ANTE SAC RAM
iLLivs .ï:dem
AVGVSTIOR L^TIORQVE SVRGO CVJVS EX VTERO
VIRGINALl
AVG. IMPERANTE
SOL JVSTITI^
EXORTVS EST
Je m'élève plus auguste et plus joyeux devant la demeure sacrée de celle dont le sein virginal fit éclore, sous le règne d'Auguste, le soleil de justice.
Ces paroles font allusion à l'église élevée en l'honneur de la sainte Vierge , à droite de la place du Peuple , en entrant , et connue sous le titre de Santa-Marie del Popolo *. Elle fut construite par le pape Paschal II sur l'emplacement du tombeau de Néron , de ce dieu qui se donna la mort dans la cave d'un de ses affran-
* Nous avons déjà parlé de cette belle église.
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chis, sur la voie Nomontane, non sans avoir fait l)eainoup de lacions: « Quel grand artiste, disait-il, le monde va perdre! »
L'église est desservie par les pères augustins, dont le couvent est attenant à l'église. C'est là qu'habita Luther quand il vint à Rome. « Néron , Martin Luther, deux artistes jaloux de faire- admirer la beauté de leurs voix, deux ouvriers de la même œuvre! Puiscjue Luther venait à Uome, il y devait rencontrer Néron. Luther devait dire ses dernières messes où Néron reçut ses derniers honneurs et fut regretté, et peut-être pleuré '. »
De la place du Peuple partent trois belles rues qui sont comme les trois grandes artères de la ville : au milieu la rue du Corso; à droite la rue Ripetta, qui longe le Tibre; à gauche la rue Babuino, qui aboutit à la place d'Espagne,
Deux jolies églises, de même grandeur, de même architecture, avec d'élégantes coupoles, ouvrent de chaque côté la rue du Corso et contribuent grandement à rornement de la place du Peuple. Toutes les deux , richement décorées , sont consacrées à la sainte Vierge.
La première église du Corso, à gauche, est celle de Gesù- Maria; presque en face, à droite, l'église Saint-Jacques, possède une œuvre assez remarquable de Legros , un groupe représentant saint François de Paule , qui demande à la sainte Vierge la guérison de quelques malades. Cette église dépend de l'hôpital Saint-Jacques, que je vous engage à visiter. C'est un des plus beaux de Rome. Il fut fondé* en 1836 par le cardinal Pierre Colonna. Grégoire XVI et Pie IX viennent de le faire restaurer. Il jteut recevoir trois cent quatre-vingt-quatre malades, et on admire avec raison la grande salle, «jui a 3'iO pieds de long avec une largeur proportionnée.
Un peu plus haut, la riche église Saint-Charles, construite par les Milanais en 1012, avec son magnifique pavé de marbre et ses belles peintures, appelle votre visite et sollicite votre admiration : au-dessus du maître-autel, un dos meilleurs tableaux de Maratlc représente saint Charles conduit à Jésus -Christ par la sainte Vierge. On conserve dans cette église le cœur de saint Charles Borromée, et vous aimerez à faire une prière devant ce cœur qui a tant aimé l'Église et les pauvres.
Louis Veuillol , le Parfum de Rome.
Voici le palais Ruspoli , dont le style sévère rappelle les palais de Florence. Nous passons rapidement devant la place Colonne, et nous arrivons à réglise élevée en l'honneur du pape saint Marcel.
« Marcel, Romain, occupa le saint -siège depuis le temps de Constance et de Galère jusqu'à celui de Maxence... Il institua dans la ville vingt-cinq paroisses , afin que le baptême et la pénitence fussent administrés aux infidèles qui embrassaient la religion de Jésus-Christ. Maxence le sut, et en fut irrité; il menaça Marcel des plus cruels supplices s'il ne déposait le pontificat et ne sacrifiait aux idoles.
« Marcel ayant dédaigné ces injonctions insensées, Maxence le fit emprisonner dans les écuries des bêtes destinées aux jeux publics. Il y vécut neuf mois, s'appliquant au jeûne et à la prière, visitant par ses lettres les paroisses qu'il ne pouvait plus visiter en personne. Délivré par les soins du clergé, il reçut l'hospitalité de la bienheureuse Lucine , dans la maison de laquelle il dédia l'église qui porte aujourd'hui son nom. Les chrétiens s'y réunissaient pour prier, et le bienheureux Marcel les instruisait.
« Maxence, en ayant été informé, fit transférer les bêtes dans cette église même, et condamna Marcel à les servir. Ce fut en ce lieu qu'affligé de cruelles infirmités, Marcel s'endormit dans le Seigneur. »
C'est ainsi que le Bréviaire romain nous raconte l'histoire de saint Marcel. Mais de semblables humiliations n'avilissent point les papes; et cette humble maison de Lucine, consacrée d'abord en église, puis transformée en écurie, nous apparaît aujourd'hui d'autant plus sacrée et plus chère. Après s'être prosterné devant le corps du glorieux pontife, qui repose sous le maître- autel, le chrétien se relève plus fort et plus confiant dans les promesses divines : et portœ inferi non prœvalebunt.
Sur la place de Venise, la belle église Saint- Marc, enclavée dans le palais de l'ambassadeur d'Autriche, est un riche sanctuaire que les ambassadeurs et les prélats vénitiens se plurent à orner de marbres précieux et de belles peintures.
Le palais de Venise, qui a donné son nom à la place, fut bâti avec les pierres du Colisée, et il fut longtemps la résidence d'été des papes.
Le pape saint Marc fit bfitir l'église en 336, et elle fut recon-
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slniilt', en HS.'i, par Grégoire IV. Le iiiaîln;-aiitrl -mloul, «'levé sur les corps du pape saint Marc et des saiiit> AlMlnn ri Seimcn, est d'une niauiiilicenco reniais jiinl de.
Abdoii el SeimcM iHaienl deux priiircs prisans, (jne hèee, alors général de rarmé'e romaine, lit jii-isonniers , et amena à l'»ome dans respt'rance de 1(îs détacher de la religion clirt-tiennc. Ils vécurent longtemps en paix dans cette ville; sous le règne de l'empei-eur lMiili|ipe, diinl la hionveillruiee pnur les ehnHiens est connue.
Dèee, ayant été proclamé empereui' par Tarmée, n'oublia point ces deux dluslres {trisonniers, et il les somma de sacrifier au soleil, dont la statue avait remplacé celle de Nt-ron devant Tamphilliéàlre. Sur leur relus, il les condamna aux Itètes. Ils furent Trappes de fouets armés de plomb, et conduits au Coliséc. Deux lions et quatre ours, lancés sur eux, se précipitèrent en rugissant à leuis pieds, ne voulurent plus les quitter, et prirent leur défense. Tiansporté de colère , Valérien, le préfet de Rome, que Dèce avait envoyé pour présider aux jeux, les fit égorger par les gladiateurs. Leurs corps étaient depuis trois jours sans sépulture, lnrs(ju'ils furent recueillis par un sous-diacre, nommé Quirinus, et enfermés dans une chasse en plomb. Longtemps on ignora le lieu de leur repos : eux-mêmes se chargèrent de le faire connaître sous le règne de Constantin. Us furent alors déposés dans le cimetière de Saint-Pontien, sous la colline du .lanicule, où ils demeurèi'ent jus(ju'à Lli'égoire l\'. <pii onloinia de les hansporter dans l'église Sainl-Mare.
Ici se termine la iu<' du Cnrso, ainsi ajipolt'e en souvenii* des courses de chevaux (|ui s'y faisaient autrefois. Cette rue, la plus belle et la plus longue de Home, est ti'acée, croit-on, sur remplacement de l'ancienne Vin Lata, et il est regrettable (pTon ne l'ait pas continuée jusqu'au Capitolc : le Cajiitole l'aurait terminée par une [)erspective jdus imposante cpie celle du palais de Venise.
Le Corso est le centre de la vie de Home, eummeri^antc, aristocratique et frivole; c'est là que sont les plus riches magasins de la ville. Chaque soir, deux heures avant l'Avé Maria, cette rue présente une physionomie très animée. Le milieu ào la rue est continuellement oeeupé par les brillants carrosses de la noblesse romaine, qui met tout son lu.xe dans de beaux «'qui pages el de
nombreux laquais ; sur les trottoirs circule une foule nombreuse, composée des éléments les plus divers et les plus variés : des prêtres romains en soutanelles, des moines de tous les costumes, des étudiants de toutes les couleurs , des soldats de tous les uniformes ; des promeneurs désœuvrés : Français , Espagnols , Anglais , Américains , fumant leurs cigares ; des dames avec leurs crinolines françaises et des paysannes de la Sabine en costume de madone. Tout ce monde se mêle , se croise dans tous les sens : on n'entend pas le moindre cri tumultueux, le moindre désordre. Tout cela compose un spectacle peut-être unique en son genre, et qui prouve une fois de plus que Rome est la ville du monde entier. Malgré la diversité du langage , la variété des costumes , la différence des habitudes , chacun ici se sent chez soi. Le souverain pontife, il y a quelques jours, dirigea sa promenade du côté du Corso; il descendit de sa voiture, et le traversa à pied. Ce fut un enthousiasme que je ne saurais vous décrire : tout le long de la rue, une double haie vivante, à genoux, se découvrait et baissait la tête sous la main étendue qui appelait sur elle les bénédictions de Dieu : hommes , femmes, prêtres, militaires, riches, nobles , voyageurs et Romains , nul ne songeait à résister. A chaque instant la foule le dépassait pour le mieux voir; elle ne se lassait pas , et , après l'avoir vu ici , courait plus loin pour l'apercevoir encore. La joie et le bonheur s'épanouissaient sur l'auguste visage du pontife. Pie IX était heureux de se trouver au milieu de ses enfants , de recevoir leurs témoignages d'amour, et sa physionomie disait assez qu'il les payait de retour.
Quand il remonta dans sa voiture , des evviva joyeux s'échappèrent de toutes les poitrines et dans toutes les langues : Vive Pie IX ! Vive le Saint-Père/ Cris d'amour et d'espérance que répètent chaque jour des millions de voix : le Seigneur les exaucera.