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UNE LOGE A 8AINT-JEAN-DE-LATRAN

On serait tenté de penser, devant ce don de Charles V, que, dès ce moment, les rois de France possédaient, à Saint-Jean-de-Latran, des privilèges particuliers, puisqu'ils portaient à l'Archibasilique un si spécial intérêt. L'on ne trouve pourtant des traces certaines de leurs prérogatives qu'à partir du commencement du xvH'' siècle. A la vérité, par un diplôme du mois de janvier 1482, Louis XI avait doté le Chapitre et la Basilique de divers biens en Périgord, et par la bulle Quamqaani unwersis de juillet 1483, le Pape Sixte IV avait fort exalté cette munificence; mais il n'avait point été question de canonicat d'honneur. D'ailleurs les effets de la donation de Louis XI avaient cessé dès 1507, et près d'un siècle s'écoula avant qu'ehe fût renouvelée. En 1604 seulement, le 22 septembre, Henri IV fit don au chapitre de Saint-Jean de l'abbaye de Clarac ou Cleirac au diocèse d'Agen, sous les conditions que posèrent son ambassadeur, M. de Béthune, et le cardinal de Joyeuse, protecteur des églises de France. Il fut stipulé, le 6 juin 1605, que chaque année il serait fait deux parts égales des revenus : l'une de ces parts pour huit chanoines désignés par le roi, agissant par l'évèque d'Agen; l'autre divisée entre tous les membres du clergé selon les proportions en usage. Ce système resta en vigueur jusqu'en 1791, et les revenus de l'abbaye, évalués à plus de 40,000 livres par année, encore augmentés en 1729 de ceux du prieuré de Saint-Jean de Clermont, furent perçus par un vicaire de la Basilique résidant à Clarac. La statue érigée à Henri IV dans le vestibule de Saint-Jean et due au ciseau de Nicolas Cordier, atteste encore la reconnaissance des chanoines. Tous les ans, le 13 décembre, jour anniversaire de la naissance de Henri IV, une messe solennelle était célébrée, où l'ambassadeur de France assistait placé dans le chœur, sur une estrade, avec siège et prie-Dieu en damas rouge, et à la suite de laquelle il donnait un ricimmenio in Jiocchi. Le Pape manquait peu à venir faire sa prière dans le courant de la même journée.

Après le sacre. Napoléon songea sérieusement à rétablir l'ancien usage et réclama même les droits honorifiques; mais ce fut Charles X seulement qui, en 1825, annonça au Chapitre qu'il lui enverrait chaque année, des fonds de sa liste civile, une somme de 24,000 francs. La messe du 13 décembre, qu'on nomme la Jonction de la Sainte-Luce, fut alors renouvelée pour cinq années. Elle ne recommença qu'en 1864, mais fixée alors au 20 avril, jour anniversaire de la naissance de Napoléon III, lequel, par décision du 2 juin 1863, avait rendu l'allocation promise par Charles X.

On dit volontiers que le chef de l'État français, quel qu'il soit, (^st de droit chanoin(; honoraii'<! de Latran; on voit à présent ce qu'il faut penser.

A la messe, succède l'Ordination des clercs, pratiquée en des formes identiques à celles de l'Église universelle, mais avec une majesté qu'augmentent le nombre des ordinands de tous pays qui viennent recevoir le Sacrement, l'antiquité du temple et les souvenirs qui s'y attachent.

On confère d'abord les Ordres Mineurs qui ne sont en quelque sorte que les échelons pour monter aux Ordres Majeurs et ne constituent point de véritables sacrements.

Le premier ordre est celui de Portier. L'archidiacre présente aux ordinands, après une instruction de l'évèque consécrateur, la corde d'une cloche, car ils doivent veiller à sonner la cloche aux temps réglés pour appeler les fidèles à la prière. Jadis, VOstiarius avait mission d'ouvrir et de fermer les portes de l'égKse, d'en défendre l'entrée aux infidèles, d'empêcher qu'on approchât trop près de l'autel durant le sacrifice, qu'on interrompît le prêtre, que les femmes fussent mêlées avec les hommes.

Ensuite, c'est l'ordre de Lecteur que l'évoque confère en donnant à toucher le livre qui doit être lu à l'église, fonction redoutable aux âges de persécution, car les Lecteurs avaient la garde des livres saints. Ils servaient d'ordinaire de secrétaires aux évêques et aux prêtres et se préparaient ainsi au ministère, tandis que les Portiers, choisis le plus souvent parmi des hommes déjà âgés, ne franchissaient guère ce premier degré.

Ensuite, c'est l'ordre d'Exorciste, conféré en faisant tou.cher aux ordinands le livre des exorcismes et en leur disant : « Recevez ce livre avec la puissance d'imposer les mains aux énergumènes. »

Enfin viennent les Acolytes auxquels on fait toucher d'abord un chandelier avec un cierge, puis une burette vide, en accompagnant ces cérémonies des paroles analogues aux fonctions que les Acolytes doivent remplir.

Le Minorât, comme on dit à présent des quatre ordres mineurs, se confère souvent dans la même journée; mais pour monter aux Ordres sacrés, il faut une autre distance et de plus sérieuses réflexions. Quand, appelés chacun par son nom, ceux qui doivent être ordonnés sous-diacres se présentent devant l'évèque, il les avertit de considérer attentivement à quelle charge ils se soumettent. « Jusqu'ici, leur dit-il, il vous est libre de retourner à l'état séculier; mais, si vous recevez cet ordre, vous ne pourrez plus reculer ; il faudra toujours servir Dieu, dont le service vaut mieux qu'un royaume, garder la chasteté avec son secours et demeurer engagés à jamais au ministère de l'Église. Songez-y donc pendant qu'il est temps encore, et, si vous persistez dans

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cette sainte résolution, approchez au nom de Dieu. » Alors, tous ceux qui veulent être ordonnés sous-diacres, diacres ou prêtres, s'avancent vers l'ordinant : ils se prosternent la face contre terre, pendant qu'on chante les Litanies et qu'on invoque pour eux le suffrage de tous les saints. Ils se relèvent à genoux et l'évèque les instruit de leurs fonctions, il leur fait toucher le calice vide avec la patène, il leur donne le livre des épîtres avec le pouvoir de les lire dans l'église; mais c'est aux diacres et aux prêtres qu'est réservée l'imposition des mains.

Pour ceux-là il faut le témoignage de l'archidiacre et le consentement du peuple avant que l'évèque leur impose les mains, puis leur remette les ornements de leur ordre et le livre des Évangiles.

Pour conférer la prêtrise, les cérémonies sont encore plus imposantes, car c'est ici le dernier degré : « Les prêtres, dit le pontifical, tiennent la place des soixante-dix vieillards qui furent donnés à Moïse pour l'aider à conduire le peuple, et des soixante-douze disciples de Jésus-Christ. » Le prêtre doit offrir, bénir, présider, prêcher. Il a la puissance de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ et celle de remettre les péchés. Par l'Ordination il reçoit le Saint- Esprit, et, une fois prêtre, il ne peut plus, sans être anathème, redevenir laïque. Un sceau indélébile est sur lui. Aussi, ce n'est point l'évèque seul, mais tous les prêtres présents qui imposent les mains à l'ordinand pendant que, priant sur lui, l'évèque dit les divers degrés du sacerdoce ; ensuite, il lui donne les ornements; avec l'huile des catéchumènes, il lui consacre les mains; il lui fait toucher le cahce plein de vin et la patène avec le pain; enfin, après lui avoir fait réciter le Symbole des Apôtres, il lui impose les mains une seconde fois, et, à la messe, il le fait célébrer et consacrer avec lui-même.

La fonction commencée h six heures du matin, n'est point terminée à deux heures de l'après-midi.

NCORE un retour au passé d'il y a vingt ans, puisque c'est toujours à ce passé qu'il faut demander des splendeurs, des fêtes et des joies. Ce jour par excellence était le jour joyeux. Il voit accomplir la promesse. Il voit la vie, et la vie immortelle vaincre la mort. Il voit triompher la Justice, la Justice vaincue, la Justice trahie, la Justice livrée, la Justice flagellée et crucifiée, la Justice suppliciée, la Justice reniée par ceux même qui disaient l'aimer. C'est le jour de la revanche ; mais qui la donne, cette revanche ? Non pas l'humanité : elle a fourni Judas, Caïphe, Anne, Hérode, au mieux Pilate; mais nul, hormis quelques femmes, nul qui, jusqu'au bout, ait aimé la Justice assez pour croire en elle quand tous la niaient. Il faut un Dieu pour cette revanche. Il faut la sublimité d'un miracle pour que la Justice ait son jour et c'est ce jour qui est Pâques.

Et, comme pour se mettre à l'unisson de cette inattendue victoire, comme pour sortir de la mort, de la longue mort de l'hiver, la nature sourit toute à la vie qui recommence à circuler en elle et, autour de la fête chrétienne, elle apporte ses parfums renouvelés, ses fleurs les plus brillantes, tout le mystère de sa résurrection. Sous le soleil clair, dans la lumière comme épurée, le vert naissant des feuilles étroites, encore toutes grippées, met comme un bouquet frais éclos à chaque arbre, à chaque arbuste, à chaque buisson.

Au temps où le Pape vivait à Rome et non au Vatican, la Papauté mettait à honneur de célébrer dignement la plus grande fête de la religion et de l'humanité. Alors on était éveillé par les quatorze coups de canon du Château Saint-Ange que pavoisaient les couleurs pontificales et, en hâte, sans s'inquiéter de la curieuse procession que faisaient, au point du jour, à Sainte-Mariedella-Scala, les Carmes déchaussés, on se pressait pour assister à la Chapelle papale, à Saint-Pierre. Dès huit heures, les carabiniers à cheval et les dragons avaient pris poste le long des rues aboutissant au pont Saint-Ange, barré pour tous autres que les ambassadeurs et les prélats. A huit heures et demie, débouchaient les gardes-palatins, les grenadiers et les suisses, ayant tous au casque ou au shako une branche de buis ou de myrthe. Ils formaient la haie sous le portique et dans la grande nef de la Basilique, et les musiques se rangeaient à l'entrée pour jouer au passage du Pape.

Les San-Pietrini, ces ouvriers extraordinaires qui, dès leur jeune âge, sont dressés à courir sur les corniches, à préparer les illuminations, à exécuter tous les travaux d'entretien de la Basilique, avaient, dans la nuit, donné à Saint-Pierre son air des grandes fêtes. Les pilastres et la frise étaient couverts de tentures de damas rouge aux armes d'Alexandre VII qui écartelait le chêne d'or des La Rovêre à la montagne d'or des Chigi. Des rideaux de damas, fermant la chapelle de la Pieta, en faisaient une salle des parements où le Pape et les cardinaux revêtaient les ornements sacrés, si le cortège ne descendait pas de la Salle royale. Devant la chapelle du Saint-Sacrement, fermée aussi par des portières armoriées, se dressaient des bancs destinés au Sacré-Collège et couverts de tapis précieux. La statue de saint Pierre, vêtue des ornements pontificaux, ayant au doigt annulaire une bague enrichie d'un rubis entouré de diamants, était éclairée par une lampe et par deux gros cierges piqués dans des chandeliers de métal doré, don de Pie IX. Sur la balustrade de la Confession, brûlaient huit cierges décorés de feuilles de clinquant. La grille de la Confession était ouverte, et, au-dessus du tombeau de l'Apôtre, on apercevait la cassette de vermeil ciselé contenant les palliums destinés aux archevêques et aux primats. A droite et à gauche, dans les tribunes, des dames vêtues de noir et voilées. En avant et sur les côtés, les ecclésiastiques et les laïques invités, une masse entièrement noire. L'autel, sur ses deux faces garni d'un parement blanc brodé d'or sur les dessins de Jérôme Mariani avec les armes de Clément XIII, un parement estimé quatre-vingt mille francs. Sur l'autel, une croix plaquée de lapis-lazzuli, avec les statuettes de saint Pierre et de saint Paul

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