‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 25 sur 53 · LES COUVENTS DE ROME · texte numérisé non relu

LES COUVENTS DE ROME

Mon cher ami ,

Je liens d'autant plus à vous parler des couvents de Rome que de nos jours les congrégations religieuses comptent de nombreux et puissants adversaires. Qui s'étonnerait d'ailleurs, dans un siècle où l'on tente de défigurer les préceptes de l'Évangile et d'altérer ses enseignements divins, de voir attaquer et condamner ces âmes dont la générosité et l'amour ne sauraient se contenter des préceptes communs , de l'obéissance ordinaire , mais qui veulent encore accepter et suivre jusqu'aux conseils mêmes de l'Évangile? C'est là, en effet, toute la question quand il s'agit des ordres religieux. Les conseils de la perfection évangélique sont-ils une lettre morte, ou bien doit-il toujours y avoir sur la terre des cœurs assez purs pour les aimer et assez grands pour les embrasser? Pour les catholiques, la question n'est pas douteuse : les ordres religieux sont dans l'Église de Jésus-Christ ce que les astres sont au firmament. Vous comprenez, mon cher ami, que je ne parle ici ni de la forme ni des conditions de la vie monastique ; c'est à l'Église qu'il appartient de se prononcer sur la question d'opportunité des nouvelles fondations religieuses. Mais je dis que les ordres religieux en général sont la gloire de l'Église , comme ils sont aussi le complément nécessaire de la loi évangélique. Aussi voyons -nous souvent à chaque siècle les manifestations de l'esprit religieux répondre aux exigences de l'époque qui les a produites et se modifier avec les besoins, je pourrais presque dire avec les idées du moment, et en cela Dieu prouve au monde l'inépuisable fécondité et l'éternelle jeunesse de son Église.

Il y a à Rome 57 sociétés, congrégations ou ordres divers d'hommes menant la vie religieuse, dont quelques-uns comptent

Les couvents de Home.

plusieurs maisons dans la ville même. D'après le recensement ofiiciel de l'année 1864, 2,Go3 religieux sont partagés entre ces dilïérents couvents.

Voici le tableau exact de cette répartition entre les différents couvents de la ville ; j'ai pensé qu'il pourrait intéresser.

Chanoines réguliers de Latran, 36 religieux; Clercs réguliers Tliéalins, 17; C. r. Barnabites, 29; C. r. Somasques, 51; C. r. dj3 la Compagnie de Jésus, 368 ; C. r. Mineurs, 20; C. r. Ministres des malades, 51 ; G. r. de la Mère de Dieu, 23; C. r. des Écoles Pies, 48; Congrégation de l'Oratoire, 23; de Saint-Jérôme de la Charité, 9; des Doctrinaires, 40; de la Mission, 67; des Pieux Ouvriers, 7; du Précieux Sang, 16; des Passionnistes, 91; du très saint Rédempteur, 41; des Saints-Cœurs, 11; de la Sainte- Croix, 33; des Frères des Écoles chrétiennes, 59; Institut de la Charité, 71; Prêtres de la Résurrection, 21; Frères de Notre- Dame de la Miséricorde, 38; Ermites camaldules, 2; Moines basiliens, 2; M. bénédictins, 5; M. camaldules, 17; M. c. de Monte-Corona, 2; M. Sylvestrins, 20; M. Chartreux, 22; M. Ruthènes, 1; M. Antonins, 20; M. A. Maronites, 4; M. Arméniens, 1; Dominicains, 126; Mineurs observants, 194; M. réformés, 123; M. obs. de Saint-Bonaventure, 47; M. Conventuels, 97; M. Capucins, 202; Tiers ordre Franciscains, 23; Augustins, 78; A. déchaussés, 36; Carmes, 51; C. déchaussés, 87; Serviteurs de Marie, 54; Mercédaires, 7; Trinitaires, 14; T. déchaussés, 65; Minimes, 38; Religieux de Saint-Jérôme, 20; PP. de la Pénitence, 31; Fate bene Fratelli, 43; Société des Missions, 17.

Vous trouverez peut-être dans cette nomenclature quelques ordres religieux, tels que les trinitaires, les mercédaires, etc., qui n'ont plus aujourd'hui leur raison d'être ; mais l'Église les respecte comme de vieux serviteurs dont elle veut honorer la vieillesse; elle les conserve, comme ces armures d'un autre âge que vous voyez appendues aux murs des manoirs, et qui ne doivent leur existence qu'aux souvenirs d'une gloire dont ils ont été les témoins.

Rome fut le berceau de la plupart des ordres religieux. C'est là qu'ils ont leurs maisons mères, leurs supérieurs généraux, les corps de leurs fondateurs et de leurs saints. Aussi, quand un religieux vient de quelque contrée éloignée ou étrangère, il trouve à Rome la maison paternelle , oià on l'accueille avec joie et où se

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conservent toutes les liudilions de la laniille. Dans les cloître», dans réglise, de belles peintures lui rappellent les actions glorieuses de ses ancùtres. II lui semble encore revivre au milieu d'eux, tant les usages qu'ils ont établis ont été rigoureusement respectés, et les exemples de leurs vertus fidèlement suivis. Quelquefois même ils retrouveront la chambre qu'ils habitaient, les meubles, les vêlements et les livres qui étaient à leur usage. \'ie Iradilionnellc et de famille, telle est la vie du couvent.

Un fait un crime à certains ordres religieux d'avoir leur chef à Rome. Il me semble, au contraire, qu'on devrait les en féliciter. C'est un gage de leur fidélité et de leur ferveur. Home est le centre de la vie religieuse et évangélique, et le meilleur moyen de conserver la vie n'est-il pas d'avoir avec le cœur des comnmnications directes et faciles?

Et puis, où les ordres religieux trouveraient-ils une protection plus assurée, une existence moins précaire? A la merci de tous les gouvernements qui se succèdent, hélas! si rapidement et si souvent dans notre Europe boiTleversée, la bienveillance d'aujourd'hui pourrait-elle leui* garantir celle du lendemain?

La papauté tient aussi à avoir près d'elle ces généreux et vaillants délenseuis de sa foi et de son autorité. Qui pourrait l'en blâmer? N'est- il pas naturel qu'un roi entoure le trône des illustrations et des gloires de la patrie, et le protège par la présence des plus habiles capitaines de ses armées?

Mais, mon cher ami, laissons toutes ces attaques, «jui sont en réalité plus passionnées qu'équitables, et disons quelque chose des bons moines de Rome. J'avoue très simplement que Rome est une ville de couvents ; je dirai plus : Rome est comme un grand couvent dont le pape est le supérieur. Pour faire connaissance avec les religieux, il n'est pas absolument nécessaire de pénétrer dans leurs monastères. Deux heures avant l'Avé Maria, dirigezvous du côté du Colisée, dans les environs de Saint-Jean-de- Latran , dans la villa Borghèse, sur la voie Nomentane, dans le Corso, et vous verrez les religieux se promener au milieu de la foule aussi gravement et aussi à l'aise que dans les cloîtres de leur couvent. Leur présence dans ces lieux donne à ces promenades publiques une physionomie pittoresque cl tout à part que j'aimais beaucoup à •Hudier.

Je sais que certains esprits superficiels et railleurs blâment et condamnent ces sorties des religieux, et ils les accusent de perdre ainsi Tesprit de leur état.

Cette compassion part d'un bon naturel ; Mais quittez ce souci.

Les religieux savent mieux que personne ce qui détruit le nerf de la vie religieuse, et ils ne pensent pas qu'une promenade dans les rues de Rome, oi^i ils rencontrent à chaque pas la trace de leurs fondateurs et de leurs saints , puisse jamais les distraire des graves méditations de la vie ascétique.

D'ailleurs ils continuent leurs œuvres et leurs bienfaits, et je trouve très édifiant de voir ces bons moines , à la démarche grave et modeste, iau milieu de cette foule qui court à ses plaisirs et à ses fêtes, passer comme des témoins vivants de la mortification, de la chasteté et de la prière. C'est une prédication muette et vivante de l'Évangile. Quand je vois le bon père capucin avec sa robe de bure, ses pieds nus, tendre la main, je me rappelle involontairement ces paroles de Jésus-Christ : Beati pauperes spiritu. Il était riche peut-être dans le monde, il est bienheureux parce qu'il a choisi la pauvreté.

Le trinitaire, avec sa croix rouge et azur sur la poitrine, me fait bénir l'Église d'avoir détruit l'esclavage, et me dit que la croix seule nous a donné la liberté des enfants de Dieu. Le barnabite, le religieux des Écoles Pies, le rabat blanc du frère des Écoles chrétiennes, sont une réfutation vivante de cette vieille calomnie qui accuse l'Église d'entretenir l'ignorance dans les classes populaires.

La robe blanche du dominicain , la robe noire du bénédictin et la soutane du jésuite éveillent en mon esprit mille souvenirs, et je salue en eux la triple et glorieuse personnification de l'artiste, du savant et de l'apôtre.

J'aime à voir tous ces religieux se mêler aux foules, leur inoculer, si je puis ainsi parler, l'esprit religieux et chrétien. Si l'Italie est restée profondément catholique, malgré tous les efforts tentés pour lui faire perdre sa foi, elle le doit à cette influence salutaire, à ce mélange journalier, à ce contact continuel des religieux avec le peuple.

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A Rome, les religieux iio sont pas, comme dnns la plupart de nos sociétés modernes, frappés d'ostracisme et d'incapacité. La société romaine est constituée ciirétiennement, et les moines ont, comme tout le monde, leur place au soleil et à la liberté. Ils prennent part à la vie publique, et le peuple les voit sans défiance comme sans étonnement.

Il les aime, il s'incline sur leur passage, et il sait bien que ces hommes qui oui travaillé tout le jour pour la gloire de Dieu et pour le salut do leurs frères prennent un repos bien légitime, et que le climat de Rome d'ailleurs rend nécessaire.

Je compte bien, mon cher ami, ne pas me borner à cette étude superficielle, et, pour ainsi dire, à vol d'oiseau, sur les couvents et les religieux. Nous pénétrerons dans quelques-uns de leurs monastères, nous visiterons leurs plus belles églises.

Que de préjugés tomberaient, si on voulait étudier de piès la vie religieuse, aller s'installer pour quelques jours dans un couvent, comme l'a fait pendant plusieurs mois un protestant anglican, M. Taylor! Cette étude a complètement dissipé ses préventions, et nous a valu un bon livre : l'Intérieur des couvents en Italie. Je crois que la meilleure réponse à faire aux ennemis des couvents et des moines est celle-ci : Allez passer quelques jours dans un couvent; examinez de près ces hommes dont vous redoutez l'influence et méconnaissez le mérite; suivez-les dans les différentes occupations de la journée; voyez-les dans leurs cellules, à l'église, au réfectoire, en récréation, nous vous permettrons ensuite de formuler un jugement. S'ils ne sont pas amenés à déclarer, comme le protestant Taylor, que les couvents sont l'asile de la sainteté, de la science, de la mortification et d'une franche et inaltérable gaieté, soyez convaincu qu'il y a là mauvaise foi ou travers d'esprit.

Gela ne veut pas dire, mon cher ami, que tout soit parfait dans les couvents. Je conviens sans peine avec vous que quelques ordres religieux n'ont peut-être pas conservé toute la ferveur primitive. Certains adoucissements à la règle, introduits avec le temps et les circonstances, contrastent peut-être avec la ferveur un peu austère de nos religieux français. Mais il faut tenir compte du climat, des mœurs , et surtout des habitudes plus faciles que les nôtres. Malgré cela, il est certain que, dans chaque couvent, l'esprit religieux est en général excellent, et qu'il s'y trouve des âmes éle-

vées à un haut degré de perfection. Pie IX disait un jour que, dans un seul couvent de Rome, il ne serait pas embarrassé de trouver plusieurs saints dignes de la canonisation. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu d'éloge plus beau et mieux autorisé de la vie monastique.

LliS COUVli.NTS

Lf9. Aiipiisliiis. — Lp> l'hoat ih. — Los I5arnnbile».

Mon cher ami .

Selon la promesse que je vous ai faite, nous allons visiter (juelques-uns des nombreux couvents de Home. Aujourd'hui je me propose de vous en faire connaître trois, qui d'ailleurs n'ont d'autre raison d'être réunis dans une même lettre (fue celle de leur voisinaiic. Rendons -nous au nord de la place Navone, et commençons par visiter le couvent de Saint-Augustin, qui est le chef-lieu de l'ordre de ce nom.

Saint Augustin est regardé comme un des patriarches de la vie religieuse en Occident. Après sa conversion, il s'enferma dans une maison de Tagaste, sa ville natale, avec quelques amis, pour se livrer ensemble à la prière et à l'étude des saintes lettres. Devenu évêque d'IIippone, il ouvrit sa maison à son clergé, et façonna tous ses coopérateurs à la vie de communauté. La règle qu'il leur imposa n'était guère qu'un simple exposé des devoirs fondamentaux de la vie religieuse. Aucune forme de gouvernement n'y était tracée; aucune observance n'y était prescrite, sauf la communauté des biens, la prière, la frugalité, la vigilance d«'s frères sur leurs sens, l'obéissance aux supérieurs du monastère, la correction fraternelle, et, par-dessus tout, la charité. Un cadre aussi large fut accepté , agrandi ou restreint, par un grand nombre de communautés qui reconnurent toutes saint Augustin jiour père. Kn 12d(), le pape Alexandre IV réunit en un seul <tnlre, sous le titre d'Krmites de Saint-Augustin ou simplcmont des Augustins, cinq dilTérentes congrégations d'ermites qui .-ni valent avec plus ou moins de modifications la règle du saint évoque.

L'église Saint-Augustin, située dans le voisinage de la place

Navone, fut construite au xv" siècle. Ce ravissant sanctuaire possède au troisième pilier, à gauche en entrant, une belle fresque de Raphaël, représentant le prophète Isaïe. C'était le commencement d'une décoration qu'une pieuse personne voulait faire exécuter; mais on raconte qu'ayant sans doute plus de bonne volonté que de savoir et d'argent, elle refusa de payer à Raphaël les cinquante écus qu'il réclamait. Elle fait venir Michel- Ange, résolue, disaitelle, de s'en rapporter à son arbitrage. Le vieil artiste, plus jaloux de dire la vérité que de plaire à son client, répondit brièvement : « Le genou seul du prophète vaut cinquante écus. » Comment fut accueillie cette sentence, nous l'ignorons; mais la décoration ne fut pas terminée.

Une belle madone en marbre et assise, œuvre remarquable de Sansovino, artiste célèbre du xvi^ siècle, est l'objet d'une grande dévotion : elle est couverte de pierreries et entourée de nombreux et riches ex-voto.

Le corps de la glorieuse et sainte mère de saint Augustin repose dans une riche chapelle somptueusement réparée, où les marbres les plus rares brillent d'un frais éclat, et où de belles et antiques inscriptions redisent les louanges de la sainte. Illustre veuve, que son fils a rendue plus illustre encore par sa piété filiale. « Je ne tairai point tout ce que mon âme engendre de pensées sur votre servante, dont la chair m'a engendré au temps, et le cœur à l'éternité... » Qui a pu lire sans être ému les admirables pages que le fils consacre à sa mère, et qui ne les a pas confondus dans un même sentiment d'amour et d'admiration!

L'église Saint- Augustin est devenue le centre de l'archiconfrérie des Mères chrétiennes. Quel plus illustre modèle à proposer aux mères que sainte Monique, qui pria dix- sept ans pour la conversion d'Augustin! Mais aussi quelle protection efficace ne sont-elles pas en droit d'attendre d'une telle mère, dont la prière a donné à Jésus-Christ et à l'Église un tel fils!

Le couvent des moines augustins est assez vaste, et il possède une belle bibliothèque qui ne compte pas moins de 84,819 volumes et 2,900 manuscrits.

En quittant ce couvent je longe la piazza Madama, et je parcours la via délia Sediola pour me rendre à Saint-André délia Valle, résidence des théatins, fondés, en 1524, par saint Gaétan de Thienne.

ROMT.

Saint Gaétan, (|uc le peuple «lisait ctic un séraphin à rautel et un apôtre en chaire, touché des désordres qui s'étaient introduits dans le clergé et dans le peuple, résolut de fonder un ordre religieux pour réveiller le peuple par les saintes ardeurs du zèle apostoli(iuc, et pour faire revivre parmi le clergé la pratique des vertus sacerdotales.

Pierre GaralTa, évoque de ïhéate, avait déjà con(^u le même désir lorsqu'il devina le projet de Gaétan, Il vint donc lui deman-

Saint Gaolaii.

der de Taccepter au nombre de ses disciples. Gaëtan refuse d'abord. Pierre Caraffa insiste, et le saint fondateur ne voulant pas céder à ses instances, le pieux évèque se jette à ses genoux, et lui dit : « Eh l»ien, au jour du jugement je vou^ demanderai conqMt^ de mon âme devant Jésus-Christ, si vous ne consentez dès maintenant à me recevoir à la vie religienso. »

Etonné d'une pareille constance, Gaëtan ne peut retenir son émotion; il se jette au cou du saint évèque, l'embrasse tendrement, et ne peut articuler que ces paroles : « Oh! seicrneur, je ne vous abandonnerai jamais! »

Admirable lutte, que le renoncement chrétien jieutseul susciter!

Tels furent les commencements de Tordre des théatins. Saint Gaétan voulut que sa congrégation ne possédât aucuns biens ou revenus , et remit au soin de la Providence la nourriture de chaque jour, qu'elle ne manquera pas, disait-il, de nous envoyer^ par la main des fidèles.

Les fins principales que se proposèrent les théatins furent d'instruire le peuple, d'assister les malades, de combattre les erreurs contraires à la foi, de faire revivre parmi les laïques l'usage fréquent des sacrements , et dans le clergé l'esprit de désintéressement, de ferveur, l'amour de l'étude, et le respect des choses saintes.

Pierre Caraffa, évêque démissionnaire de Théate, en fut le premier supérieur, et le peuple éternisa le souvenir de son abnégation en donnant à ses nouveaux religieux le nom de théatins, emprunté à son siège épiscopal.

Il devint pape plus tard sous le nom de Paul IV. Deux autres gloires de l'ordre sont saint Gaétan et saint André d'Aveliino, dont j'ai vénéré les corps dans l'église Saint-Paul-Majeur, à Naples. Le père Ventura appartenait à cet ordre illustre, et ses cendres reposent dans le couvent de Saint-André.

Que vous dirai-je maintenant de la magnifique église des bons pères? Saint-André délia Valle, bâtie sur l'emplacement de la curia de Pompée, où fut tué César, est très remarquable. Sa façade, que les Romains estiment une des plus belles de leur ville, est imposante et gracieuse. Les ordres composite et corinthien y sont superposés , et on admire les six belles statues qui la décorent.

Quand vous aurez franchi le seuil, vous serez agréablement impressionné par la vaste et large nef, et par la coupole élégante et hardie, la plus grande, dit-on, après celle de Saint-Pierre. Les marbres les plus précieux enrichissent le pavé et les chapelles; mais surtout d'inimitables peintures appellent et fixent l'attention. Ce sont d'abord les quatre évangélistes , peints par le Dominiquin à la naissance de la coupole : j'ai longtemps admiré la grâce naïve de deux enfants s'embrassant aux pieds de l'apôtre s*^int Jean , qui s'élève vers le ciel porté sur les ailes d'un aigle. Le sommet de la coupole est l'œuvre de Lanfranc, et lui a demandé quatre ans de travail. Marie, entourée des anges, fait son entrée au ciel, et s'avance vers le Père éternel, dont le trône est placé dans une sphère plus élevée, et tout éclatante de lumière. Jésus-

Christ, au milieu, altcnd sa more, dont les anges célèbrent la venue par d'harmonieux concerts. Cette œuvre, maigre la confusion qu'on pourrait lui reprocher, est suave comme linrinonie des couleurs, et très savante dans la gradation des tons.

Dans l'abside, nous retrouvons des fresques du Dominiquin représentant divers traits de la vie de saint André.

Cette église est très belle , et quand vous l'aurez visitée une fois vous serez tenté d'y retourner.

En sortant de Saint-André délia Valle, nous prendrons la rue del monte délia Farina^ pour nous rendre sur la place Catinari\ qui est assez proche, et où nous avons le collège des barnabites et l'église Saint-Charles à visiter.

L'ordre des barnabites fut fondé, en lo.30, par trois gentilshommes, Antoine-Marie Zacharie, qui naquit à Crémone, et deux Milanais, Barthélemi Ferrari et Antoine Morigia. On raconte d'Antoine Zacharie qu'étant encore enfant il donna un jour son habit à un mendiant; mais, craignant d'avoir mal agi, le pauvre petit vint en tremblant s'en accuser à sa mère, et lui demander une punition s'il avait commis une faute. On devine aisément la réponse de la mère. De si heureuses dispositions présageaient de grandes vertus pour l'avenir. Ce fut lui qui fut le centre et le lien de la communauté naissante des clercs réguliers de Saint-Paul, l'ondée à Milan, et connus sous le nom de barnabites, en souvenir de leur église, qui était dédiée à saint Barnabe. Le but de l'ordre est surtout la direction des séminaires. Les bons pères se livrent aussi .à la prédication, et à l'œuvre si importante des missions. Saint Charles Borromée avait les barnabites en grande estime, et il choisit son confesseur parmi ces religieux. Leur belle église Saint-Charles ai Catinari est très remarquable par la richesse de ses marbres et de ses peintures. C'est une croix grecque surmontée d'une large et gracieuse coupole. Le Dominiquin y a laissé un beau souvenir de son talent dans quatre fresques de la coupole, représentant les quatre vertus cardinales.

Derrière le maître- autel on conserve précieusement une fresque du Guide qui est, dit-on, un véritable portrait de saint Charles.

.T'ai eu le lionhcur (\o loucher et de vénérer une mitre ayant ajv

' Cf>lle place est ainsi iioniinéc en souvenir des marclKui»!- rie poteries e| de vases appelés catiui , qui se tenaient en ce lieu.

parlenu à ce grand évèqiie , et une partie de la corde qui entourait son cou lors de la procession qu'il fit, pieds nus, pendant la peste de Milan.

A quelque distance de cette église nous trouvons encore un souvenir de ce saint cardinal , c'est le Mont -de- Piété. Les montsde-piété furent établis à Pérouse, vers le milieu du xv® siècle, par le P. Barnabe de Terni, de l'ordre des Frères mineurs. Ce fut saint Charles qui ^e déclara le protecteur de cette œuvre naissante, qui Taccueillit dans son palais de Rome et en rédigea les statuts.

J'ai visité avec intérêt cet établissement, sa gracieuse chapelle pleine de marbres et de statues, et ses vastes salles, bazar immense, sorte d'exposition universelle de la misère, où sont rangés dans un ordre merveilleux, quoique bizarre, les objets les plus divers, depuis l'humble dépouille de la femme du peuple jusqu'aux bijoux de quelque signora tombée dans la détresse.

Ne trouvez-vous pas , mon cher ami , qu'on ne peut faire un pas dans Rome sans rencontrer quelques vieux souvenirs de la foi et quelques institutions charitables? Rome, c'est le catholicisme tout entier, avec ses gloires, avec ses enseignements, et avec sa charité inépuisable et immense comme Dieu lui-même, d'où elle découle!

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