POPOLO — VIA CAVOUR
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l'épaule. Au-dessus de la tête du Pape, le dais porté par les prélats référendaires de signature; derrière la Sedia, le doyen de la Rote, le premier adjudant .de Chambre en cape rouge, un scopatore (balayeur) secret, puis l'auditeur de la Chambre, le trésorier, le majordome, les protonotaires apostoliques, les généraux d'ordres rehgieux, les ambassadeurs, la foule des étrangers...
Cette procession, quel coloriste en avait réglé la disposition! Comme les tons y étaient mariés et combinés pour recevoir les uns des autres une intensité plus grande! Les rouges, les violets, les blancs, les ors encadrés dans des noirs puissants, puis planant dans une apothéose de couleurs claires, au-dessus des uniformes multicolores, des casques brillants, des panaches et des aigrettes, entre les grandes épées des Suisses, le Pape, prêtre et roi !
Quand le cortège apparaissait sur le seuil de la grande porte, les chantres entonnaient le motet : Tu es Peirus. Puis retentissait la fanfare de la Garde-Noble. Une station d'adoration devant la chapelle du Saint-Sacrement, un arrêt encore devant l'autel de la Confession, et le Pape montait à l'autel de tierce; il s'asseyait, se coiffait de la mitre d'or, la Garde-Noble fermait l'enceinte; la Garde-Suisse entourait la Confession; chacun, suivant son rang, trouvait sa place : les cardinaux et les prélats à leurs bancs; le prince assistant au Trône, à la droite du Pape; le sénateur sur le premier degré du trône. Le joaillier du Palais apostolique avait rangé sur l'autel, en avant des chandeliers, les tiares : la tiare que Napoléon donna à Pie VII, et dont l'émeraude est unique par sa grosseur et sa beauté; la tiare que la reine Isabelle donna à Pie IX, en 1854, avec ses dix-huit mille diamants. Alors, après le motet Hœc cites quam fecit Dominus, harmonisé par Palestrina, chacun des cardinaux tenant sa mitre par les fanons, s'avançait et baisait la main du Pape cachée sous le pluvial. Après les cardinaux, les patriarches, les archevêques et les évêques baisaient le genou du Saint-Père, puis les abbés mitres et les pénitenciers lui baisaient les pieds. Ensuite, commençaient les prières préparatoires à la messe, pendant que le sous-diacre apostolique, aidé d'un camérier, enlevait au Pape ses mules rouges et le chaussait de bas et de sandales de soie blanche brodées d'or qu'il tenait sur un bassin doré et couvert d'un voile blanc. Après les psaumes et les oraisons, après le lavement des mains, le Pape revêtait la ceinture d'or à laquelle pendait une aumônière de soie blanche, la croix pectorale ornée de pierres précieuses, le fanon blanc, rayé d'or et d'amarante, qui est comme une double pèlerine, l'étole, la tunicelle, la dalmatique de soie blanche, les gants blancs brodés
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d'or, la chasuble de soie blanche, le pallium de laine blanche semé de croix noires et attaché par trois épingles d'or, la mitre de drap d'or, et le cardinal assistant lui passait au doigt annulaire de la main droite l'anneau pontifical.
La messe commençait alors, après une sorte de procession jusqu'à l'extrémité des bancs où les trois derniers cardinaux-prêtres étaient admis l'un après l'autre à baiser le visage et la poitrine du Pape. Cet usage rappelait, selon l'interprétation d'Innocent III, le baiser des rois mages à Jésus enfant. Après l'encensement de l'autel, on renouvelait la même cérémonie pour les cardinaux assistants; enfin, le Pape venait à l'autel et commençait le Sacrifice. La messe pontificale se poursuivait selon les mêmes rites que le dimanche des Rameaux, sauf que, à Pâques, les deux derniers cardinaux-diacres se plaçaient, avant la préface, des deux côtés de l'autel jusqu'à la communion, pour rappeler les deux anges qui se tenaient auprès du sépulcre du Sauveur ressuscité. Après l'oraison dominicale, le chœur ne répondait point : Amen, au Per omnia secala seculoruni., entonné par le Pape, parce que, assure-t-on, un jour de . Pâques où le pape Grégoire-le-Grand célébrait la messe à Saint- Jean-de-Latran, les anges lui répondirent du ciel. Enfin, à Pâques comme à Noël, le Pape avait coutume de donner la communion à tous les cardinauxdiacres et aux ambassadeurs.
Lorsque, le dernier évangile lu, le Pape, descendu de l'autel, était remonté sur la Sedia, qu'il avait quitté la mitre et repris la tiare, le cardinal-archiprêtre de la Basilique, accompagné de deux chanoines en soutane violette, lui présentait une bourse de moire blanche, contenant trente jules d'or d'une valeur de cinq écus, et lui disait : « Beatissime Pater, capitulum et canonici hujfis sacro-sanctœ basilicœ Sanctiiati Vestrœ consuetum off'erunt presbyteriurn pro niissa berie cantaia. » Le Pape donnait au cardinal sa main, aux chanoines son pied à baiser et la bourse profitait au caudataire du cardinal-diacre, qui, en la rendant au Chapitre, recevait vingt-cinq pauls (13 fr. 45).
Puis, le cortège se remettait en marche jusqu'au milieu de la nef où un prie-Dieu était préparé avec des bancs pour les cardinaux. Le Pape descendait et s'agenouillait : au balcon de la Vér-onique, abrité par un dais de velours et éclairé par huit torches, paraissait un chanoine de la Basilique, ganté de rouge, qui présentait les reliques de la Passion, et bénissait avec chacune aux deux extrémités de la loggia, évitant de bénir au milieu, par respect pour le Pape.
Après, c'était la plus imposante et la plus grandiose des cérémonies de la