. — Il y a beaucoup de caractère, les lois n'étant autrefois, sous le gouvernement des prêtres, qu'une mauvaise plaisanterie à l'usage des sols. Les gens d'ici se font justice eux-mêmes. Par là ils sont un peu moins insipides que nos bourgeois de petite ville , et la force physique est un avantage très-prise chez les jeunes gens.

Page 1