SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS
que la victoire du cap Circé eut définitivement repoussé de l'Etat romain les pirates musulmans. Par précaution, la petite bourgade qui s'était fondée autour de l'église fut enceinte d'un rempart. La cité de JohannipoliSy comme on l'appela en souvenir de Jean VIII, fit pendant, sur la rive gauche du Tibre, à la Cité Léonine.
En 1823, un incendie causé par la maladresse d'un ouvrier l'a détruite entièrement. Seuls, l'arc triomphal, quelques sarcophages et le maître-autel ont échappé au désastre.
A peine les ruines reiroidies, le monument fut relevé, dans les mêmes formes et proportions. Sauf le décor, il nous apparaît donc tel que jadis. On ne saurait trop vanter la simple grandeur du plan. Ces cinq nefs immenses et leurs quatrevingts colonnes corinthiennes produisent un effet saisissant d'espace, de calme et de majesté. Mais, sur cette impression, il faudrait s'en aller. De tous les ornements prodigués à la nouvelle basilique, l'autel pontifical, œuvre exquise d'Arnolfodi Cambio (1285), mérite seul qu'on s'attarde. Le reste, dans son luxe éclatant, est si pauvre ! Ces mosaïques refaites sont si froides, si fades, si dépourvues de style et de noblesse !
Un couvent de chanoines réguliers était jadis annexé au sanctuaire, pour en assurer la desservance liturgique. Chacune des basiliques romaines entretenait ainsi auprès d'elle, en dehors de ses prêtres séculiers, une sorte de communauté monacale, ayant pour tâche propre l'accomplissement intégral de l'office divin, le chant diurne et nocturne des psaumes. Institués vers la fin du septième siècle, ces moines basilicaux ont élaboi'é peu à peu l'admirable collection de mélodies et de cantilènes que l'Église latine répète encore à travers les siècles.
Le cloître de Saint- Paul est demeuré intact.
Plus vaste que celui du Latran,ilaété conçu d'après les mêmes principes et bâti à la même époque (12 lo). L'influence de l'architecture sicilienne s'y manifeste d'une façon plus nette encore. Ces portiques élégants, ces frises à riches entrelacs, ces minces colonnes, toutes différentes, les unes cannelées, les autres lisses, les unes droites, les autres torses, les unes incrustées, les autres nues, ces chapiteaux finement ciselés, cet emploi pittoresque de la mosaïque à fond d'or, toute cette décoration capricieuse, délicate et profuse, viennent directement de Palerme et de Monreale.
LE C^LIUS
Le Temple de Glande. — La Villa Matteî. — Le Couvent des Trinitaires. — San-Stefano-Rotondo. — Saint-Grégoire-le-Giand.
Le sac de 1084 a été funeste à la région du Caelius. Détruite de fond en comble par les Normands, elle ne s'est jamais relevée complètement de sa ruine. Les églises restaurées dès le douzième siècle n'ont pas vu revenir les habitants. Aujourd'hui encore, la majeure partie du mont n'est qu'un désert.
Les arbres d'un jardin conventuel recouvrent l'angle saillant qui aboutit au Colisée. Le sol réserve de précieuses découvertes aux fouilles de l'avenir. C'est là, en effet, que s'élevait le temple dédié par Agrippine à la mémoire de Claude. La veuve n'avait rien épargné pour que son hommage funèbre eût tout l'éclat possible. Elle connaissait les rumeurs sinistres qu'on faisait courir sur elle et qui la représentaient versant de sa main, par deux fois, le poison à l'Em-
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pereur. Personne au Palatin ne doutait qu'elle eût ordonné le crime, si elle ne l'avait accompli elle-même. Il importait que l'accusation ne pût trouver créance dans le peuple. Le temple fut donc édifié avec un luxe inouï jusqu'alors. D'immenses portiques l'entouraient. La douleur d'Arli-émise ne s'était pas exprimée par des témoignages plus éloquents.
A l'autre extrémité de la colline, s'étend une villa, unique à Rome par l'atmosphère intime qu'on y respire et par la poésie de son délaissement : la Villa Mattei. De grandes allées, bordées de buis et de lauriers, ombragées de pins, de cyprès et de chênes, sillonnent le plateau et serpentent sur les revers. Outre les fleurs, chaque pelouse a pour décor des marbres antiques, bustes, hermès ou statues. Un édicule de pierre, enfoui sous les verdures grimpantes, se dresse au bord d'une terrasse; un banc y est disposé. Là, comme nous l'apprend une inscription, saint Philippe de Néri venait s'entretenir avec ses disciples « sur les choses de Dieu » . Le fondateur de l'Oratoire ne pouvait choisir un site où se faire mieux entendre. Un profond silence y règne ; aucun bruit de la ville n'y parvient. Et devant soi, par-dessus les