LE CARDINAL MACCHI
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SOUS Léon XIII ; mais il faut passer par le purgatoire. Il a le ciel à présent, et s'y plaît ; il y prend un air fin, comme s'il avait encore à refuser des audiences — on ne lui en demande pas.
Tout de suite après les archevêques et les évêques viennent les prélats du Collège des Protonotaires apostoliques. Le cadre en comporte douze qui sont Proionoiari di numéro partecipanti^ suivant la constitution Romanus Poniifex^ mais il y a trois cent dix surnuméraires et non participants. Cela donne pour la vie l'habit et la manteletta violets, le rochet et le chapeau prélatice avec cordons violets et Jiocchi rouges, tandis que, deux degrés plus bas, on n'a droit qu'au mantellone que l'on perd à la mort du Pape où l'on ne garde qu'une simple colletine violette. C'est donc un privilège fort envié que le titre de protonotaire ; on marche avant le Commandeur du Saint-Esprit, le Régent de la Chancellerie, les Abbés généraux des Réguliers, les Pénitenciers de la Basilique Vaticane, les Généraux des Ordres mendiants, le Magistrat Romain et même le Maître du Sacré Hospice, le prince Ruspoli.
Ce n'est qu'ensuite que s'avancent les prélats Auditeurs de la Sainte-Rote : ils sont douze dont un Français, deux Espagnols, un Allemand, un Vénitien, un Milanais, un Bolonais, un Ferrarais, un Pérugin alternant avec un Toscan, et trois Romains. Ainsi le règlent les constitutions de Sixte IV, de Pie IV, de Jules III et de Clément VIII. Viennent, après, les douze prélats Clercs de la Révérende Chambre Apostoli(]ue, les cinq prélats Votants de la Signature, les treize prélats Abréviateurs du Parc-Majeur, les Ministres assistant à l'Autel.
Après, c'est la foule des Camériers Secrets : d'abord, hors rang, les treize Camériers Secrets Maîtres des Cérémonies, et les dix Camériers Secrets Participants. Ceux-là remplissent les fonctions ; mais il y a ensuite quatre cent quatrevingt-treize Camériers Secrets Surnuméraires répandus, non seulement à Rome, mais par toute l'Europe, qui ont droit à la cappa, non pas longue et étoffée comme la cappa des cardinaux, mais presque réduite à l'état de pèlerine, et qui pourraient bien figurer dans les cérémonies s'ils venaient au Vatican. Un ecclésiastique qui est attaché à une ambassade, qui s'est distingué par quelque ouvrage, qui, comme on en a vu en France à la suite de la suppression des Facultés de théologie, a droit à être mis hors du commun, reçoit ce degré d'honneur, inférieur à celui des protonotaires, mais pourtant désirable, car il donne le Monseigneur et du violet à la soutane et au chapeau. Des prêtres français qui gravitent à Rome autour de l'Ambassade, le Supérieur de Saint-Louis est proto-
notaire, l'Auditeur de Rote n'a point besoin d'autre distinction, le Clerc français du Sacré Collège est camérier secret surnuméraire et de même le Consulteur canonique. Celui-ci, Monseigneur- Guthlin, est un des hommes les plus instruits des choses romaines, une bibhothèque vivante et parlante où l'on n'a qu'à frapper pour rencontrer à point nommé tous les renseignements qu'on souhaite. Plusieurs ne l'aiment point parce que. Alsacien, il est doublement Français, que son œil curieux sait voir par-dessus les lunettes et que, en son corps très grand, très fort et un peu lourd, l'esprit, d'une agilité de gymnaste, est servi par une implacable mémoire ; qu'il ne se prête point à trahir le gouvernement de son pays, qu'il n'a point renié les amitiés dont le souvenir l'honore, qu'il connaît enfin trop d'histoires : trop de choses, trop de gens et trop de masques.
Après les Camériers Secrets Surnuméraires, viennent encore les Camériers d'honneur. Il n'y en a, aux dernières nouvelles, que deux cent trente, mais il y faut joindre les Camériers d'honneur extra urbem qui sont en même nombre. Cette division est assez habituelle. Ainsi, pour les Chapelains secrets, ils sont sept en titre, quarante-huit d'honneur et cinquante-trois extra urbem. De prélats qui n'appartiennent à aucun collège, il n'y en a pas moins de quatre cent trentecinq. Tout cela fait un total de dix-huit à dix-neuf cents prélats monseigneurisés et soutanes de violet, sans compter les Chapelains Chanteurs qui n'ont point de surnuméraires.
Il faut passer les laïques de médiocre importance : Clercs de la Chapelle, Bussolanti^ Maîtres Portiers de la Verge-Rouge, Massiers et Curseurs apostoliques, pour arriver aux Camériers Secrets de Cape et d'Épée. Ici les titres ont leur valeur, puisque, dans quck^ues pays d'occident, l'on voit montrer à des salons qui ne sont pas toujours catholiques, la chaîne d'or qui sert d'insigne aux camériers.
Il y a d'abord les Camériers Secrets de Cape et d'Épée participants au nombre de quatre ; ce sont les plus grands seigneurs de Rome, après les Princes assistant au Saint-Siège. Il y a le prince Ruspoli, maître du Sacré-Hospice, le marquis Sacchetti, fourrier majeur des Palais apostoliques, le marquis Crescenzi, grand écuyer de Sa Sainteté, et le prince Massimo, grand maître des i)OStes. Ceux-ci ont leur rang avant tous les laïques.
Viennent ensuite quatre Camériers Secrets de Cape et d'Épée di numéro, parmi lesquels des princes et des marquis du Baldaquin, de ceux qui ont le droit de placer, dans l'intérieur de leur palais, un dais de forme carrée, avec des pentes en velours brodé et orné de leur écusson.
MONSEIGNEUR GUTHLIN
Puis ce sont des surnuméraires au nombre de deux cent trente environ, dont les premiers de la liste, qui sont Romains, font un service dans les antichambres papales, reçoivent les ambassadeurs et les cardinaux, paraissent dans les fonctions.
Après ces surnuméraires, quatre Camériers d'honneur de Cape et d'Épée titulaires, et enfin environ cent dix surnuméraires. Cela ne fait pas loin de cinq cents personnes qui portent un titre à peu près pareil, mais où, comme on voit, il faut, pour les honneurs et les distinctions, savoir mettre les différences.
A Rome, dans les cérémonies, ils ont en tête la toque à plumes noires, au col une énorme fraise blanche, aux jambes un maillot de soie noire; sur leur vêtement de velours noir qu'agrémente un petit manteau flottant, ils passent une lourde chaîne d'or et ils se ceignent d'une épée de forme étrange, suspendue à un baudrier compliqué.
On dit d'ordinaire, à Rome, que ce service de camériers est réservé à des gentilshommes de toutes les nations ; il est plusieurs des noms qu'on voit à l'almanach qu'on ne s'attendrait point à voir ornés des titres qui les accompagnent, et, à côté de beaucoup qui sont de familles grandes, illustres ou nobles, d'autres qu'on chercherait en vain dans les nobiliaires. Au surplus, voici, avec les titres qu'on y joint, les noms à désinence française des Camériers Secrets de Cape et d'Épée surnuméraires inscrits dans la deuxième partie de la Gerarchia Catolica publiée à Rome à la Tipograjia Yaiicana : le comte Gabriel de Caix de Saint-Amour, le comte Ferdinand-Alfred O'Gorman, le comte Gaston Yvert, le comte de Raymond, le marquis de Goyeneche, M. Louis d'Orgemont des barons de La Fontaine, le comte Théodore Ducos, M. Victor Du Sai-t baron de Molembaix, le baron Gaétan de Thiene, M. d'Arras, le comte Antoine- Isidore de Mauléon-Narbonne, le baron de Mase, le comte de Waresquiel, le baron de HauUeville, le comte Louis de Franqueville, le comte Léon de la Bourdonnaye, le marquis Auguste-Charles de Lambertye-Gerbeviller, le prince de La Tour d'Auvergne, le comte Georges de Nédonchel-Choiseul, le vicomte Jean de Chabrol, le comte Pierre de Brunet de la Renoudière de Puisaye, le bai'on de Linde, le vicomte de la Celle, le baron Aimé Héraud de Chateauneuf, le marquis Henri de Saint J(;an Lentilhac, le comte d'Estienne de Prunières, le baron Armand Doncœur, le baron Paul d'Allemagne, le vicomte Louis de Becdelièvre, le comte Frédéric de Renesse Preston, le vicomte Albert de Carrière, M. Henri de Vandouard, le comte de Toulgoët-Treanna, le comte Rozan, le comte Gustave Morand de Jouffrey, M. Pandin comte de Narcillac, M. Standish de
Noailles, le comte Melchior de Polignac, le comte de Girval, le comte de Drée, le vicomte Charles de Villoutreys de Bronoy, le comte Yran Goubaux Godin, le vicomte de Maupas du Juglart, le comte Paul Molinier, le commandeur Raoul de Pillot comte de Coligny, le baron Jules de Biase des ducs de Trecchina, le comte Alfred de Kreuznach de Belley, le comte Jules de Wagner, le comte Charles Lair, le comte Beneyton, le comte Robert de Puységur de Bagnères de Bigorre, le comte Isidore de Sicart e de Torrents, le comte Georges de Montgermont, M. René Le Pays du Teilleul, le comte Eugène Vérité de Saint-Michel, le commandeur Georges Ginoux, le comte Renato de Leven, le comte Gandelet, le baron de Papius, le chevalier Ernest Michel, le comte Cognard d'Agoret, le comte de Baltestrem, le comte de Baudry, le comte de Ornadt, le comte Pierre Boulet, le marquis de Thézan de Gaussan, le vicomte Edouard Werlé.
A cette liste, il faudrait ajouter celle des Camériers d'honneur de Cape et d'Épée surnuméraires; mais une suffit.
De France, on se précipite, tandis que, à Rome, de plus en plus se vident les avenues qui mènent au Vatican. Jadis, la noblesse romaine en emplissait les antichambres, peuplait le Sacré Collège, recrutait toute la prélature, n'avait point d'autre but que de fournir le Pape. Un Pape, dans une famille, c'était la fortune et la puissance. Tous ceux qui ont des titres et de l'argent les tiennent des Papes. Combien s'en souviennent? Combien cherchent les solitudes où l'on prie, où l'on pense et où l'on rêve? Il faudrait pour les attirer et les convaincre autre chose qu'une chaîne d'or dont ils savent la vanité et dont ils connaissent le poids. Les plus grands, les plus haut titrés, ceux que leurs fonctions héréditaires semblaient attacher pour jamais au Trône pontifical, ont oublié la route du palais apostolique : l'un figure parmi les fidèles du Quirinal, l'autre hésite encore à se déclarer, mais ses enfants se déclarent pour lui. A l'Almanach italien, dans les services de Cour, à l'article des maîtres des cérémonies, des dames de Cour et des dames du Palais, les noms romains commencent à affluer, des noms dont chacun évoque à l'esprit un pape bienfaiteur, un pape complaisant, un pape népotique, un pape qui, dans sa famifie, avait accumulé les dignités et les richesses, les titres et les terres, pour la faire grande, certes, mais aussi — car c'est là la justification qu'on donne du népotisme — pour faire à la Papauté, à travers les âges, un cortège de fidélités désintéressées, de splendeurs gratuites, comme une inépuisable réserve de dévouements obhgés.
Le Vatican, cela ne mène plus à présent ni aux principautés romaines, ni aux duchés napolitains, ni aux grandesses espagnoles, ni à la Toison d'or, ni