HUME
quatre. J'ai pu les voir presque tous à la Icle de saint Pierre et dans d'autres solennités religieuses, et j'ai été frappé de l'air de distinction, de la noble et douce gravité de leur personne.
11 n'entre point dans ma pensée de vous dire le rôle que les membres du sacré collège ont joué, à toutes les époques, dans les grands événements de la vie chrétienne et sociale des peuples. Il faudrait vous retracer toute l'histoire de l'Eglise. Nous les voyons, en effet, partout oi^i il y a quelque grand intérêt à défendre ou à soutenir. On les retrouve à chaque page de l'histoire de l'Église et du monde. Ils président les conciles, deviennent ambassadeurs auprès des rois; et souvent la paix, en Orient comme en Occident , est le fruit de leur puissante et sage intervention. Ils sont à la tète des congrégations auxquelles le saint -père a recours pour la solution et la prompte expédition des nombreuses affaires que lui apporte chaque jour la sollicitude de toutes les Églises.
Parmi les fonctions que remplissent les cardinaux, il en est de particulières sur lesquelles vous serez bien aise, me semble-t-il, d'avoir quelques notions.
Le cardinal-vicaire est celui qui remplace le pape comme évoque de Rome. Sa juridiction est celle d'un évêque dans son diocèse : il convoque les synodes, approuve les confesseurs, tant séculiers que réguliers, administre le sacrement de confirmation, fait les ordinations aux quatre-temps. Tous les délits ecclésiastiques relèvent de sa juridiction, et il a le soin de veiller à la moralité publique. Cette charge est occupée aujourd'hui par son Éminence le cardinal Palrizzi'.
Le cardinal-camerlingue est chargé de l'administration des biens temporels du saint- siège; il préside la chambre apostolique: il constate et annonce la mort du pape. Quand le pontife est décédé, il s'approche de son corps, frappe trois fois sa tête avec un marteau d'argent, et l'appelle trois fois par son nom ; il se tourne alors vers les assistants, et dit: « Le pape est réellement mort, w
La mort du pape, loin de diminuer ses privilèges, les augmente et les multiplie, et le pouvoir gouvernemental passe entièrement entre ses mains : le sacré collège nomme trois de ses membres pour l'assister. Il donne des ordres, règle tout ce qui concerne la
1 f.es ecclésiastiques qui viennent à Rome doivent se rendre au Vicariat , place Svfiut-Augustin, pour y faire approuver leur ce/e6re<.
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justice, la poliliquu, les linaiices, rarniée ; il lail Lallre nioiinaic aux armes de sa maison, sous le signe de la vacance du saintsiège (deux clefs en croix sous le gonfalon), et cela aussi longtemps que le siège est vacant.
Presque tous les cardinaux ont quelques fonctions importantes à remplir auprès du pape, soit dans le gouvernement spirituel de l'Église, soit dans l'administration tenjporelle des États romain<. Aussi rÉglise n'a pas hésite à relever leur dignité en les entourant de privilèges et d'honneurs. Elle a réglé, nous pourrions dire avec minutie, tout ce qui regarde leur vêtement, le cérémonial de leur réception , les honneurs auxquels ils ont droit; et les papes tiennent essentiellement à l'exécution de ces rèj^^lements.
Un de leurs plus beaux privilèges est celui d'accorder la grâce d'un criminel condamné à mort si , le jour de l'exécution, le lugubre cortège rencontre un cardinal.
Il est défendu aux cardinaux de jamais sortir à pied dans les rues de Rome; et l'on l'aconte que le cardinal de Rohan, archevêque de Besançon, ne put jamais obtenir de Grégoire XVI l'autorisation de se rendre à pied à la Trinité des Monts pour y dire sa messe, malgré la proximité de sa demeure.
Les cardinaux sont revêtus d'une soutane quand ils remplissent quelque fonction religieuse ; ce qu'on appelle leur habit de ville se compose d'une soutanelle noire ou bronze , doublée et liserée de rouge, de bas rouges, d'un chapeau ecclésiastique noir à glands d'or, et quelquefois d'un manteau rouge galonné d'or.
Lcsjour> de fêle, ils sortent dans de riches carrosses dorés, sur lesquels sont montés plusieurs laquais en livrée et aux armes du cardinal. Ces carrosses, il est vrai, ont souvent plusieurs années d'existence, et la plupart des laquais qui les escortent sont loués pour ces jours-là.
Sous ce luxe- princier se cachent bien des vertus, et une profonde humilité est souvent heureuse de se cacher sous ce faste obligatoire et en rapport, d'ailleurs, avec la dignité dont ils sont revêtus. Ils sont affables et d'un accès facile, et en les approchant on sent plutôt l'influence de leurs vertus que l'autorité de leur grandeui". Ils sont les pères des pauvres, les soutiens des œuvres charitables, les protecteurs éclairés des églises, qu'ils enrichissent de leurs dons, qu'ils réparent et qu'ils font quelquefois reconstruire entièrement.
Lorsqu'on visite les hôpitaux, les sanctuaires et les couvents de Rome, on rencontre presque toujours quelque inscription à la louange des cardinaux bienfaiteurs ou restaurateurs de ces monuments. Les arts les comptent au nombre de leurs plus intelligents et de leurs plus généreux protecteurs. La science leur doit de nombreuses lumières : ils savent encourager Tétude par leurs exemples et par la création d'immenses et précieuses bibliothèques.
On serait tenté de croire, à la multiplicité de leurs bienfaits, qu'ils jouissent d'une fortune immense; et cependant, pour la plupart, ils ne possèdent que le traitement attaché à leur dignité. Les cardinaux reçoivent du gouvernement pontifical la somme de 18,000 francs par an, et bien certainement l'Église et les pauvres ont la meilleure part de ces modestes honoraires.
gon(;ri;gation.s romaines
Iii.iuisilioii. — Congréfralions— du Concile, — de l'Index, — de la l'ropagaiule , — des Hiles , — di's Indulgences et des saintes Reliques.
Mon cher ami ,
Les souverains ponliles ont la sollicitude de toutes les Eglises : de tous cotés on vient à la chaire de Pierre demander conseil, force et jiardon. IMerre, en elïet, a été constitué par Jésus -Christ lui-même chef de rÉglise, et il lui a donné, à lui seul, le droit et le devoir de confirmer ses frères dans la foi. Pasteur universel, il a le soin des brebis et des agneaux ; car tous ont été confiés à sa vigilance pastorale.
Comme chef de TÉglise, il a le devoir de conserver et de propager la foi; et (jue de travaux ce seul devoir emporte avec lui! Il lui appartient de faire des règlements diseij>linaires, de veiller à leur exécution, et de connaître ce qui, dans certains cas, nécessite la suspension de ces lois. Il a droit d'inspection, et, comme conséiiuence de ce droit, Tobligation de prémunir son troupeau contre les mauvais pâturages, et d'éclairer les fidèles sur les éciits et les discours qui pourr.iient compromettre leur foi. Enfin, c'est à lui de {prononcer en dernier ressort sur toutes les questions litigieuses et difficiles: il dt»it lier et délier sur la terre, avant (jue Dieu dans le ciel absolve ou condamne. Les réhabilitations et les condamnations sont également de son domaine.
Mais Comment le pape tout seul pourrait-il lui-mémt.'. et de sa personne, connaître et juger toutes ces choses?. S'il pi'ononce un jugement, il ne peut lui-même en faire l'instruction minutieuse et détaillée. Sans dont»* il devra connaître la cause; mais il devra donner à d'autre^ le soin de l'étudier dans -es pré'et'.jenls, avec
les circonstances qui l'accompagnent et les conséquences qui découleront du jugement.
C'est pour cela que le pape a établi des tribunaux , ou congrégations , qu'il a chargés de le remplacer dans toutes les informations ; et, après avoir pris connaissance des motifs qui les ont déterminés, il se réserve de sanctionner toutes les décisions de son autorité suprême et irréformable.
Ce sont ces congrégations, mon cher ami, que je viens vous faire connaître : elles sont attaquées par beaucoup de gens qui ne les connaissent point, et qui ne se donnent même pas le loisir de les étudier avant de les décrier. Le succès de la calomnie est toujours chose facile, surtout quand il s'agit de l'Église : il y a tant de passions et de préjugés qui sont heureux de pouvoir abriter leur mauvaise foi derrière un sophisme , que , sans examen et sur une simple affirmation, on accueille la première accusation, quelles que soient d'ailleurs l'honorabilité plus ou moins reconnue , et la position plus ou moins élevée de celui qui insulte. Il semble que tout le monde a le droit d'attaquer l'Église, et que nul n'a celui de demander raison de la conduite de ceux qui l'attaquent et des outrages dont ils l'accablent. Je ne prétends nullement, mon cher ami, réfuter les erreurs et les mensonges débités chaque jour contre les congrégations romaines : exposer la pensée qui les a créées , dire le but qu'elles poursuivent , celui qu'elles atteignent, montrer comment elles procèdent, cela me semble la meilleure réponse à faire à l'erreur et le moyen le plus loyal d'éclairer ceux qui vraiment désirent la lumière.
La première congrégation qui se trouve sur notre route, à cause de son importance, est la congrégation du Saint-Office ou de V Inquisition.
Il y a des gens, mon cher ami, qui seraient bien étonnés si nous leur disions que l'Inquisition existe encore, et qu'elle n'a rien changé de ses règlements et de ses coutumes depuis 1542, époque où elle fut approuvée et constituée par le pape Paul III.
Oui, le tribunal de l'Inquisition fonctionne encore en plein XIX® siècle, et il est tel encore qu'avant 89. Dire que l'Inquisition romaine n'a pas fait répandre une seule goutte de sang depuis sa création, c'est affronter tous les sarcasmes et les sourires incrédules des érudits du Siècle et des Débals; et pourtant, mon cher ami, rien n'est plus vrai.
« C'est une chose vraimenL remarquable, dit Tilluslre Dalniès, (|ue Ton n'ait jamais vu l'Inquisition de Home prononcer l'excculion d'une peine capitale, quoi(juc le sièire aposloli(pie ait été occupé pendant tout ce temps- là par des papes d'une rigidité et d'une sévérité extrêmes sur tout ce qui avait rapport à l'administration civile. On trouve sur tous les points de l'Europe des écliafauds dressés pour punir des crimes contre la religion; partout on est témoin de scènes qui contristent l'àmc : et Rome fait exception à cette règle, Rome qu'on nous a voulu peindre comme un inonstie d'intolérance et de cruauté. Il est vrai que les papes irmil pas prêché, comme les proleslanls, la tolérance universelle. Les papes, armés d'un tribunal d'intolérance, n'ont pas versé une goutte de sang; les protestants et les philosophes en ont répandu par torrents. Qu'importe à la victime d'entendre ses bourreaux proclamer la tolérance? C'est ajouter au supplice le fiel du sai'casme. La conduite de Rome, dans l'usage qu'elle a fait de l'Inquisition, est la meilleure apologie du catholicisme contre ceux qui s'acharnent à le flétrir comme barbare et sanguinaire'. »
-V ce témoignage nous pouvons ajouter celui du président de Brosses ; on ne le récusera pas sous le prétexte de partialité en faveur de l'Église :
u La liberté en matière de religion, et quchpiefois même de parler, est au moins aussi grande à Rome qu'en aucune ville que je connaisse. 11 ne faut pas croire que le Saint-Office soit aussi diable qu'il est noir : je n'ai ouï parler d'aucune aventure de gens mis à l'Inquisition ou par elle traités avec rigueur. »
Si le bon président avait vu le plus léger abus et la plus chétive punition corporelle, il eût crié bien fort.
Quanta l'Inquisition espagnole, je ne me charge pas de la défendre: elle a t'-t»'' calomniée sans doute; mais l'Eglise ne saurait être responsable d'égarements qu'elle a blâmés et de sévérités qu'elle a condamnées plus d'une fois. On doit se souvenir, d'ailleurs, que l'Inquisition espagnole est tombée dans les mains du pouvoir civil aussitôt après son institution.
La congrégation du Saint-Office ou de riii(|uisilion a pour but de veiller sur la pureté et l'inlégiilé de la foi. l'^ll<' a le dn>it de citer à sa barre, de juirer, de condamner et de prononeer quand il
> Lf ProltSlnntivne compare -n/ Cnlholicxsmf . t. Il, -li. x.wvi, p. 231.
y a hérésie, schisme , apostasie, magie, sortilèges, abus des sacrements. Le souverain pontife s'est réservé la présidence de cette congrégation, et Sixle V a statué qu'elle se composerait toujours de douze cardinaux. Un grand nombre de prélats et de religieux, remarquables par leur savoir et leurs vertus , sont adjoints aux cardinaux comme consulteurs.
La congrégation du Concile a été établie par Pie IV, en 1564, pour l'exécution et Tinterprétation du concile de Trente.
Voici ce qui est du ressort de cette congrégation :
La résidence des évêques ; le rapport qu'ils doivent faire sur l'état de leur diocèse, au temps marqué par la visite ad limina apostolorum ; la résidence des bénéficiers et des curés aux lieux de leurs bénéfices et de leur paroisse ; tout ce qui regarde les établissements de bienfaisance , comme les hôpitaux , les montsde-piété, les séminaires, les chapitres, etc. La revision des conciles provinciaux, des synodes diocésains, les dispenses d'irrégularité, sont également du ressort de cette congrégation.
La congrégation du Concile prononce sur le contentieux , et en général sur toutes les causes qui dépendent des canons et des décrets du concile de Trente. Les parties en litige prennent des avocats et des défenseurs dont les écrits sont imprimés.
Les causes matrimoniales, en particulier, quand il s'agit de nullité, s'y traitent avec toutes les solennités prescrites par les constitutions des souverains pontifes.
Ce simple exposé suffit pour vous donner une haute idée de l'importance et de l'utilité de cette congrégation.
La congrégation de V Index, constituée par saint Pie V en 1571 , est comme le complément de ITnquisition ; elle a pour but d'examiner les livres suspects ou dangereux , pour en permettre ou en interdire l'usage. Qui serait assez osé pour refuser ce droit à rÉglise? Gardienne de la foi, elle doit proscrire tout ce qui pourrait l'altérer ou la fausser. Elle a le droit et le devoir du père de famille, qui éloigne ses enfants de ceux qui pourraient les perdre, et qui écarte tout ce qui leur serait nuisible ou dangereux. Les sociétés civiles, les gouvernements eux-mêmes usent de ce droit, et nul ne songe à les en blâmer.
« Mais, dira-t-on avec un sénateur devenu célèbre', rien de
' M. Rouland, session de 1865.
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plus déplorablt? qu'un Li'ibuiial (jui juge des prévenus sans les entendre, sans motiver ses décisions, sans règles certaines d'informations, qui peut ainsi flétrir prêtres et laïques, ruiner moralement hommes et doctrine , et tout cela en vertu d'un pouvoir abusif ([ue, pour mou compte, je repousse de toute la furce de ma raison. »
Soit, la raison de M. le sénateur ne comprend lien au pouv(jir dont l'Église use, pour le moins, aussi légitimement que l'I'^lat; mais la raison de M. le sénateur devrait savoir que condamner une société sans connaître les règlements qui la régissent et la manière dont elle rend ses jugements, c'est s'assurer Thumilialion d'une défaite.
D'abord , ce ne sont pas des prévenus que l'Index doit juger: ce sont des livres souvent anonymes ou pseudonymes. Mais (|uand l'auteur est connu, on ne le censure pas personnellement, et on ne condamne souvent son livre qu'après l'avoir interrogé ou informé de la sentence qui le menace.
Mais est-il toujours possible d'interpeller l'écrivain?
« Quelle gracieuse réponse, dit M*"' Xardi , nous auraient faite Eugène Sue, ou Ernest Renan, ou Joseph Mazzini, si nous les eussions interrogés! »
D'ailleurs, le livre est là pour se défendre, et c'est lui ([u'on interroge et qu'on écoute.
Où M. le sénateur a-t-il vu que l'Index ne motivait pas ses décisions? Sans doute la congrégation ne le fait pas toujours publiquement, parce que ces motifs sont souvent pris du caractère obscène, injurieux , blasphématoire et calonuiiateur de l'ouvrage, et les publier ce serait donner plus de retentissement au scandale. Mais l'auteur peut toujours connaître les motifs de sa condamnation, et plus d'une fois des ouvrages ont été complètement corrigés et réformés sur les observations de l'Index. Quelquefois ces motifs sont publiés, quand les écrits sont très pernicieux et pourraient engendrer des écoles d'erreur et des sectes hétérodoxes.
Ce tribunal , d'ailleurs, est conqiosé des hommes les plus éminenls et les plus instruits, pris non seulement à Home, mais dans tous les pays catholiques. Le saint- père les choisit avec Ituite la prudence (ju'exige l'importance d'une semblable mission, et avec ce disceinement qui parait cire un des caractères inséparables du souverain pontificat.
Avant de rendre son jugement, la congrégation de l'Index prend toutes les informations les plus scrupuleuses pour ne point errer. Les livres suspects sont remis entre les mains de savants théologiens, appelés consulteurs, qui doivent les examiner consciencieusement et motiver leur jugement.
Le concile de Trente, Clément VIll, Alexandre VIII, et surtout Benoît XIV, ont établi des règles dont ils ne doivent jamais s'écarter. Elles sont empreintes d'une sagesse qu'on ne trouve que dans l'Eglise, et je me fais un devoir de vous les transmettre ici :
1" Les consulteurs ne doivent pas s'ingénier à faire condamner l'ouvrage coiite que coûte ; mais leur devoir est de présenter attentivement et tranquillement à la congrégation leurs observations et les raisons véritables 'pour lesquelles ils jugent à propos que l'ouvrage soit proscrit, corrigé ou laissé sans aucune censure; 2° Dans le cas où un consulteur reconnaîtrait que les connaissances nécessaires lui manquent, le devoir est imposé à sa conscience de se récuser et d'avertir immédiatement le secrétaire. Dans ce cas, ajoute le grand pontife, on le louera pour sa modestie et sa sincérité, au lieu de l'humilier;
3° En pesant les opinions et les maximes, il faut tenir son esprit à l'abri de tout préjugé de nationalité, de famille, d'école, de parti, et n'avoir devant les yeux que les dogmes de l'Église, les décrets des conciles et des papes , le consentement des Pères orthodoxes et des docteurs. On doit se souvenir que bon nombre d'opinions chères à une école ou à un institut, et certaines à ses yeux, sont cependant adoptées ou rejetées par des catholiques sans que la foi catholique en souffre en rien; que le saint-siège connaît et permet ces divergences , et laisse à chaque opinion son degré de probabilité;
4° On ne peut juger un auteur si l'on n'a lu ou examiné tout son livre, comparé les choses dites en divers passages, examiné le but de l'écrivain sans séparer les propositions de leur contexte; car il peut se faire que telle chose exprimée en termes obscurs ou douteux en tel endroit, se trouve clairement et correctement expliquée ailleurs ;
5° Les choses ambiguës, surtout dans un auteur qui a une bonne réputation, doivent toujours se prendre en bonne part.
Les consulteurs font le serment de suivre fidèlement ces règles. Quand ils ont achevé l'examen du livre, ils envoient au secrétaire
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leur appréciation motivée et toujours appuyix' sur des citation.^ de Tautcur. Le secrétaire fait imprimer le jugement des consulleurs-renseurs, et l'adresse à tous les autres consulleurs, qui sont convoqués à une réunion générale oîi chacun exprime lihiemenl sa pensée sur l'ouvi-age examiné et sur le rapport du f•(»ll^^lU('ll^. S'il y a doute parnd les juges, un second examen commence fl de nouveaux juges sont nommés.
Mais cette réunion n'est qu'une commission préparatoire. Les cardinaux, qui sont au nombre de vingt-deux, se réunissent à leur tour. Ils ont entre les mains l'ouvrage, le votum des censeurs, le vœu de chaque consultcur cl les conclusions de la commission préparatoire, et alors ils portent- un jugement qui lui-même n'est pas encore définitif; car il faut que l'autorité du saint-père intervienne. Lui seul juge en dernier ressort, et la sentence n'a de valeur «ju'autant qu'il l'a revêtue de sa sanction.
Je ne pense pas , mon cher ami , qu'avec de telles règles , après de si longues et si minutieuses informations, il soit permis d'accuser la congrégation de l'Index d'arbitraire et de la condamner à la légère.
Le pape n'a pas seulement le devoir de conserver la foi, il a aussi celui de la propager et d'étendre le royaume de Jésus-Christ. La congrégation de la Propagande, fondée par Grégoire XIV en 1622, aide le pape dans cette mission. Tout ce qui regarde la conservation et la propagation de la foi dans les pays infidèles et hérétiques est de son ressort. C'est elle qui envoie des missionnaires dans les difi'érentes parties du monde, qui assigne les missions aux diverses corporations religieuses. Elle présente au saintpère les sujets pour l'épiscopat, les vicariats et les préfectures apostoliques; oWo est chargée, en un mot, du temporel et du spirituel des missions, et elle résout toutes les controverses, lous les doutes qui pourraient s'élever sur les juridictions ou sur tout autre point litigieux.
L'iiiq)ortance de cette congrégation n'échappera à personne , et le bien qu'elle fait est incalculable. Elle tient séance le [•remier lundi de chaque mois devant le saint- père; mais elle se réunit plus souvent au collège de la Propagande, suila place d'Espagne.
Ce collège, fondé par Urbain VIII en VÔH, admet les jeunes gens des pays étrangers et infidèles qui, ayant reçu la foi, se préparent à l'état ecclésiastique. Ils sont ordinairement envoyés
parles missionnaires : leur voyage, aller et retour, leur entretien, leur éducation, sont entièrement aux frais de la charité apostolique. Cette année, ce collège entretient 150 élèves. Je les ai rencontrés plus d'une fois sur les promenades de Rome, et ils sont facilement reconnaissables avec leur soutane noire à boutons rouges et leur ceinture de la même couleur. Tous les trésors de la science et de la piété sont ouverts devant eux , et ils peuvent y puiser en toute liberté : une riche bibliothèque et un beau musée sont à leur disposition.
L'imprimerie de la Propagande est unique au monde : elle possède les caractères de toutes les langues , et elle imprime les missels, bibles, catéchismes et autres livres nécessaires pour les idolâtres nouvellement convertis.
D'après une constitution d'Alexandre VII, chaque élève, en entrant au collège de la Propagande, doit faire le serment de n'entrer dans aucun ordre religieux sans la permission du saintsiège, d'accepter les ordres sacrés sur l'avis de la congrégation, et enfin de prêcher l'Évangile dans son propre pays.
Plus on étudie Rome dans ses institutions et ses œuvres, plus on est étonné de la sagesse, de la prudence et de l'intelligence dont elle fait preuve dans les règlements auxquels elle les soumet. Quelles ressources n'offre pas pour les pays infidèles le collège de la Propagande ! Il forme des hommes vraiment apostoliques, doués d'une doctrine saine, puisée aux sources mêmes de la vérité. Et ces jeunes apôtres quittent Rome l'amour dans le cœur pour la mère qui les a nourris et élevés, et ils redisent à tous les peuples les splendeurs, les gloires, les dévouements et l'amour de l'Église. Plus d'un a puisé près de la chaire de Pierre la soif du martyre, et près de la tombe de Paul le zèle et l'amour d'un apôtre.
La congrégation des Rites a été établie par Sixte V en 1587; elle a pour but de régler tout ce qui concerne la liturgie sacrée et la canonisation des saints.
L'Église ne veut point laisser à chacun le soin de régler les cérémonies et les différents rites qui accompagnent l'office divin; elle a voulu elle-même en préciser tous les détails. Cette question , en effet, a une importance réelle. La liturgie sacrée a une influence considérable pour la conservation de la foi , et il est à remarquer que les hérétiques ont souvent changé leurs livres liturgiques
avant leur symbole, afin d inoculer ainsi plus sûrement, et sans discussion, leurs erreurs à la multitude. Si les livres liturgiques sont Texpression même de la foi d'une nation, ils en sont avant tout et surtout la source; et Rome s'est réservé, avec justice et sagesse, le droit de changer, de modifier les prières et les offices de la liturgie sacrée.
Avec non moins de justice, elle a le droit de régler ce qui regarde l'administration des sacrements, les prières et les cérémonies qui l'accompagnent. Tout cela ne doit point être laissé à l'arbitraire. Que deviendraitcette unitéqui fait la beautéetla force de l'Eglise? Sans doute, dans cette unité, il y aura quelques variétés nécessitées par les lieux et les temps; mais ce ne .~era jamais qu'une différence accessoire et raisonnable, sanctionnée d'ailleurs par Tautorité suprême. L'unité, en effet, ne saurait être compromise ni blessée, lorsqu'un peuple célèbre par une fête plus éclatante et une prière plus spéciale le souvenir de ses ancêtres dans la foi. C'est un tribut bien légitime de la reconnaissance et de l'amour.
Des doutes peuvent s'élever, de nouvelles difiicultés surgir, des usages peuvent s'introduire dans la célébration des saints mystères, dans l'administration des sacrements et dans les nombreuses et importantes cérémonies du culte religieux : c'est à la congrégation des Rites qu'il faut s'adresser pour dissiper ces doutes, aplanir ces difficultés et légitimer ces usages.
Les différents décrets rendus par la congrégation des Rites viennent d'être imprimés à la Propagande : ils ne comprennent pas moins de quatre volumes.
Le second objet de la congrégation des Rites regarde la canonisation des saints.
Dans les premiers siècles de l'Église, c'était la voix du peuple qui élevait des autels aux serviteurs de Dieu, et leur décernait l'auréole de la sainteté.
On comprend aisément que quelques abus et (piclques erreurs se soient glissés dans ces canonisations populaires et souvent spontanées. L'Eglise a promptement remédié à cet abus, et elle s'est réservé le droit de déclarer saints cl dignes des honneurs religieux les fidèles dont la vie, sur la terre, avait été conforme à la perfection évangélique. De nos jours elle fait précéder la canonisation de tant d'informations, qu'un cardinal présentant un
jour le dossier d'un procès de canonisation à un protestant, celui-ci demeura confondu et stupéfait en voyant avec quelle minutieuse sévérité la congrégation des Rites prenait des informations.
« Si tous vos saints, s'écria-t-il, ont subi de telles épreuves avant d'être admis sur votre martyrologe , j'avoue qu'ils sont tous des héros.
— Eh bien ! reprit le cardinal , la congrégation des Rites n'a pas jugé assez puissantes les preuves apportées en faveur de cette canonisation, et la cause a été rejetée. »
Vous savez, je n'en doute pas, comment l'Eglise procède pour canoniser un saint. Quand un fidèle est mort en odeur de sainteté, il appartient à l'évêque du diocèse où il est mort de recueillir tous les faits qui le concernent, et d'en adresser le procès à la congrégation des Rites.
La première question qui se présente est celle-ci : La cause de la sainteté peut-elle être introduite, et faut-il nommer une commission? La congrégation examine, juge, pèse les motifs déterminants , et le tout est soumis au saint-père , qui prononce s'il y a lieu de poursuivre.
A la suite de ce jugement, s'il est affirmatif, le serviteur de Dieu reçoit le titre de Vénérable. Ensuite il faut prouver qu'il n'a jamais été honoré d'aucun culte public, et on procède à l'examen des vertus qu'il a pratiquées sur la terre.
Pour arriver à une solution, il y a de longues et minutieuses informations qui donnent lieu à de véritables débats judiciaires : il y a le défenseur de la cause; mais il y a aussi celui qui présente les difficultés, V avocat du diable, comme on l'appelle vulgairement.
Souvent ces débats sont longs et laborieux. Il y a de nombreux témoins à entendre, tous les écrits du saint à connaître, et, quand la conviction s'est faite sur ce point, et qu'il est reconnu que le serviteur de Dieu a pratiqué les vertus à un degré héroïque, la cause n'est point finie pour cela. La question des miracles se présente avec toutes ses difficultés et ses obscurités. Les hommes de fart sont interrogés sur les rapports adressés à la congrégation des Rites touchant les guérisons miraculeuses attribuées au serviteur de Dieu. 11 faut des attestations nombreuses, des témoins oculaires. On accueille avec bienveillance toutes les objections , et l'on y fait droit quand elles sont londées.
lniMI-; 2-M
(Jiiaiid la iiiu'sliuM des iiiiracle.s a eiilin rcru une sululion sali.slaisante, le saint- père déclare qu'il y a lieu de décréter la béatification, et, après avoii- invoqué l'assistance des saints apùtres Pierre et Paul, il déclare Bienheureux le serviteur de Dieu, et permet de célébrer sa fête dans le diocèse de sa naissance.
Cependant le Bienheureux n'a point encore droit au culte de rÉglise universelle; il faut de nouvelles preuves de sainteté avant de mériter cet honneur. Deux miracles importants et éclatants, opérés par le Bienheureux depuis sa béatification, et régulièrement constatés, lui donnent place dans l'assemblée des saints, et l'associent aux triomphes et aux honneurs que leur décerne l'Église de la terre.
Cette prudence et cette sagesse de l'Eglise sont troj) souvent méconnues, et j'aime à croire que c'est à l'ignorance quil faut souvent attribuer les railleries qu'on lui prodigue quand elle propose à notre vénération et à nos exemples quelques-uns de ces hommes extraordinaires qui ont passé dans le monde en le sanctifiant et en l'éclairant.
Si tous les héros et les grands hommes que le monde célèbre avaient subi les épreuves par lesquelles l'Église fait passer ses saints avant de mériter les honneurs qu'elle leur rend, plus d'une de nos places publiques serait veuve de ses statues.
Pour nous, mon cher ami, nous croirions encore à la vertu des saints et à leur existence, alors même que l'Église n'userait point de toutes les précautions que réclame la prudence humaine. Il suffit qu'elle proclame un serviteur de Dieu digne de nos hommages , pour que nous Thonorionset le respections. Nous croyons, nous catholiques, que l'Esprit- Saint assiste l'Église, et qu'elle ne placera jamais sur les autels un homme qui en serait indigne.
La congrégation des Indulgences et des saintes Reli(^ues, instituée par Clément IX en 1009, a pour but de résoudre les difficultés et d'aplanir les doutes relatifs aux unes et aux autres, l-^llo a pour devoir de conserver précieusement tous les brefs, rescrits ou autres actes émanant du saint-père, et ayant pour but la promulgation des indulgences.
Elle a aussi le devoir de reconnaître rauthenlicilé des reliques, et de veiller à ce que tout se passe dignement et pieusement dans leur tlistribution. Ce n'est point elle cependant qui accorde les reliques; on peut les obtenir dans trois endroits diiïérents: à la
custode du cardinal- vicaire, à celle de Monseigneur sacriste el à celle de Monseigneur vice-gérant, qui n'est autre que le prélat qui aide et remplace le cardinal -vicaire dans ses nombreuses attributions.
Il y a beaucoup d'autres congrégations qu'il me paraît inutile d'énumérer ici ; toutes ont pour but le gouvernement spirituel de r Église: les unes, comme celles des évêqiœs et des réguliers, de Vexamen des évéques, de la résidence des évêques, ont pour but de tracer aux évêques leurs obligations, de régler leur juridiction et de les aider dans leurs doutes et leurs difficultés; les autres, comme celles de Notre-Dame-de-Lorette , de la fabrique de Saint- Pierre, de la réédification de la basilique de Saint- Paid, ont pour mission de s'occuper du temporel de ces différents sanctuaires.
L'auguste Pie IX , dont le zèle ne connaît pas le repos , et dont le cœur est assez vaste pour embrasser d'un même amour tous les fidèles et tous les intérêts confiés à sa sollicitude, a établi deux nouvelles congrégations.
Frappé, dès son avènement au souverain pontificat, du mal que l'esprit révolutionnaire faisait en Italie parmi les religieux, il voulut au moins opposer une digue au relâchement qui s'introduisait dans les communautés religieuses, et consolider des vocations battues en brèche par tant et de si puissants ennemis.
Il porta donc un premier décret qui réglait la condition de la réception des novices, qu'on ne pourrait recevoir sans des lettres testimoniales de leur évêque. Le second décret règle les admissions des novices à la profession religieuse.
Mais, comme ces décrets pouvaient donner lieu à des difficultés, à des interprétations fausses, il institua la congrégation de l'état des réguliers, qui, outre ce but, a celui de poursuivre avec ardeur tout ce qui peut tendre à améliorer et à réformer es religieux.
En 1857, le souverain pontife adressa à tous les généraux d'ordres religieux une lettre circulaire qui prescrit de n'admettre à la profession des vœux solennels que trois ans après la profession des vœux simples. D'après cette mesure, le noviciat, qui dans la plupart des ordres religieux n'est que d'un an, se trouve en quelque sorte prolongé de trois nouvelles années, puisque, ces trois années avec les vœux simples étant achevées, le religieux peut reprendre sa liberté.
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Col aclc élu sailli- père a cUÏ accueilli a\ec le respecl et i'acJluiration que méritent les actions de l'ie IX, marquées toujours au coin de la sagesse et de ropporlunité.
Depuis quelques années, les all'aires d'Orient devenaient de plus en plus compliquées , à cause des nombreuses conversions opérées par nos religieux et nos religieuses; la congrégation de la Propagande, de son côté, ne pouvait suffire : le saint-père crut donc (pie rOrieiit et les autres pays infidèles ne pourraient (pi'y gagnei" en divisant en deux la congrégation de la Propagande, et il institua, en 18G2, la congrégation de la l*roj)agande pour les affaires du rite oriental.
Telles sont, mon cher ami, ces congrégations (ju'on ne craint pas d'accuser : on les transfoime en agents politiques qui compliquent les événements, et qui, par leurs n'sistances aveugles et opiniâtres, arrêtent le saint-père dans ses bons désirs de conciliation et de paix.
En vous disant ce qu'elles sont, ce qu'elles l'ont, j'ai réjtondu à ces accusations, qui ne peuvent s'expliquer ([ue par une insigne mauvaise foi ou une profonde ignorance '.
' C'est encore l'igaorance ou la mauvaise loi qui s'obstine à faire un crime au pouvernement du saint-père d'admettre dans ses conseils et dans ses tribunaux des ei'clésiasliques. On demande à grands cris la sécularisation du guuvernement |iontillcal, alors même qu'on est certain (|ue l'élément laïque prédomine. Voici à cet égard les renseignements que nous fournissent les statistiques les plus exactes. " Los dilTérenles branches do l'administration publique comprennent 7,1j7 employés, dont 3<)3 sont ecclésiastiques. Puurrail-on destituer tous ces intrus on l'honneur de la sécularisation? Le Piémont lui-même ne le voudrait point; car parmi ces fuiiclionnairos se trouvent cent soixanle-dix-neuf aumùniors ou chapelains, et dix autres prêtres pourvus d'emploi d'un caractère émineinmont clérical. Le nombre des ecclésiastiques occupant de> fonctions qui pourraient être remplacés par des laïques se réduit donc à cent quatorze. Cela ne semblera excessif à aucun esprit droit. Le pape réunis^aul la souveraineté religieuse et politique, l'organisation du gouvernement romain doit relléter partout ce double caractère. Les prêtres n'ont pas tous les avantages do celte situalion. Trois cent dix -sept laïiiucs appartiennent à diverses congrégations ou administrations exclusivement chargées d'intérêts de l'ordre religieux. Ln somme, d'après les chilTres fournis en 1>«.">H par notre anibassadour à Home, .M. do Hayneval, on compte parmi les fonctionnaires des Ktats romains soixante laïques contre un ecclésiastique. Si du nombre de ces fonctionnaires nous passons au total des traitements, nous voyons {jue les laïques touchent 8,(C:?,5<>i> francs 35 centimes, et les ecclésiastiques 670,984 francs 3*.> centimes. Néanmoins il restera convenu longtemps encore que les revenus des Ktals puntilir.iux s. ml il/voro |>ar l<s pn'lres. " l nivcrs, 1S.">9.)