‹ Rome, Naples et FlorenceChapitre 28 sur 40 · RÉPUBLIQUE DE SAINT-MARIN · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE DE SAINT-MARIN

22 mai. — Goethe, voyageant en Italie, trouva dans ces montagnes un officier des troupes du pape, homme tout uni, qui lui dit dans la coqversation : « Nous savons de bonne part que votre Frédéric le Grand, que tout le monde parmi vous consi-

dère comme un hérélique, esl^ dans le fond, un excellent catholique ; mais il a obtenu de notre saint père le pape une dispense pour tenir sa religion secrète. Il n'entre jamais dans aucune de vos églises hérétiques. Il a une chapelle souterraine où il entend la messe chaque jour, le cœur brisé de douleur de ne pouvoir confesser notre sainte religion. SMl ne suivait que son zèle, les Prussiens sont une race d'hérétiques si furieux qu'ils le massacreraient sur Fheure *. »

Cette finesse du clergé italien existe encore ; je viens d'en avoir la preuve à Saint-Marin par trois ou quatre anecdotes que je ne dirai pas. •

24 mai. — Ici les gens ne passent pas leur vie à juger leur bonheur. Mi piace, ou non mi piace, est la grande manière de décider de tous. La vraie patrie est celle où Ton rencontre le plus de gens qui vous ressemblent. Je crains bien de trouver toujours en France un fond de froid dans toutes les sociétés. J'éprouve un charme, dans ce pays-ci, dont je ne puis me rendre compte ; c'est comme de Tamour ; et cependant je ne suis amoureux de personne. L'ombre des beaux arbres, la beauté du ciel pendant les nuits, l'aspect de la mer, tout a pour moi un charme, une force d'impression qui me rappelle une sensation tout à fait oubliée, ce que je sentais à seize ans, à ma première campagne ; je vois que je ne puis rendre ma pensée, toutes les circonstances que j'emploie pour la peindre sont faibles.

Toute la nature est ici plus touchante pour moi ; elle me semble neuve ; je ne vois plus rien de plat et d'insipide. Souvent, à deux heures du matin, en me retirant chez moi, à Bologne, par ces grands portiques, Tâme obsédée de ces beaux yeux que je venais de voir, passant devant ces palais dont, par ses grandes ombres, la lune dessinait les masses^ il m'arrivait de m'ârfeéter, oppressé de bonheur, pour me dire : Que c'est beau ! En contemplant ces collines chargées d'arbres qui s'avancent jusque

* Aus meitiem Leben, 1816, tome IV.

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sur la ville, éclairées par celte lumière silencieuse au milieu de ce ciel ctincelant, je tressaillais, les larmes me venaient aux yeux. Il m*arrive de me dire à propos de rieu : Mou Dieu ! que j*ai bien fait de venir en Italie !

URBIIf.

25 mai. — Singulière vivacité des habitants de cette petite ville de montagne ; grands monuments dont elle est remplie. Elle eut un prince, le duc Guidobaldo, le rival des Médicis.

Le bon ton consiste assez, en France, à rappeler sans cesse, d*une manière naturelle en apparence, que Ton ne daigne prendre intérêt à rien. Les pauvres Italiens sont bien loin de songer aux jouissances de vanité ; au milieu de Fabsence de toute loi et de toute justice (on parle de ce qui existait autrefois), ils cherchent celles de la sûreté. Est-ce leur faute s'ils sont féroces? Si, sous des gouvernements souvent cruels, parce qu'ils ont toujours peur, et si faibles qu'ils n'ont de force que par l'astuce, ils n'étaient pas féroces, ils seraient détruits, si ce n'est par le pacha, du moins par le sous-pacha ou par le cadi.

Gomme chez le malheureux fellah de la basse Egypte, la mé« (lance retient à chaque instant la sympathie la plus vive et la plus enflammée. De là vient qu'à la vue de la douleur et de l'injustice, s'ils sortent de leur apparente froideur, c'est par des actions d'une chaleur forcenée ^

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