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LE RELIQUAIRE A SAINTE-CROIX-EN-JÉRUSALEM

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dû faire avec amour à ses précieuses trouvailles n'a été respecté pour attester sa foi et pour conserver sa mémoire.

Dans les monuments religieux, la piété des générations nouvelles aimait substituer ses ex-voto à ceux des générations antérieures. A peine une église était-elle construite et décorée qu'on se plaisait à y ajouter, à en changer les dispositions, à en refaire les peintures. Plus saintes elles étaient et plus vénérables, plus les vœux y étaient ardents, plus les transformations rapides. L'idée de consolider ou d'entretenir les édifices des vieux âges ne venait point, ne satisfaisait point, ne semblait point profitable. 11 fallait au moins modifier les aspects, mettre les choses à la mode, et l'on pensait s'immortaliser ainsi, — mieux, s'acquérir des titres pour l'autre vie. Ici donc, rien ni de la fondatrice, ni du Concile de 433, ni même, hormis le campanile qui est sans doute du xin* siècle, rien du pape Luce II qui reconstruisit la Basilique au milieu du xir siècle. Des débris antiques, mais anonymes comme ces colonnes qui soutiennent le baldaquin, comme ce sarcophage de basalte qui, sous l'autel, renferme les corps de saint Anastase et de saint Célaire, mais rien, comme disent les antiquaires, qui soit du temps, qui, par son authentique vétusté, parle aux sens.

Mais bien mieux qu'aux sens, qu'à l'esprit de l'antiquaire, parle à la foi des catholiques cette perpétuité de dévotion, toute portée au même lieu depuis des siècles, toute employée à travers les âges à ce recommencement continuel de décoration. Il ne faut point médire des reliques. Leibnitz, qui n'était point un médiocre esprit, a écrit, tout protestant qu'il était : « Même, puisque le but qu'on se propose est d'exciter en nous des mouvements de piété, s'il arrivait que des reliques réputées vraies ne le fussent pas, ce serait de médiocre importance. » La phrase est bonne à retenir et à recommander aux méditations de ceux qui sont le plus fréquemment admis dans la chapelle souterraine de Sainte- Croix-en-Jérusalem .

Pour les catholiques, en effet, que de pas et de démarches afin d'être admis à voir les reliques de la Passion : il faut aux hommes une permission signée du cardinal titulaire; aux dames, une permission signée du cardinal secrétaire des Mémoriaux qui a dû prendre expressément à ce sujet les ordres du Pape. Autrement on a chance de ne les apercevoir que le Vendredi Saint, le quatrième dimanche de Carême et le 3 mai de chaque année. Mais pour manier les reliquaires, pour en critiquer les ciselures, pour promener ses doigts sur les inscriptions, pour examiner les reliques en les retournant comme sur la table

d'un commissaire-priseur, rien de tel que d'être hérétique. L'excommunication n'arrête point les Anglaises au seuil de la chapelle. Elles y trouvent des complaisances qui espèrent un pourboire et qui , quoique chaque fois presque elles soient déçues, n'en rêvent pas moins aux Miladys légendaires faisant par fantaisie la fortune d'un pauvre homme. Et, avec des moues dédaigneuses, des gestes dénigreurs, la sûreté de goût que donne le Murray à qui sait le lire, elles entourent, elles accaparent, elles absorbent le trésor, et heureux encore est-on qu'il soit de métal et qu'elles n'en puissent briser des morceaux.

Ici, on ne ferme pas les églises avec un système de petites portes bientôt graissées par les mains du populaire ; on prend au pied de la lettre la parole du Christ : « La maison de mon Père est ouverte )>. On se contente d'un rideau qui n'est pas une clôture ; mais, afin d'éviter qu'il ne vole à tous les vents, et que, à force de le lever par un angle, on ne le déchire, ce rideau, surtout pour les portes d'une grande dimension, est une espèce de matelas rembourré de plomb à sa base et doublé d'une nappe de cuir. Quand quelqu'un le soulève avec effort pour pénétrer dans une éghse, vous croyez assister à un miracle en voyant céder cette muraille flexible. Ce procédé est, en somme, plus malpropre que le nôtre, car, en retombant sur vous, le cuir enduit du cambouis manuel des siècles vous frôle souvent le visage. Pour éviter ce contact au visiteur, un mendiant est là qui, de son dos, relève le rideau, tandis que, humblement, il demande l'aumône.

Il semble que les derniers mendiants romains se soient réfugiés à ces portes, où ils ont trouvé leur emploi, gens d'éghse qu'ils sont, d'infime espèce à coup sûr, mais tenant pourtant leur place, et si nécessaires que l'œil, habitué à eux, les cherche s'ils s'absentent, que la main se refuse à écarter le lourd voile de cuir, qu'on a comme un remords de l'aumône qu'on n'a point faite. Et ces loqueteux ont un caractère et une façon d'être qu'on ne trouve plus ailleurs : des airs et des allures dévotes, humbles, piteuses, mais en même temps assurées comme si l'aumône leur était due, que ce ne fût point même une aumône, mais un salaire, ou plutôt comme un droit que toute personne comme il faut fût tenue de payer à l'entrée. Et l'œil, quand, sans rien donner, passe devant eux un visiteur ou une visiteuse, Baederer en main, de ces coureurs d'église qui font les monuments comme on fait des patiences! Et la moue pleine, sans qu'ils prennent la peine de se remuer ni de virer le corps, quand déballent, éreintés.

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