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LES THERMES DE CARACALLA

Les bains à Rome. — Les grandes voûtes romaines.

C'est au soleil couchant et par un soir d'été qu'il faut voir ces ruines pour la première fois : l'image qui s'en grave dans le souvenir ne s'efface plus. Ces immenses débris rougeâtres, ces hauts murs écroulés, ces énormes piles béantes, ces colossales voûtes crevées, ces saillies étranges et ces grands trous obscurs, ces contrastes violents de la lumière et de l'ombre, tout ce chaos monstrueux et fantastique fait songer aux restes d'une ville cyclopéenne que les Titans auraient foudroyée.

On a peine à se figurer qu'un pareil édifice n'était qu'un établissement de bains. Depuis le règne d'Auguste, l'usage des thermes était devenu la fonction la plus absorbante sinon la plus importante de la vie romaine. On se baignait chaque jour et, durant la belle saison, plusieurs fois par jour. Mais le plaisir de se laver n'était pas le seul qui attirât le public 63 S

dans ces établissements. C'étaient aussi des lieux de réunion, analogues aux gymnases des villes helléniques et aux cercles des capitales modernes. On y trouvait des jardins pour la promenade, des péristyles pour la conversation. des salles pour la lecture et le repos, une palestre pour les jeux athlétiques, des stades pour les courses, des exèdres pour les conférences littéraires, sans compter les magasins, les parfumeries, les restaurants, — bref tout le confort matériel et moral que pouvait réclamer une société oisive, fastueuse et raffinée. Agrippa, Néron, Vespasien, Titus avaient enchéri l'un sur l'autre pour doter Rome des thermes les plus magnifiques. Caracalla réussit à surpasser tout ce qu'on avait fait avant lui (217). La façade sur la Voie Appienne mesurait plus de trois cents mètres. Toutes les proportions de l'édifice étaient gigantesques. Une des salles, le laconicum ou étuve, se composait d'une coupole presque aussi large que celle du Panthéon et portée sur deux étages d'arcades. La décoration n'était pas traitée avec moins de grandeur. Le marbre, le porphyre, l'albâtre, le jaspe, le granit, le basalte étaient prodigués pour le revêtement des murs, pour les colonnes, les piscines et les vasques. De superbes mosaïques recou-

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