LES THERMES DE CARACALLA
vraient le sol. Des caissons peints ou dorés faisaient briller les voûtes. Les plus célèbres statues, parmi lesquelles le Taureau Farnèse, la Vénus du Musée Chiaramonti, la Vénus Callipyge, V Hercule et la Flore du Musée de Naples, le Dionysos du British Muséum, ornaient les salles et les portiques. Dans ce luxe, on aurait assurément relevé plus d'une faute de goût. Mais tout ce qui est de la construction ne peut qu'être admiré. Le système des voûtes maçonnées y atteint son plus haut degré de maîtrise. Importée d'Asie au début de l'ère impériale, cette manière de bâtir offrait le triple avantage d'être expéditive, économique, et de s'adapter aux programmes les plus vastes. Elle convenait donc merveilleusement aux exigences de l'époque. Il fallait construire vite, en efïet; car la volonté des empereurs ne souffrait pas de retard. Il fallait aussi couvrir d'énormes espaces; car la population de la capitale croissait chaque jour, en même temps que ses besoins devenaient plus variés. Le procédé nouveau exigeait, il est vrai, une main-d'œuvre considérable; mais ce n'était qu'une main-d'œuvre grossière, à vil prix et que les nations vaincues fournissaient inépuisablement. Un temple grec, où le moindre détail avait sa valeur, où la coupe
et la pose de la pierre comportaient les raffinements les plus délicats, ne pouvait être construit que par des artistes. Mais pour élever ces massifs de blocage, ces voûtes de béton et ces armatures de briques, n'importe quels bras suffisaient. Aussitôt que l'architecte avait tracé le plan sur le terrain, des milliers d'hommes, dirigés par quelques artisans, s'y installaient. Sous la poussée de leur effort machinal, l'ouvrage progressait vite. Les piles, les arcs, les coupoles surgissaient de terre, comme par miracle. En peu de mois, l'éditice apparaissait dans ses lignes essentielles, avec ce caractère de hardiesse, de puissance et de stabilité que, par un étrange paradoxe, Rome rechercha d'autant plus dans ses monuments qu'elle inclinait davantage vers sa ruine.