BÉNÉDICTION DES GRANDES RELIQUES
sainte Véronique où est empreinte la face du Sauveur, le fragment de bois de la vraie Croix détaché de celui plus considérable conservé à Sainte-Croix-en- Jérusalem, et la lance qui perça le côté de Notre-Seigneur.
Un chanoine en étole et en gants rouges, assisté de deux autres en surplis et en rochet, bénit successivement le peuple avec les trois reliques au centre et aux deux angles de la loge. Chaque ostension est annoncée par le son de deux clochettes. Le Samedi Saint, on montre, en outre, le chef de saint André, et, le Lundi de Pâques, l'ostension comprend les cent treize reliques de la Basilique vaticane.
Mais Saint-Pierre n'est pas l'église de Rome qui possède les reliques les plus importantes et les plus nombreuses, et un document communiqué permet d'énumérer en détail les reliques insignes, celles qu'une piété traditionnelle recommande à la vénération des fidèles comme attestant chacun des faits éclatants de la vie de Jésus-Christ.
« A Sainte-Marie-Majeure (chapelle du Saint-Sacrement), ce sont les pierres de retable dans lequel il naquit ; à Sainte-Marie-Majeure, sa crèche de bois ; à Sainte-Marie-Majeure, à Saint-François a Ripa^ à la Nativité-des-Agonisants, ses langes : à Sainte-Marie-Majeure et à Saint-Pierre , du foin sur lequel il coucha; à Saint-Marc, de la paille de l'étable ; à Sainte-Anastasie, le manteau dont il fut enveloppé à sa naissance ; à Sainte-Croix-en-Jérusalem, des cheveux de Jésus enfant ; à Saint-Jacques-Scossa-Cac;<2Z/o, l'autel de la Présentation ; à Saint-Pierre, onze colonnes du temple de Jérusalem (huit aux balcons des reliques, au-dessous de la coupole, deux dans la chapelle du Saint-Sacrement, et une contre laquelle le Sauveur s'appuyait pour enseigner et pour prier, à la chapelle de la Piété.) A Saint-Sylvestre in Capite, la sainte Face; à Saint- Jean-de-Latran, la table de la dernière Cène; à Saint- Jean-de-Latran, du linge avec lequel Jésus-Christ essuya ses mains à la dernière Cène, et du hnge avec lequel il essuya les pieds de ses apôtres ; au Sancia-Sanctorum^ une partie du lit sur lequel étaient couchés les apôtres pour la dernière Cène ; à Sainte-Praxède, la colonne de la Flagellation ; à Saint-François a Ripa, du voile dont les yeux du Christ furent bandés quand il fut souffleté ; à Saint-Jeande-Latran et à Saint-François a Ripa, le vêtement de pourpre dont il fut habillé ; à Sainte-Praxède et à Saint^Roch, de la tunique sans couture ; à la Scala-Santa, l'escalier du Prétoire et les portes du palais de Pilate; dans seize diverses églises, vingt-cinq épines de la Sainte couromie ; à Sainte-Croix-en- Jérusalem, ù Saint-Pierre, à Saint-Jean-de-Latran , A Sainte-Marie-Majeure, à
as
no ROME PENDANT LA SEMAINE SAINTE
Sainte-Praxède , à Saint-Marc et à Sainte-Marie in CampitelU^ des fragments du bois de la vraie croix ; à Sainte-Croix-en-Jérusalem, le titre de la croix ; à la même basilique, un des clous; un autre à Sainte-Marie in Canipiielli ; à Saint-Pierre, la lance sacrée ; à Saint-Marc et à Saint-Jean-de-Latran , de l'eau et du sang qui coulèrent du côté de Notre-Seigneur. »
Les reliques exposées à la vénération des fidèles ont été, au temps de Benoît XIV, l'objet d'une reconnaissance particulière où ont été rejetées celles qui ont paru apocryphes ou douteuses. Quant aux reliques des martyrs, les catacombes en fournissent toujours. Il en est, parmi ces corps qui sont exhumés par les soins du Vicariat, qui ne sont désignés nominalement par aucune inscription et dont les ossements tombent en poussière; cette poussière, précieusement recueillie, est ensuite mêlée par les religieux cisterciens de Sainte- Croix-en-Jérusalem avec la cire du cierge pascal de la Chapelle Sixtine et des autres églises de Rome. On en fait des petits gâteaux de forme ovale, offrant d'un côté l'image de l'Agneau pascal et la légende Ecce agnus Dei qui tollit peccata niundi avec les armes et le nom du Pape qui les bénit, et, de l'autre côté, la représentation de la Vierge et d'un ou de plusieurs saints. Le Pape les consacre solennellement la première année de son pontificat et ensuite tous les sept ans. Le sous-garde-robe est chargé de conserver les Agnus et de les distribuer aux fidèles accompagnés d'une feuille imprimée où sont exposées leurs vertus particulières au spirituel et au temporel : toutefois, c'est un camérier secret participant appelé Secrétaire d'ambassade qui a pour fonctions de les présenter, au nom du Pape, aux souverains de passage à Rome.
L'ostension des grandes reliques est brève, le Jeudi Saint; mais ensuite, une autre cérémonie, et non des moins imposantes, retient la foule autour de la Confession.
A la fin de l'Office des Ténèbres, vers six heures et demie, on a porté aux chanoines de Saint-Pierre, réunis dans leur chapelle, de petits aspersoirs de buis, et d'autres d'if ou de cornouiller. Les six plus anciens chanoines revêtent l'étole noire et, quand l'ostension des reliques est terminée, le Chapitre, précédé de la Croix, sort de sa chapelle et se dirige vers l'autel de la Confession. Une nappe sans bordure le couvre. Sur une crédence, posée du côté de l'épître, sont placés sept vases de cristal, un vase de métal doré rempli de vin, un bassin argenté avec sept éponges, et des aspersoirs pareils à ceux que portent les chanoines. Après une prière sur les gradins du marchepied et une antienne
Pi W
eu
JEUDI SAINT m
chantée par l'officiant en cliape noire, l'autel est dépouillé de sa nappe. L'officiant et six chanoines y versent d'abord du vin parfumé, puis de l'eau qu'ils étendent avec les aspersoirs et dont ils lavent l'autel. Le vin est l'emblème de la sueur de sang qui recouvrit le corps du Sauveur dans son agonie au Jardin des Oliviers, l'eau représente celle qui découla de son côté, lorsque, après sa mort, il fut percé d'un coup de lance. Après les six premiers chanoines, six autres remplissent le même office. Des sous-altaristes recueillent le liquide avec des éponges ; puis l'autel est essuyé et entouré de grands linges blancs, symbole de l'enseveUssement du Christ.
Quand le Chapitre s'est retiré, l'autel reste entièrement découvert et l'on éteint les cent vingt-deux lampes qui entourent la confession. Tout est silence, désolation et nuit. La basilique immense, emplie de la foule qui cherche presque à tâtons les issues, semble vide. Comme un brusque arrêt s'est fait dans la vie pour attendre l'anniversaire de la mort du Christ : La Rehgion qu'il a fondée interrompt ses cérémonies et, dans le deuil, l'obscurité, la supplication, espère la Résurrection promise.
E deuil de l'humanité catholique qu'annonçaient jadis aux fidèles toutes les cérémonies du Vendredi Saint, où tous les détails du costume, toutes les paroles des offices, toutes les attitudes des courtisans concouraient à cette impression de tristesse et de dépouillement, où les cardinaux et les prélats quittaient les insignes de leur dignité et déposaient même l'anneau qu'ils portent à leur doigt, où le Pape renonçait aux hommages solennels, au cierge qu'on tient devant lui lorsqu'on lui présente les livres saints, où les massiers renversaient leurs masses et les soldats leurs fusils; où nul honneur ne se rendait ni dans le chœur de la chapelle, ni dans la ville; où, dans la cité silencieuse, au-dessus de laquelle nulle cloche ne tintait, la vie civile semblait arrêtée devant ce grand acte de foi de la vie religieuse, il en est aujourd'hui comme ailleurs des deuils privés, qu'on prend lorsqu'on n'a rien de mieux à faire et qui n'empêchent ni de se montrer aux promenades, ni d'aller au théâtre, ni de faire des visites, ni .d'accomplir du premier au dernier chacun des rites obligatoires de l'existence mondaine.
C'est le jour pourtant où le sacrifice suprême s'est accompli, où le drame du Calvaire s'est déroulé en toute son horreur, avec cette tragique cruauté
que seuls, avec leur concision farouche, les Évangiles savent conserver et dont un récit, quel qu'il soit, qui n'est point leur littérale copie, est impossible.
Rien ne transpire de ce qui se passe au Vatican .en forme secrète. On ne voit plus la messe des Présanctifiés, devant l'autel entièrement nu, avec les cierges éteints, les ornements noirs, les leçons sans titre, célébrée- en présence du Pape qui a déposé son anneau pontifical et ne donne aucune bénédiction. On n'entend plus, après le chant de la Passion, le sermon en latin qui, depuis l'année 1389, était prononcé par le Grand pénitencier ou par un prélat qu'il désignait, de 1573 à 1774, par un Père de la Compagnie de Jésus et, depuis, par un mineur conventuel. On ne récite plus les dix-huit oraisons pour toutes les classes de fidèles, même pour les schismatiques et les hérétiques, même pour les juifs; on ne voit plus l'adoration du crucifix, d'abord sur l'autel, entièrement recouvert d'un voile noir, puis peu à peu manifesté au miheu des chants sacrés, ensuite porté sur un riche coussin et placé sur les degrés du sanctuaire, adoré trois fois et baisé par le Pape, puis par les cardinaux, les patriarches, les évêques, toute la Cour, jusqu'aux curseurs, aux massiers et aux caudataires des cardinaux. La croix replacée sur l'autel, c'était la procession pour reprendre le Saint- Sacrement dans la Pauline et le reporter dans la Sixtine où le cardinal grand pénitencier consommait l'hostie. Pendant la procession, on remplaçait le crucifix de l'Adoration par une croix d'argent qui renferme un morceau très considérable du bois de la Vraie Croix, taillé luimême en forme de croix et sur lequel l'on voit d'un côté le Christ crucifié avec quatre clous et onze figures en bas-rehef, de l'autre, les figures de la Vierge et de huit saints accompagnées de caractères runiques. Il paraît que cette rehque, qui fut plusieurs fois volée et perdue, avait, vers 463, été donnée par l'évêque de Jérusalem au Pape saint Léon P^ Devant cette croix on chantait vêpres.
Et encore, dans l'après-midi du Vendredi Saint on anticipait l'office du Samedi Saint en chantant les matines, terminées par le Miserere d'Allegri, et le Pape venait enfin, à Saint-Pierre, prier solennellement devant les reliques majeures, que les chanoines montraient de la loge de sainte Véronique.
Aujourd'hui, rien à la Sixtine ou à Saint-Pierre. Dans les églises, des sermons ou des chemins de croix : A Saint-Nicolas in Carcere, près du théâtre de Marcellus, au fond d'une ruelle, dans l'encastrement de bâtisses du moyen âge, là où des colonnes profondément enterrées, à base étrusque, jettent inopinément dans l'église ou dans une maison un bout de chapiteau ou un fragment