‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 3 sur 53 · BASILIQUE DE SAINT-PIERRE (SUITE · texte numérisé non relu

BASILIQUE DE SAINT-PIERRE (SUITE

Place Saint -Pierre. — Vestibule. — La Navicella. — Dimensions de la basilique. — Statue de saint Pierre. — Confession de saint Pierre. — Pie VI. — Le Bernin. — Chaire de saint Pierre. — Les statues des fondateurs d'ordres religieux. — Chapelles. — Tombeaux des papes. — Les pénitenciers. — La coupole.

Mon cher ami ,

Je viens aujourd'hui tenir ma promesse et vous rendre compte de ma visite à Saint-Pierre. J'avoue que mon embarras est extrême : comment vous décrire cette merveille du monde catholique? Serai-je même assez heureux pour vous en donner une idée, pour faire naître en vous le désir de la connaître. Suivezmoi donc à Saint-Pierre, et si le récit de ma promenade vous intéresse et vous inspire la pensée de m'imiter, je m'en réjouirai.

Vous savez que la basilique est précédée d'une place immense. Je vous conseille de la traverser sans vous arrêter, de gravir les degrés de la basilique sans rien examiner. Une fois sur le perron, retournez -vo us , et vous serez vivement impressionné. De cet endroit on domine tout l'ensemble de la place, on peut en saisir plus facilement la magnificence et la grandeur: au milieu, le fameux obélisque auquel Sixte V a fait confesser si éloquemment le triomphe de la croix; de chaque côté de l'obélisque, deux magnifiques fontaines dont les gerbes jaillissantes s'élèvent jusqu'à trente-huit pieds de hauteur. Comme encadrement, la magnifique colonnade du Bernin, surmontée de statues de marbre, s'étend de chaque côté de la place , et lui imprime un caractère de grandeur qu'on ne saurait décrire. On dirait que l'artiste, lorsqu'il conçut son plan, avait présentes à l'esprit les paroles du prophète Isaïe : « Jérusalem , lève les yeux autour de toi et regarde : tous les peuples sont assemblés et sont venus à toi ;

dilate les entrailles' ot réjouis-toi'. » Ne semMe-t-il pas, en effet, voir l'Eglise inrre ouvrir son sein pour recevoir tous les peuples, étendre ses bras jtour les attirer et les presser sur son cœur? Celte pensée nous fait coniprendn; T^'inotioti (|ui doit Hiire battre le cœur du pape, du Père, (piand du haut de la Loggia il donne la bénédiction apostolique urbi et orbi , et qu'il voit à ses pieds, agenouillés et soumis, les représentants de toutes les nations et de toutes les tribus de la terre.

Au bas des degrés, les statues de saint Pierre et de saint Paul semblent, de cliaque côté, protéger l'entrée de la basilique. Treize statues représentant Jésus-Christ entouré de ses apôtres surmontent la fat;ade extérieure. Les cincj portes du frontispice conduisent dans un superbe vestibule tout brillant de marbres et de dorures, .le me retourm^ pour admirer, au-dessus de la porte principale, la magnilujuo mosaùjue de Ciotlo appelée la Navicella, que le savant cardinal Baronius ne manquait jamais de vénérer en récitant cette prière: Domine, ut erexisti f'etrum a flnctibus, itii cripe me a peccatorum widis. Cet ouvrage du xiu" siècle représente saint Pierre conduisant sa barque agitée par les vents. Aux deux extrémités du veslibule sont les statues de Constantin et de Charlemagnc, dont je vous ai parlé hier. Ce vestibule est si riche et si splendide qu'on a vu des pèlerins le prendre pour la basilitjue elle-même, s'y j)rosterner pour y faire leurs prières et repartir contents.

La grande porte de bronze de la bnsiliijue, qui ne souvre «jue pour laisser passage au souverain p -ntife, est enrichie de basreliefs que je ne prends pas le temps d'admirer; j'entre en toute hàle, haletant, sous l'impression d'une longue attente (pii va enfin être satisfaite, .le cherche en v.iin les colossales propoitions dont j'avais entendu parler. Haiileur. longueur et largeur, tout me paraît ordinaire, et pourtant Saint-Pierre surpasse en magnificence et en grandeui- les phis splendides ('glises de l'Olient et de l'Occident.

Les bénitiers, formés de larges coquilles de marbre jaune, augnjentent d'abord l'illusion. Ils semblent de grandeur ordinaire, et soutenus par des anges en marbre blanc de la taille d'un enfant. .\ mesure (pTun s'apjiroehe . riUnsion disparait. On

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voit ces enfants grandir, et je fus tout étonné de me trouver en présence de colosses de six pieds '.

De la porte d'entrée au chevet, Saint- Pierre compte 575 pieds de longueur, et 419 de largeur dans le transept. La nef du milieu a 82 pieds de largeur sur 142 de hauteur, y compris la voûte. Les nefs latérales ont chacune 20 pieds de largeur. Ces différentes mesures sont gravées sur le pavé de Saint- Pierre.

Mais par où commencer l'étude de ce vaste édifice? Sous mes pieds, je foule un brillant parterre émaillé de fleurs, découpé en rosaces, en losanges d'une gracieuse variété, d'une grande richesse de dessin. Le pavé est tout en marbre et en porphyre. Devant moi, autour de moi, de quelque côté que je me tourne, l'œil se perd au milieu de ces richesses, de ces statues, de ces mosaïques, de ces bronzes, de ces marbres qui tous m'invitent à leur payer un tribut d'admiration.

Je me montre sourd à leur appel, je me rends directement sous la coupole. A droite, adossé au pilier le plus proche de la Confession, s'élève un trône d'évêque, un pontife assis l'occupe.

C'est Pierre, qui ne se meut jamais, et qui, à travers les siècles, est plus immobile encore dans son amour et dans sa foi que le bronze dont son image est faite.

Je m'approchai , je baisai ce pied usé par les lèvres des nombreux pèlerins, et je le touchai de ma tonsure.

On a fait bien des contes sur cette statue de bronze; quelques voyageurs ont prétendu que c'était une ancienne statue de Jupiter. Voici la vérité sur ce point:

« Presque tous les antiquaires romains, dit M^ Gerbet, croient qu'elle fut érigée par ordre de saint Léon , en action de grâces de la délivrance de Rome menacée par Attila, et qu'on a fait fondre la statue de Jupiter Capitolin pour la transformer en statue de saint Pierre.

« Le fait est qu'il ne reste de Jupiter que son antique bronze, qui a passé par la flamme pour être jeté dans un moule chrétien : image assez juste des opérations de la grâce, qui s'empare des matériaux que lui fournit le vieil homme, y détruit, par le feu de l'amour divin, l'empreinte du péché, et les fait renaître sous sous une forme presque divine *. »

1 Pour gagner les indulgences dans les basiliques romaines, il faut prendre soimême l'eau bénite.

- Esquisse de Borne chrétienne, 1, pp. 327, 333.

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Dans Saint-PieiTc, commo dans toutes les ôglises do Hume, il n'y a ni chaises ni bancs. Les fidèles se tiennent debuiil ou à fçenoux. En présence du Dieu trois fois saint, il n'y a pas d'altitude qui convienne mieux au respect (jui lui est dû.

Je fus nie prosterner devant la Confession de saint l'ierre. Lest là (jue repose le corps du prince des apùtres. Que sont devenus les tombeaux des Néron et des Tibùre? Oui jamais s'est informé du lieu de leur sépultuie pour venir s'y pro.-ternei'? Voilà que le tondx'au du pauvre pêcheur de (iénr-sareth est honnii- du mondientier.

« Nos empereurs, disait saint Jean Chrysoshtmc (ju.uid ils ne peuvent èti'e ensevelis près du corps des apôtres, reL,^ardent comme un grand honneur d'avoir leurs londjcs dans le vestibule de leurs temples. Les r(»is devioimenl les iinrljcis d'un pécheur et d'un faiseur de lentes '. »

Que de monarques et de princes uni loult'- ce s<ilî One de peuples y sont venus en foule! Combien d'aveugles y ont trouvé la lumière; de malades, la santé; de pécheurs, le repentir; et d'indilférents, ranioui! Je m'apMn mille avec joie, le front appuyé sur ce marbre qui a reçu laTîl de larmes « et (pii est doux comme la poitrine d'un ami ». Je restai longtemps sans pouvoir maîtriser mon émotion. Ce joui'- là, je vis tout et je ne retins rien.

Et cependant la Confession est un monument remarquable de richesse et de beauté. La jiarlie supérieure est entourée d'une riche balustrade de marbre, sur laquelle cent vingt-deux lampes de bronze doré brûlent nuit et jour. Sur le pavé, la statue de Pie VI, (iMivre de Canova, leprésenté dans l'altitude de la prière, me semble un enseignement pour les gém'ialions modernes. Ce pontife, mourant en exil, avait expiimé le désir que son corps fût déposé près du tombeau de saint Pierre. Ce vœu, (pii pouvait sembler une folie à l'heure où il fui C(^nçu, a cejiendant été réalisé. Si les papes vont en exil, la papauté ne meurt jamais. Pie \"l le savait; la Providence ne lui a pas mantpié.

Quel noble et riche mausolée l'amour et la foi ««ni <'l(»v»'' au prince des apcMresl L'imagination est saisie en conlcmi»lant la magnifique coupole qui surmonte la Confession de saint Pierre, et la foi et l'nmour lre»ai lient en lisant lc> promesses faites à

' Homélie fjuml rhnsins ml Drut.

Pierre : Tii es Pet rus, et super hanc petram œdiflcabo Ecclesiam meam, et portR' infcrni non prœvaleMmt advei'sus eam.

Merci . ô mon Dieu , de les avoir réalisées d'une manière aussi vivante et aussi réelle!

Quelle description vous donnerai-je de cette immense coupole que le génie de Michel-Ange a jetée dans les airs? Ce sont des stucs dorés, des marbres, des mosaïques d'un effet riche et grandiose. Sur les piliers qui la soutiennent, les quatre évangélistes sont représentés en mosaïque. Dans les quatre niches des piliers sont les statues colossales en marbre, de quinze pieds de haut, de sainte Véronique, saint Longin, sainte Hélène et saint André. Au-dessus des statues ou conserve les précieuses reliques de la Passion, une partie notable de la vraie croix, le voile de sainte Véronique, un clou, des épines, la lance qui ouvrit le côté du Sauveur, et la tète de saint André.

Admirons mainten nt le magnifique baldaquin qui surmonte Tautel papal, placé au milieu de la coupole et sur le corps même de saint Pierre.

Un jour, le Bernin se promenait avec Annibal Carrache dans l'immense nef de Saint- Pierre, lorsque ce dernier, s'arrètant tout à coup, lui dit :

« Croyez-moi, Bernin, il viendra peut-être un génie qui élèvera sous la coupole, et au fond de l'église, deux monuments proportionnés à la grandeur de ce temple,

— Plût à Dieu que ce fût moi! » s'écria le Bernin.

Peu de temps après, Urbain VIII fait venir le Bernin, et, lui donnant les portes de bronze du Panthéon, il le charge de créer les deux monuments qui manquaient à la grandeur de la basilique.

Le premier est cet immense baldaquin de bronze. Les colonnes torses et dorées qui le soutiennent n'ont pas moins de trentequatre pieds de hauteur. Elles sont, dit-on, remplies d'ossements de martyrs. Aux angles sont quatre anges debout et quatre consoles renversées, qui, se réunissant dans le milieu, supportent un globe sur lequel est placée une croix. La hauteur totale du monument est de quatre-vingt-six pieds.

L'autre œuvre du Bernin est au chevet de la basilique. C'est là qu'est la chaire de saint Pierre, cette chaire sur laquelle l'apôtre s'assit tant de fois dans les catacombes, et de laquelle il prêchait et administrait les sacrements à ses chers néophytes.

qui, soi'tnnl <!<' là pleins du Saiiit-l'lspi-il cl d»' l.i ltAcc divine , ne eraiirnaionl point d'crnp<iui|ut'i' d.- leur propro s.ing leur robe blanchie la veille dans les cau\ du baplènie. Elle est renfermée dans une chaire de bionze doré, et soutenue par quatre statues colossales aussi en bronze, représentant les (|uatre grands docteurs de ri-lglise : saint Athanase et saint Jean Chrysostome pour rOricnt, saint Augustin et saint Andtroise pour r()ccident.

Cette chaire de saint Pierie nest pas autnî chose que la chaise curule du sénateur Ptidcns , chez letpiel TapAtre fut reçu, où il administrait les sacrements et instruisait les fidèles. M*' Gerbel établit cette opinion d'une manit^re l)ien solide dans son précieux ouvrage Esquisse de Rome chrétienne.

On ne saurait trop admirer la conduite de la Providence, qui a conservé intacte cette précieuse relique à travers les siècles, tandis que d'autres qui pouvaient sembler plus inqiorlantes, ont péri et ontétt' profanées dans les invasions des barbares.

Voici la desci'iplion (jue Toirigi en donne :

« Le devant du siège est large de quatre palmes et haut de trois et demi; ses côtés en ont un pou plus de deux et demi en largeur; sa hauteur, en y comprenant le dos, est de six palmes. Klle est en bois avec des colonnettes et de petites arches. Les colonnettes sont hautes d'un palme et de deux onces (Tonco ou la douzième partie du palme romain équivaut à i centimètre 8 millimètres), les petites arches de deux palmes et demi. Sur le devant du siège sont ciseh's dix-lniit sujets en ivoire, représentant les travaux d'Hercule, exécut('s avec une rare perfection et entremêlés de petits ornements en laiton (c'est de l'or très pur : cela a été constaté par la ronuiiission nommée par Alexandre VII à cet effet), d'un travail très délicat. Il y a autour plusieuis ligures d'ivoire en bas-relief. Le dos de la chaire a quatre doigts d'épaisseur. »

Pendant plusieurs siècles, les papes s'en servirent dans les grandes solennités; mais la vétusté faisant craindre que le déplacement n'occasionnât la perte d'une relique aussi précieuse, h^s souverains pontifes renoncèrent à son usage.

.lusqu'à Alexandre VII, les papes, le jour de leur ronronnement, venaient s'y asseoir, et prenaient ainsi n^pli.m. ni possession de la chaire de saint Pierre.

En descendant, je m'arrêtai devant une inscriptiMH qui dira aux siè<:les futurs une des plus grandes gloires du règne déjfi .<m riche

de Pie IX. Elle éternise la date du 8 décembre 18o4, et la postérité la plus reculée saura les noms des cardinaux, achevèques et évoques qui sont venus à Rome, de toutes les parties du monde, accueillir el célébrer la proclamation du dogme de Tlmmaculée Conception.

De chaque côté de la grande nef, sur deux rangs superposés, sont les statues des fondateurs d'ordres religieux. Ces hommes et ces femmes sont à leur place. Soutiens et défenseurs de l'Église, ils lui ont consacré leur génie, leur force et leur amour. Leur zèle fut un puissant rempart contre l'hérésie, et leur vie un puissant exemple contre le relâchement des mœurs et de la foi.

Enfin, mon cher ami, que vous dirai -je de toutes les richesses de Saint-Pierre? des chapelles du Saint-Sacrement, de la Sainte- Vierge, du Chapitre, de la Pietà de Michel-Ange? Donnons un regard d'admiration à ces riches mosaïques de la Transfiguration, de la Communion de saint Jérôme, de la Résurrection de Tabilhe, etc. Tous les artistes que les papes ont employés pour l'embellissement de Saint- Pierre ont travaillé pour l'éternité. Ici point de peintures, point de fresques : le temps altère et détruit ces œuvres de l'art et du génie. Les mosaïques, les marbres, les métaux les plus précieux, c'est lace qui convient à Saint- Pierre, image matérielle de l'Église de Jésus- Christ, qui doit durer sur la terre jusqu'à l'éternité.

Les riches tombeaux des papes, disposés avec tant de goût et de convenance, appellent mon attention.

Autour du tombeau du premier pape sont ensevelis presque tous les corps de ses successeurs. Dans ce nombre il y en a trentecinq qui furent saints et martyrs. Plusieurs de ces tombeaux sont très remarquables. Au-dessus de la petite porte de la chapelle du Saint- Sacrement, on vient de placer celui de Grégoire XVI. Il est en beau marbie de Carrare. Le pontife, assis, pose les pieds sur une belle urne d'albâtre oriental. D'un côté, la statue allégorique du Temps réfléchit sur les événements du monde; de l'autre, la statue de la Prudence appuie son coude sur le sarcophage, et symbolise le gouvernement sage et vigilant du pontife. Un basrelief rappelle que sous son règne la Propagation de la foi prit un grand développement.

.Je veux que vous vous arrêtiez avec moi devant le magnifique bas-relief de l'autel de Saint-Léon, et vous faire lire la touchante

ItoMI'. ■j7

iMsci-i|)ti'>ti (|ii(' l.<'(iri \ll .1 compost'"' pom- êli(; pravôe sur sa Iniiilio. S(»ti cni-iis it'posc |)i-«\s (Ics rcli(jiiL's (!»' saint I.iVjn :

Leoiii ma^'io pnlroiio cœlesli

Me su|iplcx commeridans Ht'ic apud sacros ejus cineros Locutn scpulturaî olegi Léo XII luiinilis clioiis Il.i'iediiin laiili nominis ininiimis.

\ ujc/-\iMi>, Cl' iiuMu travail de Canova. c'est 1(3 toinhcaii tU; Clément XIIl. Comme ce lion qui dort symbolise bien la douceur du pontife, et cet autie (pii rugit, la force de sa conscience qui ne voulut rien concéticr aux demandes injustes des cours (pii fv!geaieut la destruction de la compagnie de Jésus!

\'oici le tombeau d'Alexandre V^II. ouvrage du Bernin. Il ('>[ d'un réalisme effrayant. La statue du |)ontife est placée au-dessus d'un sarcophage de vert antique : au milieu des plis (Tune draperie de marbre jaune qui forme le soubassement du sarcophage, on voit ajiparaître un squelette doré (jui présente au pape un sal)lier pour lui amionccr que son heure est venue.

Ne quittez pas la basilique sans jeter un coup d'œil sur le baj)tislère. C'est une urne de porphyre dont le couvercle en bronze doré est orné de figures d'anges. Elle a douze pieds de long et si.x de large. Elle servait de couvercle au sarcophage de l'cnqiereur Othon II, mort à Home en 97'i. Ces fonts bajttismaux sont regardés connue un des i)lus beaux chefs-d'œuvre de l'art.

Il va quchpies heures déjà que nous sommes à Saint-Pierre; ne vous semble-t-il pas ijue le moment soit venu de le quitter? Mais auparavant je veux que vous fassiez une visite aux confessionnaux.

Tibi tradita' sunt davcs regiii rœlorum. Il laul bien «pic l'apùtic exerce sa mission. Voici donc une douzaine de confessionnaux, sur lesquels je lis : Lingua Gdlliai, Litkjuu lUspanic.a, Lingua Anglica , Lingua Germanicn , etc. Cela veut dire que dans chacun de ces confessionnaux se trouve un prêtre pour écouter les confessions des étrangers, et chacun peut choisir le sien, sur l'indication que je viens de mentionner. Ces |»rclrcs sont les pénitenciers. Une grande partie du jour ils se tiennent à leur poste, armés d'une longue baguette. Venez avec moi , n'ayez pas honte

d'un sourire philosophique ou railleur, prosternez -vous devant l'un de ces confessionnaux , inclinez la tête et recevez avec contrition le léger coup de baguette que va vous donner le prêtre pénitencier. Ne croyez pas que cet exercice soit inutile : il vous a mérité quarante jours d'indulgence. A côté est le siège du cardinal grand pénitencier, qui l'occupe le jour du vendredi saint pour écouter les confessions. Ces prêtres ont le pouvoir de remettre tous les péchés réservés aux évêques ou au pape.

Dans l'ancienne Rome, lorsqu'un maître rendait la liberté à un esclave, il le touchait d'une baguette, et dès ce moment l'esclave était affranchi. L'Église romaine, qui est essentiellement traditionnelle, a conservé cet usage. Quel plus triste et plus dur esclavage que celui du péché! Heureusement que la grâce de Jésus -Christ nous affranchit et nous délivre!

Nous ne pouvons quitter la basilique de Saint- Pierre sans visiter sa coupole. Au premier pilier de la nef, à gauche en entrant, un escalier, ou, pour mieux dire, une de ces rampes douces et faciles que les Italiens appellent cordonnata, nous conduit sur la plate-forme de l'église. On est tout étonné de trouver une ville à cette hauteur, et dans les combles de Saint- Pierre. C'est là, en effet, qu'habitent les san-pietrini, chargés de l'entretien et de l'appropriation delà basilique. Ses nombreux habitants, environ quatre cents, leur belle fontaine construite par les ordres de Grégoire XVI , donnent à la plate-forme de Saint- Pierre l'aspect d'une place publique.

Je m'approche de la balustrade et des statues qui couronnent la façade. Vues d'en bas, ces statues paraissent d'une grandeur ordinaire et d'un travail soigné et fini : elles n'ont cependant pas moins de vingt-cinq pieds de hauteur, et elles ne sont guère que d'énormes blocs de pierre grossièrement ébauchés.

Une première galerie intérieure, à la naissance de la coupole, me permet de jeter un coup d'œil dans la basilique. Je suis placé au-dessus des lettres gigantesques qui redisent les prérogatives de saint Pierre : Tu es Petrus, etc. De cette hauteur, les autels, les personnes qui circulent sous mes pieds diminuent d'une manière sensible. L'abîme qui s'ouvre devant moi, l'élévation qui surmonte ma tète, ne laissent pas que de m'effrayer, et c'est en tremblant et fortement appuyé sur la rampe que je me décide à faire le tour de cette sralerie circulaire.

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.1»' iiionle encore, et mio noiivellt.' galerie me peiinet de voii-, de toucliei' les luosaïcjiies qui décorent la coupoir. Celle élévation me donnt' \e veilige, je renonce h faire le tour d«- la galerie. Mais ce que je ne me lasse point d'admirer à rexlérieur, c'est le magniti(iue panorama qui se déroule devant moi : d'un côté, les montagnes de la Sabine et du Latium; de l'autre, la mer; dans rintervatle, d'immenses et vastes plaines au milieu desquelles apparaît la grande Hume avec ses luines. ses é'glises et se» dômes.

La coupole de Saint- l'ierre est envel(.»j)pfe [i.u- une autre, et c'est entre ces deux murailles qu'on parvient au sommet. De ce sommet une échelle de fer conduit jusqu'au globe, où seize personnes peuvent tenir à l'aise. Celte ascension est assez indiiïérente en elle-même; le globe n'ayant point d'ouverture, on ne peut y jouir d'aucune perspective.

Sur ce globe, image du monde, la croix domine et Iriomiihe. Il est bien juste qu'elle soit à cette place d'honneur, puisiju'elie a arraché le monde à la puissance des ténèbres!

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