‹ Rome pendant la semaine sainteChapitre 14 sur 36 · LAMPES ÉTEINTES · texte numérisé non relu

LAMPES ÉTEINTES

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du Souverain Pontife et aussi, et surtout, au sujet de la liberté des conclaves futurs sont si graves que le mieux est d'attendre les événements ; mais n'est-ce pas bien là tout le caractère de Léon XIII et toute sa façon d'agir : ce projet dont il a mûrement pesé toute la portée, et que subitement, tout seul, sans demander nul conseil, il exécute : trois tours de roue et le problème est posé devant l'Europe, le ministère italien se précipite au piège tendu et cette promenade d'un vieillard sur quelques pavés disjoints entre lesquels l'herbe pousse, cette action qui n'est une action que le moins possible et qui semble un argument philosophique tant elle est réduite à ce qui est indispensable pour effectuer la démonstration, suffit à prouver au monde et peut-être au Pape lui-même, que la loi des Garanties n'a été qu'un charlatanisme, que, même si la Papauté en acceptait la lettre, l'Italit; en donnerait une interprétation à son gré, que nulle entente n'est possible, que nul raccommodement n'est praticable, qu'il faut renoncer à des tentatives qui ne peuvent que compromettre ou affaiblir la Papauté aux yeux des fidèles catholiques et que le Sacré Collège, lorsqu'il aura, dans une éventualité que Léon XIII connaît, à laquelle il pense sans cesse, et qu'il attend sans inquiétude, à pourvoir à la vacance du Siège de Saint- Pierre, devra considérer d'abord si l'indépendance du Conclave est assurée, et devra ensuite, par ses suffrages, préparer un pontificat tel que les intérêts de l'Église universelle ne se trouvent point subordonnés à la pohtique de la Triple-Alliance.

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L y a vingt ans, pendant la Semaine Sainte, l'Église romaine étalait ses splendeurs et, par des cérémonies d'une pompe grandiose, d'une signification sensible, qu'avaient réglées les plus illustres artistes qui eussent jamais vécu, commémorait le sacrifice du Dieu-Homme mort pour l'humanité. 11 est impossible, en rendant compte de ce qui se fait aujourd'hui, d'oublier entièrement ce qui se faisait jadis. Rien n'est resté que le souvenir des fonctions papales, mais ce souvenir plane sur Rome en ces jours-ci et l'emplit d'une vague et mystérieuse attente. Il semble à chacun des vieux Romains que, brusquement, le canon va tonner au fort Saint-Ange, que les étendards de l'Église vont se déployer sur les bastions, surtout que la porte de la loggia de Saint-Pierre ne peut toujours demeurer close, qu'elle va s'ouvrir, que la bénédiction va descendre sur la Ville et sur le Monde. Ils espèrent on ne sait quel miracle et, de tous les entours, des monUignes prochaines, des campagnes où leur abri est un pan de ruine antique, ils viennent pour le prodige. Le prodige s'est fait attendre. Mais ce peuple des environs, joint au petit peuple vraiment romain, suffit à marquer d'un trait si particulier les offices qui se célèbrent à i)i-ésent presque suivant les mêmes rits que par le monde entier, que c'est à lui qu'il faut s'attacher d'abord, en

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notant ses attitudes, en essayant de pénétrer ses idées. Comme il y a vingt ans, les eérémonies du pontificat romain, dont nul artiste digne de ce nom n'a tenté de rendre les splendeurs, ceci aussi sans doute disparaîtra avant qu'une génération n'ait fait sa vie. Les princes ne vont plus au Vatican, pourquoi les petits iraient-ils aux églises? En pays où l'on proclame l'égalité devant la loi, si les ministres se donnent l'agrément de se dire athées, pourquoi le peuple croirait-il qu'il y a un Dieu?

Le but qu'on poursuit ouvertement, c'est de décatholiciser l'Italie. On croit y être à peu près parvenu pour les hautes classes et l'on a fait une société à son image : libertine et impie, qui pèse ses dévouements comme ailleurs on pèse ses alliances et qui a appris par d'illustres exemples quel cas il convient de faire de la reconnaissance et de la foi jurée.

Dans le peuple, un esprit religieux subsiste encore avec des formes qui sont particulières, tiennent plutôt peut-être de la superstition que de la foi, s'attachent aux côtés tangibles du culte plus qu'aux dogmes immatériels de la religion, tournent presque sur des points à une sorte de fétichisme où il est difficile de distinguer, abstraction faite des vocables imposés aux images, la part que le Christianisme a apportée et la trace qu'a laissée le Paganisme. Au sortir des églises où elles viennent de prier ardemment, les femmes, sur la place, se font tirer la bonne aventure. On mêle la religion à toutes sortes de superstitions où elle n'a rien à faire. Toutefois, si enveloppée soit-elle, et si défigurée, cette part qui reste du Christianisme est assez grande encore pour tenir ce peuple, ce misérable peuple attaché à la glèbe, pour lui apporter des consolations, pour lui assurer des espérances. Qu'on supprime en son esprit cette religion à laquelle il est uni par des liens vingt fois séculaires, qu'on paie des instituteurs pour lui enseigner que tout ce qu'il croyait, tout ce qui faisait son lendemain immortel et l'aidait cà supporter le poids du jour, n'est que préjugé, niaiserie et sottise, ce peuple, dont les besoins factices ou réels augmentent sans cesse et dont les ressources traditionnelles diminuent toujours, qui connaît des passions nouvelles et qu'on déshabitue de ses rêves d'autrefois, à qui jadis on montrait le ciel comme une récompense et qu'on exproprie aujourd'hui de l'éternité, auquel on ne peut donner le bien-être en sa vie présente, et chez qui l'on abolit le songe d'une vie bienheureuse, ce peuple voudra se faire un meilleur partage. Le jour qu'il n'ira plus aux cérémonies des prêtres, il ira aux ventes des carbonari et aux assemblées des anarchistes. Il y trouvera des pompes théâtrales qui flatteront son esprit et des pratiques

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