‹ Rome pendant la semaine sainteChapitre 11 sur 36 · LE COMTE ALBORGHETTI, CAMÉRIER SECRET · texte numérisé non relu

LE COMTE ALBORGHETTI, CAMÉRIER SECRET

au Cordon bleu; cela ne mène plus aux villas urbaines encombrées de chefsd'œuvre, dont les jardins tenaient tout un coin de Rome; cela ne mène plus aux galeries regorgeantes de tableaux et d'antiques, aux palais qui semblent des villes, aux fiefs immenses que le Pape détachait du Patrimoine de Saint-Pierre, à tout ce que laissait couler la main d'un vieillard vers qui affluaient les richesses du monde entier. Cela ne mène plus à rien. C'est pourquoi les Romains de la jeune génération n'y vont point, et ces fonctions gratuites de camériers n'ont rien qui les séduise. Ceux qui figurent, ce sont de vieilles gens qui achèvent leur carrière, qui, dépaysés, errent depuis vingt ans dans leur Rome qu'on transforme et mourront là pensifs et tristes, en leurs habits de vieille mode, qui s'harmonisent à leurs façons anciennes et seyent bien à leurs corps de cent ans. Mais parmi les Français, parmi les Anglais, les Allemands, les Espagnols qui sont en grand nombre et qui, en général, ne prennent point de titres parce que peut-être, dans leurs patries, les manuels nobiliaires officiels sont dans trop de mains, il y a des jeunes hommes. On se prend à penser qu'il est dommage qu'ils ne soient point venus vingt ans plus tôt : M. de Charette en eût tiré bon parti; il en eût bien formé quatre compagnies et eût trouvé sans doute quelque place pour eux près de ses zouaves aux environs de Porta-Pia : il est vrai que ce n'est pas la même chose.

De ce qui fut l'armée pontificale il ne reste qu'une garde d'honneur et de pohce, distinguée en quatre corps dont les fonctions, les privilèges et le recrutement diffèrent, et qui, par leurs uniformes, rappellent le souvenir des splendeurs d'autrefois. Il faut venir û Rome pour rencontrer des Gardes-Nobles pareils à ceux qui, des siècles durant, ont veillé au Louvre et à Versailles aux portes des Rois Très Chrétiens. Ceux-ci ne datent point de si loin. Pie VII, à sa restauration, craignant que la jeune noblesse de ses États, moccupée et oisive, ne se laissât affilier à la Charbonnerie, lui ouvrit ce débouché. Au point de vue de l'équivalence des grades et du service intérieur, le règlement parait presque calqué sur celui des Gardes du Corps et l'uniforme même a de sensibles ressemblances avec l'uniforme de 1814. Seulement, au service de palais, les Gardes du Corps ajoutaient à l'occasion un service de guerre. Depuis le xv" siècle jusqu'au milieu du xvnr', depuis Liège où, en 1480, Robert Cunyngham, capitaine de la Compagnie écossaise, se fit tuer, jusqu'à Fontenoy, il n'est point une action qui se soit passée sans eux et où leur épée n'ait joué son rôle. Les Gardes-Nobles pontificaux n'ont point d'histoire et ils attendent encore leurs Journées d'Octobre.

Le capitaine commandant, qui a i-ang de lieutenant général, est le prince Altieri; après lui, et avec la même équivalence de grade, se place le Poi-teétendard héréditaire de la Sainte Église Romaine, le marquis Naro Patrizi Montoro. Le lieutenant — brigadier général — est le marquis Cappelletti, le sous-lieutenant, aussi brigadier général, M. de Cinque. Viennent ensuite dix exempts colonels, parmi lesquels le neveu du Pape, Camillo des comtes Pecci. On s'imagine qu'il a une influence près de son oncle ; mais les temps du népotisme sont bien passés. Lorsque Camillo s'est marié, Léon XIII lui a donné tout juste cent mille francs de dot. Ce n'était point si mal pour le petit-fils de maire de Carpineto; mais les cent mille francs paraissent avoir peu duré. Le dragon — comme on appelle le comte Camillo à Rome — a de belles dents et il est de grand appétit. L'on ne peut dire qu'il ait la mémoire aussi bonne que les dents. Il oublie volontiers non seulement les heures où son service l'appelle au Vatican, mais les dates même qui, en des temps tout proches, ont le plus tristement marqué dans l'histoire de la Papauté. Pour paraître au théâtre un vingt septembre il faut peut se souvenir.

En dehors de cet état-major de quatorze officiers, le corps se compose de huit cadets ayant rang de lieutenants-colonels, de dix gardes capitaines, de vingt gardes lieutenants et de six gardes surnuméraires. Chaque jour, un exempt et six gardes sont de service. A côté des actifs se trouvent les pensionnés : vingtsix lieutenants, un sous-lieutenant et trois exempts.

Après la Garde-Noble, vient la Garde-Palatine, une sorte de garde nationale volontaire recrutée dans la petite bourgeoisie romaine, elle date de Pie IX. L/eff"ectif est d'environ quatre cents hommes commandés par un colonel, deux lieutenants-colonels, un major et deux capitaines. Son service consiste à fournir, les jours d'audience, un piquet dans l'antichambre qui précède celle des Gardes- Nobles et à former la haie sur le passage du pape aux cérémonies de la Sixtine et de Saint-Pierre.

Les Gendarmes pontiflcaux, au nombre de cent à cent vingt, commandés par un major, exercent une surveillance générale et de police dans les galeries, les corridors et les jardins.

La Garde Suisse, qu'il faut citer la dernière parce qu'elle a, comme étrangère, le dernier rang et qu'elle tient seulement les portes extérieures du Palais et des grands appartements, est pourtant la seule qui ait une histoire. On en trouve trace dès 1370 où Oswald Schmid commandait la garde d'Urbain V et de Grégoire XL Toutefois, on n'en peut suivre la chronologie qu'à partir de 1505 où

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