‹ Rome, notes d'histoire et d'artChapitre 7 sur 38 · LES CATACOMBES · texte numérisé non relu

LES CATACOMBES

tique emblème de l'âme affranchie de l'épreuve terrestre et transportée au ciel, où elle intercède en faveur des survivants.

La Bible n'a fourni aux peintres funéraires qu'un petit nombre de motifs. Adam et Eve, Noé dans l'arche, le sacrifice d'Abraham, Moïse frappantlerocherd'Horeb,Jonasetla baleine, Daniel dans la fosse aux lions, le paralytique guéri, Lazare ressuscité, le repas de Tibériade, etc.

De même que pour la croix, on s'étonne de ne rencontrer que fort peu d'images à signification dogmatique. La doctrine et la liturgie sont presque absentes des Catacombes. On y chercherait en vain les formules de Nicée. Moins encore y trouverait-on la trace des grandes controverses qui, dès le quatrième siècle, ont partagé l'Eglise. Assurément, les chrétiens qui venaient déposer ici leurs morts ne se souciaient guère de la nature du Verbe et de la substance du Fils. Seules, quelques tombes ecclésiastiques font exception.

Mais si la théologie se montre à peine, le sentiment moral s'exprime partout. Et c'est là le charme infini des Catacombes. Nulle part on n'évoque mieux les premiers états de la conscience chrétienne, son spiritualisme enthousiaste, ses besoins d'amour et de rédemption,

son idéal nouvrau de justice et de fraternité, son culte pur de Dieu.

Est-il, par exemple, rien de plus significatif que cette égalité dans la mort, ce rapprochement de toutes les conditions? Le pauvre et le riche, l'ouvrier et le patricien, le fossoyeur et l'évêque dorment côte à côte, sous la garantie des mêmes promesses, dans l'attente du même réveil. Pour la première fois, l'esclave est relevé de l'incapacité religieuse qui le frappait depuis des siècles. Pour la première fois, une valeur morale lui est reconnue, et il participe aux rites sacrés. D'ailleurs, saint Paul n'a-t-il pas dit : « Il n'y a plus d'esclave ni de maître; car vous n'êtes plus qu'une seule chose en Jésus-Christ? » Le travail aussi est réhabilité. Honneur est rendu à l'artisan qui a longtemps peiné sur l'ouvrage. Et, pour qu'il ne doute pas de sa dignité nouvelle, l'outil de son métier est gravé sur sa tombe. Ainsi, le marteau, le burin, la serpe, la pioche, l'équerre deviennent signes de noblesse et remplacent, sur les sépultures chrétiennes, les pompeuses épitaphes qui, sur les sarcophages païens, rappellent les titres officiels du mort, les hauts grades obtenus, les grandes fonctions remplies.

L'évêque Clément. — Le sanctuaire de Mithra. — L'église primitive. — Grégoire VII et le sac de 1084. — La basilique du onzième siècle.

Entre le Cselius et l'Esquilin, à deux pas du Colisée, une église consacre le souvenir de saint Clément.

L'évêque Clément, qui mourut sous Trajan, fut, après les Apôtres, la plus grande figure du christianisme primitif. Ayant connu saint Pierre et saint Paul, il se considérait comme leur successeur direct, comme l'héritier de leurs pouvoirs et le dépositaire de leur pensée. Un haut sentiment de sa primauté l'inspirait. S'il n'eut pas le titre de pape, il en tint déjà le langage. L'idée de transmission apostolique et de hiérarchie sacerdotale date de lui. Son épîtrv"^ aux Corinthiens fut comme la première pierre du catholicisme romain.

Il demeurait au heu même où la basilique se voit aujourd'hui.

L'édifice est précédé d'un atrium auquel

accède un porche à voûte d'arête élevée sur

quatre colonnes antiques.

Les fouilles ont fait découvrir, sous la basilique actuelle, une seconde église recouvrant elle-même une construction plus ancienne, où l'on a reconnu un sanctuaire de Mithra.

L'église inférieure, bâtie vers 360 et plusieurs fois restaurée dans la suite, possède une importante série de fresques exécutées du huitième au onzième siècle. Les premières sont d'un dessin grossier et d'une raideur toute by/antine. Elles n'en présentent pas moins un vif intérêt, au point de vue religieux : on y remarque la plus ancienne image qui existe de l'Assomption. Dans les fresques du onzième siècle, le dessin est encore très inhabile. Mais quelle différence, quant aux sentiments! Les personnages s'animent, les physionomies s'éclairent, les attitudes s'assouplissent, les gro\ipes s'ordonnent. L'art commence à se dégager du formalisme oriental. Devant telle figure, comme celle de la mère agenouillée qui retrouve son fils, on pressent déjà Giolto.Ces dernières peintures sont également fort curieuses, au point de vue historique. La Messe de saint Clément^ par exemple, nous ofïre le tableau exact d'une grande céré-

monie chrétienne vers l'an 1079. Le prêtre y est revêtu de la chasuble appointée ; il porte en outre le pallium à l'épaule et le manipule à l'index. L'autel, recouvert d'une nappe blanche, ne laisse voir rien autre que le calice, la patène et l'évangéliaire ; car le crucifix et les flambeaux n'étaient pas encore admis sur la table sainte. Du haut de la voûte descend une couronne de lumière à sept lampes, symbole des sept dons spirituels. Deux évêques se reconnaissent à leur crosse. Un diacre tient l'encensoir et la cassolette.

En 1084, la basilique, alors l'une des plus riches de Rome, fut entièrement détruite.

On sait quelle date sinistre cette année 1084 marque dans l'histoire de la Ville Éternelle. Impatient de venger l'affront de Canossa, Henri IV tenait Grégoire VII assiégé au Château Saint-Ange. Le Pape, à bout de ressources, appelle à son aide Robert Guiscard. Le rusé Normand accourt du fond de la Calabre. Le roi de Germanie s'enfuit aussitôt. Mais, durant trois jours, Rome est mise à feu et à sang par ses libérateurs. Tous les temples, tous les palais sont pillés, incendiés, saccagés. Quand le Normand se résout enfin à partir, il emmène, outre son butin, plusieurs milliers d'hommes et de

femmes, qu'il vendit plus tard en Sicile «comme Juifs », multa millia Romanorum vendidit ut Judaeos, mulieres violenter prius oppressas.

La Basilique de Saint-Clément fut reconstruite l'une des premières. L'intérieur est divisé en trois nefs, que séparent des colonnes ioniques en marbre de Numidie. Au milieu de la nef centrale est placé le chœur, la schola cantorum, où se tenaient les chantres et les diacres ; un mur à hauteur d'appui l'enclôt; les ambons et le cierge pascal se dressent sur les côtés. Au delà, le sanctuaire, élevé sur trois marches et séparé du chœur par une balustrade ou chancel de marbre, renferme le maître-autel surmonté d'un ciborium. Au fond de l'hémicycle, le siège épiscopal, cathedra, domine l'espace réservé aux prêtres, presbyterium. C'est l'ordonnance parfaite d'une basilique ancienne; l'archéologie religieuse possède là un exemplaire classique.

Au point de vue de l'art, le monument n'est pas d'un moindre intérêt. Les ambons, la clôture du chœur, le chancel, la majeure partie des panneaux et des pilastres proviennent de l'édifice saccagé en 10S4, et datent du sixième siècle ; ils sont du plus bel effet décoratif. L'extrême simplicité des formes ornementales l'ingénieuse combinaison des lignes, le contraste harmonieux

des porphyres et des marbres, enfin le goût qui a présidé à tout le travail, permettent de citer cette œuvre comme la plus parfaite du genre.

Mais il y a mieux encore : la mosaïque de l'abside.

Le Christ en croix, avec la Vierge et saint Jean à ses pieds, apparaît au centre d'un immense fleuron qui s'épanouit, en rinceaux magnifiques, sur le fond d'or de la voûte. Audessous, les quatre fleuves du Paradis, Gehon, Phison, Tigris, Euphrates, déversent les ondes vives du salut. Deux cerfs viennent s'y désaltérer : « Comme le cerf soupire après les eaux, ainsi mon âme, toute brûlante de soif, soupire vers Dieu (i). » Entre les volutes du fleuron, l'artiste a placé des oiseaux, des enfants, des pasteurs gardant leurs brebis, de jeunes tritons chevauchant des dauphins. Par l'inspiration, c'est là un décor presque antique et tel qu'on en voit souvent sur des mosaïques du quatrième siècle. Lorsqu'on a reconstruit l'église après le désastre de 1084, on n'a fait sans doute que recopier, dans l'abside nouvelle, l'œuvre qui ornait l'ancienne; peut-être même en a-t-on utilisé des parties importantes.

(i) Psaumes, xu.

SAINTE-PUDENTIENNE La mosaïque absidale. — La Renaissance constantinienne.

La légende rapporte que, sous le règne de Néron, le sénateur Prudens, cédant aux prières de ses filles Praxède et Pudentienne, donna refuge à saint Pierre, dans son palais du Viminal. Un oratoire fut élevé ensuite à l'endroit où l'Apôtre trouva peut-être asile pour ses derniers jours.

L'église actuelle, déplorablement restaurée, n'offre aucun intérêt architectural; mais elle renferme une œuvre capitale dans l'histoire de l'art chrétien : la mosaïque de l'abside.

Au pied d'une croix constellée de pierreries, le Fils de Dieu, drapé dans un manteau d'azur et d'or, siège sur un trône étincelant. Autour de lui, les Apôtres sont assis (deux figures manquent, par suite d'une réparation de la voûte). A droite et à gauche du Christ, deux jeunes femmes portant des couronnes représentent l'universalité des fidèles dans sa double origine

SAINTE-PUDENTIENNE 8i

hébraïque et païenne : Ecclesia ex circumctsis, Ecclesia ex gentibus. A l'arrière- plan, un décor de remparts, de palais et de portiques symbolise magnifiquement la Jérusalem céleste.

L'œuvre a été exécutée vers la fin du quatrième siècle, c'est-à-dire dans l'ère triomphale que fut, pour le christianisme, le règne de Théodose. Postérieure d'une cinquantaine d'années à la mort de Constantin, cette époque a été justement appelée la Renaissance constantinienne, car c'est bien à l'auteur de l'Edit de Milan qu'est dû le grand mouvement moral où l'art antique s'est rénové.

La mosaïque de Sainte-Pudentienne est un témoignage superbe de l'idéal nouveau. Composition générale, groupement des personnages, expression des physionomies, aisance et variété des attitudes, disposition des draperies, quelle maîtrise! quel style!

C'est la première fois peut-être que l'art réalise des types chrétiens. On a vu comme les décorateurs des Catacombes demeuraient esclaves de la tradition païenne. Ici, des figures nouvelles apparaissent. Les visages sont empreints d'une dignité, d'une noblesse qu'on n'avait pas encore exprimées. Par leur geste, par leur vêtement, par leur regard, les deux

jeunes femmes qui s'inclinent vers le Christ traduisent excellemment la révolution qui vient de s'opérer dans les âmes et dans les mœurs; elles semblent illustrer l'admirable homélie de saint Clément : o La femme chaste est la plus belle chose du monde, le plus parfait souvenir de la création primitive. La femme pieuse est le parfum de l'Église; elle charme Dieu lui-même. Dieu l'aime; elle est son enfant, la fiancée de son Fils. Une lumière sainte la revêtl... •

SAiNTS-COSME-ET-DAMIEN La mosaïque absidale. — L'art romain au sixième siècle.

Au pied de l'Esquilin, tout près de la Basilique de Constantin, s'élève l'étrange Eglise des Saints-Cosme-et-Damien.

L'édifice, composé d'une seule nef qui s'achève en abside, a pour vestibule une rotonde, érigée sur la cella d'un temple antique.

A l'intérieur, la disposition est plus singulière encore. Pour parer à l'exhaussement progressif du sol environnant, il a fallu, au dixhuitième siècle, relever le pavage du monument par une sorte de voûte. Il en est résulté, dans les lignes horizontales de l'architecture, un défaut de raccord qui est particulièrement visible à la partie supérieure de l'abside.

L'église a été construite en 528, sous le pontificat de Félix IV, c'est-à-dire au crépuscule de la grande nuit d'hiver qui pendant trois siècles va s'étendre sur l'art romain.

Le dernier effort de cet art expirant appa-

raît ici, dans la merveilleuse mosaïque de la conque absidale.

Sur un ciel d'un bleu sombre où scintillent des nuages de pourpre et d'or, le Christ se dresse grave, majestueux et d'une mélancolie sublime. Du bras droit, il fait le geste qui accueille et pardonne. Sa main gauche tient le livre des secrets divins qu'il est venu révéler : Jésus liber sigillatus. A ses pieds, sur un terrain émaillé de fleurs, les princes des Apôtres, revêtus de la toge et du pallium, lui présentent les martyrs arabes Cosme et Damien. Les eaux salvatrices du Jourdain coulent près de là. Et, du haut d'un palmier, un phénix, symbole de la résurrection, prend son essor. Deux autres personnages, saint Théodore et le pape Félix IV, participent à la scène principale

Cette œuvre, si imparfaite, si grossière à tant d'égards, est cependant de celles qu'on n'oublie pas ; car elle est tout imprégnée de vie morale. L'apparition du Christ au travers de la nuée de pourpre et d'or est une des plus émouvantes que l'art ait évoquées. Quant aux deux martyrs, quelles obsédantes figures! Rudes, presque barbares, mais belles de souffrance et d'énergie, elles semblent l'image du fanatisme dans une âme inculte.

sainte-marie-l'antique

La Basilique palatine. — Martin I" et Jean VIL — Rome et Byzance.

Au pied du Palatin, à l'endroit où s'élevait naguère l'Église de Sainte-Marie- Libératrice, les archéologues ont exhumé un des monuments religieux les plus intéressants qui soient à Rome : l'Église de Sainte-Marie-l' Antique.

La façade bordait la Via Nova, près du Temple d'Auguste. Un monastère attenait à l'un des murs latéraux. Sur l'autre côté de la rue, un bâtiment d'habitation et un oratoire isolé occupaient la place qui sépare la demeure des Vestales du Temple des Dioscures.

Construite vers le milieu du quatrième siècle, l'église est conforme au plan des premières basiliques chrétiennes. On y voit un atrium, un narthex, un long vaisseau divisé en trois nefs par deux rangs de colonnes corinthiennes, une schola cantorum, un presbyterium, un arc triomphal et, dans le fond de la nef majeure, une abside.

Ce qui frappe, dès l'abord, c'est la richesse de la décoration murale. Il n'est pas une surface qui ne soit ornée de fresques.

Ces compositions datent, pour la plupart, du pontificat de Jean VII (705-707); les plus récentes, celles de l'abside, paraissent avoir été peintes vers le milieu du neuvième siècle. Exécutées par des artistes byzantins, elles représentent des scènes bibliques et des personnages sacrés, Joseph en Egypte, David et Goliath, les Prophètes, l'Annonciation, l'Adoration des mages, le Crucifiement, les Apôtres, le Sauveur dans sa gloire, et tout un cortège de saints, de martyrs et de papes. On y reconnaît les types traditionnels de l'iconographie orientale, avec leur aspect accoutumé de raideur ascétique. Çà et là, pourtant, quelques figures, — comme la Vierge trônant avec l'Enfant Jésus, le Christ au Calvaire, le Rédempteur entouré de Saints, — trahissent une inspiration personnelle, d'où leur vient une austère poésie, une beauté simple et forte.

Fût-elle moins ornée, Sainte-Marie-l'Antique n'aurait guère moins de prix. D'abord, le lieu même où elle a été construite suffirait à la rendre intéressante. Quel site, en efïet, pour une égliie chrétienne! Les monuments les plus

vénérés du paganisme l'enserraient de toute part. On n'y pouvait accéder sans passer devant les sanctuaires de Castor et de Pollux, de Vesta, de Juturne, de César, d'Auguste. Il n'y avait pas, sur tout le Forum, un endroit aussi riche en souvenirs sacrés. Le prestige de la puissance impériale s'y manifestait également ; car le Palais de Tibère s'étendait jusquelà. Élever une basilique en un pareil lieu, — ce seul fait suffirait à prouver combien, vers l'année 350, le christianisme était puissant déjà et sûr de sa force. Sainte- Marie-l' Antique offre encore cette particularité d'être la première église de Rome qui ait été consacrée à la Vierge, Sainte-Marie-Majeure n'ayant été fondée qu'en 364.

La Basilique palatine évoque enfin le souvenir des luttes qui, aux septième et huitième siècles, mirent aux prises le pouvoir apostolique et la souveraineté impériale, les successeurs de saint Pierre et les héritiers de Constantin. Grave débat, dans lequel se jouait l'avenir politique du Saint-Siège, et qui allait décider si l'Église romaine demeurerait dans l'allégeance byzantine, ou si elle deviendrait lombarde, ou si elle passerait au service des rois francs.

Un des protagonistes du conflit, Martin I",

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a précisément son portrait sur un des murs de Sainte-Marie-l' Antique. Pour couper court à la fameuse querelle du monothélisme, l'empereur Constant II avait fixé, par édit, la solution doctrinale et défendu que la thèse fût jamais plus discutée. Au mépris de cet ordre, Martin I" assembla un concile et fit annuler, comme hérétique, la sentence souveraine. L'Empereur riposta par un coup de force. Au printemps de 653, l'Exarque de Ravenne, Théodore Calliope, descendit sur Rome avec une troupe armée. Le Pape, malade à no pouvoir quitter son lit, se fit transporter dans la Basilique du Latran, au pied même de l'autel. Dans la nuit du 1 7 juin, l'Exarque et ses hommes brisèrent les portes de l'église. Les serviteurs du pontife essayèrent de le défendre, tandis que ses chapelains accourus criaient au secours et proféraient l'anathème. Mais, d'un revers d'épée, les Byzantins éteignirent les cierges qui éclairaient la nef. Dans un violent tumulte, Martin fut entraîné au dehors. On le jeta dans une galère qui attendait sur le Tibre et qui l'emmena prisonnier à Constantinople. Durant six mois, il fut accablé d'outrages par son vainqueur. On le dégrada en place publique; on le promena, les chaînes au cou, à travers la ville; on l'exposa, des journées

entières, aux insultes de la populace. Sa fermeté ne se démentit pas un instant. Pour finir, on le déporta en Chersonèse où il mourut presque aussitôt.

Un autre acteur de cette grande crise, acteur moins héroïque mais plus habile et plus heureux que Martin I", le pape Jean VII, a conféré à Sainte-Marie-l'Antique un titre de gloire encore plus précieux que ses fresques. Il a élevé contre les murs mêmes de la basilique une habitation luxueuse dont il fît sa résidence officielle et que, durant près d'un siècle, ses successeurs préférèrent au Latran. Une rampe faisait communiquer les bâtiments avec le Palatin. La nouvelle demeure pontificale se dressa donc en face des édifices délabrés où quelques fonctionnaires byzantins, le Duc de Rome et le Préfet de la Ville, représentaient l'autorité, chaque jour amoindrie, des empereurs d'Orient.

SAI N T E-M A R I E-IN-COSMEDIN

La Schola gfceca, — Le mobilier presbytéral au douzième siècle. — L'art des marbriers romains.

C'était ici, voilà quelque vingt ans, un des quartiers les plus pittoresques de Rome. La bâtisse rapiécée de Rienzi, le portique tétrastyle de Sainte-Marie-l' Égyptienne, le temple périptère de Vesta, le svelte campanile de S3.m\.e-M2ir\t-in-Cosmedïn surgissant du fouillis des vieilles masures, la Cloaca maxima s'ouvrant sur le Tibre, au travers d'une berge demiécroulée, sous un jardin de lauriers-roses, puis, à l'arrière-plan, les cyprès du Palatin et les débris grandioses des palais impériaux, tout cela composait un décor merveilleux, dont l'édilité moderne a détruit l'enchantement.

L'église de 'à^v!x\.^-Wzx\&-in-Cosmedin s'élève sur les ruines d'un temple de Cérès, dont plusieurs colonnes sont restées engagées dans les murs actuels.

Aux septième et huitième siècles, la popu-

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lation grecque de Rome, les fonctionnaires et soldats byzantins habitaient ce quartier; ils y formaient une sorte de corporation, une schola. D'où le nom de Sancta-Maria-in-Scholagrœca qui fut d'abord donné au sanctuaire. Les embellissements opérés par Adrien I" en 772 firent changer le vocable primitif en celui de Cosmedin, du grec K.o<7(xiSiov, « ornement ». Mais l'appellation qui a prévalu dans le peuple est celle de Bocca-della-Verita, du fait d'un mascaron de marbre qu'on voit sous le vestibule moderne et qui, d'après une légende du moyen âge, servait à confondre les imposteurs en se refermant sur leur main.

Pendant les siècles sinistres qui suivirent la période carlovingienne, l'église tomba en ruines.

Vers 1120, le pape Calixte II entreprit de rendre à Sainte- Marie-la-Splendide son éclat primitif. L'abbé Alfanus, camérier pontifical, dirigea les travaux « à grands frais », comme nous l'apprend une inscription.

Cet Alfanus semble s'être épris de la beauté de son église au point d'en oublier toute modestie; car son nom reparaît, gravé trois fois, — d'abord sur le maître-autel, puis sur le siège épiscopal, enfin sur le pavement du chœur.

On voit, en outre, sous le portique d'entrée, son tombeau, sobre, austère et d'un effet imposant. L'ingénue vanité du mort se trahit encore dans l'épitaphe : A If anus, cernens quod cuncta pereunt, hoc sibi sarcophagium statuit, ne totus obiret : o Alfanus, sachant que tout périt, s'est fait construire ce sarcophage, afin de ne pas disparaître tout entier. »

Sainte - Marie - in - Cosmedin renferme une Vierge majestueuse, peinte sur bois au huitième siècle. Le panneau porte cette inscription : 0COTOXW, (ZEi itapOïvd) : a A la Mère de Dieu, toujours vierge». L'épigraphe, tracée en lettres rayonnantes, n'est pas ici une formule ordinaire. Il est permis d'y voir une protestation. Vers 750, en effet, l'hérésie nestorienne semblait sur le point de renaître. La prérogative suprême de Marie était de nouveau contestée. Le grand empereur iconoclaste, Constantin V, avait interdit, sous peine d'exil, les prières à la Vierge, et le Patriarche de Byzance lui avait entendu tenir ce propos sacrilège : « Après tout, que nous arriverait-il, si nous appelions Marie Mère de Jésus et non Mère de Dieu? » La résistance au mouvement nestorien s'était concentrée à Rome. Les papes la soutenaient de tout leur pouvoir. Mais c'est évidemment dans la

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