‹ Rome pendant la semaine sainteChapitre 27 sur 36 · SERMON A SAINTE-PRAXÈDE · texte numérisé non relu

SERMON A SAINTE-PRAXÈDE

son palais de Rome, vulgairement appelé le Palais de Madame ». Ainsi, la façade, qu'avait dessinée Jacques Délia Porta, fut terminée et l'église fut consacrée le 8 octobre 1589, jour de Saint-Denis, par le cardinal François de Joyeuse, archevêque de Toulouse.

Ce sont des Français au&si qui ont payé les décorations de l'intérieur : le cardinal Cointerel a donné le tableau du maître-autel, V Assomption, du Bassan; il a donné la boiserie du chœur, les grandes portes, le tabernacle de bronze doré et il a fait peindre la chapelle de Saint-Mathieu par le Caravage. C'est Pierre Polet, de Noyon, qui a payé au Dominiquin les fresques de la chapelle Sainte-Cécile, et l'abbé Benedetti qui a orné la chapelle Saint-Louis. Pour les applications de marbres on ne les fit qu'au xviir siècle de 1749 à 1756 : on eût pu s'en passer.

Les bâtiments de la communauté des chapelains avaient suivi de près l'église. Ils étaient achevés en l'an 1600, et, en 1628, était ouvert l'hospice où chaque pèlerin français était logé durant trois nuits et recevait chaque jour une bouteille de vin, deux pagnottes, trois onces de fromage et une salade. La Communauté se composait alors de vingt-quatre chapelains dont six étaient de l'Oratoire. Après diverses vicissitudes, elle comprend aujourd'hui douze chapelains et six pensionnaires. Parmi les chapelains, l'ambassadeur de France nomme un supérieur; les députés de la nation choisissent un sacristain et un économe, et le supérieur désigne un bibliothécaire, La bibliothèque a en effet une importance; fondée au début du xvnr" siècle, elle possède plus de sept mille volumes.

C'est clair et gai les bâtiments de Saint-Louis : une sorte de cloître à portiques autour d'un jai'din où bruit une fontaine, de beaux couloirs larges, des salles décorées dans l'esprit du xviii'^ siècle et qu'ornent quelques tableaux, d'autres où les chapelains qui vivent en communauté se réunissent aux heures de loisir, de jolies chapelles pour la prière, des cellules agréables pour le repos et le travail, c'est propre, silencieux, recueilli. Il semble qu'on y trouverait la pensée facile et douce, qu'on l'approfondirait davantage, qu'on en sort meilleur. C'est là une de ces institutions de la France du passé qui la font mieux aimer, et qui, maintenant une tradition quatre fois séculaire, relient les anneaux brisés de la chaîne, montrant comme cette patrie eût été grande si elle avait su seulement se continuer.

Ici la France donne le vivre et le couvert; la règle est austère, la discipline est exacte. On pense, on travaille et on prie. Aussi l'on produit des œuvres.

Le supérieur, tel que nous l'avons connu et aimé, était hier encore pour donner l'exemple : l'homme du monde attentif, aimable, généreux, qui avait appris à la Grande-aumônerie l'art déhcat des nuances aussi bien qu'il y avait trouvé l'exemple des extrêmes sacrifices, l'homme spirituel, observateur et fin dont l'œil voyait tout et à la malice duquel bien peu de chose échappait, l'homme qui connaissait le mieux le Vatican, non point seulement en prêtre et en politique, mais en artiste, et qui raisonnait aussi bien de la prochaine congrégation que de la dispate du Saint- Sacre me ni ., l'homme qui représentait et comme incarnait à Rome le haut clergé français en ce qu'il a de plus distingué, se doublait d'un éducateur d'âmes qui avait fait ses preuves dans le plus grand collège laïque de Paris et d'un théologien qui, en sa chaire de Sorbonne où il enseignait le Dogme, était à coup sûr le plus éminent de la Faculté maintenant détruite. Historien, il avait publié deux excellents ouvrages : l'un, Louis XIII et: le Béai-n, où il racontait le rétablissement du catholicisme dans son pays et l'annexion à la France de l'ancien domaine de Henri IV, l'autre Edmond Richer^ une étude curieuse sur la rénovation du galhcanisme au xvH'' siècle. Mais, depuis plus de dix ans, il s'était consacré exclusivement à Vlmitation. Il en avait collectionné, lu et collationné d'abord toutes les éditions, s'était imbu de la doctrine de façon à en rendre la substance en un livre désormais classique; puis, se mettant en chasse — et il a bien, avec son nez si fin et ses yeux si clairvoyants sous les lunettes, ce qu'il faut au chasseur — il avait battu les bibliothèques et les monastères d'Italie, recueillant les indications, feuilletant des manuscrits, colligeant, comparant, poursuivant le plus ancien texte à travers les inexpériences des copistes et les gloses des moines, parvenant enfin à établir cette édition de Vlmitation, vrai chef-d'œuvre de typographie, véritable monument d'érudition patiente, où, dans le commentaire, abondent de plus les vues ingénieuses et nouvelles sur l'auteur présumable du livre, sur le but qu'il s'est proposé, sur la forme métrique qu'il a adoptée.

Monseigneur Puyol a déplu au gouvernement français qui l'a destitué. Cela n'est point notre affaire; assez d'autres louei'ont les vainqueurs, nous restons avec le vaincu.

A côté de monseigneur Puyol, et sous sa direction, toute une légion de jeunes prêtres se donnait pour tâche d'éclaircir les points les plus obscurs de l'histoire de la papauté. Tel, pour n'en citer qu'un seul, l'abbé Gayet, avec son beau livre sur le Grand Sc/Usme d'Occident, qui ne fera pas moins de sept volumes. Que deviendra ce corps â présent que l'âme est partie?

MONSEIGNEUR PUYOL

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Saint-Louis n'est qu'un débris du domaine national. C'était, c'est encore à la France — bien qu'en 1828, par un coup d'étrange prodigalité on l'ait concédé aux dames du Sacré-Cœur — cet admirable couvent de la Trinité-des- Monts, dont, il y a quelques années, la bibliothèque fut vendue à l'encan et où à présent on serait bien embarrassé de trouver des religieuses françaises. Mais ce n'est plus à nous, ces immenses terrains de Saint-Denis aux quatre fontaines qu'on estimait en 1844 plus de vingt mille écus romains et qui valent aujourd'hui des millions. En 1806, on les avait aliénés pour trois générations : en 1850, on jugea à propos de consentir un nouveau bail emphytéotique comprenant la totalité des terrains. La loi italienne est survenue et, moyennant la consolidation de la rente dérisoire de quatre-vingts écus romains, la France a été expropriée d'une propriété qui, en l'emplacement où elle est, représente une fortune incalculable.

Bientôt cherchera-t-on en vain la trace, après les percements qui ont bouleversé Rome, de Saint- Yves-des-Bre tons, de la chapelle des Quatre-Nations in Bianchi, de Saint-Nicolas-des-Lorrains et de Saint-Claude-des-Bourguignons. Au moins savait-on réunir autour du cloître de Saint-Louis les débris monumentaux et les inscriptions qui intéressent l'histoire nationale. Rien d'ailleurs ne sera perdu tant qu'on ne se sera point laissé dépouiller du couvent de la Trinité, dont les dépendances représentaient, il y a vingt-cinq ans, un revenu de plus de six mille écus romains, perçu par les dames du Sacré-Cœur et dont fait partie aussi bien le grand escalier de la place d'Espagne que le chemin planté d'arbres qui conduit k la promenade du Pincio : ce qu'attestent les bornes fleurdehsées qui les délimitent.

A Saint-Louis, on conserve des archives sans prix pour l'histoire des relations de la France avec la papauté. On n'a plus de registres paroissiaux où inscrire les actes intéressant l'ambassade de France, puisque, en 1862, M. de La Tour-d'Auvergne- Lauraguais a renoncé, pour lui et ses successeurs, à avoir l'église nationale pour paroisse. Mais on y sait faire son devoir de prêtre et de français et, lorsque monseigneur Puyol y célébra, il y a quelques années? les obsèques de M. Mariani, ambassadeur de France près le roi d'Italie, ce fut un spectacle qui ne manquait i)oint de caractère de voir le représentant du roi Humbert, entouré de toute la cour piémontaise, accueilli officiellement sur terre française par l'ambassadeur d(^ France près le Saint-Siège. La scène était curieuse et rartî, et MM. les .pensionnaires de l'Académie de Fran('<' auraient pu en faire un crof|uis pour hîs archives de Saint-Louis.

Ils auraient pu prendre exemple sur ces gouaches qui appartiennent à la famille de Bernis et qui représentent le sacre de monseigneur de Bernis, évèque d'Apollonie. Cet évèque d'Apollonie, qui fut plus tard coadjuteur et archevêque d'Alby, puis archevêque de Rouen, était neveu du cardinal de Bernis et, pour faire amitié au cardinal. Pie VI voulut le sacrer lui-même à Saint-Louis, l'église nationale.

Les jolis dessins, et comme cela est spirituel et vivant ! Saint-Louis avec, au fond, sur l'autel, les gloires rayonnantes et les anges pimpants plaqués en haut relief sur les marbres précieux; le Pape, entouré de sa Cour, des gardes, la hallebarde levée, de tout un peuple de dignitaires, mitre en tête ; aux balustrades du sanctuaire, d'immenses torchères brûlant; au premier plan, entre deux évèques, au milieu des prêtres qui lui font cortège, tout jeune, presque poupin encore, comme fut jusqu'au dernier jour son oncle, Babet la bouquetière, le presque gamin évèque d'Apollonie; les Suisses formant la haie; dans les tribunes, des dames, les mains au grand manchon, un voile noir couvrant à demi les échaffaudages de coiffures poudrées ; sous une sorte de dais à plumets, à la place de la chaire à prêcher, en une tribune que décorent les armes des Bernis et leur lion et leur fière devise : Armé pour le Roy, les gens à plaque et à cordons, les dames du corps diplomatique. Sur le pavé, la canaille, mais quelle canaille ! des officiers et des dames, un peu de peuple, mais si joli ! Et tout cela pimpant, agile, long, tout cela clair, tout cela accommodé par les gestes, les costumes et les façons à ce temple qui veut pour ses fidèles des dorures et des grâces, des richesses de costume et des vivacités d'allures, de la soie et du velours, de la poudre et du clinquant, un temple où il semble qu'on ne doit entrer qu'en grand habit, qui, tout plein de morts qu'il est, est trop somptueux pour être triste, où la mort même, sous ces marbres rares et sous ces dalles armoriées, est de bonne compagnie, ne veut des larmes que dorées et ne fait porter que des deuils de Cour.

Cette impression que la mort n'est point faite pour Rome, on l'a dans toutes les églises. Ces voûtes, ces dômes, ces rondeurs, ces coupoles, ces aveuglantes clartés, ces rayons jouant sur les marbres et les ors, ce rococo qui, de certaines parties de Saint-Pierre, fait comme de gigantesques boudoirs, tout raconte le triomphe de l'Église, rien la misère de la créature. Les cathédrales du nord sont bâties pour la prière , la supplication , l'humble agenouillement de l'être mortel devant son Dieu. Il y est resté avec la terreur du Jugement prochain, la terreur de l'an mil, l'année marquée pour la destruction. Tout évoque la mort, tout y prépare, tout en parle. Dans les ombres majestueuses, que jamais le

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