‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 28 sur 53 · HIC JACET · texte numérisé non relu

HIC JACET

PVLVIS

CIMS ET NIHIL

Ci-gît de la poussière, de la cendre, rien!

Le bon père avait une autre merveille à nous montrer. Sa figure s'illumine de bonheur; il allume deux flambeaux, nous conduit dans une des petites chapelles qui sont à droite, ôte le devant mobile de Fautel , tire un rideau et ouvre une tombe de bois. Nous allions être témoins d'un miracle qui se continue depuis plus d'un siècle. Sous nos yeux était couché, la tête couverte de ses cheveux blanchis par les ans, les yeux entr'ouverts, la bouche souriante, les mains et les pieds en chair et en os, un pauvre capucin mort en 1750. C'est le bienheureux Grispino de Viterbe. « Capucino, » nous disait avec un accent de fierté le bon moine qui nous conduisait. Le frère Grispino de Viterbe fut béatifié par Pie Vil en 1806. Il exerçait l'humble emploi de cuisinier ou de quêteur, se faisait aimer partout, et apportait toujours au couvent d'abondantes aumônes. Plusieurs fois ses supérieurs voulurent le changer de résidence ; mais les habitants d'Orvieto s'y opposèrent toujours. Une fois cependant les supérieurs tinrent bon, et Grispino quitta la ville. Mais le peuple refusa ses aumônes, et, pour ne pas mourir de faim, les bons pères rappelèrent leur quêteur. II ne sortit plus d'Orvieto que pour aller mourir à Rome, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

On raconte de lui plusieurs traits d'une pieuse et aimable naïveté qui rappellent saint François d'Assise.

II avait une dévotion particulière pour la sainte Vierge. Il lui avait élevé une petite chapelle dans sa cuisine, oià chaque soir il récitait avec deux de ses frères les litanies de Lorette. Il avait l'habitude de l'orner de fleurs fraîchement cueillies et toutes parfumées : or un jour on lui en off"re de très rares, dont il s'empresse de faire hommage à Marie. Mais le soir elles ont disparu, et l'autel est dépouillé de ses richesses et de ses parfums.

Le lendemain le pape, se trouvant dans le voisinage, lui envoie deux beaux cierges pour son autel. Notre bienheureux s'éloigne un instant, et les cierges disparaissent.

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u Hier les Heurs, s'écric-l-il , aujouid'Iiiii les cierges. Vraiment, ma Mère, vous êtes trop bonne. Vous verrez qu'ils vous prendront votre fds dans vos bras, et vous ne direz rien. »

Marie l'ut toucli»'e des remontrances de son vieux serviteur : elle lui rendit et ses Heurs et ses cierges.

Chaque matin il répandait sous la fenêtre de sa cuisine (juelques graines, et les oiseaux venaient les manger en faisant entendre leurs joyeuses chansons.

« Ma bonne Mère, disait-il à la sainte Vierge, ce senties seuls musiciens que je puisse payer pour chanter vos louanges. »

Descendons maintenant dans le cimetière des bons pères.

Il est formé avec de la terre de Palestine, qui a la propriété de dévorer en fort peu de temps les chairs et qui laisse les ossements intacts. On dit qu'un bandit, réfugié dans l'église pour échapper à la justice, fut l'auteur de la lugubre et effrayante décoration que nous avons sous les yeux. Ce sont des arai)esques, des rosaces, des lampes, des lustres, des pyramides de tibias, de crânes, d'omoplates, de cotes, d'épines dorsales. Au milieu de tout cela sont des squelettes revêtus de leurs robes de bure, agenouillés, debout ou assis dans des niches creusées dans ces murailles d'ossements humains. Ce cimetière est quelque chose d'horrible: et, comme le dit Louis Veuillot, il prouve parfaitement que le squelette est fait pour être enterré.

Le bon capucin qui nous accompagnait nous montra la tombe encore fraîche du dernier de ses frères emportés par la mort :

« C'était mon confesseur, nous dit-il. Pauvre Isidore! •>

Et une larme vint mouiller sa paupière.

Nous sortîmes du couvent en traversant une longue galerie dont les murs sont ornés, de chaque coté, par les portraits des plus illustres religieux de l'ordre. Notre excellent cicérone avait soin de nous désigner ceux (pie lÉglise a inscrits sur le catalogue des saints et des bienheureux. Ils sont nondireux; et je sui> sorti convaincu que cet humble et pauvre couvent renfermait encore bien des richesses qui ne sont connues que de Dieu el des ancres.

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