BASILIQUE DE SAINT-PIERRE
Son origine. — Constantin et saint Sylvestre. — Charlemagne. Heconstruction de la basilique.
Mon cher ami ,
Avant de visiter la basilique de Saint- Pierre, j'ai voulu me livrer à une étude historique sur son origine, sa fondation et les diverses modifications qu'elle a subies , depuis bientôt vingt siècles. Ce travail m'a intéressé, et je regretterais de ne pas vous en faire jouir avant de vous mener à Saint-Pierre.
Sans doute nous ne sommes point des savants ou des archéologues qui viennent mesurer les pierres , lire sur les parois des édifices leur âge et admirer la poussière froide et séculaire qui les recouvre.
Avant tout nous sommes chrétiens , et , sans mépriser le savoir de l'archéologue et le génie de l'artiste, il nous est bien permis de préférer à leurs découvertes et à leurs œuvres les souvenirs de la foi et les exemples de nos ancêtres. D'ailleurs ces souvenirs animent les œuvres de l'art, et leur donnent une signification et une durée que le génie seul ne pourrait leur garantir.
Tout en notant le développement architectural de l'édifice de Saint- Pierre, nous pourrons suivre ainsi les progrès de la foi et de l'amour des peuples à travers les siècles.
Saint-Pierre a subi quatre modifications, qui répondent aux époques principales de l'histoire de l'Église : nous le voyons naître au temps des persécutions , devenir un édifice public sous Constantin, s'orner et s'enrichir sous Charlemagne, et enfin, au xvi'^ siècle, prendre les proportions colossales que nous admirons aujourd'hui.
A rorigine, Saint- Pierre n'était qu'un oratoire souterrain. Le corps de l'apùtre avait été déposé dans les catacombes du Vatican ,
voisines du lieu de son supplice. Ce (juarlicr do Home, ainsi noiiinic ù cause des oracles qui s'y rendaient .nitrefois, n'était guère hal)iU' que par des potiers; on le fuyait généralement, il était réputé malsain, et l'air y exhalait les fièvres. Ce (jui explique comment les chrétiens, malgré le voisinage du cinpie et des jardins de Néron, purent y venii- prier en paix et y déjioscr les corps de leui-s martyrs. Saint Anaclet, qui avait été ordonné par saint Pierre, construisii sa mémoire dans ces souterrains; il y a été enseveli lui-même à côté du bienheureux IMerre.
Ce furent h\ les commencements de. la basilicpic de Saint-Pierre ; les persécutions ne permirent pas aux chrétiens de rendre plu> il'honneur au chef des apôtres.
Quand la paix fut rendue à l'Église, sous le règne de Constantin , le pape et le peuple chrétien désirèrent que le lieu de la sépulture de l'apôtre devînt digne de sa gloire et de leur amour. L'empereur partagea ce désir, et il fut décidé qu'on élèverait une basilique sur le tombeau même de saint Pierre. Une procession présidée par le pape saint Sylvestre se rendit donc au Vatican. Qu'on s'imagine l'étonnement du peuple quand il vit défiler dans ses rues ce cortège de prêtres et de pontifes, revêtus de splendides ornements que le soleil de Rome n'avait point encore vus briller sous ses rayons de feu. L'air retentit de chants sacrés dont les sept collines s'étonnent de répercuter les échos. La foule, avide de voir ce spectacle, accourt en flots nombreux et pressés. Beaucoup venaient sans doute par curiosité; ils étaient désireux de voir ces chrétiens qui , après trois siècles passés dans les catacombes, se montraient enfin au grand jour de la publicité ! Mais quel enthousiasme parmi le peuple chrétien ! Quels chants de joie et de trionqihe !
Le cortège était arrivé devant la tombe de l'illustr»' martyr, lorsque Constantin apparut. Le nionarque s'avance, dépose la couronne impériale, et, le front contre terre, il s'humilie de ses fautes et demande pardon à Dieu et aux saints apôtres avec une telle abondance de larmes que la pourpre impériale on est inondée. L'empereur, se relevant , quitte sa chlamyde , prend une pioche, ouvre le sol, puis porte sur ses épaules douze paniers pleins de terre en l'honneur des douze apôtres, et les jette A l'endroit même où il veut placer la iireniière pierre de la basilique de Saint-Pierre.
Les travaux marclièrent avec activité; la basilique du Vatican lut consacrée le 18 novembre 324. Elle comptait cinq portes, cinq nefs et cent colonnes. La longueur de ses nefs atteignait 100 mètres, la largeur 4o, et la hauteur de la nef principale, 42,50.
Saint Jean Chrysostome disait de la basilique de Constantin que « les souverains pontifes l'avaient construite dans des proportions si grandes et si riches, qu'ils en avaient fait une des merveilles du monde* ». Le corps du saint apôtre fut placé dans une châsse d'argent qu'on enferma elle-même dans un coffre de bronze doré, qui fut surmonté d'une croix d'or pesant 150 livres. H fut ensuite déposé au fond des grottes Vaticanes.
Le tombeau, ou mieux, comme on l'appelle, la Confession de saint Pierre, fut divisé en deux parties, l'une inférieure, l'autre supérieure. Saint Grégoire de Tours nous apprend que les pèlerins passaient la tête par une petite ouverture pour prier devant les saintes reliques.
La basilique Valicane s'est modifiée bien des fois; mais la Confession de saint Pierre a conservé les traits fondamentaux de son ancienne configuration : elle se divise toujours en deux étages.
A partir de ce moment, la basilique Vaticane devint l'objet de la vénération des papes et des empereurs, qui se plurent à l'enrichir et à venir dans son enceinte honorer le prince des apôtres.
La basilique ne subit point de modifications importantes jusqu'à Charlemagne, qui l'orna d'un clocher surpassant tous les autres en beauté et en élévation.
En l'année 775, on remarquait aux abords de Saint-Pierre, et jusque sur le parvis du temple, un mouvement inaccoutumé; une foule considérable poussait des cris de joie et chantait : Benedictus qui venit ia nomine Domini. Le clergé s'associait à cet enthousiasme populaire, et le souverain pontife lui-même, Adrien I", en habits pontificaux^ partageait cette joie universelle. Un puissant monarque, Charlemagne, venait de faire son entrée à Rome. Les sénateurs étaient allés à sa rencontre. Arrivé en face de Saint-Pierre, Charlemagne descend de cheval, gravit les marches de la basilique en les baisant, et pénètre dans l'intérieur avec le pape, qui l'avait reçu sur les degrés. Quelques jours après ,
^ Homil. in princ. Apost.
Charles déposa sur le corps de saint Pierre l'acte de donation des provinces dont il faisait hommage à l'Église. Cet acte confirma la donation de Pépin, c'est-à-dire des villes de la Pentapole et de rÉaiilie, et y ajoutait la Vénétie, l'Istrie, les duchés de Bénévent et de Spolète, Mantoue, Parme, l'île de Corse, et étendait la domination pontificale jusqu'au golfe de la Spezzia. Vous voyez que la souveraineté temporelle des papes ne date pas d'hier: elle était déjà honorée et établie bien avant Charlemagne.
Je ne fCis pas surpris de voir les statues équestres de ces deux grands empereurs, Constantin et Charlemagne, debout aux deux extrémités du vestibule de la basilique. Je saluai en eux les deux protecteurs de TÉghse, et je me réjouis de la reconnaissance de l'Église ma mère, qui n'oublie aucun bienfait, et sait éterniser la mémoire de ses bienfaiteurs.
Le premier qui conçut le projet de reconstruire Saint- Pierre fut le pape Nicolas V. Jules II le mit à exécution. Il fit abattre l'ancienne basilique de Constantin, et le 18 avril 1506 il posa la première pierre de la nouvelle. Bramante fut chargé d'en dresser le plan. La mort ne lui permit pas de le mettre à exécution. Sa gloire fut d'avoir eu l'idée de la coupole. Il ne reste de lui que les piliers du dôme, dont les proportions, d'ailleurs, ont été considérablement modifiées.
Plusieurs architectes lui succédèrent, et de grands papes attachèrent leur nom à cette œuvre glorieuse. Bramante, San-Gallo, le dominicain Joconde, Raphaël, Perruzzi, Michel- Ange, Carlo Maderne, y travaillèrent successivement. La plus grande part de gloire revient à Michel-Ange. Il était âgé quand il prit la direction des travaux, et la mort vint trop tôt l'arrêter. Les papes défendirent de rien changer à ses plans. Michel- Ange n'a pas seulement la gloire d'avoir créé une merveille ; le désintéressement dont il fit preuve semble ajouter encore à son génie. Il ne voulut rien recevoir des souverains pontifes , trop heureux, disaitil, de pouvoir travailler pour le bienheureux apôtre saint Pierre.
Carlo Maderne acheva la basilique vers 1621 , sous le pontificat de Paul V. Les plans de Michel-Ange furent alors modifiés. Le pape pensa qu'il était convenable de comprendre dans l'enceinte de la nouvelle basilique l'espace entier qu'occupait autrefois le sanctuaire élevé par saint Sylvestre. On lui donna la forme d'une croix latine au lieu d'une croix grecque , comme le voulait Michel-
Ango, oL ron lut ohlii^^c dMlluiii^ci' la j^ManiJe nef tic trois arcades. Inlérieiiroinent le plan primitif subit peu de modifications; mais la façade fut entièrement cliatii,^ée. Le plan do Micliel-An|.^e, qui rappelait le poilinue du l^mlliéon, fut saci'ili<'î, parce qu'il ne permettait pas de conslruiie une galerie du haut de hujuelle le pape pût doiincr sa bénédiction urbi cl orbi. La façade moderne man(|ue de grandeur et de majesté. r*llle est généralement blAmée, et il est certain qu'elle nuit à Timprcssion que ce vaste monument devrait produire.
Quant ù ceux des papes qui ont contribué à raclièvement de Saint-Pierre, il faudrait les nommer tous, depuis Jules II jusqu'à Pie IX, qui a fait revêtir de marbre blanc les piliers de la grande nef, et a i-econslruit l'autel de la chaire de Saint-Pierre. Tous ont tenu à laisser dans cette immense basilique des traces de leur passage et des preuves de leur munificence. Ils ont fait appel à tous les génies, à toutes les illustrations artistiques pour rendre ce temple digne du prince des apôtres, de la papauté et de la catholicité fout entière. Nous verrons demain s'ils ont réussi.