‹ Rome, notes d'histoire et d'artChapitre 18 sur 38 · SAINT-LAURENT-HORS-LES-MURS · texte numérisé non relu

SAINT-LAURENT-HORS-LES-MURS

On y mesure tout ce que l'art du marbre doit aux Cosmates. Avant eux, ce n'était guère plus que du travail de marqueterie. L'ouvrage se réduisait à découper des morceaux de brèche ou de jaspe, à les rapprocher selon la nuance, puis à les sertir et à les encadrer ; parfois quelques touches de mosaïque rehaussaient le ton des plaques. La nouvelle école cisèle les bordures, fouille les chapiteaux, creuse les pilastres et fait courir, sur le tout, un chatoyant glacis de spirales et de broderies pailletées.

Sauf les ambons, l'église antérieure n'a point d'ornement. Aussi l'impression qu'elle laisse est-elle austère et forte.

Très différente est la seconde partie de l'édifice, vaste chœur surélevé où donnent accès des escaliers latéraux.

Au milieu, un troisième escalier descend vers une crypte qui enferme le tombeau de Pie IX et les restes des deux premiers martyrs, saint Etienne et saint Laurent. Du sol même de cette

primitifs de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Les deux basiliques de Sainte-Croix-en-Jé« rnsalem et de Saint-Sébastien sur la Voie Appienne complètent le groupe des Sept-Églises, auxquelles il est de tradition, depuis le sixième siècle, que les pèlerins aillent réciter un psaume de la pénitence, en souvenir des sept effusions de sang du Christ pendant la Passion.

crypte surgissent douze merveilleuses colonnes corinthiennes dont la moitié supérieure apparaît seule par-dessus la clôture du chœur. La frise qu'elles portent est toute composée de morceaux antiques, et soutient elle-même une élégante colonnade qui forme tribune. Sur l'arc triomphal resplendit une mosaïque^ exécutée vers l'an 570 et de style byzantin.

Au fond, un siège épiscopai, œuvre du treizième siècle, fait briller ses disques de porphyre et ses entrelacs de marbres précieux.

Enfin, sur tout le chœur s'étend un superbe soffitto d'azur et d'or, construit aux premières années de la Renaissance.

Autant la partie antérieure de l'édifice nous est apparue sévère et simple, autant celle-ci est riche et variée. Si hétérogènes que soient les éléments de cette richesse, on n'y sent point de désaccord; on y découvre au contraire une harmonie profonde, une de ces paradoxales harmonies dont Rome a le secret.

SAINTE-MARIE-DU-TRANSTEVÈRE La Taberna mcritoria. — La mosaïque au douzième siècle.

Aux premiers temps de l'ère chrétienne, les Juifs de Rome habitaient principalement le quartier du Transtevère, quartier misérable, sordide, où logeaient aussi les Syriens porteurs de litière, les matelots du Tibre, les journaliers qui déchargeaient sur le quai du fleuve les chalands venus d'Ostie.

Non loin du port, était une sorte de caserne pour les soldats invalides, la Taberna meritoria. Le bâtiment, abandonné, aurait été cédé par l'empereur Alexandre Sévère au pape Calixte I", qui y aurait construit, en 222, la première église de l'Occident. Les chrétiens, d'ailleurs, attribuaient à ce lieu un caractère symbolique : le jour de la naissance du Christ, une source d'huile avait jailli là, tout d'un coup. L'appellation de Fons olei en est restée à l'église.

Le monument a subi, au cours des âges,

d'innombrables restaurations et adjonctions. Dans l'ensemble, l'édifice est du douzième siècle ; le portique a été ajouté par Carlo Fontana en 1702.

Le fronton de la façade porte une belle frise de mosaïque, gâtée malheureusement par des retouches modernes. Le sujet est la parabole des vierges folles et des vierges sages, les unes et les autres s'en allant vers l'époux, a Celles qui étaient folles ne prirent point d'huile pour leurs lampes ; celles qui étaient sages s'en munirent, au contraire. La nuit venue, les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, parce que nos lampes s'éteignent. Les sages répondirent : nous n'avons d'huile que ce qu'il faut; allez en acheter. Pendant que les folles y allaient, l'époux arriva; les sages entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée (i). »

L'œuvre, qui est du douzième siècle, trahit par son ordonnance trop systématique l'action persistante du style byzantin ; on y sent toutefois la recherche du naturel, le souci de varier les poses, d'assouplir les mouvements et les draperies.

L'intérieur de l'église, avec ses heureuses

(1) Mathieu, XXIV.

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