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UN CONFESSIONNAL A SAINT-PIERRE

tenciers de chaque nation attendent en permanence les fidèles. Au-dessus de chaque confessionnal qui, comme dans nos anciennes églises, laisse entièrement voir le prêtre et les pénitents, une inscription indique à quel idiome il est destiné. Mais, si la disposition des confessionnaux est telle qu'on la voit dans la jolie planche de Bernard Picart; si, devant certains, destinés aux occidentaux raffinés, les attitudes des confessantes sont telles qu'on les pourrait voir en tous pays, avec des élégances de formes calculées et des joliesses de maintien, les femmes romaines y portent quelque chose de sauvage, une passion dressée contre la plaque de cuivre percée de petits trous où elles boivent le divin des paroles saintes sans voir qui les dit. Et pendant qu'elles parlent, rapides et violentes, avec des éclats de voix où, même dans l'aveu repentant, glapit l'accent rauque des colères anciennes, des passants se prosternent devant le confessionnal et le prêtre, avec sa baguette plus petite que celle du Grand Pénitencier, les touche au front. Clément XIV a attaché vingt jours d'indulgence à cette pratique, et les Romains ne manquent point, l'absolution obtenue, de faire encore le tour de la basilique, de se prosterner à chaque confessionnal, de gagner l'indulgence, comme si en cette étrangeté de la nature humaine où le besoin d'épargner, la passion de la propriété grossie est dans le sang héréditaire, il y avait comme la volonté d'accumuler aussi des billets à ordre sur Dieu.

oUT dans Rome, aujourd'hui, est pour la piété; seul, le Souverain Pontife ne peut marquer au dehors sa dévotion. Pourtant, c'est entre les jours que commémore l'Église, celui qui tient peut-être le plus à la doctrine qu'elle enseigne, car à pareil jour, dans la Cène mystique, son Dieu a révélé le plus noble de ses mystères. C'est le jour, le premier des Azymes, où au coucher du soleil les juifs doivent manger la Pàque dans Jérusalem. Jésus est encore à Béthanie, mais il rentrera dans la ville avant l'heure du repas pascal, car il doit accomplir la Loi. Il envoie au-devant, pour préparer le repas, deux de ses disciples : Pierre qui est la foi, Jean qui est l'amour. Ils suivront un homme portant une cruche d'eau. Cet homme les mènera où ils doivent aller : c'est à la maison d'un juif riche et qui reconnaît la mission du Christ. Ce juif leur livre aussitôt une salle vaste et bien ornée. L'agneau est présenté au temple, rapporté, apprêté pour le repas : tout est disposé, les laitues amères et les pains azymes. Jésus arrive. Debout, la ceinture aux reins, le bâton A la main, le maître et les disciples nîmplissent chacun des rits que Moïse a prescrits à son peuple. Pendant ce court repas, ce simulacre, plut(M, Jésus dit : « En vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira, oui, l'un d(; (;eux qui mettcnit en ce moment la main au

plat avec moi, est un traître. » Et, comme les autres. Judas demande : « Est-ce moi, Seigneur? » Jésus lui répond à voix basse : « Oui, c'est toi, tu l'as dit. » Mais le vendu fait semblant de ne pas entendre. L'argent le tient, il le tiendra jusqu'à ce que le sacrifice soit terminé.

La Loi ancienne est accomplie, il faut que la Loi nouvelle soit révélée. A la Pàque juive, une sorte de banquet succède où, couchés deux à deux sur des lits, à la mode orientale, le maître et ses disciples prennent part au festin qu'a préparé ce disciple opulent qui prête sa maison à Jésus. A la fin de ce repas, Jésus se lève, prend un linge dont il se ceint comme un serviteur, emplit d'eau un bassin et, malgré la résistance des apôtres, s'approche successivement de chacun d'eux et leur lave les pieds. Puis, prenant en ses mains d'abord un débris de pain azyme, ensuite la coupe pleine de vin, il révèle le mystère de « la Nouvelle Alliance », il institue le nouveau Sacerdoce, il nourrit ses apôtres de son corps, il les abreuve de son sang. Ce n'est qu'alors, devant les désignations de plus en plus claires du maître, que Judas se lève et sort de la salle pour aller chercher ses complices.

Les cérémonies du Jeudi Saint sont donc entre les plus solennelles que ramène l'année, puisqu'elles ont pour objet d'honorer l'anniversaire de la Cène. Pour le mieux faire, l'Église abandonne ses vêtements de deuil. Pour cette messe, elle adopte le blanc, la couleur de la joie, celle qu'elle prendra le jour de Noël et le jour de Pâques. Elle entoure l'autel illuminé des plus riches ornements et où seraient-ils plus riches qu'à la Sixtine? Mais là, à présent, nulle cérémonie.

Finie la messe en grand apparat avec le trône et le fauteuil couverts d'étoffe lamée d'or et le devant d'autel en tapisserie brodée d'or, où se lisaient, avec les armes d'Urbain VIII, les cinq boules des Médicis. Alors, le Pape précédé de la Croix et de son cortège, vêtu de la chape d'argent où brillait le formoral précieux, coiffé de la mitre d'or, entrait dans la chapelle où les cardinaux en habit violet rendaient l'obédience. Après la messe, dite par le cardinal doyen, où le célébrant, outre l'hostie qu'il devait consommer, consacrait l'hostie pour le calice du Sépulcre, — le cahce de cristal de roche monté en or, entouré de pierres précieuses où sont gravés le Christ et les douze Apôtres, — les maîtres des cérémonies distribuaient les cierges aux assistants; les Cardinaux revêtaient à leurs bancs les habits sacrés de couleur blanche, les Patriarches, les Évêques, les Abbés mitres venaient à la sacristie prendre la chape et la mitre blanche ; blanche était la cotte des Auditeurs de Rote, des Clercs de

la Chambre et des Votants de Signature ; blanche, la dalmatique du dernier auditeur porteur de la Croix; blanche, la dalmatique des deux premiers cardinaux-diacres qui assistaient le Pape. Par la Salle royale, illuminée de cierges sans 'nombre sortant de douze grandes cornes d'abondance dorées, la procession s'avançait, et, après les prélats marchant deux à deux, après les Cardinaux portant d'une main le cierge et de l'autre la mitre où s'enfermait leur calotte rouge, le Pape s'avançait, tête nue, à pied, portant le calice. Dans la traversée du presbytère, un maître des cérémonies tenait l'ombrelle ouverte sur le calice jusqu'à ce qu'on eût, à la balustrade, rencontré le dais avec les douze Bussolanti aux torches allumées. Dans la Chapelle Pauline toute illuminée, le Pape, au bas de l'autel, remettait au premier cardinal-diacre à genoux le calice que le prélat sacristain déposait dans l'urne du Sépulcre, et après l'encensement et l'adoration, le cortège se rendait à la Loggia de Saint- Pierre d'où le Pape donnait sa bénédiction au peuple.

Quittant alors la chape et la falda pour la mosette de drap rouge bordée d'hermine et l'étole de satin rouge, suivi de son cortège qui avait repris les vêtements violets, le Souverain Pontife se rendait sur la Sedia dans la chapelle Grégorienne où il revêtait l'étole violette et coiffait la mitre d'argent et d'où la procession repartait pour la chapelle de saint Procès et de saint Martinien, dans le bras droit de la croix de la Basilique. Là, le trône était dressé entre les deux colonnes de l'autel, au-devant de tapisseries telles que la tapisserie de la Cène qui, sous le règne de Pie VI, fut exécutée à l'hospice Saint-Michel d'après la fresque de Léonard. A droite du trône, sur une estrade où, de l'estrade du trône, on accédait de plain-pied, treize prêtres ou pèlerins étaient assis, vêtus d'une longue robe de fine laine blanche, d'une tunique avec une ceinture de ruban de soie, d'une cape blanche à capuchon, ayant au col une fraise en linge plissé, aux jambes de grands caleçons, aux pieds des souliers de cuir blanc, sur la tête un bonnet très haut, conique, en laine blanche avec des glands de laine blanche. C'étaient les Apôtres auxquels le Pape devait laver les pieds. Ils étaient choisis, suivant une décision d'Alexandre VII, parmi des tonsurés nés au delà des monts et étaient désignés par divers cardinaux, le majordome, l'évêque arménien, le capitaine des suisses et plusieurs ambassadeurs, dont l'ambassadeur de France. Le mercredi, ils avaient été présentés à l'étuviste des Palais apostoliques qui, dans la matinée du jeudi, les avait visités et nettoyés, puis les avait livrés, pour être habillés, au bussolante sous-garde-robe.

Sur les crédences, des aiguières, des bassins, des bouquets de fleurs naturelles , des linges et d'autres objets nécessaires à la cérémonie ; autour du Pape, toute la cour pontificale, selon les rangs ; dans les arcades, des tribunes qu'occupaient les ambassadeurs et les dames romaines.

Après quelques prières qu'il entendait sur son trône, le Pape se levait, déposait la chape, ceignait un grémial de lin blanc garni de dentelles et, précédé des massiers, de deux officiers de sa maison et des deux cardinauxdiacres, passait sur l'estrade. A son approche, l'étuviste apostolique mettait successivement à nu le pied droit de chacun des pèlerins ; un diacre en tunique blanche soutenait ce pied pendant que le Souverain Pontife le lavait avec de l'eau que versait un bussolante et qui retombait dans un bassin de vermeil. Après avoir frotté légèrement le pied nu, le Pape l'essuyait, le baisait et s'inclinait ; puis il remettait directement à chaque pèlerin une serviette en un bouquet de fleurs, auxquels le prélat trésorier ajoutait deux médailles d'or et d'argent dans une bourse de damas cramoisi à glands d'or. A l'avers de ces médailles frappées à l'effigie du Pape et portant, avec son nom, l'année du Pontificat, se voyait le Sauveur lavant les pieds à saint Pierre, et cette inscription :

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