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SOUVENIRS DE LA PASSION DU SAUVEUR

Scala sanla. — Santa-Croce in Gerusalemme. — Les Agnus Dci

Aujourd'hui, mon cher ami, je pourrais dire que je vous mène à Jérusalem : nous allons , en effet , vénérer et toucher les instruments de la passion de Jésus- Christ. Pvetournons sur la place de Latran, et, en sortant de la basilique, presque en face de vous, à gauche, vous verrez Tédifice où je vous invite à venir avec moi. Autrefois on montrait en ce lieu la maison où naquit Marc- Aurèle; aujourd'hui un souvenir plus touchant et plus cher nous y appelle.

Après la flagellation, Pilate conduisit Jésus- Christ sur la terrasse de son palais, pour le présenter au peuple, espérant l'attendrir par ce spectacle. L'escalier qui conduisait à cette tentasse, et que Jésus-Christ gravit et arrosa de son sang, fut apporté à Rome par sainte Hélène, qui le fit placer sous le portique du palais de Constantin. Sixte V l'a fait transporter dans la chapelle que nous allons visiter. Il se compose de vingt-huit degrés de marbre, qu'on monte à genoux. Le nombre des fidèles qui accomplissaient cet acte de dévotion était si grand , que les marches étaient presque usées lorsque Clément XII les fit recouvrir de fortes planches de chêne, qu'il a fallu depuis renouveler plusieurs fois. De nombreuses indulgences sont attachées à ce pieux exercice. J'ai gravi avec émotion ces degrés sacrés, et j'ai baisé avec amour les endroits marqués du sang de Jésus -Christ. Saint Grégoire VII baisait chacun de ces degrés en les arrosant de ses larmes, et s'écriait: Adorabimus ubi sleterunt pedes ejus.

Cet escalier conduit à une petite chapelle supérieure appelée le saint des saints. On lit cette inscription à son entrée :

Non est in toto sanctior orbe locus.

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Mlle renfeniu; luu; grande (juantité de i<ili(|u<'8 : Léon Ml lit placei' sur raulel (juali'e caisses do cyprès roni[)lies des ossenienls des saints. Je renonce, nmn cher ami, à vous dépeindre les sentiments (pii s'emparent de l'àme en présence de ce s(»uv(.'nii- viviliant de la passicjn, et au milieu tie tous ces martyrs!

On conserve dans cette chapelle une image de Notre- Seigneur Jésus-Christ, cpii fut apportée miraculeusement de Constanlinople à Uome, hirs de la persécution des iconoclastes, sous le pontificat de Cirégdirc 11. Hlle représente Jésus-Christ en pied, de grandeur naturelle, et repose sur un(^ tablette de cèdre ou d'olivier. De tout Iciiips cette image a été désignée sous le nom d'^c/iero;7JÏc(qui n'a j)oint été faite par la main des hommes). On dit qu'esipiisséc j)ar saint Luc, elle lut achevée par les anges. On peut la vénérer pendant la semaine sainte, h' temps de Pàcjuos, Toclave de l'Assomption et les années du Jubilé. Ln 18G0, Pie I\ la fit porter processionnellement à Saint-. lean-de-Latran et à Sainte-. Marie- .^h1jeu^e, où elle resta huit jours e.vposée à la vénération des fidèles, qui vinrent en foule i)rier, selon le désir du souverain pontife, pour les besoins pressants de l'Eglise et pour la Pologne.

Je suis descendu par un des escaliers qui sont à droite et à gauche de la scala sania.

Traversons lentement la grande et belle place qui nous conduit à Sainte -Croi.\. Ces lieux, recueillis et solitaires, sont en harmonie avec les pensées qui nous animent; ils invitent à une douce et pieuse rêverie. Je regarde d'un œil rapide les ruines de l'aqueduc de Claude et la porte Saint- Jean, qui sont à ma droite; tout entier aux impressions de la scala sauta, je ne songe qu'aux nouveaux témoins de l'amour de mon Dieu que je vais encore vénérer.

Sainte-Croix de Jérusalem est une charmante basilique, élevée par l'impératrice sainte Hélène pour recevoir la vraie croix (ju'elle déposa dans un petit oratoire rempli par ses ordres, de la base jus(iu'au sommet, avec la t<M're du Calvaire. Sous le riche pavé de marbre que nous foulons sont des pierres également apportées du Calvaire.

Pour vénérer les précieuses reliques de la passion, conservées dans cette église, il faut être accompagné d'un évèque. Elles sont belles et nombreuses : il y a une portion notable de la vraie croix, deux épines de la couronmi de Jésus-Christ, un des clous qui le fixèrent à la croix, une partie de la corde avec laquelle on l'alla-

cha à la colonne de la flagellalion, un fragment de l'éponge, trempée dans le fiel et dans le vinaigre qu'on lui présenta pour l'abreuver, le doigt que saint Thomas mit dans les plaies du Sauveur, et enfin le titre de la vraie croix, qui fut découvert le 1^'' février 1492, et voici comment.

Le cardinal Mendoza faisait réparer à ses frais les murs de Sainte-Croix, lorsque, dans la voûte du chœur, les ouvriers rencontrèrent un vide dans lequel ils découvrirent une petite caisse de plomb soigneusement fermée. Elle était recouverte d'une table de marbre sur laquelle on lisait Hic est titulus verœ crucis. « C'est ici le titre de la vraie croix. » La caisse fut ouverte, et l'on trouva une petite planche sur laquelle étaient gravés et peints en rouge les mots suivants : Hiesus Judeorum Nazarenus rex. Mais les deux dernières lettres du mot Judeorum manquaient, parce que la planche avait été endommagée par le temps. A la nouvelle de cette découverte, presque toute la ville se rendit à Sainte-Croix. Le pape Innocent VIII y vint, ordonna de laisser le titre dans la caisse, et permit de l'exposer sous verre, sur le maître-autel, au jour de la fête de la basilique.

La basilique Sainte-Croix a été si souvent restaurée qu'elle a perdu tout à fait son cachet d'antiquité. Elle n'offre rien de remarquable, si ce n'est le maître-autel, formé d'une urne antique en basalte dans laquelle reposent les corps de saint Césaire et de saint Anastase. Le baldaquin est soutenu par quatre colonnes d'un marbre qu'on dit très rare. Autour de la tribune, il y a d'assez belles fresques du Pinturicchio.

Je suis convaincu que vous eussiez été heureux de visiter ce lieu sanctifié par tant de souvenirs. Je me rappelais avec émotion les paroles de Louis Veuillot : « Nous sentons que nous n'aimons pas Jésus-Christ; nous ne l'aimons pas, non, nous ne l'aimons pas!... Pourquoi en sommes-nous là, que le seul nom de Jésus-Christ ne fasse pas fondre nos cœurs, que la seule vue de la croix ne nous attire pas comme un invincible aimant!

« Lorsqu'il a monté cet escalier du prétoire, il avait déjà subi l'agonie pour nos péchés : et nous avons pu toucher ces pierres sans mourir de douleur et d'amour!

a Lorsque la couronne d'épines a déchiré son front, elle y a fait moins de cruelles blessures que la frivolité et la perversité de nos pensées , et toutes nos pensées ne sont pas pour lui !

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« Lorsque son Cl irps pcudiLà la <i()ix, le jxtid.s lut moins lourd à ses mains clouc'cs (\iw les œuvres de nos mains : cl nos mains font encore des œuvres mauvaises!

« Jésus avait compté tous mes pas, el !•>> rlous cpii pi-rcent ses pieds sont les pas que nous faisons dans !•' mal : et tous mes pas ne sont pas dirigés vers Jésus!

« Pilate, Pilate, de quel droit t'avons-nous méprise? Tu l'as livré : no le livrons-nous pas aussi? Ne lui avons-nous pas préféré le pervers? Pierre, Pierre, faible un instant, donne- nous des larmes intarissables; obtiens-nous ce regard qui te fit pleurer toute la vie et aimer toujours ' ! »

Pendant le temps pascal, le souverain pontife se rend à Téglisc Sainte-Croix de Jérusalem pour y faire la bénédiction des Agnus Dei, cérémonie empreinte d'un louchant symbolisme.

On donne ce nom à des médaillons de cire vierge, ovales et [ilus ou moins grands, que le pape bénit et (jinl du saint chrême. Ils portent d'un cùté rempreinte de l'Agneau accroupi et de la croix, entourée de cette légende : Ecce Agnus Dei qui loUit peccata mundi; et sur le revers, l'image de la sainte Vierge, d'un fondateur d'ordre, d'un martyr ou d'un saint quelconque, au choix du pape consécraleur.

Il ne faut pas confondre les Agnu.^ avec les médaillons appelés vulgairement Pâte des Martyrs: ceux-ci sont formés de cire mêlée à la poussière des reliques trouvées dans les catacomlies : aucune bénédiction spéciale n'y est attachée.

La d(''votion aux Agnus est, pour ainsi dire, aussi ancienne que ri'^glise. nuel<iues auteurs en font remonter l'inslilution aux apôtres Pierre et Paul.

Tout est symbole dans V Agnus: la cire, blanche et vierge, est l'emblème de la nature humaine du Christ; le chrême, de la charit»'; le baume, de la bonne odeur que doit répandre le chrétien: l'Agneau, de l'innocence; la croix, du salut.

La belle prière que récite le jiapt« en bénissant les Agnus nous indique leur efficacité.

« 0 Dieu, dit-il, auteur de toulr sanclifiralion . (jui avez agréé l'agneau du sacrifice d'Abel, qui avez voulu, pour figurer notre Rédempteur, qu'un bélier fût imniolé à la place disaac, que Moïse vous offrît un sacrifice dans les eaux, nous vous supplions

' Le Parfum de Rome.

de bénir et de sanctifier ces médailles de cire, sur lesquelles est empreinte Timage de TAgneau immaculé, afin qu'en leur présence s'arrêtent les tourbillons de la tempête, le fracas de la grêle, la violence des orages, la rage des vents, les effets pernicieux de la foudre. A la vue du sang marqué à la porte des maisons, l'ange exterminateur passait sans frapper, de même qu'à la vue de ces images les démons reculent épouvantés. Que ceux qui les portent dévotement ne soient pas saisis par la mort subite, ni écrasés par l'adversité, ni effrayés par les fantômes de la nuit. Qu'ils soient à l'abri de la contagion, de l'épilepsie, et de tout mal violent. Qu'ils ne soient en butte ni aux tempêtes de la mer, ni aux inondations, ni aux incendies. Que les mères qui porteront ces images obtiennent une heureuse délivrance. Ainsi soit-il. ))

Les papes ont eu coutume, de tout temps, d'envoyer des il^nus aux souverains catholiques, et aux personnages qui ont bien mérité de l'Église et du saint -siège. Ainsi saint Grégoire le Grand , par exemple , donna à la reine Théodelinde deux Agnus que l'on conserve encore dans le trésor de Monza, près de Milan. Deux siècles plus tard, le pape Léon III en offrit un à Charlemagne. Sixte V en envoya plusieurs aux doges de Venise. En France, le pieux roi saint Louis aimait tant ce don précieux du vicaire de Jésus-Christ qu'il fit frapper une monnaie d'or à l'effigie de l'Agneau divin, afin de faire connaître à son peuple l'excellence du présent qu'il tenait du pape. Jean de Suède institua un ordre de chevalerie sous le nom et les emblèmes de V Agnus Dei.

La dévotion aux Agnus a obtenu de Dieu des miracles dont l'histoire fait mention. Ainsi, pour n'en citer qu'un seul, on lit dans la Vie de saint Pie V qu'en 1570 le Tibre, grossi par de grosses pluies et la fonte des neiges, menaçait la ville d'une terrible inondation. Prières, jeûnes, tout était impuissant à contenir l'impétuosité du torrent. Touché de ce malheur, le pontife se rendit auprès des inondés, implora avec eux la miséricorde de Dieu, et, par une inspiration divine, jeta un Agnus dans le fleuve. A partir de ce moment les eaux baissèrent et rentrèrent dans leur lit.

Aujourd'hui les Agnus sont préparés par les cisterciens de Sainte-Croix de Jérusalem , et distribués aux fidèles , au nom du pape, par un prélat, Me"" Sabatini, qui réside au Quirinal'.

1 Le P. Huguet.

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SA I Nil, -M A U I i:-M AI \:

6ainle-Bibiane. — Le palricion Jean. — Colonne et slaliio de la sainte Vierge. — Intérieur de la basilique. — Confession et crèche do. Notre -.Seigneur. — Chapelle du Saint-Sacrement. — Saint-Gaétan. — Chapelle [?orghèsc. — Ohélisque.

Mon cliei' ami ,

Quand vou.s aurez, visité Téglisc Sainle-Cruix, prenez la roule, bordée de t^^rands et beaux arbres, qui s'ouvie devant vous pour vous rendre à Sainte-Maiie-Majeure. Arrivé à la Via di Saulo- Eusebio, si vous avez quelque loisir, retournez sur vos pas par la Via di Sanla-Bibiana , et visitez l'église dédiée à cette sainte. Vous ne regretterez pas votre temps , vous verrez un chef-dVeuvro du Bernin, la statue de la sainte. Ce que vous estimerez davantage, c'est que vous pourrez intéresser pour vous auprès de Dieu deux jeunes et glorieuses martyres, sœurs selon la chair, plus sœurs encore par la foi, Demetria et iiibiana. Leui-s corps, ainsi que celui de leur mère Dafrosa, marlyrc, sont renfermés sous le maître-autel, dans une urne d'albâtre oriental. Revenant une seconde fois sur vos pas, vous trouverez à votre droite la petite église Saint- Eusèbe, construite au v" siècle, à l'endroit même oii ce saint pontife mourut de faim par ordre de Constance. Avant de gravir l'Esquilin, à votre droite, voici l'église Saint- Antoine, desservie par les pères capucins. CluKjue a<inée, le 17 janvier et les huit jours suivants, les Romains viennent sur la place de cette église faire bénir leurs chevaux.

C'est un curieux spectacle, très édifiant d'ailleurs, et dont j'ai conservé un agréable souvenir. Un chapelain se lient constamment à la porte de l'église et bénit tous les chevaux, (jueliiuefois très richement parés, qui s'arrêtent devant lui, et (pii tous portent la médaille de saint Antoine attachée à leur tète, au milieu

de rubans de toutes couleurs. Le pape et les familles patriciennes de Rome y envoient chaque année leurs brillants équipages.

Tout à coté une petite colonne de granit, en forme de canon, surmontée d'une croix, rappelle le souvenir de l'abjuration de Henri IV.

Maintenant, cher ami, gravissons PEsquilin, et allons nous prosterner dans le plus beau temple que la piété filiale ait élevé à Marie. Vous savez quelle fut l'origine de cette basilique. Le patricien Jean et sa femme, n'ayant point d'enfant, choisirent Dieu pour héritier de leur grande fortune ; mais , ignorant quel usage lui en serait plus agréable , ils le prièrent de manifester sa volonté. Pendant la nuit, la Mère de Dieu leur apparut, et leur dit d'élever en son honneur une église sur les lieux mêmes qu'ils trouveraient couverts de neige. Ceci se passait au mois d'août, et le lendemain matin le sommet du mont Esquilin était couronné de neige. Toute la ville fut témoin de ce miracle, et le pape saint Libère, qui avait eu la même vision, traça sur la neige le plan de la nouvelle basilique. C'était en l'an 332.

Tout en me rappelant ce souvenir, j'arrivai sur la place Sainte- Marie-Majeure. Une magnifique colonne , surmontée de la statue de bronze de la Vierge Mère , la décore. Cette colonne fut tirée de la basilique de Constantin, que l'on prit longtemps pour le temple de la Paix, et Paul V, qui la fit placer dans ce lieu, fait allusion à cette croyance dans la belle inscription qu'il y fit graver :

IMPVRA FALSI TEMPLA QVONDAM NVMINIS JVBENTE MŒSTA SVSTINEBAM C^SARE NVNC L^TA VERI PERFERENS MATREM DEI TE PAVLE NVLLIS OBTACEBO SiECLlS

Autrefois je soutenais à regret le temple impur d'une fausse divinité par Tordre de César: maintenant, joyeuse de porter la Mère de Dieu, je dirai, Paul, ton nom à tous les siècles.

IGNIS COLVMNA PR^TVLIT LVMEN PUS

DESERTO NOCTV

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