‹ Rome, notes d'histoire et d'artChapitre 8 sur 38 · SAINTE-MARIE-ZA^-CO^A/^P/A · texte numérisé non relu

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schola grseca qu'elle devait se manifester avec le plus d'éclat.

Sainte- Marie -/«-Ci?iOT^^z« possède enfin quelques morceaux excellents de sculpture décorative.

Les deuxambons, édifiés en 1 120, sont parmi les meilleurs qu'ait produits l'art des marbriers romains. La simplicité des lignes, la pureté des profils, l'ingénieuse distribution des surfaces, l'emploi discret de la mosaïque, conviennent parfaitement au caractère liturgique de l'objet. On sait que l'ambon est la tribune où le diacre venait lire l'évangile et l'épître, exécuter le graduel et les chants assimilés Cette fonction exigeait une belle voix et la connaissance de la musique. Les diacres semblent avoir souvent apporté à leur tâche un zèle et des pensées qui n'allaient pas uniquement à Dieu. Le reproche leur en fut maintes fois adressé, durant les premiers siècles de l'Eglise. Saint Jérôme nous les montre frisés comme des acteurs, parfumés comme des petits-maîtres, les doigts chargés de bagues étin celantes : Crines calamistri vestigio rotantur, digiti de annulis radiant, etc.. L'épitaphe de l'un d'eux, le diacre Redemptus, est ainsi conçue : Dulcia nectareo promebat melia canore : « Le chant coulait de

ses lèvres comme un nectar. » Ne dirait-on pas l'épitaphe d'un ténor?

Au pied de l'ambon de droite, un candélabre élève sa colonne torse qu'un chapiteau gracieux couronne. C'est le cierge pascal, symbole de la colonne de feu qui jadis conduisit, dans le désert, les Israélites en route vers la Terre promise.

S3iinte-Ma.ne-in-Cosmedin possède encore deux belles œuvres du douzième siècle : la cathèdre de porphyre et de marbre qu'on voit au fond de la tribune, et le somptueux pavement qui recouvre le sol du sanctuaire comme un tapis splendide. A vrai dire, plusieurs parties du siège sont de provenance antique, notamment les accoudoirs et les têtes de lion. Le soin de l'exécution nous fait sentir l'importance qu'on attachait à cette pièce du mobilier religieux. C'était l'attribut caractéristique de l'évêque présidant l'assemblée des fidèles ; c'était l'insigne de sa mission éducatrice, le symbole de son autorité doctrinale. Et de là, sans doute, est venu l'étrange usage, si longtemps pratiqué dans les funérailles épiscopales, de faire asseoir le cadavre, mitre en tête, sur le siège sacré.

Postérieur d'un siècle est le cihorium, c'està-dire l'édicule de pierre qui abrite l'autel. Le

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marbrier qui l'a construit est Adéodat, le dernier des Cosmati. L'auteur s'est visiblement inspiré du ciborium de Saint- Paul-hors-les- Murs, qui est de la même époque. Même structure, mêmes principes. Les ogives trilobées, les pinacles, les rosaces, nous révèlent que l'art gothique vient de paraître à Rome.

Dans la sacristie est une mosaïque intéressante, quoique en déplorable état, une Adoration des mages, que le pape Jean VII avait fait placer à Saint- Pierre en 706, et qui fut transférée à SaL\nte-M3i.r\e-in-Cosmedin, en 1639. Figures moroses, corps émaciés, attitudes raides, on reconnaît ici les défauts trop fréquents de l'école byzantine.

SAINTE-PRAXÈDE

La mosaïque absidale. — Décadence de l'art romain au neuvième siècle. — La Chapelle de Saint-Zénon.

Si l'on veut savoir à quel degré d impuissance et de maladresse, à quelle misère esthétique les artistes romains du neuvième siècle étaient déchus, c'est ici qu'il faut venir.

La légende rapporte que sainte Praxède, sœur de sainte Pudentienne, recueillit les restes des premiers martyrs chrétiens, au temps de Néron; le puits dont la margelle hexagonale se voit au centre de la nef majeure contiendrait ces précieuses reliques.

Vers 822, le pape Pascal I" fit construire l'église actuelle et l'orna de mosaïques.

Pour l'abside, les décorateurs ne se mirent pas en frais d'imagination : ils copièrent simplement la mosaïque de l'Église des Saints- Cosme-et-Damien, en substituant l'image de sainte Praxède et de sainte Pudentienne à

celle des deux mart\ rs arabes. L'exactitude de

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la copie permet de mesurer la décadence accomplie en quatre siècles. Le mosaïste ne sait plus ni peindre ni dessiner, parce qu'il a désappris de voir. Les corps qu'il représente sont désarticulés, informes, contrefaits; les visages sont inexpressifs ou vaguement hébétés. Nulle idoe morale, nulle pensée religieuse ne se dégage de l'œuvre. L'abus des couleurs vives ne rend que plus saisissantes la gaucherie du travail et la pauvreté de l'inspiration.

Cependant, à l'arc triomphal, on croit discerner un faible effort d'originalité, le souci de mettre en scène un grand nombre de figures et de les disposer selon les lois de la perspective. L'artiste a pris pour sujet l'éblouissante vision qui termine l'Apocalypse : « Et moi, Jean, je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle qui, venant de Dieu, descendait du ciel, parée comme l'épouse pour son époux. Elle était toute brillante de la clarté divine, comme si elle eût été construite en jaspe cristallin. Douze anges veillaient aux portes, etc. »

Mais, dans cette composition, que d'inexpérience encore et de grossièreté !

Sur l'un des bas-côtés, la Chapelle de Saint- Zénon, obscure et mystérieuse comme un hypogée, nous montre, à la voûte, une œuvre

devant laquelle, non sans surprise, on se laisse attarder. Quatre anges vêtus de blanc supportent, de leurs bras effilés, l'image du Christ qui rayonne au plafond. Ces jeunes corps svelteç ont le geste élégant ; on croit découvrir en eux comme un reflet de grâce antique.

A deux pas de ces mosaïques, dans la chapelle latérale du Crucifix, est un superbe tombeau, des dernières années du treizième siècle, le sarcophage du cardinal Anchera. Le mort, en grand costume rituel, repose, les yeux demi-clos, sur un lit de marbre somptueusement drapé. Le personnage est d'une noblesse tranquille et simple qui fait impression. Un art supérieur a disposé les plis des étoffes. Depuis des siècles, on n'avait su manier les draperies avec cette largeur et cette souplesse. Les maîtres de l'école pisane peuvent venir à Rome maintenant : ils trouveront des élèves prêts à les comprendre et à les imiter.

Le Temple de Diane Aventine. — Marcella. — L'Eglise de Sainte-Sabine et saint Dominique. — Le Prieuré de Malte. — Sainte-Prisque. — Le Cuitello-di-Costatitino et Othon lU.

La colline, abrupte et longue, est presque inhabitée, comme si l'antique malédiction des patriciens pesait toujours sur elle. On n'y voit que des terrains vagues, des champs, des vergers, quelques églises, un cimetière, deux couvents. Nul site de Rome n'est plus calme, plus désert, plus retiré de la vie. On a peine à se figurer que tant de colères y aient fermenté jadis, que tant d'orages politiques se soient condensés là.

Dès le règne de Servius Tullius, un temple de Diane couronnait le mont au milieu d'un bois. Le culte de la déesse continua d'y être célébré jusqu'au jour où les Goths d'Alaric incendièrent le quartier.

Un souvenir intéressant pour l'histoire du christianisme se rattache à cette catastrophe.

Près du sanctuaire de Diane s'élevait une riche demeure, appartenant à une belle jeune femme, de naissance illustre, Marcella. Devenue veuve, elle se convertit au Christ.

L'événement fit scandale dans la haute société, qui, malgré les lois de Théodose, était demeurée fidèle au paganisme. Rome était la seule ville, en effet, oii les temples ne fussent pas encore fermés, où l'on n'eût pas cessé d'offrir les sacrifices aux dieux. Par orgueil, par intérêt, par esprit de conservation, l'aristocratie romaine avait maintenu avec opiniâtreté les dogmes et les rites d'autrefois. Moralement, la Ville Éternelle était comme isolée de l'Empire; la future métropole du christianisme restait le dernier asile des pratiques païennes.

Aussitôt que baptisée, Marcella renonça aux élégances raffinées dans lesquelles elle s'était jusqu'alors complu. Elle vendit, au profit des pauvres, ses bijoux, ses toilettes, ses équipages, ses meubles précieux, et résolut de n'employer désormais ni fards, ni parfums, ni soie.

Cependant elle ne dit point adieu au monde. Mais elle voulut que le monde vînt à elle, dans son palais réformé, pour s'édifier avec elle. Non sans peine, elle réussit à grouper autour d'elle un petit nombre de ses amies. Assemblées là

L'AVENTIN loi

presque chaque jour, elles lisaient l'Evangile, écoutaient saint Jérôme, récitaient des cantiques, s'occupaient de charité. Elles ne s'imposaient d'ailleurs aucune règle et ne vivaient pas en commun; mais l'esprit monastique les inspirait déjà. On peut dire qu'elles fondèrent le premier couvent féminin d'Occident.

Cet essai de vie religieuse eut un épilogue lamentable.

Quand, le 24 août 410, Alaric eut surpris les portes de Rome, ses soldats ivres saccagèrent la ville. Arrivés au mont Aventin, ils y mirent le feu. Vainement Marcella essayât-elle de les arrêter, en leur représentant qu'ils étaient chrétiens comme elle. Ils la sommèrent de livrer les trésors qu'ils supposaient cachés dans son palais. Elle répondit que depuis longtemps elle avait fait l'aumône de toutes ses richesses. Croyant qu'elle mentait, ils la rouèrent de coups, puis ils la violèrent; ses compagnes subirent même disgrâce. Sanglantes et demi-nues, les pauvres femmes allèrent se réfugier dans la basilique de Saint- Paul-hors-les- Murs, que les Barbares avaient respectée. Marcella mourut le surlendemain

Quinze ans plus tard, le pape Célestin I" fit

construire sur les ruines du Temple de Diane une église dédiée à sainte Sabine. Le plan est celui des basiliques. Deux files de belles colonnes corinthiennes partagent l'édifice en trois nefs. Les proportions générales sont excellentes; elles donnent à l'œil cette impression d'équilibre, de justesse, de sécurité, qui est le signe irrécusable des œuvres bien venues.

D'importantes mosaïques décoraient autrefois le monument. 11 n'en reste qu'un morceau, fixé sur le mur intérieur, au-dessus de l'entrée. C'est une grande inscription en lettres d'or, sur fond bleu, où sont rappelées les circonstances de la fondation. A chaque extrémité se dresse une femme drapée, tenant un livre à la main. Ce sont les deux Églises, celle des Juifs et celle des Gentils, d'où est issue la communauté des fidèles. Les poses ont de la noblesse; les plis des robes tombent avec dignité; c'est ici une des dernières manifestations du style antique.

Mais il y a mieux. La porte principale nous offre, en effet, un des plus précieux vestiges du premier art chrétien. Elle s'encadre entre des chambranles et un linteau ciselés en marbre de Paros qui, vraisemblablement, servaient déjà d'entrée au sanctuaire de Diane Aventine. Toute

en cyprès, elle est formée de vingt-huit panneaux, dont dix-huit sont ornés de bas-reliefs. L'œuvre est du cinquième siècle ; elle semble due à des artistes grecs; quelques panneaux ont été refaits au neuvième siècle, pendant la Renaissance carlovingienne.

Le sujet choisi par le sculpteur est un parallèle entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans cette double série de tableaux, quelquesuns sont remarquables au point de vue scénique et pittoresque. Moïse recevant de Jêhovah l'ordre de délier sa chaussure, Pharaon englouti dans la mer Rouge avec son quadrige de guerre^ Élie enlevé au Ciel, saint Pierre reniant Jésus, sont d'une saisissante vérité dramatique. Certes l'œuvre ne soutiendrait point la comparaison avec les panneaux du Baptistère de Florence; mais c'est beaucoup déjà qu'elle oblige d'y penser.

Au treizième siècle, un vaste palais attenait à la basilique. Le pape Honorius 111, dont c'était la demeure préférée, y installa en 12 19 l'ordre naissant des Frères-Prêcheurs.

Une tradition désigne aujourd'hui encore, dans le jardin, l'oranger à l'ombre duquel saint Dominique venait se reposer, si tant est

que cette âme ardente ait jamais connu le repos (i).

Ce lieu a donc été le berceau d'une très grande chose. C'est d'ici, en effet, que l'Église a tiré sa plus forte milice, ses plus redoutables instruments de combat et de domination. Inquisiteurs patentés de l'hérésie, gardiens officiels de l'orthodoxie, les Frères- Prêcheurs ont joué, jusqu'à la fin du quinzième siècle, un rôle prééminent dans la direction spirituelle du catholicisme. Pour le leur enlever, il a fallu qu'un autre ordre se créât, plus ingénieux, plus souple, plus ouvert à l'esprit moderne, — la Compagnie de Jésus.

Il reste aux Dominicains un témoignage éloquent de leur suprématie passée, — le privilège de pourvoir à trois des charges les plus importantes de la cour pontificale : la maîtrise du Sacré- Palais, la Secrétairerie de l'Index, le Commissariat du Saint-Office.

(i) Il n'est pas invraisemblable que saint Dominique ait vu fleurir cet oranger. La tradition est, en tout cas, fort ancienne. François de Sales y fait allusion dans sa première lettre à Mme de Chantai (3 mai 1604) : « J'ai vu à Rome un arbre planté par saint Dominique, qu'un chacun va voir et que l'on aime à cause de lui. Dès que je vis le désir de la sainteté planté par la main de Notre-Seigneur au milieu de votre cœur, je ne pus m'empêcher de l'aimer. Dieu vous fasse croître , 6 bel arbre 1... »

Ne quittons pas Sainte-Sabine, sans rappeler que Lacordaire y vint accomplir son noviciat, lorsqu'il entreprit de restaurer en France l'institut de Saint-Dominique.

A quelques pas de Sainte-Sabine et tout proche l'insignifiante Basilique de Saint- Alexis, un mur enclôt une église au milieu d'une villa. C'est le Prieuré de Malte, un des rares vestiges que le fameux ordre de Saint-Jean de Jérusalem a laissés en ce monde et qui nous révèlent qu'il existe encore.

A vrai dire, l'institut n'est plus qu'un fantôme. Quand les soldats de Bonaparte l'eurent expulsé de Malte, il erra quelque temps de Catane à Ferrare, avant de comprendre que Rome est le seul refuge honorable des souverainetés déchues. Privé de tous ses biens, il s'est renfermé peu à peu dans le domaine hospitalier qvii fut d'ailleurs son premier champ d'action.

Il a réuni sur i'Aventin ses archives, ses reliques, ses principales sépultures.

Les tableaux exposés dans la villa remémorent le temps glorieux où la bannière pourpre à croix blanche donnait une si rude chasse aux galères musulmanes. Ce ne sont que poursuites

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hardies, abordages intrépides, captures héroïques, toute une épopée navale.

Comment oublier la part insigne que la France a prise à tant d'exploits? Les plus illustres des Grands-Maîtres portèrent des noms français : Villiers de l'Isle-Adam, La Valette, Amboise, Vendôme, Rohan. Et c'est aussi la flotte de Malte qui a fourni à la marine française deux de ses plus grands chefs : Tourville et Suffren.

Sur le bord septentrional de la montagne aventine, l'Église de Sainte-Prisque, toute modernisée, consacre un souvenir touchant des origines chrétiennes.

C'est là que demeuraient les époux Aquila et Prisca chez qui saint Paul reçut l'hospitalité pendant la persécution de Néron. Ils furent au nombre des premiers convertis. L'Apôtre les tenait en prédilection. Leurs noms reviennent maintes fois dans ses lettres : o Saluez Aquila et Prisca, mes coopérateurs en Jésus-Christ » : adjutores meos in Christo. Il ajoute chaque fois : X Saluez aussi l'église établie dans leur maison. » Cette ecclesia domestica n'était sans doute qu'un très humble oratoire. Le lieu ne mérite pas moins qu'on le vénère : c'est la première chapelle d'où une prière collective soit montée vers le Christ.

Une bâtisse rapiécée, le Castello-di-Costantino, s'élève dans le voisinage. La vue y est merveilleuse. On a devant soi la vallée humide où l'Arcadien Évandre menait jadis ses troupeaux, le Palatin et ses ruines fières, les Thermes de Caracalla, le mausolée de Cestius, la Voie Appienne, les aqueducs, l'échappée immense de la Campagne latine et, tout au fond, la cime fuyante des monts Albains, noyés de lumière.

Durant près de six années, un jeune empereur allemand a nourri, devant ce spectacle, des rêves d'une grandeur insensée, — l'empereur Othon III, dernier descendant mâle de la maison de Saxe.

Obsédé par les souvenirs antiques, enivré de mysticisme, il ne songeait à rien moins qu'à restaurer la majestueuse unité de la puissance romaine, à refaire de l'Orient et de l'Occident un seul empire dont la Germanie n'aurait plus été qu'une province. L'approche de l'an mil, qui décourageait alors toutes les ambitions, semblait au contraire exalter les siennes. Il s'était fait construire sur l'Aventin un château fortifié où l'on aurait pu se croire à la cour de Byzance, tant la pompe y était magnifique et l'étiquette stricte. Les Romains, qu'il s'épuisait à flatter, l'exécraient à cause de son origine

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étrangère. Pourtant, lorsqu'il mourut de fièvre à vingt-deux ans, la consternation fut générale, comme si un monde d'espoirs s'évanouissait avec lui. A ses funérailles, on psalmodia cette complainte :

Plangat raundus, plangat Romal

Lugeat ecclesia!

Sit nullum Romae canticutn I

Ululet palatiuml

Sub Caesaris absentia,

Sunt turbata saecula.

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