‹ Rome, Naples et FlorenceChapitre 29 sur 40 · ANCÔNE · texte numérisé non relu

ANCÔNE

26 mai. — Tout ce pays, qui a entrevu la civilisation sous le régime français, est bien en arrière de la Lombardie. Ils disent qu'il n'y a rien de pis que le gouvernement des prêtres. Les propriétaires de Bologne et de Ferrare donneraient vingt millions d'avoir pour gouverneur le comte de Saurau. M. G**'

' Les abusqu'oii est forcé de rappeler, pour être peintre K(lèle,u'exislenl plus ?aiis iloutc, mais leurs conséquences subsistent encore dans les cœurs pour un siècle.

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était le meilleur homme du moude, et il n*est pas dMnlrigue avilissaule qui, sous son gouvernement, ne se soit développée avec succès. Le temps des tyrans odieux est passé; il n'y a plus que des imbéciles qui laissent faire le mal par qui a intérêt de le faire. L'air de férocité augmente rapidement depuis Ravenne. Au milieu de tous ces changements de gouvernements et de gouverneurs, on voit redoubler la défiance, cette base immuable du caractère italien, et ils ont raison ; ici l'on ne saurait trop soupçonner. GeUe circonstance favorise la musique. Un Italien ne peut chercher ni plaisir ni distraction dans la conversation ; un mot indifférent aujourd'hui peut le perdre dans dix ans. Voici une lumière qui éclaire les profondeurs du sujet.

27 mai. — Je rencontre, à Saint-Cyriaque, la cathédrale et l'ancien temple de Vénus, dont j'admirais la belle vue sur la mer, un général russe, un ancien ami d'Erfurt, qui vient de Paris. Quand un ministre, en France, a fait les visites et dit toutes les paroles gracieuses auxquelles les convenances l'obligent, le pauvre homme n'en peut plus. Il signe machinalement quatre cents dépêches; pour discuter leur contenu, pour même en prendre une idée, fût-il un ange, cela lui est impossible.

Un trait du physique des Français, qui a beaucoup choqué mon Russe, c'est l'effrayante maigreur de la plupart des danseuses de rOpéra. En effet, je m'aperçois, en y réfléchissant, que beaucoup de nos femmes à la mode sont extrêmement sveltes; elles ont fait passer cette circonstance dans l'idée de beauté. La maigreur est, en France, nécessaire à l'air élégant. En Italie, l'on pense avec raison que la première condition de la beauté est l'air de la santé, sans laquelle il n'est point de volupté.

Mon Moscovite trouve que la beauté est la chose la plus rare parmi les dames françaises; il assure que les plus belles figures qu'il ait vues à Paris sont anglaises.

Si l'on prend la peine de compter, au bois de Boulogne, cent femmes françaises, quatre-vingts sont agréables, et une à peine est belle. Parmi cent femmes anglaises, trente sont grotesques, quarante décidément laides, vingt assez bien, quoique maussades, et dix des divinités sur la terre, par la fraîcheur etTinno-

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cence de leur beaulé. Sur cenl Ilaliennes, trente sont des caricatures avec du rouge et de la poudre à poudrer sur le visage et sur la gorge ; cinquante sont belles, mais sans autre attrait que Tair voluptueux ; les vingt autres sont de la beaulé antique la plus ravissante, et remportent, à notre avis, même sur les plus belles Anglaises. La beauté anglaise parait mesquine, sans âme, sans vie, auprès des yeux divins que le ciel a donnés à ritalie.

La forme des os de la tête est laide à Paris : cela se rapproche du singe, et c'est ce qui empêche les femmes de résister aux premières atteintes de Tâge. Les trois plus belles femmes de Rome ont certainement plus de quarante- cinq ans. Paris est plus au nord, et cependant jamais un tel miracle n'y a été observé. J'objecte à mon général russe que Paris et la Champagne sont les pays de France ou la charpente de la tête est la moins belle. Les femmes du pays de Gaux et les Arlésiennes se rapprochent plus des belles formes de l'Italie ; ici, toujours quelque trait grandiose, même dans les têtes les plus décidément laides. On peut en prendre une idée par les têtes de vieilles femmes de Léonard de Vinci et de Raphaël. Mais la France reste toujours le pays où il y a le plus de femmes passables.

Elles séduisent par les plaisirs délicats que promet leur manière de porter leurs vêtements, et ces plaisirs peuvent être appréciés par Tâme la plus dénuée de passions. Les âmes arides ont peur de la beauté italienne.

Quant à la beauté des hommes, après les Italiens, nous donnons l'avantage aux jeunes Anglais, quand ils peuvent éviter l'air lourd.

Un jeune paysan italien, qui est laid, est effrayant ; le paysan français est niais> l'anglais grossier.

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