I. l:nsi:igni:mi:nt sui'Kuiki i; a homï
l.a Sapience. — Le collège Moiiiain. — I /Apollinaire.
.M(.iii cluM' ami .
Je serais incomplel si, après vous avoir inoiiti'é la papauté distribuant l'instruction aux enfants du peuple avec une générosité et une sollicitude incomparables, je ne vous disais pas ce qu'elle tait pour l'enseignement supérieur. Là, comme partout ailleurs, nous la trouvons souvent à la tête des autres nations, et toujours nous la voyons la plus empressée à profiter des découvertes scientifiques, à les mettre en lumière, et à placer ses universités à la hauteur des universités les plus célèbres de l'Europe. De plus , en créant son université, le gouvernement romain n'a jamais prétendu établir un monopole en sa faveur. Loin d'enlravei" les tentatives particulières, il les approuve, les encourage, et les regarder comme un stimulant puissant et eflicace pour le progrès de la science : la concurrence que peuvent lui faire les institutions libres lui paraît le meilleur moyen de conserver toujuuis les études à un niveau élevé. C'est ainsi ([u'à côté de la célèbre université de la Sapience nous voyons s'élever le collège Homain. qui est comme une seconde université indépendante de la première, mais conférant comme elle les grades universitaires.
Nous les visiterons donc toutes les deux ; t'est le im'iilrur moyen de les connaîlr»' et de les apin-trier.
La Sapience est la principale universilf de Home. l-.llf i svmi siège, près de la place Navone. dans un vaste bâtiment <pii a la forme d'un parallélogramme. Au milieu est une vaste cuur, entourée sur trois côtés d«; beaux poiliqucs ; le quatrième est formé par l'église. Le nom de Sapience lui vient du verset d'un
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psaume gravé sur le frontispice : Lmtium Sapienti^ timor Domini (la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse).
Boniface VIII fut le fondateur de cette institution; mais tous les papes , après lui , n'ont cessé de s'y intéresser, de contribuer à son développement, et ils ont tout fait pour la maintenir toujours au niveau des progrès de la science. Ainsi nous voyons successivement Alexandre VI y établir six nouvelles chaires, parmi lesquelles celles de controverse et d'histoire ecclésiastique ; Innocent XI , un cabinet d'anatomie ; Clément XI , un jardin botanique; Benoît XIV, les chaires de chimie, de mathématiques pures, et un nouveau laboratoire pour les cours de physique et d'anatomie ; Pie VI les chaires de chirurgie spéciale, d'obstétrique et de théologie élémentaire; Pie VII, les chaires d'histoire naturelle, de minéralogie, avec les cabinets spéciaux pour ces sciences , et un cours de médecine vétérinaire.
Léon XII était à peine monté sur la chaire de saint Pierre qu'un de ses premiers soins fut de rétablir cette université, dénaturée et presque anéantie pendant les années de l'exil de Pie VII. Il y créa trente-huit chaires. Grégoire XVI augmenta les précieuses collections qu'elle possédait, et enrichit la bibliothèque. L'immortel Pie IX a fait restaurer l'église, les portiques, le grand escalier, et il a créé une chaire d'agriculture, une de pathologie vétérinaire, et une troisième de haute philosophie. Les professeurs sont au nombre de cinquante, et ils sont payés par l'État.
Les musées et la bibliothèque de cet établissement ne le cèdent à ceux d'aucune capitale de l'Europe pour la variété et la valeur des collections. Les musées de minéralogie, de zoologie, d'anatomie comparée, et la collection d'oiseaux, méritent une mention particulière.
Je vous ai déjà dit, mon cher ami, que Rome ne sépare jamais les besoins de l'âme de ceux de l'intelligence dans l'éducation qu'elle donne à la jeunesse. Les sept à huit cents jeunes gens qui fréquentent l'université de la Sapience sont externes et libres; mais le dimanche, et à certaines époques de l'année, on les réunit dans l'église pour y entendre la messe, ou pour y suivre les exercices d'une retraite : excellent moyen pour entretenir la jeunesse dans les pratiques de la foi chrétienne, et l'aider à persévérer dans les sentiers du devoir et de la vertu.
Hendons-uous mainLcnanl au (xillège l^omaiii.
Sur la j^^randc porte, je vois gravés en lellres J'ur ces iii<»l.> : Heligioni et bonis urtibux. (jui lu'iiidifiuent aussilùl rcsjiril ol la nature de renseignement (ju'un y donne.
Ce collège doit son origine à saint Ignace de Loyola ; il a aubi sans doute bien des modifications et des agrandissements; mais la pensée première du fondateur a été respectée, et on y donne toujours rinsti'uction gratuite. L'enseignement comprend l'étude de la grammaire, de la philosophie et de la théologie. Tout le monde est admis à suivre les cours : le pauvre et le riche, le jeune et le vieillard, l'étranger et le citoyen, y sont reçus indistinctement. Chacun vient comme il veut à l'heure du cours, et, quand il est achevé, c'est un curieux et beau spectacle de voir cette nuée d'écoliers de tout âge, de toute condition, reprendi-e avec joie le chemin de sa demeure.
Vingt-huit professeurs sont chargés des cours. En 18G2, on comptait sept cents élèves pour les classes inférieures, c'eslà-diro depuis la huitième jusqu'à la rhétorique inclusivement; un peu plus de trois cents pour la philosophie, et environ deux cent quarante pour la théologie. Les divers séminaires établis dans les environs, entre autres le séminaire français, en suivent les cours.
Je recommande cette institution à nos libres penseurs amis de la jeunesse : elle est digne de fixer leur étude et d'appeler leur attention. Les jésuites, n'est-il pas vrai? ont une singulière manière d'entendre la liberté, et nos libéràtres modernes, à côté, d'eux, ressemblent beaucoup à des autocrates. Dans leur collège l'instruction est libre. Elle est pour tous : vient qui veut; on entre, on sort, on n'est tenu à rien, pas même à un remerciement. Les maîtres sont comme des frères avec leurs élèves, et rien n'est plus touchant que de voir ces élèves, grands et petits, causer avec les bons pères à la sortie des cours. Dans nos collèges, l'instruction ne se donne guère qu'à des enfants de la même condition de fortune et de naissance: au collège Humain tous les rangs sont confondus : le lils du prince est assis à c .Mé de l'ai'lisan (mi de l'orphelin, et c'est peut-être le lils de Touvi-ier, dont le travail du père suffit à peine pour payer les livres, qui deviendra un jour prince do l'Eglise romaine, pape peut-être!
N'uilà pour l'organisalion du collège; (juant à l'instructidn qui
s'y donne, je crois inutile, mon clier ami, de vous dire qu'elle est la meilleure et la plus solide. Napoléon 1"'" disait :
« Depuis la suppression des jésuites, il n'y a plus d'éducation en Europe. »
Cette parole me dispense d'en dire davantage. D'ailleurs, pour vous convaincre que les jésuites ne sont en retard sur aucune branche de la science, il suffira de visiter leur bibliothèque, leur cabinet de physique, leur célèbre musée Kircher, leur observatoire : et, quand vous vous serez rappelé les noms des PP. Péroné, pour la théologie; Liberatore et Tongiorgi, pour la philosophie; Bresciani, pour la littérature; Secchi, pour l'astronomie ; Gurci , pour la politique et l'éloquence ; Panciani et Taparelli, pour l'érudition et la philologie; Patrizi, pour l'Écriture sainte; Garucci, pour l'archéologie, etc. etc., vous demeurerez convaincu qu'il n'y a aucune branche des sciences sacrées ou profanes qui n'ait dans la compagnie de Jésus un illustre représentant.
Quatre congrégations spirituelles réunissent les enfants du collège Romain les dimanches et les fêtes. Ils ont, d'ailleurs, un puissant protecteur et un beau modèle dans saint Louis de Gonzague, qui a vécu et qui est mort au collège Romain. La chambre qu'il habita est devenue une riche chapelle; j'y ai vénéré plusieurs lettres autographes du saint à sa mère, et j'ai eu le bonheur d'y célébrer la sainte messe.
Plus d'une fois, sans doute, la studieuse jeunesse du collège Romain va dans cette précieuse chapelle, et près du corps du saint, qui repose dans l'église Saint-Ignace, puiser la force d'être toujours fidèle aux exemples qu'il a laissés.
Nous pouvons affirmer, sans crainte d'être démenti , que nulle part on ne trouvera des jeunes gens animés d'un meilleur esprit que les élèves du collège Romain*. On conserve toujours à Rome le souvenir d'un fait qui est le plus grand éloge qu'on puisse faire des maîtres et des élèves. En 1831, à l'époque de la crise révolutionnaire qui mit les Romagnes en feu, dans tous les États romains les universités furent obligées de suspendre leurs cours. Seul le collège Romain continua paisiblement ses travaux, en-
^ Au moment où nous publions celte édition , les j.isuites ont été chassés depuis longtemps du collège Romain par le gouvernement italien.
toiiro (Je ses iioiiibieux élèves, ({iii ne se lai.ssoionl point un instant détourner île leurs devoiis par les idées d'indé'pcndance el de liberté (jui lermcntaient alors dans toutes les jeunes tètes.
Nous ne pouvons, mon cher ami, nous occuper de renseignement supérieur à liome sans faire une petite visite à TApoliinaire, le séminaire diocésain de Rome. Pic IV en posa la première pierre en iDÔiJ, et saint Charles Borroméc traça lui-même le règlement do cette sage ol utile institution, si recommandée par le concile de Trente.
Les élèves y sont admis au concours; ils doivent être Piomains de naissance, et âgés de douze ans au moins. Ce séminaire est entretenu au moyen de retenues faites sur les revenus de tous les bénificiers de Home.
Les cours auxquels assistent les séminaristes sont ouverts également à tous ceu.x qui désirent les suivre, laïques et ecclésiastiipies. On y trouve les facultés de tliéologif, de droit canon et de philosophie. En dehors des classes de rhétorique, d'humanité et de grammaire, il y a les chaires de langue grecque et de langue hébraïque.
Le nombre des séminaristes s'élève ordinairement à quatrevingts ; mais on peut bien évaluer à cin(| cents le nombi-e de ceux qui suivent les cours.
L'Apollinaire est placé sous la direction du cardinal-vicaire, et son nom lui vient de l'église qui lui est annexée, et qui est dédiée à saint Apollinaire.
Et maintenant, mon cher ami, vouâ énumérerai-je tous les collèges et séminaires où l'on n'admet que les internes? Il n'y en a pas moins de quatorze. Il n'eu faudrait pas davantage pour une ville d'un million d'habitants, et Home n'a que 200,000 âmes, l^emarquez que je ne C(imi)rends pas dans ce nombre toutes les institutions nationales, qui sont si nombreuses à Ironie : je ne parle que des collèges et séminaires créés par des papes, ou par de pieux fidèles qui ont assuré la fondation de leurs œuvres par des legs considérables. C'est encore là un côté propre et spécial aux institutions romaines. La i)lupart sont dues à Tiniliativc de la charité juivée et personnelle.