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PAS

Vous n'avez pas pu vous tromper sur ce point, monsieur; ils disent expressément le contraire.

Et il faut convenir que pour vous disculper en face d'une si grande calomnie, vous avez fait intervenir Bridoison dans cette affaire avec un goût exquis et une honnêteté parfaite.

C'est même à ce propos qu'un de vos souscripteurs s'écrie dans vos colonnes :

« Libéralisme catholique, protestantisme catholique! »

c( Les princes de la maison de Broglie appartiennent comme « les autres à l'Eglise enseignée. »

Ah! monsieur, si on ne se respectait pas soi-même, comme on vous respecterait peu !

Et tout est de ce ton et de cette sincérité :

ROME PEiNDAiN T LE CONCILE. d7o

<( Il parle, dites-vous, de l'Eglise comme d'une institution « humaine, qui subit les inconvénients des œuvres humaines, a qui a ses imperfections et ses lacunes pour ainsi dire consti' « tutives, qui se serait faite d'occasions imprévues et de sa- « gesse bornée, qui a varié, qui variera, qui s'use, qui vieillit, « qui a besoin de retouches, et même de refonte. Tout ce qu'il « A DIT A CE SUJET cst saïis distmction et sms mesure... »

Le venin ici est versé à la faveur d'une équivoque grossière, qui serait encore une insigne ignorance, si elle n'était autre chose.

Oui, il y a, si vous ne le savez pas, monsieur, dans la divine institution de Jésus-Christ, un côté variable en partie et perfectible, c'est la discipline ; et la question sur laquelle vous reprochez aux catholiques du Correspondant d'oublier à la fois la Constitution divine et le respect de l'Eglise, est précisément une question disciplinaire.

Allant plus loin encore, F Um'U^rs leur imputait de faire « des « idées et des sociétés modernes la perfection typique, d'après « laquelle il faudrait tout réformer, même l'œuvre de N. S. (( Jésus- Christ. »

Cela étant, il est trop clair, monsieur, que ces indignes catholiques n'ont plus la foi ! et que, comme vous le disiez trèsbien, sauf la vérité, si « les formes du langage sont pieuses, « le fond de la pensée est involontairement sceptique. . . »

« En attestant sa foi, l'auteur anonyme ne laisse voir que ses « doutes, et il prend si grand soin de justifier ses doutes « qu'ils paraissent être le capital de sa foi. »

Et vous n'avez pas senti tout ce qu'il y a d'indigne de votre part à parler de la sorte d'hommes comme ceux dont vous avez vous-même ici prononcé les noms !

Et parce que les catholiques énîinents, calomniés par vous dans leur foi, mettent honnêtement et gratuitement à la disposition de vos lecteurs trompés le travail dont vous n'aviez pas cité un mot, vous dites :

« Cette ampleur est d'ailleurs conforme aux pratiques accou- « tumées de l'erreur dogmatique, toujours empressée à se don-

« lier gratuitement^ et même pour rien. Elle compte se faire « payer comme on dit, sur la bèU. »

Et vous armant, pour frapper sur ces hommes un grand coup, de la petite Semaine religieuse de Cambrai, — derrière laquelle, témérairement selon votre coutume, et sans en rien savoir, vous placiez, pour l'impliquer dans vos violences, le vénérable archevêque de Cambrai, qui vous a démenti, ~ vous disiez, avec cette Semaine, à ces hommes : a Ils trahissent, s'ils veulent conduire. »

Mais qui donc ici, et toujours, veut conduire, si ce n'est vous? L'effet de vos calomnies ne s'est pas fait attendre. Vous prenez soin vous-même de le constater, vous signalez avec complaisance l'horreur et l'effroi que vous inspirez, pour les catholiques ainsi traités par vous, aux honnêtes gens qui vous croient sur parole, et qui, à votre exemple, jettent contre eux les anatlièmes des livres saints :

« Deux catholiques romains de Besançon (un frère et sa « sœur) qui espèrent bien que le Concile nous délivrera des ca- « tholiques libéraux : *

« Mula fiant labia dolosa. (Ps. XXV, 19.) « Disperdat Bominus universa labia dolosa et linguam magni- « loquam. (Ps. XT, 4.) « Voir le Ctrrespondant du 10 octobre. » Ai-je eu tort, monsieur, de vous appliquer ce mot sévère : Accasdtor fratrum !

Mais quoi ! vous calomniez les évèques eux-mêmes ! vous les associez perfidement à des actes qu'ils déplorent ; vous les déclarez schismatiques.

Mes accusations ici sont précises, les voici : Vous avez mis, par un rapprochement odieux et une vile insinuation, un évêque catholique sur la même ligne que le patriarche schismatique de Constantinople. A propos d'un livre, dont pas une ligne encore n'avait paru, vous avez écrit : « Lors « même que Mgr Maret parlerait exactement de l'infaillibilité « pontificale, comme vient d'en parler le patriarche de cons- « TANTiNOPLE, l'effet 116 Serait pas plus grand. »

HOME PlilSDANT LE COKCILE. o il

N'est-ce pas vous Viiii avez dit : « Il y a... un art d'écrire « qui exige le même fond de conscience que l'art d'empoisonner, « des coups de plume qui sont des [coups de couteau, et qui ont des effets pires. »

Cet art d'écrire, qui le possède mieux que vous, monsieur, et ce? coups de plume qui sont des coups de couteau et qui ont des effets pires, qui sait mieux que vous les donner ?

Au reste, la calomnie, insidieusement distillée par vous le 3 novembre 1868, aujourd'hui s'affii'me nettement. L'Univers proclame hautement schismatique cet évèque, déjà comparé par vous au patriarche de Constantinople ; et vous laissez parler dans votre journal « des enseignements qui nous viennent du « DiocfcsE SCHISMATIQUE de Sura. »

Ce n'est pas tout, et profitant d'une coïncidence fortuite, sans rapport aucun avec l'ouvrage de Mgi' l'évèque de Sura, — préparé selon vous-même, par un patient travail depuis plusieurs années, — vous ne cessez, depuis lors, dans votre journal, de toutes les manières, par mille habiletés perfides, par ces coups de pîame dont vous parlez si bien, de comparer Mgr Maret au P. Hyacinthe, le livre qu'a fait l'un à l'affreux scandale que donne l'autre : «Ce que le P. Hyacinthe et Mgr Maret ont fait en France, » dites-vous sans cesse. Et ce (ju'il y a de plus odieux, vous y faites croire;

Et tous les jours, dans vos colonnes, vous étalez, avec complaisance, les prières étranges de ces bons chrétiens et de ces pieuses chrétiennes à qui vous peignez Mgr l'évèque de Sura comme un schismatique, et qui prient dans votre journal pour sa conversion !

J'arrive à d'autres exagérations. Mais ici un sentiment particulièrement douloureux m'attriste.

Oui, quand il y a sur le trône pontifical un Pape qui s'appelle Pie IX, quand ce Pape a subi les attentats que nous savons, quand le monde catholique entoure ses vertus de tant d'amour et de respect, il est cruel de paraître blâmer ou craindre un mouvement ou des élans qu'on voudrait voir plus universels encore.

Mais il ne faut pas exploiter un tel mouvement au profit de vos polémiques et contre vos adversaires.

Or, ici, encore, monsieur, vous poussez aux excès. Que dites-vous de ceux qui altèrent, par exemple, ce texte évangélique ; Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles, et qui traduisent : Voici que je suis avec toi? Est-ce que vous pensez qu'ils ne manquent en rien à la parole de Jésus-Christ?

Et quand vous dites de l'Eglise qu'elle sera Diru ! « Elle est de Dieu, elle est par Dieu, elî.e sera Dted, car Dieu, (( l'a constituée pour remplir le genre humain de divinité, afin « qu'il devienne un accroissement de Dieu. »

L'Eglise « sera Dieu, » le genre humain deviendra un « accroi:>sement de Dieu. » Vous ne voyez donc pas ce qu'il y a d'excessif et de dangereux à présenter ainsi la doctrine catholique sur l'Eglise?

Quand saint Paul dit de l'Eglise cette admirable parole que vous n'avez pas su comprendre : Crescit in augmentum Dei, c'est de l'accroissement de la grâce et des dons divins dans l'Eglise qu'il veut parler, non d'un absurde « accroissement de Dieu lui-même par l'Eglise. »

Vous poursuivez, et, dans le plus étrange des langages, vous dites :

<« L'Eglise est faite à l'image de la sainte Trinité. Comme le «. Père engendre le Fils, et comme du Père et du Fils procède « le Saint-Esprit, ainsi le Pape engendre les évêques, et du « Pape et des évêques procède cet Esprit -Saint, qui se manifeste « dans la loi infaillible, qui forme et conduit le troupeau . >>

Ailleurs, vous appliquez au Pape les paroles mêmes que l'Evangile applique à Jésus-Christ : vous appelez le Pape non pas fils de Dieu, mais le Ftls de Dieu.

J'ai le regret d'ajouter ici qu'un autre journal, que je m abstiens de nommer, a été jusqu à dire : « Quand le Pape pense, c'est Dieu qui pense en lui ! Quando egli médita, e Dio cfie pensa in lui ! »

Qu'en résulte-t-il ? les incrédules railleurs, les gens sérieux

s' étonnent et gémissent, et les bons filèles se précipitent avec tout l'élan d'un amour admirable, mais qui pourrait être mieux éclairé.

En voici un, en effet, qui applique à la personne du. Pape

les paroles de Tapôtre où il est question de Jésus-Christ, de

son absolue sainteté et de son élévation au-dessus des cieux :

Talis enim decebat ut nobis esset Pontiffx, sanctus, innocens,

impollutm, segregatus a peccatorihus, et exceUior cœUs factus.

Un autre remplace, dans l'hymne romiine Reram, Deas, tenax vigor, le mot Deus par le mot Plus, et invoque Pie IX au lieu de Dieu :

Rerum PIUS, tenax vigor,

Immofus m te permanens,

La verba vitœ, quœ régnant

Agnos, oves et sœculam.

Un autre, c'est un aumônier, avec les enfants de son ouvroir, écrit :

A PIE IX, POXTIFE-R0[ !

Pater pauperum, Dator munerum, Lumen cordium, Emitte, cœlitus, Zucis tuœ radium.

Un autre dit : « A Pie iX qui représente mon Dieu sur la terre. »

« Iste Deus meus, et glorificabo eum, Deuspatris meiet exal- « tabo eum. »

Une bonne dame, douairière, et théologienne de votre école :

« Puisse la détinitùm doginati jue justifia nos chères « croyances à l'infaillibilité du Pape et à l'Assomption de la « samte Vierge. »

Ailleurs, dans un journal que vous citez :

« Il est temps que la seule autorité, la seule vérité s'affirme « et prononce le dogme de l'infaillibilité . »

Le Pape^ la seule autorité, la seule vérité !

Vous avez dit en effet vous-même ;

(i II n'y a qu'un docteur, il n'y a qu'une tête du monde, il « n'y a qu'un roi des peuples, c'est le Vicaire de Jésus -Christ. »

Les excellents prêtres qui ont dit à leur évêque : le Pape est la seule autorité, la seule Dérité, pensent-ils, comme cet autre partisan d'une définition dogmatique de l'infaillibilité du Pape au prochain Concile, que :

« Il est nécessaire d'affirmer carrément l'autorité et l'omni- « POTENCE du Pape, comme étant la source de toute autorité « spirituelle et temporelle? La proclamation du dogme del'in- « faillibilité n'a pas d'autre objet ! »

Enfin, voici dans vos colonnes un prêtre Orléanais, lecteur impénitent, disait-il, de l'Univers.

Vous aimez cette impénitence et cette impertinence, monsieur, et ce n'est pas la première fois que vous donnez cet exemple de respect pour les évêques.

Voici donc ce prêtre Orléanais, lecteur impénitent de l' Uni- V ers, qui confond en Pie IX le Pontife et le roi, et attribue au roi des actes du Pontife.

Mais c'est assez sur ce sujet. Assurément, monsieur, vous n'accuserez pas saint François de Sales d'avoir cherché à diminuer le respect et le dévouement dus au Saint-Siège. Eh bien ! c'est lui qui a écrit, dans le sentiment qui m'a fait parler ici moi-même, les paroles suivantes, que vos lecteurs et vousmême devriez méditer :

« En cet âge, qui abonde en cervelles chaudes, aiguës et « contentieuses, il est malaisé de dire chose qui n'offense (( ceux qui, faisant les bons valets, soit du Pape, soit des « Princes, ne veulent que jamais on s'arrête hors des extré- « mités, ne regardant pas qu'on ne saurait faire pis pour un « père que de lui ôter l'amour de ses enfants, ni pour les en- « fants, de leur ôter le respect qu'ils doivent à leur père. »

Ceux qui « ne veulent que jamais on s'arrête hors des extrémités, » sont de bien dangereux amis, monsieur. Ils peurent faire bien du mal ^

Ah ! Saint-Père, vous pour qui je donnerais ma vie et mon sang comme une goutte d'eau, après vous avoir consacré tant de labeurs et tant de veilles, je souffre, quand je vois ceux qui se disent vos amis vous manquer à ce point de respect, et, par des flatteries sans gravité et sans décence, parce qu'elles sont sans mesure, vous exposer ainsi à la risée de nos ennemis et des vôtres !

Vous en êtes, monsieur, de ces dangereux amis. J'en ai donné dans cet écrit assez et trop de preuves : je |n'en veux plus citer qu'un exemple, mais véritablement prodigieux, et qui montre à quelles extrémités vous vous laissez emporter et où vous voudriez conduire l'Église.

Ce n'est pas assez de forcer la porte du Concile, d'élever un « immense cri, » de poser et trancher les questions de doctrine, de dicter à la future Assemblée ses définitions, de poursuivre et dénoncer tous les catholiques, laïques et évoques, qui ne vous suivent pas dans ces excès. Vous prenez encore, avec une audace d'intrusion qui n'a pas de bornes, l'initiative et la décision des plus délicates questions sur les rapports de l'Eglise avec les Etats; vous tracez ici à l'Eglise un programme, un idéal.

« S'il n'y a plus de princes catholiques, vous écriez-vous, que nous importent les princes ? »

Et il n'y a plus, en effet, selon vous, de princes catholiques.

Vous le dites et le répétez. « L'Eglise » — toujours l'Eglise, monsieur! — «l'Eglise constate qu'ils sont dehors.» «La « rupture est déclarée, elle s'y plie. »

C'est pouiquoi, en dépit de tant de nations chrétiennes avec lesquelles le Saint-Siège a fait et maintient des concordats : « Les concordats, continuez-vous, seront détruits. » Et même ils le sont : « L'Eglise et l'État sont séparés de fait. »

Voilà ce que vous déclarez.

Puis, vous faisant à la fois prophète de l'avenir et conseiller du Pape et de l'Eglise, en ces temps, monsieur, de crise profonde, la plus grave peut-être qu'ait traversée l'Eglise, vous an-

noncez, avec votre aisance accuutumée, ce que va devenir la société, et ce que l'Eglise devra faire.

La société va périr, et bientôt.

« Car elle est sur un cloaque. La société est aveuglée par K son péché... elle est captive du mal .. elle ne sait plus. . . elle « ne raisonne plus... elle périra. » «Les monstres pullulent.. . « Des cloaques sur lesquels sont bâties nos académies, un nou- « vel islamisme peut instantanément surgir. »

<( Un océan de fange va envahir le genre humain, et le re- « portera jusqu'aux autels de Tibère et de Néron. . . »

De cela, dites-vous, « nous sommes, pour notre part, con- « vaincus »

Et alors, lançant la malédiction et les pierres du Vatican sur cette société que vous condamnez à périr, vous vous écriez :

« Des débris du Vatican, Dieu lapidera la race humaine. (( Ces pierres du Vatican rouleront par le monde, écrasant les « trônes, les demeures et jusqu'aux tombeaux. »

Et voici maititenant les conseils que vous vous permettez de donner au Pape et à l'Eglise :

Il n'y a plus de princes catholiques dans le monde ; eh bieni ô Eglise de Dieu ! laissez là les princes, et tournez-vous vers la démocratie.

Et en eliet, tout le monde voit comme la démocratie aujourd'hui se tourne avidement vers l'Eglise! Et les congrès démocrates de Berne, de Genève, de Liège et de toute l'Europe, nous offrent à 1 heure q\i'il est de belles espérances!

Quoi qu'il en soit, vous entrevoyez, vous, une « construction gigantesque » de la démocratie. Le Pape et 1 Eglise doivent laisser là « les empires infidèles, » et se tourner vers cette démocratie. 11 n'y a pas mieux à faire. « Cette démocratie bap- « tisée et sacrée fera ce que les monarchies n'ont pas su et a voulu faire, n

Ce que les monarchies auraient dû faire, selon vous, « le Saint- Empire » est là pour le dire. IVIais : (n Ce glorieux idéal n'a pas été atteint, » ajoutez vous.

Vous proposez donc à l'Eglise un ûutee idéal démocratique.

<( Pierre a entendu la voix qui lui dit de prendre le large : Luc <( in altum, coupe les amarres, quitte ces rivages devenus des « écueils, et va en haute mer. Le pêcheur d hommes jettera « ses grands filets . »

Et que va t-il ramener aujourd'hui dans sesgrands filets? « La « multitude des nations, formant une confédération universelle « sous la présidence du Pontife romain: un peuple saint comme «il y eut un Saint-Empire»: ce Saint Empire romain, dont M. de Maistre a dit qu il ne fut ni saint, ni empire, ni romain.

Voilà ce que nous lisons dans un journal qui se prétend catholique pur, catholique tout court, et le plus romain des journaux.

Une théocratie nouvelle édifiée sur la démocratie de l'avenir, voilà l'utopie, voilà l'idéal que l'on propose à la sagesse de l'Église !

Et c'est avec de telles prophéties, de telles injures, de telles chimères, qu'on se plaît à préluder à ce Concile, que les évoques et que le Saint-Père ont présenté au monde comme une grande œuvre d'illumination et de pacification !

C'est assez, et il est temps de finir.

Je ne méconnais, monsieur, ni votre talent, ni votre droit, ni vos services. Et ce n'est pas moi, certes, qui trouverai jamais que la sainte cause de Dieu, surtout dans les temps mauvais où nous sommes, a trop de défenseurs et de trop vaillants, prêtres ou laïques.

Mais il est, dans la défense de l'Eglise, des conditions dont aucun talent ne dispense.

L'Eglise est la mère de toute charité, de toute sagesse, de tout respect, et on ne peut la servir d'une manière digne d'elle qu'en s inspirant de son esprit.

€et avertissement, que mon devoir m'obligeait à vous donner, je le confie à la grâce de Dieu et à votre conscience. Mais ce que je me permettrai de vous demander, en finissant, c'est de croire qu'il ne m'a été inspiré par aucun autre sentiment que le désir de servir l'Eglise .

t FÉLIX, Évéque d'Orléans,

Après la pièce qu'on vient de lire parurent dans l'Univers les articles suivants :

Paris, 24 novembre i869.

Encore que la nouvelle pièce de Mgr l'évêque d'Orléans soit longue, nous ne pressentons aucune nécessité d'y répondre longuement. Cette querelle particulière ne fera pas diversion à des objets plus graves; elle sera vidée en peu de mots. Nous dirons le moins possible, ne voulant pas risquer de prendre tous les avantages que nous fait un adversaire trop irrité.

Sur l'acte pastoral de l'autre jour (les Observations), nous ne voulions pas être assez libre; sur Tacte personnel d'aujourd'hui, nous ne voulons pas l'être trop, et nous écartons ce péril plus encore que l'autre. Mgr Dupanloup peut avoir le goût de s'escrimer en académicien et même en journaliste ; nous baissons la pointe, et nous laissons passer l'évêque. Tous les coups dont il pourra nous atteindre, et que nous aurions pu parer, nous affligeront moins que la fantaisie de ce déguisement. Du reste, le premier déplaisir en est depuis longtemps épuisé.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous avons le chagrin de voir Mgr l'évêque d'Orléans sous cet aspect et dans cette armure. Sa passion contre V Univers est ancienne. Pour en faire l'histoire, il faudrait remon-

ROME PEiNDANT LE COISCILE. .585

ter à vingt-cinq années. Elle lui a inspiré de nombreuses entreprises, sans compter celles qui nous sont restées inconnues. La plus signalée fut le fameux pamphlet anonyme intitulé l' Univers jugé par luimême^ dont M. l'abbé Cognât prit la responsabilité devant la justice. M. l'abbé Cognât, dans des circonstances qui devaient nous rendre indulgents, termina le procès en retirant son livre, déjà publiquement blâmé et réprouvé par vingt -cinq évêques. 11 ne Ta point réimprimé et ne le réimprimera pas. Mais Mgr l'évêque d'Orléans en renouvelle aujourd'hui la tactique et le style. C'est la même œuvre ; il n'y a de nouveau que des citations faites avec le même art de courte durée, et l'éclat récemment amoindri de son nom.

Sans doute, ce serait un grand argument contre r Univers que cette persistante hostilité d'un personnage si haut placé dans l'Eglise, si retentissant et si souvent loué, même à Rome, pour des travaux dont personne n'a méconnu l'abondance, l'actualité et la sonorité. Mais il faut considérer autre chose. Depuis vingt-cinq ans, soumis à la surveillance et aux interprétations inclémentes de Mgr Dupanloup, à ses dénonciations perpétuelles, à ses entreprises d'une énergie et d'une adresse étranges, l'f/mWr^ n'a pas cessé d'être lu avec le même soin par les juges les plus vigilants, les plus perspicaces et les plus délicats en matière de doctrine et de foi qu'il y ait en France et dans l'Église.

Cependant il n'a cessé de croître, jasqu*aujour de sa suppression sans jugement. Et, lorsqu'après une séquestration de sept années, il a été rétabli, avec le concours de vingt évêques, moins de trois années lui ont suffi pour reconquérir la situation de publicité très-prospère où il était parvenu quand on le supprima. Toutes les accusations de Mgr l'évêque d'Orléans croulent devant ce fait, absolument inexplicable, si nous nous étions donné les torts anciens et nouveaux que V Avertissement nous attribue.

Il est à remarquer que, durant cette période de vingt-cinq ans, Mgr Dapanloup a patronné, dirigé, rédigé même différents journaux qui ont peu duré. Il a eu dans la main VJJnioii catholique^ V Alliance ^ VAmi de la religion. Il a maintenant son Français, dont le tempérament ne parait pas plus robuste. Enfin, sauf le Correspondant^ rien n'a réussi, et le Correspondant lui-même ne jette pas Téclat que les noms de ses principaux rédacteurs permettaient d'espérer. Tout cela est pénétré d'un esprit que les lecteurs catholiques n'accepteut pas.

Nous pensons pouvoir nous arrêter ici. Dans le cas où il semblerait utile de relever quelques citations, pour donner une idée générale du procédé, ce travail sera fait en un jour, non pas complètement, mais d'une manière suffisante. Le Français nous obligerait s'il voulait bien nous dire quelles citations il préfère que l'on vérifie. Nous n'avons pas sans doute

à démontrer que le rédacteur en chef de V Univers n'aspire nullement à mener toutes l^s choses de l'Église et du monde, qu'il n'est pas la cause de tout ce qui s'écrit sur la religion dans les autres journaux, qu'il n'est pas tenu de répondre pour tous les écrivains dont il a cité une parole, etc., ces abondances sont d'un caractère trop peu sérieux.

Il serait également superflu et pénible de s'arrêter à certains mots qui ne devraient pas se trouver sous la plume d'un évêque, ni même dans le vocabulaire d'un académicien. Nous espérons bien qu'il n'y a rien de vil dans nos polémiques, parce que nous ne sentons rien de venimeux dans nos cœurs. C'est une triste merveille de l'esprit humain que de telles expressions se puissent rencontrer au cours d'un travail dont le but est d'exhorter à la modération ; et il est contre les bienséances de l'art de donner à une philippique la tournure épistolaire et de terminer des malédictions et des exécrations par la signature de riïomélie.

Ceux qui savent où Mgr Tévêque d'Orléans a pris Vaccusator fratrumqn'ii nous applique au commencement, dans le milieu et à la fin de sa lettre, en trouveront sans doute l'usage un peu forcé. Cet accusator fratrum nostrorum [Apoc.^ X[I,10), c'est le diable, qui accuse nuit et jour les saints de Dieu, et il est enfin jeté dehors. Ce serait bien de la rigueur contre un pauvre journaliste^ coupable seulement,

après tout, d'avoir souhaité la définition de l'infaillibilité à rencontre de ses frères de la Sorbonne et du Correspondant.

Un dernier mot. Si nous considérons la part que le Prélat semble avoir prise aux délibérations secrètes des Allemands, au manifeste du Correspondant^ et enfin au Mémorandum anglais qui est survenu hier du fond de TAmérique, nous pouvons à bon droit considérer cette dernière expédition contre V Univers y comme une diversion aux lumières que toutes ces circonstances jettent à la fois sur sa théorie de l'infaillibilité. Mais la lumière est faite, et la diversion qui a déjà l'inconvénient de n'être pas juste, a encore le malheur de venir tard*

P,-S. Nous avions achevé d'écrire ce qui précède, lorsqu'une épreuve en brochure de V Avertissement nous a été remise. Elle était accompagnée de la lettre suivante :

Paris, le 22 novembre 1869.

Monsieur,

Permettez qu'au moment de mon départ pour Rome^ j'aie l'honneur de vous adresser l'Avertissement ci-joint. Mon excuse auprès de vous, c'est que les choses en étaient venues à ce point, qu'elles ne se pouvaient plus souffrir ; et certes à donner de tels avertissements il n'y a qu'une satisfaction, celle de combattre pour la vérité et pour la justice.

Il va sans dire que rien ne vous empêche de discuter cet écrit. Je préfère même cela à toutes les attaques détom-nées. Votre très-humble serviteur, f F..., Ev. d'Orléans.

Quoique le messager de Mgr l'évêque d'Orléans ne soit pas arrivé en temps opportun, nous tenons à dire que la commission a été faite. Quant à la permission de discuter l'écrit, elle était de droit, et nous Favons prise dans les limites fixées par nous-même. Nous ne croyons pas que ce soit nous que l'on puisse accuser d^attaques détournées.

26 novembre 1869.

En rédigeant la note dont nous avons accompagné la reproduction du dernier écrit de Mgr l'évêque d'Orléans, nous étions surtout préoccupé d'abréger. Il nous semblait que les mêmes choses dites dans les mêmes termes par un polémiste ordinaire n'auraient exigé aucune réponse, et que nous avions à nous défendre contre la signature de l'acte beaucoup plus que contre les accusations qu'il contient.

A quoi bon, en efifet^ nous justifier sur la « queue « des singes » ou sur d'autres jovialités fort innocentes, dont l'équivalent au moins se trouve dans tous les journaux, sans excepter ceux que favorise et préconise Mgr l'évêque d'Orléans? Son petit Français lui-même est assez mondain ; — son Correspond dant^ qu'on ne saurait accuser de légèreté, se donne de grandes latitudes en esthétique et en histoire comme en religion. Il ne laisse pas non plus de se faire Vaccusator fratrum. On a lu M. Marins ïopin,

qui impute aux Jésuites des méfaits un peu plus graves que ceux dont rZ7/Z2yer5 a jamais chargé les catholiques libéraux.

Du reste, le dernier tort est également celui de Mgr Dupanloup. Lui-même accuse avec assez d'allégresse..

Dans ses Observations^ il ne ménage pas les Papes, accusator Patrum. Dans sa lettre à M. Louis Veuillot, il traite les rédacteurs de V Univers de calomniateurs vils et venimeux^ qui se servent de la plume comme à'\inQ,o\x\Qdi\i^ accusator fratrwn. Assurément V Univers n'a jamais qualifié de la sorte aucun rédacteur du Français ni du Correspondant^ et cela dépasse d'assez loin la facétie sur les singes.

Ces réflexions montrent que nous avons bien fait de passer vite. Une seconde lecture les a fortifiées. Un grand nombre de journaux publient et célèbrent l'Avertissement^ la plupart profitent de l'occasion pour s'émerveiller de l'obstination des catholiques à lire V Univers^ une feuille si peu décente et si rebelle aux bons exemples que tout le reste de la presse ne cesse de lui donner.

Cet empressement prévu de notre accusateur luimême ne nous inspire aucune envie d'ajouter le moindre mot à la défense sommaire que nous avons présentée. Adopté par M. Garcin, par M Beslay, par M. Janicot, par M. de LaBédoliière et par M. Sauvestre, Técrit de Mgr l'évêque d'Orléans devient, à

nos yeux, quelque chose comme une œuvre propre de ces publicistes, et il prend ainsi tout juste l'importance que nous avons coutume d'attribuer à tout ce qu'ils veulent bien dire de nous.

Nous ajouterons cependant une observation, à laquelle nous attachons quelque prix. On nous demande pourquoi Mgr Dupanloup a intitulé son écrit: Avertissement^ et pourquoi il y a mis sa signature épiscopale : Félix ^ évêque d'Orléans, lorsqu'il n'y avait régulièrement place au bas de ce morceau que pour son nom de famille et, peut-être, sa qualité d'académicien?

On soupçonne là quelque combinaison pour prendre pied sur la presse, et il se peui qu'il en soit ainsi. A tout hasard donc, nous devons dire que nous ne recevons pas la pièce à titre d'avertissement. Mgr Dupanlou[> peut intituler comme bon lui semble ce qu'il trouve bon d'écrire ; nous lui contestons le droit de nous donner un avertissement proprement dit. Encore qu'il nous convienne de ne point oublier sa dignité d'évêque, il n'est ici qu'un simple particulier ; il ne fait qu'un acte personnel qui relève entièrement des lois ordinaires, et que nous pourrions parfaitement déférer aux tribunaux s'il nous plaisait de nous en croire lésé, comme nous leur avons jadis déféré l'acte analogue de M. l'abbé Cognât^ après avoir inutilement invité celui-ci à un arbitrage sur la valeur de ses citations.

Il est du droit de Mgr l'évêque d'Orléans de condamner, dans son diocèse et pour son diocèse, tout écrit qu'il juge contraire au dogme et à la morale ; et la sentence alors n'est réformable qu'au tribunal du Pape ou du Concile régulièrement constitué. S'il nous avait condamnés, ou sa sentence nous eût paru juste, et nous l'aurions subie, ou elle nous eut paru excessive, et nous en aurions appelé.

Mais nous « avertir » pour des griefs de droit commun, tels que ceux qu'il nous impute avec tant de paroles peu mesurées, pour des polémiques où il ne peut prétendre que la foi soit atteinte ; nous avertir publiquement, comme des hérétiques et des pécheurs publics, parce que, selon lui, nous n^avons pas assez respecté la mémoire ou les opinions de ses amis, c'est une usurpation que nous contesterions même à l'évêque ordinaire et qui ne s'appuie sur rien. Tout simplement, Mgr Dupanloup, s'il s'est proposé autre chose que d'imiter un titre de Bossuet, tend à se constituer juge là où il n'est que partie. Nous croyons ne manquer à aucun devoir en récusant absolument cette prétention par trop libérale et extraordinaire.

Nous ne voulons pas de toutes les libertés que le libéralisme nous propose ; mais quant à celles que la sainte Église nous garantit, nous y tenons tort, même lorsqu'il nous plaît de n'en pas user.

ROME PENL>ANr LE CO>'CILE. 593

Même date (1).

La pièce de Mgr d'Orléans contre M. Louis Veuillot obtient dans la presse le succès qui lui était dû. ElJe est largement citée et très-louée.

Plusieurs journaux l'ont donnée en entier, ce sont : le Français et la Gazette de France, lesquels en ont eu la primeur ; le Monde ^ qui devait le faire, y étant attaqué; V Union, qui y voit un document et s*abstient de le juger ; la Presse, qui y cherche sans doute un moyen d'intéresser ses lecteurs.

Deux de ces journaux : V Union et la i^re^^^, reproduisent la courte réponse de M. Louis Veuillot.

Le Français et la Gazette de France se taisent sur cette réponse. Ils ont donné dix colonnes à l'attaque, ils hésitent à donner moins d'une colonne à la défense. Nous les reconnaissons bien à ce trait ! Il nous semble que le procédé n^est pas absolument conforme aux lois de l'honnêteté.

Les journaux révolutionnaires et les journaux officieux donnent des extraits plus ou moins longs de la réponse de M. Louis Yeuillot. Par exemple, ils n'y joignent pas d'éloges. Mgr Dupanloup seul leur a plu.

Le National puise avec volupté dans la pièce une multitude d'épithètes sonores et plus que sonores. On

(\) Cet article est de M. Eugène Veuillot.

prend son bien où on le trouve. Nous devons reconnaître que son travail est exact, mais il nous permettra de lui faire observer que, quoique long, il est incomplet.

Le Temps, trouvant utile de prendre à la lettre une parole de Mgr l'évêque d'Orl'^ans, prétend que le rédacteur en cbef de V Univers a été autrefois par^ tisan décidé du /2èe>«/25/72e. Le rédacteur en chef de Y Univers n'a jamais été que catholique. 11 a reconnu le gouvernement parlementaire, la République et l'Empire dans la mesure où les ont reconnus tous les hommes d'ordre. Mgr Dupanloup en a fait autant, et ces divers gouvernements lui ont tous été plus bienveillants (\ukV Univers.

Le rédacteur en chef du Tempsy M. Nefftzer, qui voudrait nous croire césariens, ne devrait pas oublier qu'il a été autorisé à faire son journal avec démission en blanc (ce qui n'était pas fier) à une époque où le gouvernement fermait la presse à M. Louis Veuillot.

Quant au césarisme, ceux qui le servent à propos du Concile ne sont pas dans nos rangs. César a des journaux. Si le Temps veut prendre la peine de les parcourir, il verra que Mgr Dupanloup a parlé selon leurs vœux Soyons justes, et sachons laisser à César les amis de César.

Le Siècle ne doute pas que cet Avertissement^ écrit avec indigiiationet éloquence, ne produise «une très-

ROME PENDANT LE CONCILE. 59o

« vive impression sur les personnes qui s'intéressent (( aux décisions du futur Concile. »

Le Siècle a, cette fois, vu juste ; l'impression est vraiment vive. Au risque de le chagriner, nous ajouterons que cette impression vive se traduit très-généralement d'une manière qui ne nous déplaît point.

Ces exemples suffisent à indiquer l'attitude générale de la presse. Comme des questions d'un intérêt plus sérieux et plus général réclament notre temps et nos colonnes, nous comptons, sur ce point, en rester là.

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