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LE MONT CŒLIUS

:fainl- Clément. — Arc de Constantin. — Les CamaMulo.s. — Les Paâsionnistefc. Saint- Etienne - le- Rond.

Le mont Cœliiis était autrefois couvert de chênes, et, suivant l'opinion de Tacite, il fut compris dans l'enceinte de Rome sous le règne de Tarquin l'Ancien. Il commence vers le Colisée, et s'étend au levant jusqu'à Sainte-Croix de Jérusalem. Le Cœlius est aujourd'hui pi^esque solitaire; mais de belles églises et plusieurs couvents peuplent et animent sa solitude : Saint-Jean-de- Latran, Saint-Clément, les couvents des camaldules et des passionnistes.

Nous avons déjà visité la basilique de Saint-Jean-de-Latran; rendons-nous à l'église Saint-Clément, située en face du monastère fortifié des quatre Martyrs couronnés, au pied du mont Cœlius. Bien des souvenirs nous appellent en ce lieu vénérable.

Élevée sur les ruines de la maison même de saint Clément, pape et martyr, vicaire de saint Pierre et l'un de ses successeurs, cette église est le type le plus parfait des anciennes basiliques catholiques. Nous nous y arrêterons peu cependant, quoiqu'elle soit admirable par des dispositions antiques et par les belles mosaïques qu'elle renferme; car j'ai hâte de vous conduire dans Tancienne basilique Constantinienne, découverte en l8o7. Depuis mille ans elle était enfouie sous terre; elle vient enfin de réapparaître, encore toute parfumée des souvenirs les plus augustes et les plus saints. Les reliques des saints martyrs Clément, pape, Clément, consul, et Ignace d'Antioche, la sanctifiaient : les restes des saints confesseurs Servulus ' de Rome et Cyrille d'Esclavonie

> Servulus était un paralytique qui se faisait porter chaque jour, sur un pauvre grabat, sous le parvis de l'église Saint-Clément. Ses infirmités lui attiraient de nombreuses aumônes, qu'il distribuait à son tour. Sa douceur, sa patience, lui concilièrent tous les cœurs. 11 vivait au vi« siècle. En mourant il proféra ces paroles : ■ Faites silence, frères, faites silence; n'entendez-vous pas cette douce mélodie? •>

l'enrichissaient. Elle a été témoin de la condamnation de l'Écossais pélagien Celestius, sous le pape Zosime. Saint Grégoire le Grand la fit retentir de son éloquente parole, et un grand nombre de papes se plurent à Tembellir. C'est donc dans cette illustre basilique, dont parlait saint Jérôme, que je vais me prosterner et prier. C'est avec un saint saisissement que j'ai foulé ce pavé de mosaïque sur lequel tant de saints s'agenouillèrent.

J'ai eu la bonne fortune de visiter cette basilique avec le R. P. Mullooly, prieur des dominicains irlandais qui la desservent, et sous la direction duqueUoutes les fouilles ont été entreprises. Il nous a expliqué les belles peintures, encore toutes fraîches, qui ornent les murs; il nous a conduit, sous l'abside de la basilique du IV® siècle, dans la chambre même qui faisait partie de la demeure de saint Clément, et qui fut, de son vivant, transformée en église.

Cette chambre forme un carré un peu plus large que long. Elle « était tout enduite de stucs blancs avec de petits caissons ornés de rosettes, et des carrés contenant divers groupes de figures : travail d'art romain, qui paraît de l'âge environ des Antonins... Les stucs sont si détériorés qu'on ne distingue presque rien des figures des carrés ' ».

Ce qui , à un autre point de vue , a un grand intérêt , ce sont des murs dont la construction correspond aux différentes époques de l'histoire de Rome : l'empire, la république, les rois.

Je ne saurais vous dire quelle impression profonde cette visite a laissée dans mon esprit et dans mon cœur : de nombreux Anglais, nos compagnons, paraissaient également très émus de tout ce qu'ils voyaient et entendaient.

1 Bulletins de M. de Rossi, 1870, pp. 131 et 132. Voici la description de cette chambre, ou plutôt de cet oratoire de saint Clément, faite par M.- de Rossi en 1863. « Dans la périphérie de l'abside (de la basilique) les anciens chrétiens avaient enclavé deux chambres de grandeur moyenne. La première était voûtée, et la voûte était toute revêtue de stuc blanc, avec des caissons ornés de rosaces et de tableaux représentant des sujets ordinaires aux païens. Le style de ce monument de l'art romain accuse le second siècle de notre ère ou la fin du premier. Il m'est impossible de décrire et d'expliquer d'une manière suffisante l'ornementation de cette voûte... Nous trouvons les restes d'une maison sous le sanctuaire de la basilique. Cette maison est à peu près de l'époque de saint Clément. Les anciens chrétiens en ont conservé deux chambres précisément sous l'autel, peut-être à la manière d'une crj-pte. Et c'est ici que les indications historiques nous avaient déjà fait comprendre qu'une maison romaine, habitée par saint Clément ou par une famille chrétienne de son temps , avait dû préexister à la basilique. >•

Uo.MK 189

Quelques fresques ont (lurliciilièrcinenl alliiv num .'illoiilioii el sont l'cstées gravées dans lua lucmoire. Dans la n»,-!" du milieu, sur un pilastre voisin du maître-autel, saint l'ierro est représenté intronisant saint Clément et le revêtant du pallium, symbole de la juridiction universelle, tandis que saint Lin et saint Clet sont debout de chaque coté du trône, mais sur des degrés inlérieurs à celui de saint Pierre et de saint Clément, (|ui sont sur le même degré. Cette peinture n'autorise-t-elle pas le sentiment de ceux qui croient que saint Pierre associa saint Clément à son autorité souveraine, en l'établissant son vicaire?

Voici maintenant la charmante légende de saint Alexis qui se déroule sur ces vieux murs et que je vous raconterai bientôt. Plus loin , c'est la plus ancienne peinture murale (juc l'on connaisse du crucifiement de Notre-Seigneur : Marie et Jean, tenant le rouleau des Évangiles, se tiennent au pied de la croix.

Ici , c'est le mystère de la Résurrection : les deux Maries se rendent au sépulcre, qu'elles trouvent vide; un ange les avertit qu'il est ressuscité. Le Christ, au centre, entouré d'un nimbe d'azur, pénètre dans les limbes et relève Adam, qu'il tient par la main, tandis qu'Eve, d'un air suppliant, étend vers lui les bras.

Une autre peinture , également intéressante parce qu'elle est la plus ancienne qu'on connaisse, représente le mystère de l'Assomption de la Mère de Dieu. Le style de cette peinture ne serait point indigne de fra Angelico.

En général toutes ces peintures sont fort remarquables et fort précieuses au point de vue de l'art et de l'histoire. Après celles des catacombes on n'en connaît ni de plus anciennes ni de plus impoilanles.

Ln quittant ces lieux vénérables, je passai près du Colisée, ce grand champ de bataille de nos martyrs, cet illustre témoin de leurs triomphes... Comme tous ces lieux sont vivants et toutes les idées qu'ils font naître inspirent l'amour, la force et l'action de grâces !

Pour nous rendre à l'église Saint-Grégoire, nous passerons st)us l'arc de triomphe que le sénat et le peuple romain firent élever au premier empereur chrétien, en souvenir de la victoire qu'il remporta sur Maxence. Ses trois arcades élevées et élégantes lui donnent un aspect majestueux et imposant. Mais ù colle époque l'art était en décadence : tout n*est donc pas parfait dans les

sculptures; et les plus beaux bas-reliefs, les statues les plus remarquables furent enlevés à la colonne Trajane pour orner l'arc de Constantin.

L'église Saint -Grégoire appartient aux religieux camaldules.

Saint Romuald était âgé de cent douze ans lorsqu'il fonda cet ordre religieux. S'étant un jour endormi près d'une fontaine, dans un lieu situé au milieu des plus rudes montagnes de l'Apennin, dans le diocèse d'Arezzo, il vit en songe une échelle mystérieuse dont l'extrémité touchait à la terre et le sommet au ciel : des religieux vêtus d'habits blancs en gravissaient les degrés. Dieu fit comprendre à son serviteur que cette vision deviendrait une réalité, et qu'il l'avait choisi pour être le fondateur d'un nouvel institut religieux.

Romuald ne résista pas à la voix de Dieu, et il alla demander au seigneur de la terre où il reposait de lui abandonner ce terrain pour s'y établir, lui et ceux qui viendraient pour y servir Dieu. Le seigneur de ces lieux , nommé Maldule , qui avait eu la même vision que notre saint, acquiesça avec empressement à sa demande. Dans la suite ce lieu fut appelé Camaldule (Camaldoli), champ de Maldule, et ce nom devint celui des religieux euxmêmes. Le saint fondateur mourut âgé de cent vingt ans, le 19 juin 1027.

Ce sont ces bons religieux de saint Romuald que nous allons visiter.

Ils suivent la règle de Saint- Benoît, avec quelques observances particulières. Après le chant des psaumes , la prière et les méditations, saint Romuald prescrivit à ses religieux le travail manuel : l'été dans les champs et l'hiver dans la maison , oîi ils se livraient à la confection de divers objets à leur usage.

Ils portent un vêtement blanc et un chapeau de la même couleur.

L'ordre des camaldules a donné à l'Eglise deux papes dans ces derniers temps : Pie VII et Grégoire XVI. Une inscription, gravée au-dessus d'une humble et modeste cellule, rappelle qu'elle fut la demeure de ce dernier pape.

Bien des souvenirs et plusieurs œuvres d'art me retinrent dans ces lieux. Dans la belle église du couvent, dédiée à saint Grégoire, la première chapelle, à droite en entrant, est bâtie sur l'emplacement de l'oratoire de cet illustre pontife, qui se cachait

dans la caverne d'une forèL pour échapper aux honneurs du souverain pontificat. Mais Dieu se chargea lui-même de le découvrir, en faisant descendre une colonne lumineuse sur le Ueu de sa retraite. Que demander à Dieu dans cette petite chapelle d'où se sont élevées vers lui tant de prières ferventes, et dans laquelle il se manifesta plus d'une fois à son grand serviteur?

Qu'il nous donne toujours d'aimer la vérité, et de ne jamais cesser de la défendre par nos paroles et par nos œuvres.

Dans le jardin du couvent, trois petites chapelles méritent l'attention. Dans la première, dédiée à sainte Silvie, mère de saint Grégoire, j'ai admiré la noble et gracieuse pose de la statue de la sainte, commencée, dit-on, par Michel-Ange, et achevée par Cordieri. La voûte est ornée de fresques du Guide.

La seconde chapelle, consacrée à saint André, conserve sur ses murs les glorieuses traces d'une lutte célèbre dans l'histoire des beaux-arts.

Le Dominiquin et le Guide ont écrit sur ces murs chacun une page glorieuse, et la victoire est encore indécise, quoiqu'elle semble incliner vers le Dominiquin, depuis surtout que le Poussin lui a décerné la palme.

Le tableau du Guide représente saint André allant au martyre. Le saint aperçoit de loin l'instrument de son supplice, la croix, et il se jette à genoux pour remercier Dieu. Il me semble l'entendre articuler ces admirables paroles que la liturgie lui met dans la bouche : 0 hona crux, dm desiderata^ et jam concupiscenti animo prœparata, securus et gaudens venio ad te. « 0 bonne croix, si longtemps désirée et si impatiemment attendue, je viens vers toi l'âme joyeuse et tranquille!... » Mais les bourreaux contraignent brusquement le saint à se relever et à continuer sa route.

Le Dominiquin a peint la flagellation de saint André. La tête du saint est très belle; la figure du juge qui préside à l'exécution est ignoble; les bourreaux occupés, l'un à lier les pieds du martyr, l'autre à le frapper de verges, sont peut-être les personnages les mieux rendus *: à moins que l'on ne préfère l'épisode d'un petit enfant effrayé du supplice infligé à saint André, et qui se cache la tête dans les bras de sa mère.

Ces deux fresques sont admirables : si les artistes donnent la préférence à celle du Dominiquin, celle du Guide me paraît plus pieuse et plus suave.

Dans la troisième chapelle, dédiée à sainte Harbe, j"ai vtjnéré la table de marbre autour de laquelle saint Grét^oire réunissait douze pauvres, et leur donnait chaque jour à manger. Or il se trouva un jour (jue ce nombre fut aui^nnenté : un ange s'était assis au milieu d'eux : et depuis ce temps Grégoire en admit toujours un treizième.

bis SLNOS nie GREGORIVS PASCEBAT EGENOS ANGELVS ET DEGIMVS TERTIVS ACCVBVIT

Quelques pas seulement nous séparent du couvent des passionnistes, fondés par saint Paul de la Croix vers la fin du xvHi* siècle.

Paul de la Croix pria beaucoup pour la conversion de T Angleterre, et il prédit que ses disciples pénétreraient dans cette île pour y annoncer TÉvangile. On l'entendit un jour s'écrier dans une extase : « Je vois de belles choses en Angleterre! Oui, oui, j'ai vu mes enfants en Angleterre! » La vision du bienheureux sest réalisée depuis. Une première maison de passionnistes s'établit à Aston -Hall, dans le comté de Stafford, en 1842; beaucoup d'autres ont été fondées depuis cette époque.

Chose singulière! il semble que c'est du Cœlius que doivent partir les envoyés de Dieu pour éclairer et sauver l'Angleterre. C'est saint Grégoire qui envoya le premier apôtre aux Saxons, le moine saint Augustin; et aujourd'hui que Dieu semble vouloir rendre à l'île des saints son ancienne splendeur et sa foi antique, c'est du Cœlius encore que partent les apôtres de cette glorieuse régénération.

Les passionnistes portent la soutane noire, un chapelet à la ceinture, et un cœur blanc sur la poitrine avec ces paroles : Jesu Chris ti passio.

Leur église est consacrée à deux illustres martyrs, saint Jean et saint Paul, officiers de l'armée de Julien l'Apostat. Ne pouvant triompher de leur foi, cet empereur les fit étouffer secrètement dans leur propre maison, afin d'évitei- l'éclat, et de les priver des honneurs et de la gloire dont les chrétiens entouraient leurs martyrs.

Cette église possède un des plus curieux pavés de mosaïque que j'aie vus : il est composé de pierres précieuses et variées.

Les corps des saints martyrs reposent dans une urne de porphyre, sous le maître -autel; et je me suis prosterné avec émotion

à l'endroit même où ils subirent leur supplice. Il est indiqué par une table de marbre sur laquelle je lis ces mots :

LOCVS MARTYRII

SS. JOANNIS'ET PAVLl

IN ^DIBVS PROPRHS

Lieu du martyre des saints Jean et Paul dans leur propre maison.

Avant de quitter le couvent, n'oubliez pas de visiter le jardin des bons pères : on y jouit d'une vue magnifique et justement vantée.

A quelques pas de l'église des passionnistes nous rencontrons Saint-Étienne-le-Rond , l'une des plus curieuses églises de Rome. Temple païen , consacré tour à tour à Jupiter étranger, à Bacchus et à Claude, salle de bains selon d'autres archéologues, cet édifice fut dédié à saint Etienne , premier martyr, par le pape saint Simplicien, en 468.

Cette église a la formé singulière d'une rotonde à deux enceintes circulaires, surmontées d'une coupole antique soutenue par cinquante - huit colonnes. Mais ce qui la rend surtout intéressante, ce sont les peintures murales, qui sont, selon l'expression de M^"" Gaume , comme V histoire sanglante du christianisme,' et cette histoire est tracée sur des parois d'origine païenne. Elles représentent, en effet, tous les supplices, si variés et si nombreux, que les empereurs païens ont fait subir à nos martyrs.

Vous ne sauriez vous imaginer, mon cher ami, combien ce spectacle est saisissant : c'est à la fois ce qu'il y a de plus horrible et de plus consolant. Voici les chevalets, les haches, les tenailles, les peignes et les ongles de fer, les bûchers , les roues , les chaudières d'huile bouillante, en un mot, tous les instruments de supplice que l'imagination la plus farouche ait pu rêver; voici maintenant les victimes sciées, broyées, déchirées, brûlées sous l'effort de ces barbares instruments ; et à côté les bourreaux, avec une figure satanique, semblent ajouter encore à l'horreur de la scène.

Mais ne sentez-vous pas, mon cher ami, combien cette horreur même est consolante! Oui, malgré tout cet attirail de la mort, les Césars, maîtres du monde, n'ont pu faire fléchir la faiblesse de pauvres enfants, de timides vierges et d'humbles chrétiens. On sent d'une manière sensible la divinité de Celui qui triomphait dans nos martyrs, et en présence de ces horribles et saisissantes peintures on se rappelle ce mot profond de Pascal : « L'on croit volontiers des témoins qui se laissent égorger. »

Les Somasques. — iaiul -Alexis. — rfa

Le mont Avcntin, dont le nom revient souvent dans l'histoire de Rome, touche au mont Cœlius. Comme ce dernier, il est solitaire et dépeuplé. Ses églises éparses s'élèvent parmi des vignes solitaires et de grands espaces remplis de roseaux. Aujourd'hui nous irons visiter le sanctuaire de Saint -Alexis, situé sur les rives du Tibre, tout près de Sainte- Sabine, que nous visiterons un autre jour. L'église Saint-Alexis appartient aux pères somasques, qui furent fondés, vers le milieu du xvi* siècle, par saint Jérôme Emiliani , dans la ville de Somasquo, située entre Milan et Bergame. Cette ville leur donna son nom.

Saint Jérôme Emilien naquit à Venise, en 1481, d'une noble famille qui donna à l'Église plusieurs prélats, et à la république vénitienne des sénateurs et de grands capitaines. Émilien luimême s'illustra dans la carrière des armes, et le sénat de Venise lui confia la défense de Castelnuovo à l'époque où la république était menacée de perdre son indépendance par la ligue de Cambrai. Pris par les ennemis , jeté dans un cachot les pieds et les mains chargés de chaînes, il fut délivré miraculeusement par la sainte Vierge, et renonça à la carrière des armes et à la vie dissolue qu'il avait menée dans les camps. Une |)este générale ayant ravagé l'Italie, Emilien réunit, instruisit et nourrit tous les orphelins, que le fléau avait multipliés. Toute la ville de Venise aimait à voir le jeune troupeau du saint, avec leur vêtement blanc, parcourant les rues, les jours de fête, en chaulant les litanies de la sainte Vierge. C'était plus que de l'admiration {\u\ni ressentait pour ce noble sénateur, cet illustre capitaine, vêtu des livrées de la pauvreté, et devenu le père dos orphelins. Plusieurs person-

nages d'une haute naissance et d'une grande fortune se joignirent à lui après avoir distribué leurs richesses aux pauvres. Ils fondèrent une congrégation religieuse que saint Pie V approuva en 1571, et dont le but est l'éducation de la jeunesse, plus spécialement la direction des séminaires et collèges ecclésiastiques.

Le saint fondateur prescrivit la plus austère pauvreté dans la nourriture et les vêtements. Tous les membres de cette communauté naissante étaient animés d'une sainte émulation pour la pratique de la vertu et de la mortification ; mais Émilien les surpassait tous par sa ferveur et son humilité. Il mourut à l'âge de cinquante- six ans, le 8 février 1537.

La congrégation des somasques n'a de maisons qu'en Italie et dans les cantons suisses demeurés fidèles à la religion catholique. A Rome ils ont quatre établissements : l'orphelinat Sainte-Marie in Aquiro, le collège Nazaréen, le collège Clémentin et le couvent Saint- Alexis, que nous allons visiter.

De pieux et touchants souvenirs remplissent le couvent et l'église des bons pères somasques. C'est là que vécut et mourut saint Alexis, vers le milieu du iv® siècle. Alexis était fils d'un riche sénateur nommé Euphémien , et d'une vertueuse dame nommée Aglaïs. Dieu leur avait donné ce fils dans leur vieillesse pour récompenser leurs prières et leurs bonnes œuvres ; mais ils ne devaient pas jouir longtemps de sa présence. Conduit par l'Esprit de Dieu, qui souffle où il veut et comme il veut, Alexis quitta sa famille le soir même de ses noces, et s'enfuit en Orient pour visiter les pèlerinages les plus célèbres. Ses parents le firent chercher inutilement, et ils n'entendirent plus jamais parler de lui. Il resta dix ans en Orient, vivant d'aumônes; et probablement il y serait mort, si une image de Marie n'eût révélé que ce jeune mendiant, qu'on voyait sans cesse sous le portique de son temple, était le fils d'un sénateur romain. Se voyant découvert, Alexis retourne à Rome, va frapper à la porte du palais d'Euphémien , et demande un asile dans quelque coin de la maison , promettant en retour les bénédictions du Ciel.

Sous ces haillons, Euphémien ne saurait reconnaître son fils; il accueille ce pauvre avec bonté, et il lui permet de s'abriter sous l'escalier de son palais. Pendant dix- sept ans Alexis vécut dans cet humble réduit, inconnu, recevant chaque jour le pain de la charité, et maltraité par tous les serviteurs et les esclaves

(Je son père. A sa mort une voix relenlil dans luules les*cglis(is, et elle disait : « Le saint est mort. » La maison d'Eupliémien fut designée par la même voi.x comme étant le séjour do cet ami de Dieu. Le pape Innocent I""" se rendit aussitôt dans le j»alais du sénateur; le mendiant était mort, et il tenait à la main un papier dans lequel il se faisait connaître. Inutile de dire quelles furent tout à la fois la douleur et la joie d'Euphémien et d'Aglaïs. Us retrouvaient leur fds, qui n'était déjà plus; mais ils le retrouvaient couronné de Tauréolo de la sainteté !

Saint Alexis.

Dans la suite, une église fut élevée sur remplacement même de la maison du sénateur : c'est elle, reconstruite plusieurs fois, que je vous engage à visiter. Ici les souvenirs de la piété et de la foi ne sont point troublés par les merveilles de l'art. L'église Saint- Alexis est d'une simplicité noble et gracieuse; mais le corps de son glorieux patron et quelques degrés de l'escalier sous lequel il vécut suffistMil pour l'illustrer et y appeler le pieux pèlerin.

Avant de quitter le mont Aventin, le pieux pèlerin aime à visiter l'église dédiée à sainte Prisque, fille spirituelle de saint Pierre et la première martyre de l'Occident.

Prisqile, noble vierge romaine, était âgée de treize ans lorsque, dénoncée comme chrétienne, elle fut conduite, par l'ordre de l'empereur Claude, au temple d'Apollon pour y offrir un sacrifice. Elle fut souïfletée et enfermée dans un cachot , parce qu'elle avait manifesté toute son horreur pour cette action idolâtre.

On la fit sortir de prison ; mais Prisque affirma sa foi avec plus de constance encore. Frappée de nouveau, on la mit une seconde fois en prison, après avoir versé sur elle de l'huile bouillante. Trois jours après, les bourreaux la conduisirent à l'amphithéâtre, afin qu'elle fût dévorée par les bêtes ; mais le lion lancé sur elle semble oublier sa cruauté naturelle , et il vient humblement se coucher aux pieds de la jeune enfant.

Furieux, et ne sachant comment se venger, les païens l'enfermèrent pendant trois jours dans une prison destinée aux esclaves, sans lui donner aucune nourriture. Après ce temps , ils la lièrent à un chevalet, déchirèrent sa chair avec des ongles de fer, et ils la jetèrent ensuite au milieu des flammes ardentes. Mais Prisque passe miraculeusement par tous ces supplices sans ressentir aucun mal. Les bourreaux la traînèrent alors hors de la ville, et ils lui tranchèrent la tète, lui donnant ainsi du même coup la couronne de la virginité et les palmes du martyre.

C'est sur f-emplacement même de sa demeure que sainte Prisque est honorée. C'est là qu'elle reçut souvent, comme nous l'avons dit, l'apôtre saint Pierre, et qu'elle eut l'honneur et la joie de recevoir le saint baptême. On montre encore dans la crypte de cette église le vase qui servait à l'apôtre pour baptiser les premiers chrétiens.

L'église de Sainte-Prisque est assez riche de ces suaves et fortifiants souvenirs. Le cœur du chrétien peut, dans ce lieu solitaire, prier et méditer en paix : sa prière ne sera point troublée par le bruit du monde ni son esprit distrait par des œuvres d'art.

L'église de Sainte-Prisque possède quelques peintures peu remarquables ; et, à l'exception du baptistère , dont on fait remonter l'usage à saint Pierre, l'archéologue s'y intéressera peu.

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