LES JESUITES A ROME
Le Gesù. — Église Saint -Ignace. — Lenoviuiat. — Église Saint- André m monte Cavallo.
Aujourd'hui , mon cher ami , je vous propose une promenade intéressante et instructive ; il s'agit de voir de près des hommes redoutés, décriés, et calomniés partout par les révolutionnaires et les impies : nous allons visiter les jésuites.
Vous savez parfaitement que les jésuites sont de saints et savants religieux , disciples de saint Ignace de Loyola , gentilhomme espagnol, qu'un boulet français arrêta au milieu de sa course ambitieuse vers les honneurs et la gloire militaire. La compagnie de Jésus prit naissance à Paris, et les premiers jésuites firent leurs premiers vœux en 1528 dans cette ville, qui leur doit plus dune de ses gloires et qui les compte encore aujourd'hui parmi ses meilleurs instituteurs et ses plus saints prêtres. De tout temps les jésuites ont été les défenseurs intrépides de l'Église et les fermes soutiens de la vérité. Nés à une époque de luttes religieuses, au moment où l'unité de l'Église était battue en brèche par les attaques du protestantisme, ils se sont constitués les soldats de la morale évangélique foulée aux pieds et de la foi catholique défigurée par l'hérésie. Les papes ont accueilli avec amour ces auxiliaires dévoués et soumis : c'en était assez pour susciter des haines qui ne sont point encore éteintes, pour préparer des vengeances que le temps n'a pu assouvir. Aujourd'hui encore, quand l'erreur veut frapper l'Église , elle s'attaque aux jésuites : il lui semble que le succès sera plus certain si ces généreux athlètes ont disparu. Notre grande révolution fut précédée de la destruction de cet ordre. Tous les philosophes du xviii® siècle avaient dirigé leurs efforts et leur haine contre ces troupes régulières du saiut-siège, comme les appelait Voltaire, qui disait
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(juo, les j»''suitt^s une luis (létiuils, la raison Iriomplierail à l)On inarcluî. Charles X chassa les jésuites du lerriluiie fraueais, et (luohjues mois après il (prenait lui-iuônie le chciMiii do l'exil.
Je ui'arrôte ici, mon cher ami. Je ne [détends pctint faii*e on ce moment l'apologie des jésuites; allons les visiter, ce sera le meilleur moyen de les connaître. Rendons-nous d'ahoid au (Icaii . où réside le U. P. Beckx, général de la compagnie.
Nous commencerons par visiter Téglisc, une des plus riches et des plus belles de Home, que le cardinal Farnèse fit bâtir en l')7o, pour leur en faire hommage. Le pavé est de marbre; de belles fresques décorent la coupole, Tabside et toutes les voûtes. La chai)elle de saint Ignace de Loyola est d'une richesse inouïe: des marbres brillants, des agates, des cristaux de roche, des pierreries de toutes sortes, des bronzes dorés y sont répandus avec profusion. Le corps de saint Ignace repose dans une urne de bronze doré, enrichie de pierres i>récieuses; la statue du saint, ornée de pierreries, est tout en argent et de grandeur naturelle. Au milieu (lu fronton, un grou|>e en marbre représente l'adorable Trinité. Le globe, soutenu par le Père Éternel , est formé du plus beau et du plus gros morceau de lapis-lazuli qui soit connu.
De chaque côté de l'autel, deux groupes en marbre représentent : l'un la Foi adorée par les nations barbares, l'autre l'Hérésie terrassée par la Hi'ligion. Ce dernier, œuvre de le Gros, est le plus remarciuable. LTIérésie, représentée sous les emblèmes d'un homme tenant un serpent et d'une femme décrépite, est culbutée par la Religion tenant la croix à la main : dans cette chute sont entraînés les ouvrages de Luther et de Calvin, et un ange achève de déchirer les mauvais livres. Ce groupe est bien fouillé, les caractères en sont variés, |es tapisseries bien ajustées; il est pur de dessin et plein de vérité.
Vis-à-vis la chapelle de Saint- Ignace, celle dédiée à saint François Xavier possède le bras de l'apôtre des Indes.
L'église du Gesù est peut-être la seule à Rome où il y ait des chaises; elle est une des plus fréquentées de la ville. Le jour de la fête de saint Ignace, les fidèles s'y rendent en foule pour jouir de la plus belle musique qu'on puisse entendre ici-bas. C'est une ancienne tradition dans la compagnie de Jésus; et les bons pères, qui sont si austères et si économes (juand il s'agit de leurs personnes, n'épargnent rien pour la glnire de Pieu et l'honneur de
ses saints. Aussi le peuple appelle-t-il l'oglise des Jésuites Vantichamhre du paradis.
Maintenant nous allons visiter le couvent et pénétrer dans cette retraite mystérieuse où se fabriquent les décrets de l'absolutisme le plus redoutable, et où se rendent les oracles devant lesquels l'humanité et la papauté elle -même s'inclinent en tremblant. Je suis convaincu que ceux qui écrivent de pareilles sottises ne sont jamais entrés dans une maison de jésuites. Rien ne ressemble moins à un arsenal politique et militaire que le couvent du Gesù : tout y respire le silence et le recueillement, et je ne sais quel parfum de sainteté s'exhale de ces murs trois fois séculaires. Voulez-vous connaître la chambre d'un jésuite? entrez : voici quatre murs blancs, deux ou trois pauvres chaises, une table, un crucifix, quelques livres et un modeste lit. C'est la demeure de ces hommes qui, dit-on, gouvernent le monde. Je vous assure qu'ils songent bien plus à gouverner leurs âmes qu'à conquérir des villes.
Le bon père de Villefort daigna m'accompagner dans la chambre où vécut et mourut saint Ignace de Loyola : c'est maintenant une riche chapelle, et j'eus le bonheur d'y célébrer la sainte messe sur l'autel même oii la disait le pieux et saint fondateur.
Faut-il entreprendre, mon cher ami, de vous dépeindre mes impressions dans cette chambre où vécurent et moururent Ignace de Loyola et François de Borgia? Ici sont venus converser avec eux les Philippe de Néri, les Camille de Lellis, les Joseph Calasanz; sur, cet autel, saint Charles Borromée a dit sa seconde messe , saint François de Sales y célébra plusieurs fois ; et qui pourrait compter tous les saints qui depuis y sont venus prier et aimer! Dieu seul peut en connaître le nombre.
Dans cette chambre saint Ignace a écrit ses immortelles constitutions , que l'impiété a défigurées , ridiculisées , et qui n'en resteront pas moins le code le plus parfait d'une bonne , sage et forte administration. Voici l'acte original, signé de la main d'Ignace, de Lainez, de Xavier, de Lefebvre, etc. etc., par lequel ces premiers jésuites se vouèrent à la pauvreté, à l'obéissance et au service de l'Eglise.
A côté, on conserve plusieurs objets qui ont appartenu au cardinal Bellarmin, qui honora la compagnie autant que la pourpre, et que l'Église placera sans doute un jour sur ses autels. Parmi ceux qui accusent les jésuites d'ambition, il en est plus
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d'un qui aurait fait moins de façons i[iit; iiell.uniin , locsciuc CIônient VIII lui oiïrit la pourpre, et le pontife n'eût point été forcé de donner des ordres pour vaincre leurs scrupules.
Si vous voulez, cher ami, voir les jésuites à l'œuvre, rappelezvous ce que je vous ai dit en vous conduisant au collège Romain. Nous y retournerons aujourd'hui, si vous le voulez, pour visiter de nouveau la ciiambre de saint Louis de Gonzague et l'église Saint- Ignace, attenante au collège, où le corps de l'angélique jeune homme repose dans une urne de lapis- lazuli.
Cette riche et somptueuse église fut donnée à la compagnie de Jésus par le cardinal Ludovisi , qui la fit construire soixante-dix ans après la mort de son saint fondateur. Un jésuite , le P. Grossi , en fit les dessins, et un autre jésuite, le P. Pozzi, décora la voûte de belles peintures qui produisent un effet de perspective des plus étonnants. La chapelle de Saint-Louis-de-Gonzague est ornée de beaux marbres; on y admire un bas-relief de le Gros, représentant le saint enlevé au ciel par les anges.
Le noviciat des jésuites est situé à Saint-André in monte Cavallo, près du Quirinal. Le corps de saint Stanislas Kostka repose dans cette charmante église, dans une belle urne de lapis-lazuli.
Le 11 janvier 1815, Charles-Emmanuel IV, roi de Sardaigne et de Piémont , vivant à Rome depuis plusieurs années dans une sainte et paisible retraite, venait frapper à la porte du noviciat de Saint-André et demandait l'habit religieux de la compagnie de Jésus. Il vécut quatre ans au milieu de ses nouveaux frères, et mourut entre leurs bras le 7 octobre 1819. Son corps i-epose près de celui de saint Stanislas '.
En 1838, le cardinal Odescalchi échangeait la pourpre contre l'humble vêtement du novice de la compagnie de Jésus, et, après avoir vécu comme un ange, il mourut en saint le 17 août 18V1.
L'intérieur du couvent possède une élégante et riche chapelle qui fut autrefois la chambre de saint Stanislas. La statue du saint, placée à l'endroit même où il rendit le dernier soupir, est un riche et bel ouvrage de le Gros. Le saint jeune homme, doucement étendu sur un lit de marbre jaune, la tète appuyée sur un oreiller, tenant dans ses mains le crucifix et un chapelet, paraît légèrement endormi, et il semble que le moindre bruit va l'éveiller.
' .-fur le monument qu'on lui a élevé à Turin, on a inscrit tous ses titres souverains , et l'on a umis celui de jésuite , qu'il eelimait sans duute plus que tous les autres.
La tète, les mains et les pieds sont en marbre blanc du plus beau grain, et la soutane en marbre noir. Le père qui m'accompagnait me dit que le Gros, qui était protestant, embrassa le catholicisme quand il eut achevé cette œuvre.
Au-dessus de l'angélique jeune homme, un tableau représente la Mère de Dieu venant recevoir son âme. « Ce dialogue de la peinture et de la sculpture n'est pas heureux, parce qu'il est en deux langues. Olez la statue, le tableau n'a plus de sens^ »
Cette petite chapelle, une des plus aimables de Rome, est un de ces lieux où la prière naît spontanément dans le cœur et s'en échappe comme par un cours naturel. J'y ai célébré la sainte messe avec bonheur, et j'ai visité ensuite les chambres voisines , qui sont comme une sorte de musée sacré dans lequel se trouvent les portraits de saint Stanislas, de saint Léonard de Port- Maurice, de saint Ignace de Loyola, de saint Louis de Gonzague, etc.; des autographes de plusieurs saints, et, parmi ceux-ci, une lettre du bienheureux Ganisius recommandant au général trois jeunes gens, parmi lesquels il nomme Stanislas Kostka.
En parcourant les longs et silencieux corridors du noviciat, je me disais : C'est ici que les jésuites sont formés à l'obéissance et qu'ils deviennent, entre les mains de leurs supérieurs, comme des cadavres qui n'opposent aucune résistance et n'ont plus aucune volonté. Je suis convaincu que ces bons pères ne sont nullement reconnaissants envers ceux qui, dans un accès de fausse pitié, regrettent pour eux le sacrifice de leur liberté: ils regardent, en effet, leur obéissance comme le principe de leur joie et de leur gloire. Pourquoi, d'ailleurs, le sort du soldat n'émeut-il pas également ces cœurs tendres? « Soldat, tu iras te placer à la tête de ce pont, tu y resteras , tu mourras , et nous passerons. — Oui, mon général. » — « Missionnaire, demain vous partirez pour la Chine; la persécution vous y attend, peut-être le martyre. — Oui, mon père. »
Voilà le jésuite. Pourquoi lui refuser la gloire et le mérite qu'on accorde au soldat? Son dévouement ne sert- il pas une cause honorable et pure? Pour moi, mon cher ami, j'estime très heureux ceux que Dieu appelle à cette vie de sublime renoncement et de glorieuse abnégation.
' Le Parfum de Rome.
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Aujourcrhui, mon cher ami, nous visiterons l'église cl le couvent des Oratoriens, fondés par saint Philippe de Néri, un des saints les plus aimables dont Rome ait garde le souvenir. Il fut Tami des jeunes gens, le père des pauvres et le grand confesseur de Home. Aussi cette ville le regarde-t-ellc cninmo son patron cl un de ses meilleurs amis auprès de Dieu.
Saint Philippe de Néri naquit à Florence le 22 juillet loin, et, dès Tàge de cinq ans, il donnait des preuves d'un ardent amour pour Dieu. Agé de dix-huit ans quand il vint à Rome, sa réputation de sainteté se répandit bien vite dans toute la ville. Il s'employait à toutes sortes de bonnes œuvres : elles semblaient croître et se multiplier à l'infini entre ses mains. Plus d'une fois nous avons eu l'occasion de rencontrer son nom et son souvenir en visitant les œuvres charital)les de Rome. Au milieu d'une vie remplie des fatigues d'un apostolat qui ne connaissait ni repos ni trêve, Dieu le combla de douceurs si ineiïaldes qu'on l'entendit souvent le prier d'en tempérer l'ardeur.
l'endant dix ans il passa ses nuits en prière dans les catacombes de Saint-Sébastien. Dieu lui inspira le dessein de fondoiune congrégation dans le but de travailler à la conversion des pécheurs. On la nomma la congrégation de l'Oratoire, parce qu'à certaines heures du matin et du soir ils appelaient les fidèles à l'église. Le peuple les nomme aussi Pliib'ppini. du nom Ac leur fondateur.
La congrégation de l'Oratoire se compose de prêtres séculiers qui vivent en communauté. Ils ne sont liés par aucim vœu. La charité et la ferveur parurent à Philippe des liens assez forts pour ne former d'eux tous qu'un cœur cl qu'une âme. Ils se dévouent
à l'instruction de la jeunesse et aux fonctions laborieuses du saint ministère. Les oratoriens de France, qui ont à peu près le même but, ne font pas partie de la même congrégation : ils ont été fondés par le cardinal de Bérulle, en 1611.
Le pape Grégoire XIII donna à saint Philippe l'église de la Vallicella. située au centre de la ville, et chaque soir il y faisait des instructions religieuses. Rendons-nous à cette église, reconstruite avec beaucoup de richesse depuis la mort du saint fondateur et connue sous le nom de Chiesa-Niiova.
La première fois que je l'ai visitée, j'ai été frappé du recueillement des fidèles qui se tenaient en foule du côté d'une petite chapelle située au fond de la nef de gauche. Je me dirigeai instinctivement de ce côté, et je me trouvai devant le corps de saint Philippe, qui repose dans une châsse d'or et d'argent placée sous Tautel. Au-dessus une belle copie en mosaïque, d'un tableau du Guide, représente le saint debout et en chasuble.
Je m'associai de tout cœur à la prière des bons Piomains prosternés devant le corps de leur glorieux bienfaiteur. Saint Philippe de Néri est le Vincent de Paul de Rome : on l'appelait de son vivant le Père des âmes et des corps.
Je ne vous dirai rien de l'église : comme toutes celles de Rome, elle est décorée de riches et belles peintures, et ornée de marbre précieux. Toutefois je recommandée votre attention les peintures de la voûte et de la coupole. Elles sont l'œuvre de Pierre de Cortone : la première représente saint Philippe de Néri à genoux devant la sainte Vierge, qui soutient le mur de l'Église menaçant de tomber en ruines; la seconde nous montre Jésus-Christ intercédant pour nous; et, pour rendre sa prière plus efficace, il présente à son Père tous les instruments de sa passion portés par les anges. Autour du maître-autel on admire trois tableaux de Rubens : celui du milieu représente la sainte Vierge entourée d'anges.
Mais nous avons d'autres richesses à contempler et des souvenirs plus précieux à recueillir. Je ne vous dis rien de la belle et large sacristie du couvent, avec la noble statue de saint Philippe sculptée par l'Algardi; j'ai hâte de vous conduire dans la petite cellule oii vécut et mourut notre aimable saint. C'est là que je vais dire aujourd'hui ma messe, sur l'autel même où saint Philippe célébrait; c'est la même petite clochette dont il se servait pour
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nppolt'i- li's lidôlcs ()Mi iiniirnicci-a (|iir .l»'>u>-< .lu i-i t^>l doscondu MIT l'.nil.'l.
(^oimiu'iit vous dire, mon c.hov ami, i't'mdlinii i|ui N'(Mnparc de rànio, ('inolion indt''rMnssal»l(M|iii ne rcssoinlilo à aucune des l'iiioliniis Icrrestros! Il seniMi' (Hif ii<mi> rnlioiis en eimiiriiiiiicalidu avrr l<>s saints, en voyanl , en lourhaiil hms ces olijels (jni furent à leur usage, et l'on éprouvi.^ quehjue chose de ce (jue devaient l'cssontir ceux (pii Nivaicnt avec eux. <.'/•'>! un ni<'lan L''e de jnie et
Saint l'hilippe «io Néri
de crainte, de lespect et d'amour : je ne sais quel sentiment enfin domine toutes les pensées. On compreml alors plus vivement (jue les saints appartenaient à l'humanité, (ju'ils ont parcouru la même roule que nous; il nous send)le les voir, les entendre; et la vue de ces objets qui leur ont servi pour l'usage ordinaire de la vie donne à notre émotion rpiehpie chose de plus intime et de plus doux. C'est du moins le sentiment (jue j'éprouvai en visitant la petite chambre meublée presque enlièremcnl des différents objets qui ont a|>partenu ou servi à saint Philippe de Néri. C'est d'abord son confessionnal, en vieilles planches de sapin à moitié vermoulues, avec sa petite feuille de tAle percée de
trous el servant de grille. Combien se sont prosternés ici couverts d'iniquités, et se sont relevés avec l'amour et la confiance dans le cœur! De ce modeste ;ju/pî7o,, il annonçait la parole de Dieu. Sur ce pauvre lit, il prenait quelques instants de repos. Les religieux de l'Oratoire possèdent une grande quantité d'objets qui ont appartenu à leur père. Entre autres, « ils ont conservé les restes du dernier morceau de pain qu'a mange cet homme, dont la bienfaisance toujours subsistante est encore la mère nourricière de tant de familles. C'est un assez bon emblème d'une charité qui ne fmit pas, qu'une croûte de pain séculaire ^ »
Au milieu de cette petite chambre, le portrait du saint, par le Guide, dont j'ai admiré la reproduction en mosaïque dans la chapelle, fixa mon attention. Après avoir vénéré ce qui appartenait à saint Philippe, il me fut doux de contempler ses traits. Le gracieux et aimable pinceau du Guide était bien celui qu'il fallait pour rendre les traits du plus aimable des hommes.
La bibliothèque des bons pères mérite une visite : elle est importante et possède plusieurs manuscrits du savant cardinal Baronius, un des premiers disciples de saint Philippe de Néri.
Les saints sont faits pour se comprendre et s'aimer : aussi Philippe de Néri avait-il pour son cher disciple une affection pleine de tendresse; et Baronius était pour son supérieur l'ami le plus dévoué et le fils le plus soumis. C'est à saint Philippe de Néri que nous devons les Annales ecclésiastiques de Baronius. L'humilité du religieux nous eût privés de cet ouvrage remarquable, si l'obéissance ne l'eût forcé de prendre la plume.
En effet, cet homme, qui devait illustrer l'Église et la pourpre, et dont la science était admirée de tous, écrivait en gros caractères sur la cheminée de la cuisine : Baronius, cuisiyiier perpétuel.
La vie des saints se compose d'un mélange d'œuvres sublimes et d'humbles actions. Pendant que Baronius écrit cet ouvrage qui fera vivre son nom sur la terre, Philippe de Néri l'envoie à la cuisine, lui fait porter la croix à l'enterrement des pauvres, et, pendant neuf ans, il veut qu'il aille chaque matin à l'hôpital pour servir les malades. Souvent Baronius partait avec la fièvre, et il revenait guéri. Un jour, Philippe de Néri, vaincu par la violence
' Esquisse de Rome chrétienne.
du mal, est oIjUl^^o de bUsponilic ses li'avaux : -wii pieux discipl»; veille au clievet de son lit, et le soigne avec un lel dévouement que lui- même, épuisé de ialitjMie, tombe malade, l'iiilippe lui envoie diie alors : « .le ne veux pas que vous soyez malade; dites à la lièvre de s'en aller. » liaronius, avec la simplicitt: d'un ridant, obéil à la voix de son père. « U fièvre, dit-il, je te le commande au nom de IMiilipi»»', va -t'en! » l'A à Tlieure môme la fièvre le quitta.
Ln surlanl du couvent des INmcs de TUraloire, nous nous rendi'ons au palais Massind, où nous trouverons encore un souvenir de saint Philippe de Néri. Le palais iMassimi est remarquable comme architecture : admirez les riches ornements du poitique et le beau dessin de la cour, avec sa gracieuse fontaine; mais surtout demandez à visiter la petite chapelle du palais'. C'est la chambre d'un fils de cette illustre famille, et dans celte chambre saint Piiilippe de Néri opéra un grand miracle. Paul Massimi étant à lagonie, le prince son père députa un courrier vers Philippe de Néri, le priant de venir inmiédiatemcnt auprès du jeune malade; mais le saint était à l'autel , il ne put se rendre aux désirs de l'infortuné prince qu'une heure après.
11 était trop tard, Paul Massimi venait de mourir. Philippe entre dans la chambre du mort, se prosterne près de sa couche, prend de l'eau bénite et en asperge le corps du défunt; puis il se lève et appelle à haute voix le jeune homme : « Paul! Paul! » Et à l'instant même, aux yeux de tous, le jeune homme se lève, ouvre les yeux et répond au saint i(ui l'interroge.
Un s'imagine aisément la joie de cette famille cplorée. Le témoignage de sa reconnaissance a traversé les siècle», et chaque année, le 10 mars, le palais Massimi célèbre avec jjompe l'anniversaire de ce miracle. Le peuple s'associe avec empressement à celte reconnaissance séculaire, et se rend en foule dans cette humble chapelle.
' Jai M'iiéro tJait-. celle cliapello une cùlc de saiiil Pliili|ij>e de NVn . S4>s liineUe:i el -on lunaire.