LE C^T.TUS
Thermes de Caracalla, on découvre à perte de vue la Campagne latine. Le déclin des beaux ipurs est ici d'une incroyable douceur. Les derniers rayons du soleil répandent sur le paysage une mélancolie grandiose qui vous prend l'âme entière.
Cette noble résidence est devenue, en 1812, la propriété de Manuel Godoï, prince de la Paix. Il avait accompagné à Rome le vieux roi Charles IV et Marie-Louise de Parme. Le couple royal demeurait au palais Barberihi. La comtesse Josefa di Castillo, épouse secrète de Godoï et mère de ses deux fils, remplissait les fonctions de dame d'honneur de la Reine. Pour la seconder dans cette charge, elle avait auprès d'elle la jeune duchesse d'Alcudia, fille de Godoï et de son autre épouse, légitime celle-là, Marie-Thérèse de Bourbon, qui s'était retirée dans un cloître.
Les souverains déchus faisaient de longues et -quotidiennes visites à la Villa Mattei. Charles I V, qui continuait de porter au prince la plus tendre affection, oubliait son infortune dans le commerce de l'homme séduisant qui, après lui avoir pris sa femme, lui avait coûté son trône et sa gloire. De temps à autre cependant, sa figure s'assombrissait. Et, se tournant vers Godoï, il soupirait :
« Ah ! mon pauvre ami ! Je suis cause de tous tes malheurs! » Même en proférant cette plainte, il n'était pas ridicule, tant il avait de prestance et de dignité naturelles, tant il était Bourbon jusque dans ses moindres gestes. Quant à Marie- Louise, elle restait fascinée devant son amant, comme la première fois qu'elle l'avait distingué, sous le brillant uniforme des gardes du corps, vingtcinq ans plus tôt. Souvent elle l'avait trompé, avec de très jeunes gens; car elle était sensible. Mais elle n'avait pu s'arracher de lui : elle le portait dans les moelles et dans le sang. Poui elle aussi, le souvenir des catastrophes récentes comptait peu. Les heures qu'elle passait chaque jour à la Villa Mattei lui rendaient l'exil léger. Son âme romanesque s'y délectait bien plus qu'aux jardins majestueux de l'Escurial ou d'Aranjuez. Elle aimait par-dessus tout une petite pièce d'eau, où Godoï lentement la promenait dans une barque étroite. D'un regard souriant, le roi les contemplait du rivage. Et bientôt, las d'être seul, il les rappelait.
L'idylle était trop charmante pour durer. Le 27 décembre 18 18, la reine mourut après une brève maladie. Charles IV, frappé en plein cœur, la suivit au tombeau vingt jours plus tard. Godoï trouva dans sa riche nature la force de leur sur-
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vivre trente-deux ans. Mais sa chance était finie. Les biens énormes qu'il possédait en Espagne venaient d'être confisqués. Il connut la gêne, puis la misère. En 1834, il vendit la Villa Mattei pour venir habiter Paris. Le roi Louis-Philippe lui octroya une pension de quelques milliers de francs, grâce auxquels il vivota jusqu'en 1851, dans un pauvre appartement de la rue de la Michodière.
Au moyen âge, le Couvent des Frères de la Sainte-Trinité occupait l'emplacement actuel de la Villa Mattei.
L'ordre des Trinitaires, institué par Jean de Matha en 1198, s'était donné pour mission spéciale le rachat des chrétiens capturés par les Maures et les Sarrasins. La congrégation atteignit promptement un haut degré d'influence et de richesse ; elle était encore en pleine prospérité à la fin du seizième siècle. Le nombre de ses couvents dépassait huit cents, qui étaient répandus dans tous les pays maritimes, Italie, France, Espagne, Portugal, Angleterre, Flandre, et jusqu'aux royaumes Scandinaves. Le rôle des Frères consistait proprement à négocier les rançons. Il fallait obtenir d'abord le consentement du capteur barbaresque; il fallait ensuite se procurer