L EXPOSITION ROMAINE
19 mai.
Je comptais vous parler de V Exposition romaine^ ou plutôt de l'exposition de Rome. La voilà finie sans que j'y aie pu mettre les pieds, qu'une seule fois ou deux. Quand j'y voulais aller, j'étais toujours attiré d'un autre côté. Je regrette peu de m'étre laissé détourner, regrettez moins encore de n'avoir pas eu un rapport de ma façon. Il eut été incompétent et comprometlant. J'ignore ce que l'industrie a de bon, je nie qu'elle ait rien de beau, ce qu^elle a de mauvais me frappe outre mesure. Dans cette disposition, comment flatter suffisamment une dame si iière et si régnante? Ses chevaliers, armés de marteaux, de scies, de vrilles, et de tous les engins de <lestruction imaginables, n'auraient pas manqué de nous faire un mauvais parti.
La vitrine, quelle qu^elle soit, ne m'a jamais pu charmer. Vingt et cent objets, dont chacuna son prix 11. 11
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et sa grâce, deviennent ennuyeux lorsqu'ils sont réunis sous verre, et les collections en tout genre me semblent une des inventions capitales de la sottise humaine, dont le principe est dans la convoitise et Torgueil. Je ne prétends pas qu'un collectionneur ne puisse avoir toutes sortes de vertus. J'ai bien de la peine à croire qu'il puisse être un homme de génie, et même ce que l'on appelle un homme de goût. Cette manie de la collection vient à l'individu, lorsqu'il s'affaisse et se répand dans la société aux époques de décadence. Là où l'on commence à établir des musées, l'on peut dire que la sève commence à tarir, que bientôt il n y aura plus de chefs-d'œuvre, et qu'avant peu l'art cessera de créer.
Les expositions sont un autre signe de la même maladie. On s'ennuie de ces vieux chefs-d'œuvre collectionnés. Ils se nuisent par le voisinage, ils nuisent à l'esprit d'invention en lui offrant trop de modèles, et parmi ces modèles le médiocre ne tarde pas à triompher, comme plus accessible au grand nombre. Le besoin du nouveau se fait sentir, on compte réveiller l'invention ; mais l'exposition est un moyen artificiel, violent et redoutable. C^est alors que le médiocre prend plus d'empire, et une révolution, la c( révolution du mépris, » peut créer le despotisme du baroque et du hideux. Le souverain jury des expositions n'est pas le mérite, ni le talent, ni la cience : c'est la mode. Elle donne la palme tantôt à
la platitude,, tantôt à la brutalité et à la monstruosité. La platitude obtient le succès de vente, la brutalité et la monstruosité le succès d'opinion. Par les expositions M. B. se roule en carrosse à llnstitut, et M. C. se hisse au piédestal, la pipe au bec. Grâce à de tels succès, le nombre des artistes augmente et l'art décroit. Double désastre.
Les expositions rendent à l'art le même service que la presse rend à la littérature, la tribune à la politique, les théâtres et les cafés-chantants à la musique. Foison de feuilletonistes et d'articliers, foison d'orateurs, foison de professeurs et d'exécutants en tous genres; disette d'écrivains, d'orateurs et de compositeurs.
Quant à l'industrie, on dit généralement que les expositions lui font faire un très-grand et très-réel progrès. Ceux qui le disent le savent mieux que moi^ et je n'ai rien à contredire. J'observe seulement qu'elle fait aussi beaucoup de progrès en arrogance, mais qu'elle n'en fait point du tout vers la beauté. Elle continue d'être très-gauche, très-laide, et généralement très-malpropre et très-malhonnête en ses œuvres grandes et petites. Comparés aux produits anciens, ses produits se distinguent tout de suite par moins de grâce dans la forme et par moins de probité dans la matière. On dit qu'ils so?it plus savants, plus chimiques, plus physiques, plus mathématiques; je me contenterais qu'ils eussent meilleure tournure
et durassent plus longtemps. On ajoute qu'ils sont plus commodes et livrés à meilleur marché. Pour la commodité, c'est une affaire d'habitude et d'usage ; tout a toujours été commode, excepté l'homme et la vie qui ne le sont point devenus, et l'industrie n'est pas en train d'accomplir ce prodige. Pour le bon marché, tout le monde en convient, et tout le monde convient que le bon marché finit par coûter plus cher.
En somme, malgré le progrès de l'industrie, nous sommes toujours gênés dans nos habits, dans nos gants et dans nos bottes,, et surtout dans les citoyens qui nous fournissent ces choses. Il y a toujours des cheminées qui fument, des lampes qui filent, des bateaux qui sombrent, des maisons qui croulent et qui brûlent, du papier qui boit^ des livres pleins de fautes d'impression, du pain aigre, du vin frelaté, des impôts sur des portes et des fenêtres qui ne ferment pas, et beaucoup d'autres choses incommodes et coûteuses qu'il serait trop long d'énumérer. Mais l'industrie a de moins supportables défauts.
Je voudrais un progrès de l'industrie qui empêchât le patron d'opprimer l'ouvrier et l'ouvrier d'opprimer le patron et le public. J'aimerais fort que l'industrie trouvât le moyen de nourrir son monde, au lieu de le dévorer, comme elle fait, et de lui inspirer ce furieux appétit de me manger moi-même, comme je vois qu'il y pense. Je voudrais que l'usine
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à fer et à coton, à eau-de-vie et à constitutions, qui s'est élevée sur les immortels principes de 89, ne tuât point tout à fait la bonne vieille usine à pain, à vin, à viande et à église, l'usine de bon labeur et de bon repos qu'on appelait la France. Un mécanisme quelconque qui nous put procurer ce bénéfice, je ne l'ai vu dans aucune exposition, sauf dans l'exposition romaine, où je ne trouve pas qu on Tait assez remarqué.
A cela près, Texposition romaine, que j'ai peu vue, m'a paru ressembler beaucoup aux autres, que j'ai à peine vues. Elle était seulement plus modeste et moins encombrée. A Rome, même dans les choses ({ui ne sont pas du ressort de la foi, jamais on ne perd la mesure. Il n'y avait point de savons ni de meubles, ni de pièges à rats ni d'ustensiles de ménage. Ce n'était pas « universel. » Le programme se limitait au service et à l'ornement du culte. C'était assez pour avoir trop : le superflu n'a point manqué. Le beau cloître des Chartreux se trouva plein de statues et de peintures. Je dirai franchement que je n'y ai rien vu qui pût ravir personne, et rien de nouveau, sauf quelques grands dessins de Fracassini^ Romain mort à vingt-quatre ans, l'année dernière. Ces œuvres, plus ou moins habiles, manquent souverainement de ce que Ton s'attendrait à trouver en Italie et à Rome, où tant de précieux modèles sont entassés. Point de couleur, point de style. Pour le
moment cette grande sève si abondante et qui a si longtemps coulé, quoique en diminuant toujours, semble complètement épuisée. En peinture, rien ne rappelle aucun maître, même médiocre, même de loin. L'Italie, la terre des modèles, n'a pas aujourd'hui un copiste passable. En sculpture, ils suivent Canova;mais à quel filet d'eau se trouve réduite cette source maigre et molle ! Ganova est le père de la sculpture en taille -douce ; il la lit admettre à décorer les monuments, les tombeaux et les autels avec le caractère d'inspiration qu'il fallait pour illustrer les romans et les boudoirs de l'Empire. Je ne peux regarder une œuvre de Canova, même la Religion du tombeau de Clément XIII^ qu'aussitôt ne m'apparaissent Claire d'Albe^ Corinne et le Dernier Âbencerrage. Je vois M"^* Cottin, M"^^ de Staël, M""^ Récamier ; Chateaubriand leur lit une page du Gériie du Christianisme^ et j'entends dans les airs :
Partant pour la Syrie.
Gâno va était certainement un homme d'esprit. 11 aima mieux polir, amollir et avilir du marbre, que d'être général ou préfet pour devenir sénateur. Je ne le blâme pas. Mais, qu'il fallût^ voir en lui un statuaire, je n'oserais plus traverser le salon des Muses ni m* arrêter devant la Yénus de Milo, l'Achille, le Laocoon et le Gladiateur mourant. C'est de ce voltigeur que découle la statuaire italienne, mais elle est
présentement fort au-dessous de lui. La taille-douce est devenue vignette. Yoilà le dernier mot du veule, u mesquin et du commun. Il y a même des statuaires qui s'exercent au trompe-l'œil; quelques-uns y réussissent déplorablement. J'ai vu à l'exposition de Rome deux marbres représentant des femmes enveloppées de gaze. Vous jureriez, à cinq pas, qu'en effet, c'est de la gaze. Hélas ! que ne sont-elles enveloppées de laine, ou plutôt de paillassons ! L'on verrait moins leurs formes grêles, sans noblesse et sans pudeur. Le jury de la grande exposition française a couronné un Napoléon mourant dans une couverture si bien imitée que c'était vraiment merveille. Toutefois, le premier tisseur venu fait encore mieux, et il est injuste de primer le statuaire lorsqu'on ne prime pas le tisserand dont l'ouvrage est si supérieur à tous les points de vue.
Si les statues de l'exposition de Rome obtiennent le même succès que l'œuvre exposée à Paris^ le marbre et le ciseau ne feront plus que de la soie, de la dentelle et du drap. Il viendra des raffinés plus réalistes encore ; les connaisseurs distingueront entre l'Elbeuf et le Louviers. Et, enfin, quelque homme de génie et de patience nous donnera le dernier mot de l'art de Phidias : un invalide faisant sécher au soleil son mouchoir à carreaux. Il aura l'œil de verre, le menton d'argent, la cocarde tricolore. On reconnaîtra le bois de la jambe, le cuir du soulier.
IfiS R03IE PENDANT LE CONCILE.
Entre le pouce et l'index il tiendra une prise : et tout sera en marbre ! Que ferons-nous pour l'artiste qui nous donnera la statue-vignette en chromo^ dernier progrès de Fart et suprême bienfait des expositions ?
Il faut dire que la peinture romaine religieuse ne semble pas encore s'engager dans le vil réalisme où la statuaire se fourvoie. De ses nobles traditions il ne lui reste que le dédain du trivial^ du tour de force et du trompe-l'œil. Elle cherche autre chose. Elle a comme un souvenir de majesté. Elle ne trouve pas, l'est vrai, hélas ! mais elle cherche.
Je tremble qu elle ne se défasse bientôt de ce dernier instinct, et que le trompe-l'œil enfin ne la séduise. L'honneur fait aux tapisseries des Gobelins, qui ont eu le premier prix hors concours, est un encouragement malheureux. Sans doute, ces tapisseries sont extraordinaires. On ne peut mieux reproduire un tableau, et nos ouvriers des Gobelins sont les copistes habiles qui manquent à ritalie. Cependant ces œuvres incomparables sortent de la voie, et pour copier de la peinture qui n'est point de leur ressort, ils abandonnent et perdent un art propre et charmant qu'ils devaient au moins garder s'ils ne pouvaient l'agrandir. Avec tout le progrès des Gobelins, il n'y a plus de tapisseries. Plus de ces gerbes et de ces bouquets de la couleur adoucie, mélodies sans paroles, qui riaient sur les murs, leur tenaient
chaud, et ne les crevaient pas. Leurs teintes obligeantes accompagnaient le reste de l'ameublement, n'éteignaient rien et rehaussaient tout. Les voilà devenues tableaux, et, d'accessoire qu'elles étaient, élevées au rang principal. Elles font du bruit, elles font des trous, prennent la bonne place, ne supportent rien auprès déciles, et, en somme, elles sont un mensonge et une curiosité. Oui, mais « on jurerait » que ce sont des tableaux! Ne faut- il pas que tout cède au mensonge du trompe-l'œil?
Entre quelques vieux tableaux prêtés par les possesseurs pour accroître l'intérêt de l'Exposition, et qui l'accroissaient en effet, tout autrement qu'au profit et à riionneur des œuvres modernes, j'ai vu une Madone de Giovanni Bellini qui fait cruellement douter du « progrès. »
Cette Madone assise tient l'enfant Jésus sur ses genoux : elle agrée bénignement les hommages que plusieurs personnages debout devant elle rendent à son fils et à son Dieu. Sans doute, ce n'est pas la grande Yierge, la gran madré di Dio, comme on dit ici, dont quelques vieux peintres ont essayé d'exprimer la suprême majesté. Cette image est difficile entre toutes, et Raphaël lui-même, qui s'y est tant repris, ne l'a peut-être fait entrevoir qu'une fois. Mais l'œuvre du vieux Vénitien n'en est pas moins d'une grâce, d'une ingénuité, d'une profondeur admirables. Il a peint la foi, l'enthousiasme et la prière.
Toutes les physionomies portent un reflet de la Présence réelle. Ce tableau a été conçu à genoux, fait à genoux pour être regardé à genoux. Que ces hommes étaient sérieux et sincères ! qu'ils aimaient ! que de poésie a transsudé de leurs cœurs nourris d'idéal, et qu'ils ont vu beau dès ce monde, malgré la quantité de chose s «commode s «que le monde ne contenait pas! Nous sommes fiers à bon droit de goûter la joie plébiscitaire ; mais, outre que les Vénitiens de Giovanni Bellini prenaient ce plaisir à leur façon, qui valait bien la nôtre, ils avaient des guerriers, des artistes et des princes, et cet outillage social leur fournissait de quoi attendre avec patience le perfectionnement des allumettes chimiques. La gloire montait sur leurs galères incommodes. Les rameurs du Bucentaure^ quand le Doge épousait la mer, goûtaient une ivresse dans l'âme que les marins de la jeune Italie n'ont point connue sur leurs frégates à vapeur. La galère allait noyer l'islamisme à Lepante; la frégate à vapeur va se faire noyer à Lissa, piteusement, et se noie toute seule à Ancône. 0 progrès, de Dandolo à Persane !
J'imagine un Vénitien du seizième siècle, qui se réveillerait aujourd'hui dans Venise, au milieu de toutes les commodités, de tous les bons marchés et de tous les chrysocales modernes. Assurément il trouverait incommode de n'avoir plus qu'un préfet à écouter, des journaux juifs à lire, des caricatures à
regarder. Pour résister à l'excès de son ennui et de sa douleur, il se sauverait dans un coin de Saint- Marc dévasté, il entendrait la messe, et ayant alors retrouvé la patrie, il demanderait à Dieu de mourir, afin de sortir de la mort.
Je ne suis pas ennemi de « mon temps. » Depuis que l'homme est condamné à la sueur^ aucune époque n'a été exempte de l'odeur de l'humanité. F^as de paradis terrestre qui ne soit un bagne, puisqu'il n'en est point où n'entre le péché. JNous ne demanderons pas compte à Dieu de nous avoir fait vivre en un temps plus qu'en un autre. Il nous a distribué dans les âges par des raisons à lui, qui sont des raisons de clémence pour nous, et ce murmure contre sa Providence aurait l'ingrate stupidité de tous nos murmures. Le bagne humain n'est point l'éternel enfer. Dans ce lieu d'exil et d^épreuve, l'encens de la prière peut brûler, la lumière descend, la miséricorde vient et repasse comme une brise vivifiante, Tespérance et la miséricorde demeurent avec Jésus-Christ captif pour nous. Appuyés à lui, nous pouvons nous hausser, regarder par- dessus le mur dans l'infini de la lumière, de la justice et de la paix où nous entrerons un jour, délivrés de tout par le miracle qui nous rendra notre être véritable en nous délivrant de nous-mêmes. Je sais cela, j'ensuis sur, assez sûr pour me trouver très-bien dans le temps que Dieu m'a donné. Pour moi, personnellement, je n y manque
de rien. S'il passe des vapeurs méphitiques, j'ai de l'encens à brûler ; si les laideurs abondent, je vois et je connais des beautés suprêmes, j'entends des paroles qui égalent toutes les harmonies que la terre a chantées. J'ai hérité des richesses et des alliances de ma race ; j'ai des bras pour me relever déterre, pour me tenir au-dessus du mur, le front baigné de lumière et d'arômes de vie, et encore que mes yeux soient faibles, je peux voir loin dans le ciel, grâce aux télescopes qui me sont fournis. Qu'ai-je à dire contre «mon temps?» Mon temps, à moi, est le temps de Jésus-Christ, comme tous les temps. J'y suis un fils de foi, investi de tous les privilèges de ma race supérieure. J'ai un Dieu, j'ai un père et un chef sacré, j'ai des frères vivants et immortels,, et je suis vivant et immortel. Sans doute je fais mon chemin et je verse ma sueur, suivant ma présente condition humaine; mais, par mon privilège royal^ en dépit de la condition humaine elle-même, j'ai mon autel indestructible, mon lieu de repos sur la hauteur où croissent le blé et la vigne et les fleurs et les fruits, où passent et chantent les anges. Là j'oublie et je fais mieux que d'oublier» j'accepte les fatigues du chemin, et je suis libre, d'une liberté absolument certaine, al^solument victorieuse, et je sais que ni plèbe, ni plébiscite, ni empereur, ni décrets, ni juges, ni soldats, ni tremblements de terre ne m'empêcheront d'atteindre mon but.
ROME PEiNDANT LE CO>ClLi:,
Donc, si la question n'était qu'entre mon temps et moi, nous pourrions vivre en bonne intelligence. Ayant ailleurs mon amour, ma joie et mon attente, le dédain que je me sens pour les produits chimiques, artistiques et politiques, me ferait assez justice de l'admiration que mon temps leur voue. Mais puisque c'est un devoir de ne pas laisser prescrire le vrai, je dirai à mon temps que je déteste la jactance avec laquelle il glorifie sa misère. Un temps où l'art décline, où la pensée humaine n'enfante plus la beauté, n'est pas le meilleur temps où l'homme puisse vivre, ni le moins mauvais où l'homme ait vécu. Les puanteurs, les laideurs et les torpeurs sont des choses trèsincommodes, même lorsque les plus rares génies s'exercent à les créer. M. Hugo, qui est parfois à lui seul Balaam et sa monture, a bien exprimé ce que je voudrais dire. Dans une de ses poésies, le bon Dieu daigne entrer en lutte de création avec le diable : il prend un grain de poussière et en fait le soleil ; le diable ramasse cent éléments précieux, prend le soleil lui-même, forge, cogne, prolonge son travail et produit avec orgueil... une araignée ! Je songe à cette belle fable, lorsque j'écoute les chants de triomphe de l'industrie ; et M. Hugo lui-même, avec tout l'or, tous les diamants et tous les feux de la poésie, avec le disque et le rayons du soleil, n'a fait qu'une maîtresse araignée, un monstre très -incommode.
Non, le plus riche et commode sopha pour dormir
i74 ROME PENDANT LE CONCILE.
SOUS terre ne vaut pas la plus roide échelle pour monter vers le jour ! Non, vingt obélisques d'usines fumant à la fois ne sont pas un spectacle aussi beau et un signe de civilisation aussi éclatant qu'une humble chaumine d'où s'échappe un filet bleu à l'heure du soir :
Je vois fumer la cime de nos toits!
Jamais le poëte et jamais l'exilé ne rêveront de voir fumer une usine. Dans aucune usine, l'homme n'a rien laissé de son cœur. L'homme n'est pas là; l'homme plutôt est détruit là, et le sentiment que l'usine lui laisse est le désir sauvage de broyer cette merveille. La patrie, le bonheur et la liberté sont sous la chaumine, et la chaumine est sous le clocher. Je vois fumer la cime de nos toits ! Je crois qu'il y avait quelque chose dans l'âme de Béranger, parce qu'il a fait ce vers ; quelque chose que Dieu a gardé et mis à part, le grain de poussière dont il fait des soleils.
Le chiffre de ce feuillet m'avertit que j'ai plus que rempli la mesure. Je me suis laissé divertir à des papillons qui m'ont entraîné un peu trop loin de l'Exposition romaine pour que j'y puisse rentrer aujourd'hui. Je veux pourtant vous dire ce que j'y ai remarqué de bon, de rare et d'unique.
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