LES CATACOMBES
aux esclaves, aux voleurs, aux condamnés les plus ignominieux. Le gibet du Golgotha était, pour les païens, un sujet continuel de dérision à l'égard des chrétiens qui défendaient presque Jésus d'être mort dans un tel opprobre. Aussi la plus antique figuration du Sauveur crucifié n'est-elle pas d'une main chrétienne : c'est la célèbre caricature, griffonnée sur le mur d'un corps de garde du Palais impérial. Elle représente un jeune homme en adoration devant un personnage à tête d'âne, attaché sur une croix. Au-dessous, on lit, en lettres grecques : « Alexamène adore son Dieu (i) ». L'effigie du Christ vivant est presque aussi rare, dans les Catacombes, que celle du Christ mort. Cette hésitation, cette réserve à reproduire les traits de Jésus provient, sans doute, de l'incertitude où l'on était quant à l'image réelle du Sauveur. On sait avec quelle passion l'Église naissante agita cette question. Les uns, arguant des pro-
(i) Le crucifix n'apparaît dans les églises qu'au huitième siècle. Mais, jusqu'au onzième, c'est Jésus triomphant et non pas Jésus agonisant qui est toujours figuré sur la croix. L'artiste évite avec soin tout ce qui pourrait évoquer l'idée de souffrance et d'infamie. C'est l'apothéose qu'il représente, et non pas le supplice. L'image du Christ sanglant, émacié, cadavérique, ae prévaut que vers le miiier du douzième siècle.
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phéties messianiques, soutenaient que le Fils de Dieu était le plus laid des hommes ; on allait même jusqu'à lui attribuer des formes abjectes. C'était l'avis de TertuUien notamment Les autres affirmaient, au contraire, qu'une grâce ineffable ornait le visage du Rédempteur, et que la sublimité de son âme transparaissait dans ses yeux. Sans le savoir, ceux-là restaient fidèles à l'antique idéal du paganisme, qui faisait de la beauté physique le premier des attributs divins. Leur thèse paraît avoir prévalu, pendant un assez long temps, parmi les décorateurs des Catacombes ; car, généralement, le Christ y est représenté jeune, imberbe, avec des traits fins, un sourire doux et de longs cheveux ondulés. Ce n'est guère avant le triomphe de l'Eglise que le type actuel a été conçu.
Les sujets qui sont le plus fréquemment traités sur les murs et les voûtes consistent en symboles, tels que l'ancre, la colombe, la palme, le poisson, l'agneau, ou en allégories, telles que le Bon Pasteur rapportant la brebis égarée, le navire battu par la tempête, Orphée apprivoisant les bêtes féroces aux sons de sa lyre, etc.. Une image encore plus souvent reproduite est celle d'une femme qui prie debout, les bras étendus. C'est l'oranfe, poé-