LE GRAND PÉNITENCIER
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temps, concurremment avec celui du cardinal Parocchi, pour le cas où la chaire de Saint-Pierre deviendrait vacante. On peut môme dire qu'il est le papabile sur lequel sembleraient devoir se porter les suffrages de tous les membres du Sacré-Collège qui ne sont point inféodés à l'Italie et qui prétendent maintenir dans leur intégrité les droits et l'indépendance de l'Église Romaine.
Doyen du Sacré-Collège, secrétaire du Saint-Office, grand pénitencier, archiprètre de Latran, membre de toutes les congrégations importantes, protecteur d'ordres, de confréries et d'instituts sans nombre, le cardinal Monaco La Valetta n'a jamais laissé discuter sa doctrine, suspecter sa foi, ni soupçonner sa vie. Son histoire est courte : né à Aquila, le 23 février 1827, il a dû sa carrière au cardinal Patrizi, un des derniers cardinaux grands seigneurs, qui l'avait pris en amitié et l'avait introduit dans la prélature. Lorsque le cardinal Patrizi vint à Paris pour baptiser le prince impérial, filleul comme on sait de Pie IX, et pour offrir la Rose d'or à l'impératrice Eugénie, monseigneur Raffaele Monaco La Valetta l'accompagnait. Il ne semble point avoir été frappé des splendeurs que déployait alors l'Empire nouveau et ne se lança point dans les nonciatures. Secrétaire de grandes congrégations, il parcourut si rapidement sa voie que, à quarante et un ans, le 13 mars 1868, il était nommé et déclaré cardinal. Rien d'éclatant en lui, ni comme éloquence, ni comme talents, mais une subordination exacte aux doctrines du Pape régnant. Au Concile du Vatican, sans être un des présidents des commissions, il joua un rôle important et marqua son dévouement.
En 1878, à la mort de Pie IX qui l'avait nommé un de ses trois héritiers fidéicommissaires et l'un de ses exécuteurs testamentaires, il était cardinalvicaire et il n'est point imitile de dire que, dans la Congrégation du 8 février, il fut de ceux qui votèrent pour que le Conclave se tînt à l'étranger. On assure que, dans la Congrégation suivante, « il observa qu'il serait plus régulier de proposer la question si l'on devait élire le Pape tout de suite, etiani prœsente cadamrc, pour éviter des violences de la part du Gouvernement. Il eut, dit-on, quatre voix au premier scrutin et quatre à l'accession et garda deux voix au second scrutin. Riche et généreux, simple et pieux, à la fois prudent et ferme, il vit très retiré du monde et n'entretient presque aucun i-apport suivi avec le corps diplomatique.
Le cardinal Monaco a un teint uniformément blanc, d'un blanc mat; on sent en lui la volonté et l'intelligence, non l'ardeur qui se dépense et la foi «|ui se disperse. Il a les ;iirs d'un taciturne : il voit sa route, il saurait I<m suivre.
Le monde ne le hante point, ni la pensée qu'on le regarde. Cela lui est indifférent. Il suit sa vie, prêt à accepter la mission que son Dieu lui confierait, moins ambitieux que convaincu, moins politique que chrétien, plus prêtre que pape, plus catholique qu'italien.
Le Mercredi Saint, donc, le Grand Pénitencier se rend à Sainte-Marie- Majeure. Le dimanche des Rameaux il est allé 9, Saint-Jean-de-Latran ; le Jeudi Saint il viendra à Saint-Pierre. Dans chaque basilique il est reçu par les Pénitenciers : Pères mineurs observantins à Latran, Frères prêcheurs à Sainte- Marie-Majeure, Cordeliers à Saint-Pierre; il revêt la chape violette, et, sauf à Saint-Pierre, les chanoines, l'attendant à la porte principale, lui présentent l'aspersoir. Le cortège se dirige vers l'autel du Saint-Sacrement où le cardinal fait sa prière ; puis on le conduit à une estrade élevée où le caudataire lui ôte la chape et lui met la barrette sur la tête en même temps qu'un auditeur de Rote lui présente la baguette blanche. Il en frappe à la tête l'auditeur, puis les autres prélats, les assistants et le peuple qui vient gagner l'indulgence de cent jours. Montaigne qui vit, il y a trois cents ans, « Monseigneur le cardinal « Saint-Sixte » faire ainsi son office, écrit avec un demi-sourire : « Il donnait (( sur la teste de une baguette longue qu'il avait en la main aus passans et (( aus dames aussi, mais d'un visage souriant et plus courtois selon leur gran- ({ deur et beauté. ».
Peut-être cette cérémonie est-elle une survivance de l'ancienne loi romaine d'après laquelle, pour affranchir un esclave, le maître le frappait- sur la tête avec une baguette appelée Vindicta. La baguette du Grand Pénitencier, qu'on appelle Cannuccia, n'affranchit-elle pas aussi?
Lorsque le Grand Pénitencier a touché de sa baguette chacun des assistants agenouillés (et chaque fois il gagne aussi pour lui-même, suivant un décret de Benoît XIV, cent jours d'indulgence), il écoute en confession les pénitents qui se présentent. Jadis, il était presque d'usage qu'on lui fournît un criminel de distinction qui venait, bourdon en main, coquilles aux épaules, en costume de pèlerin moyen âge et avec la tête d'un bandit moderne, s'accuser d'énormes crimes : rapts, vols, assassinats ou parjures. Aujourd'hui, ce n'est plus guère qu'un simulacre : les brigands ne jugent plus à propos de se confesser ou pensent sans doute que, à les écouter, le Grand Pénitencier aurait trop à faire.
Dans les basiliques, on ne chôme point de confesseurs. A Saint- Pierre comme à Saint-Jean-de-Latran, onze confessionnaux sont disposés où des péni-