SAINT SEBASTIEN
Son martyre. — Sa basilique. — Les catacombes. — Les cirques. — Cœcilia Metella. — Voie Appienne.
Mon cher ami ,
Sébastien, d'origine gauloise par son père, naquit à Milan, et entra de bonne heure dans la milice impériale. Devenu le favori de Dioclétien , qui le nomma capitaine dans ses armées , il se servit de son crédit pour faire connaître Jésus -Christ, et se montra encore plus soucieux de le servir que de se glorifier des faveurs impériales. Il présenta un jour soixante- huit néophytes au baptême, et on le vit souvent, par ses conseils, encourager les martyrs au milieu de leurs tourments.
Dénoncé à Dioclétien comme faisant partie de la secte chrétienne, il reçut l'ordre de sacrifier aux idoles. Sébastien refusa. L'empereur épuisa tous les moyens de persuasion pour le décider à renier Jésus-Christ; mais, ne pouvant ébranler sa foi, il ordonna à ses gardes de le percer de flèches. Dioclétien fut obéi: le généreux disciple de Jésus-Christ fut attaché à un poteau, et percé de flèches dans le palais même de l'empereur, à l'endroit où s'élève maintenant, sur le mont Palatin, l'église Saint-Sébastien alla Polveriera, et les satellites le laissèrent pour mort. Une pieuse femme, nommée Irène, vint pendant la nuit recueillir le cadavre du martyr, et le porta dans sa demeure, afin de le soustraire à la profanation des infidèles. Elle reconnut bientôt qu'il n'était point mort : elle lui prodigua ses soins, et saint Sébastien ne tarda pas à revenir à la vie.
Le glorieux athlète semblait regretter de n'être point mort pour Jésus-Christ. Un jour il se présenta sur le passage de Dioclétien,
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et lui reprocha avec une sainte audace sa cruauté envers les chrétiens. L'empereur, étonné de cette apparition inattendue, crut que ses ordres n'avaient point été exécutés.
« Jésus-Christ, lui dit Sébastien, m'a conservé la vie afin que je puisse vous reprocher votre impiété. »
Saint Seltastien.
Dioclétien, furieux, ordonna do le frapper de vercres sur-lechamp, jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir.
Sébastien expira en louant Jésus-Christ, et son corps fut jeté dans un égout, afin de le dérobera la vénération des chrétiens. Mais pendant la nuit il a|)parut à uno sainte femme nommée Lucine, et lui révéla le lieu de sa sépulture.
On conserve encore dans l'église Saint-André délia l'aile les chaînes du martyr, et l'on montre l'égout d"où son corps fut retiré pour être enseveli dans le rimetière Saint -Caliste, sur la voie Appionne.
Constantin fit bâtir une basilique sur la tombe de ce glorieux martyr. Restaurée en 367 par saint Damase, réédifiée par le cardinal Scipion Borghèse en 1661 , elle n'ofi'rc rien de remarquable à la curiosité de l'artiste et de l'archéologue. On admire la statue de marbre de saint Sébastien, dessinée par le Bernin et sculptée par Antoine Giorgetti , un de ses meilleurs élèves. Mais de précieux souvenirs attirent le fidèle dans ce sanctuaire : les corps des saints apôtres Pierre et Paul y reposèrent dans un souterrain qu'on voit encore, et connu sous le nom de Platonia ou locus ad cataciimbas.
La tradition rapporte qu'au premier siècle , des chrétiens d'Orient, se prévalant des droits qu'ils croyaient avoir sur les corps de ces apôtres, enfants de l'Orient comme eux, les enlevèrent furtivement. Mais un violent orage arrêta leur fuite, et, craignant d'être découverts, ils cachèrent ce précieux dépôt dans ce souterrain, où il resta peu de temps. Une inscription du pape saint Damase, gravée sur une pierre de cette catacombe, fait allusion à ce fait :
<( Vous qui cherchez les noms de Pierre et de Paul , vous devez savoir que ces saints sont anciennement demeurés ici. Ils sont, nous l'avouons volontiers, les enfants de l'Orient, qui nous les a envoyés : à la suite du Christ , et par le mérite de leur martyre, ils sont arrivés au port céleste et dans le royaume des justes. Mais Rome a dû défendre ceux" qui étaient devenus ses concitoyens ^ »
A l'entrée de ces catacombes on a gravé le passage suivant des révélations de sainte Brigitte. C'est Jésus-Christ qui parle à la sainte :
« Maintenant tu peux demander si ces corps bienheureux (Pierre et Paul) jouissaient de quelques honneurs pendant qu'ils étaient gisants dans le puits. Je te réponds que mes anges les gardaient et les honoraient. De même qu'on cultive avec soin le
^ Nous croyons devoir citer le texte latin de ces vers, dont la légende du Bréviaire romain fait mention au H décembre, fête de saint Damase:
Hic habitasse prius sanctos cognoscere debes, Nomina quisque Pétri pariter Paulique requiris. Discipulos Oricns misit, quod sponte fatemur: Sanguinis ob meritum Chrislumque per astra secuti , yEthereos petiere sinus régna piorum.
Roma SU03 poilus nicruit defendere cives.
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lieu où des roses el des pla!iLe.> doivt.'iiL être -einue.-^, de ineiiie ce lieu, appelé Catacombes, était honoré et préparé longtemps d'avance pour devenir la joie des anL,^es et des hommes. Je le déclare donc qu'il y a dans le monde beaucoup de lieux où les corps des saints reposent; mais ils ne sont pas semblables à celui-ci. Si Ton pouvait compter les saints dont les corps y ont été déposés, on le croirait à peine. C'est pourquoi, de môme que l'homme infirme est réconforté pai' les parfums et la nourriture, ainsi ceux «jui viennent ici avec une àme sincère sont si)irituellcmenl ranimés : ils reçoivent une vraie rémission de leurs jjécliés chacun selon sa vie et sa foi. »
Ces dernières paroles font allusion à la catacombe située sous la basilique, et dont l'entrée est dans l'église. Ce cimetière, où l'on peut entrer sans une autorisation spéciale, est peut-être la partie la plus visitée des catacombes romaines. Vous comprendrez facilement mon émotion lorsqu'un bon frère franciscain alluma des torches pour me conduire dans ces lieux où se réunissaient nos pères pour prier et célél)rer les sainls mystères. C'est le christianisme des premiers âges (|ui va se dérouler devant moi, avec son symbolisme mystérieux, avec sa foi généreuse et ardente. Ces catacombes étaient à la fois le palais des papes, l'église des fidèles et le cimetière des martyrs. A l'entrée, on montre la chandjre où les premieis papes se reposaient et se préparaient à la lutte par la prière et le travail. Ce sol a été foulé par les saints : les infidèles, les catéchumènes eux-mêmes, n'étaient jioint admis dans ces retraites solitaires. Des pauvres disséminés çà et là sur la voie Appienne, connue nous le voyons dans les Actes de sainte Cécile, conduisaient les néophytes au pontife jiour être instruits et recevoir le baptême. Ils «Haicnt les premiers gardiens et les premiers familiers de la maison du pcTpe. Ils furent les introducteurs du jeune éjioux de sainte Cécile ', Valéricn, au[)iès de saint Urbain.
' A I anglo (lo iloux galeries, fii lacod'uii tnmbcau s'onlonraiil por|M>iuli(ul.iir«\monl dans lo Itif, le bon pi're franciscain ino mttnlra iino inscription inari|iiaiit la prétendue place du tombeau de sainte Cécile. M. de liossi a parfaitcmont prouve l'incxActitude de celle inscription, el il a lui-m«^nic découvorl la tombe île la sainte au cimetière de :rainl-Calliste. Cette inscription, gravée sur une plaque de marbre, y fut placée par Guillaume, archevêque de Bourges, en li09. A celle époque lous les autres cimetières de Rome étaient perdus. C'est ce qui explique l'importance que l'on donnait alors à la catacombe de Soint-Sébasiicn.
Me voici dans ces galeries innombrables qui fuient en zigzags de tous côtés. A droite et à gauche sont des tombes superposées , vides maintenant. L'Église a ravi à ces sépulcres leurs dépouilles pour les placer sur de" riches autels, dans de somptueux sanctuaires ; et ceux qui étaient regardés autrefois comme les balayures de ce monde sont devenus les astres de l'Église.
Je regrette cependant qu'on ait entièrement dépouillé ces tombes, et j'imagine aisément l'émotion profonde qui s'emparerait de l'âme en parcourant ces longs souterrains, si leurs hôtes illustres étaient encore là.
Une inscription rappelle que saint Philippe de Néri vint ici, pendant dix ans, presque chaque nuit prier Dieu. C'est sans doute dans ces catatombes qu'il entretenait cette inépuisable charité dont Rome a recueilli les fruits. Il trouvait dans ces oraisons prolongées de telles joies que souvent il demanda à Dieu d'en tempérer la douceur.
« Son cœur était sans doute une urne trop petite pour contenir cet océan , et c'est pourtant de celte urne que mille fleuves sont sortis^»
En quittant ces illustres cimetières, je me rendis au cirque de Romulus, dont on voit les ruines à quelques pas de Saint- Sébastien, en remontant la voie Appienne. Peut-être que plusieurs des glorieux morts dont nous venons de vénérer les tombes ont expiré dans cette arène. Les cirques ne servaient pas seulement aux courses de chars , il y avait aussi des combats comme au Cotisée, et on y organisait des chasses dans lesquelles étaient épuisées toutes les variétés de la lutte des animau:*^ entre eux et avec l'homme.
Nous savons que plusieurs chrétiens subirent le martyre dans ces lieux, où le peuple romain se rendait en foule. Ce peuple vivait de plaisirs, et quinze cirques dans Rome n'étaient pas de trop pour satisfaire sa passion. Quand l'empereur voulait lui être agréable, il donnait des représentations et des fêtes au Cirque. Un Père de l'Église stigmatise en peu de mots ces réjouissances des Romains :
« Infamie du cirque, impudicité du théâtre, cruautés de l'amphithéâtre, atrocité de l'arène, folie des jeux. »
1 Parva salis, nimiumque licet sit pectoris uina , Haec tamen ex urna lUimina mille Huent.
(Maktha Marciiina.)
Ainsi parlait saint Isidore; mais le témoignage de Sénèque, disant que ces jeux étaient une école d'immoralité , semblera moins suspect ^
Les ruines du cirque de Romulus sont assez bien conservées pour donner une idée de ce qu'il était autrefois. Il formait un long parallélogramme séparé au milieu par l'Épine, espèce de petit mur sur lequel étaient placées les statues des dieux et des césars. C'est dans ce cirque qu'était l'obélisque qu'Innocent XI fit transporter sur la place Navone. De chaque côté on voyait de magnifiques portiques, sous lesquels s'étalaient les boutiques des marchands et se trouvaient les lieux de débauche.
En remontant la voie Appienne , nous rencontrons le tombeau de GciBcilia Metella, un des monuments les mieux conservés de l'ancienne Rome. C'est une tour ronde, bâtie avec d'énormes blocs de travertin, dont le diamètre est de quatre-vingt-neuf pieds , et reposant sur un soubassement quadrangulaire. A son sommet, une frise ornée de tètes de bœufs et de guirlandes, d'un bon dessin et d'une bonne exécution, lui a fait donner le nom de Capo di bove. L'intérieur était juste assez large pour recevoir l'urne cinéraire, en beau marbre, transportée depuis dans la cour du palais Farnèse.
Qu'était-ce que cette Cœcilia? L'inscription nous dit qu'elle était fille de Metellus Creticus, et femme du triumvir Crassus. Son tombeau fa illustrée, et à cause de cela son nom vivra longtemps sur la terre. Mais combien j'aime mieux l'humble tombeau de cette autre Cécile, dont le corps reposait à quelques pas d'ici, dans le cimetière de Saint-Calliste ! Son nom était déjà illustre et vénéré dans le monde entier, et sa tombe était encore ign'orée. Sa mort fut aussi le principe de sa gloire ; mais cette mort fut le couronnement glorieux d'une vie plus glorieuse encore, et son nom nous redit ses vertus, son courage et son martyre. Le nom de Caecilia Metella arrive à nous comme une preuve de la vanité païenne, et sa gloire est vide et stérile comme le tombeau qui l'a donnée.
C'était l'usage, dans l'antiquité, d'ensevelir les morts aux approches des villes et sur les routes ; aussi la voie Appienne est-elle riche en ruines de toutes sortes. En rentrant à Rome, et en foulant