SAINT-PIERRE-IN-MONTORIO
de gens étouffés. Dans cette multitude, personne assurément ne se doutait qu'un jour la suppliciée se transfigurerait en martyre et que l'imagination populaire ferait d'elle une héroïne chaste et pieuse, contrainte au parricide pour repousser l'inceste. Non pas qu'on eût estimé Francesco Cenci incapable de violer sa fille ; on le savait brutal, despotique, luxurieux, sans scrupule et sans frein. Mais on savait aussi que Béatrice avait justifié par son inconduite les rigueurs paternelles, que même elle avait eu un fils de l'intendant du château où son père l'avait séquestrée, enfin qu'une assez basse rancune l'avait seule poussée au crime.
Quant au portrait fameux que Guido Reni aurait peint d'après elle, dans son cachot, elle n'y est certes pour rien, l'artiste n'étant venu à Rome qu'en 1608, c'est-à-dire neuf ans après le supplice. Il ne faut donc voir dans le tableau du Palais Barberini qu'un morceau de facture, une banale académie, où d'ailleurs on reconnaît facilement le caractère fade et conventionnel du genre.
SAINT-PIERRE-AUX-LIENS Le Moïse de Michel-Ange.
En 442, l'Impératrice Eudoxie rapporta de Jérusalem les chaînes qui avaient lié l'Apôtre Pierre dans la prison d'Hérode. Pour conserver la précieuse relique, elle fit construire sur le mont Esquilin une église splendide que saint Léon le Grand consacra solennellement. Les réfections subies à travers les siècles ont peu à peu retiré à la basilique la simple et grandiose ordonnance d'oia lui venait sa beauté. Mais elle possède encore vingt colonnes doriques, d'un style excellent.
Une des nefs latérales abrite le mausolée de Jules II, construction disparate et mesquine, au centre de laquelle est encastré le Moïse de Michel-Ange.
Cette statue colossale, qui ne devait jouer qu'un rôle accessoire dans le gigantesque sépulcre du plan primitif, compose à peu près tout le monument ; car, sauf les statues de Rachel