‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 36 sur 53 · SAINTE CECILE · texte numérisé non relu

SAINTE CECILE

Le Transtévère. — Mariage de sainte Cécile. — Son martyre. — Sa basilique. — Les Transtévérins.

Le Transtévère comprend toute la partie de Rome située sur la rive droite du Tibre. Il se divise en deux régions : la cité Léonine, qui comprend le Vatican et tout ce qui l'entoure; et le Transtévère proprement dit, situé autour du Janicule.

Ce quartier est le plus pauvre de Rome ; ce qui ne l'empêche pas de posséder plusieurs églises d'une grande richesse et des monuments importants et remarquables par leur magnificence.

Je vous ai déjà parlé de Saint- Pierre-in-Montorio, de Sainte- Marie du Transtévère et du magnifique hospice de Saint- Michel. Aujourd'hui, mon cher ami, je veux vous mener à Sainte -Cécile, ce sanctuaire témoin des vertus, de l'apostolat et de la mort d'une des plus illustres vierges romaines.

La famille de Cécile était illustre dans les annales du peuple romain , et elle comptait parmi ses aïeux la femme de Tarquin l'Ancien.

Pure et candide comme le lis des champs et le premier rayon de l'aurore, Cécile s'éprit de bonne heure pour la beauté sublime et poétique de la morale évangélique. Déjà elle avait promis à Jésus-Christ de le prendre pour époux, lorsque ses parents, encore païens, la fiancèrent à un jeune Romain, d'une noble et opulente famille, nommé Valérien. La jeune fille ne put s'opposer à leur volonté, et, le jour du mariage étant arrivé, elle mit dans la main d'un époux terrestre sa main ornée de l'anneau invisible des épouses du Christ. Pendant le festin nuptial, de joyeuses symphonies égayaient les convives ; mais Cécile entendait au fond de son cœur un concert divin et angélique, et elle faisait à Dieu cette prière : « Seigneur, conservez mon cœur et

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mon corps purs et iinmncuh'.s. » Sous des vèteinerits d'oi- cl de soie, la vierge du Seigneui' portait un rude ciliée

Le repas étant achcv*', Cécile, forliliée par la grAco de hiuu, dit à son époux : « Jeune et tendre ami, j'ai un secret à te confier; mais jure-moi que tu sauras le respecler. »

Valérieu promet tout.

<( Écoule, reprend la vierge, j'ai pour ami un ange de Dieu cpii veille sur moi avec sollicitude. Si lu lespcrlts in.i virgiuilé, il t'aimei'a connue il m'aime.

— Cécile, si lu veux cpic je crnio a ta [larule, lais-nii)i voir cet ange.

— Si tu veux croire au Dieu vivant, unique et véritable, et si lu consens à être régénéré dans les eaux du baptême, Inn œil alors pourra voir l'aniie qui veille à ma garde. »

Valérien, troublé et déjà subjugué par la grâce de Dieu, consent à tout et demande ce qu'il faut faire pour être purifié'. Cécile l'envoie vers l'évèquc Urbain, caché alors dans les catacombes de la voie Appienne. « Va, lui dit-elle, jusqu'à la troisième colonne milliaire. Là tu trouveras des pauvres qui demandent l'aumône , et qui sont l'objet de ma constante sollicitude. Tu leur diras : Cécile m'envoie vers vous, afin que vous me fassiez voir le saint vieillard L'rbain; j'ai un message secret à lui confier. Arrivé en présence du vieillard, tu lui rediras mes paroles; il te purifiera, et à ton retour lu verras l'ange du Seigneur. »

Nous pouvons suivre par la pensée ce jeune Homain à travers la voie Appicnne, et péné'trer avec lui dans ces obscurs souterrains que je vous ai déjà fait parcourir. N'aK'rien raconte au pontife l'entretien de la chambre nuptiale, (jui pouvait seul lui expliquer sa présence. Le saint vieillard pleure de joie, il tombe à genoux, et rend grâces au Ciel. Il instruisit le jeune néophyte des principaux mystères de la foi, et, la grâce de Dieu lui facilitant cette tache, il lui donna le baptême.

A son retour, Valérien trouva Cécile en prière, et l'ange du Seigneur se tenait à ses cOtés. Il s'agenouille: l'ange, tenant à la main deux couronnes de roses et de lis apport<*es du jardin céleste, les plaida sur leurs têtes, et l(tute la maison fut remplie du parfum qui s'en exhala.

Je ne puis, mon cher ami, \mu> redire toute» le.-> e.in\er>ions opérées par cette glorieuse vierge, devenue un véritable apAire.

C'est Tiburce, le frère de Valérien, qu'elle instruit et gagne à Jésus-Christ ; c'est Maxime, le greffier du juge Amachius \ avec toute sa famille, qui embrassent la religion chrétienne, et sont baptisés par le prêtre que Cécile amena. Son époux et son frère sont arrêtés et condamnés à mort comme chrétiens. Elle-même est bientôt conduite devant le tribunal d'Amachius, qui, ne pouvant ni vaincre sa constance ni ébranler sa foi , la condamne à être étouffée dans la salle de ses bains appelée sudatorium ^

Cécile était donc reconduite dans son palais : par ordre du préfet, on élève le foyer du calorifère à un si haut degré de chaleur que la sainte devait être étouffée dans l'espace de quelques heures. Mais Amachius comptait sans Celui qui soutient les martyrs. Le lendemain on pénètre dans la salle des bains, et Cécile apparaît pleine de vie et chantant les louanges du Seigneur.

Amachius ordonne de la décapiter. Trois fois le bourreau la frappe ; trois fois la hache est impuissante : Cécile est toujours vivante.

La loi défendait d'achever la victime que le bourreau avait manquée trois fois. Elle est donc abandonnée, et pendant trois jours, à moitié décapitée, étendue sur les dalles de sa salle de bains, elle continue son apostolat.

Les chrétiens et les païens viennent la voir en grand nombre; elle convertit les uns, édifie et console les autres. Quand l'affluence eut un peu diminué, l'évêque Urbain vint la visiter: elle lui confie ses pauvres, lui donne tous ses biens, lui demande de changer sa demeure en église ; elle reçoit la dernière bénédiction du pontife, et part pour le ciel ^.

Urbain voulut présider aux funérailles de l'illustre vierge, et il ordonna que son corps fût déposé au cimetière de Saint-Calliste. Sa demeure fut érigée en église, et le pape saint Paschal , au ix^ siècle, fit reconstruire l'ancienne basilique, dont les murs

1 Nous établissons Torlhogi-aphe de ce nom d'après M. de Rossi.

- On appelait ainsi la salle oii Ton prenait des bains de vapeur.

3 M. de Rossi place le martyre de sainte Cécile au u» siècle, sous les empereurs Marc- Aurèle et Commode. Les preuves qu'il apporte à l'appui de son assertion nous paraissent très péremptoires. (Voir le tome II de Roma sotleranea , pp. 154, 15o.) Le pontife Urbain, dont il est question dans les Actes de la sainte, ne serait point le pape Urbain If, mais un autre saint de ce nom, vivant au ii» siècle. II est certain qu'au V» siècle deux saints du nom d'Urbain étaient vénérés sur la voie Appienne : le corps de l'un reposait dans le cimetière de Prétextât, et l'autre était déposé au cimetière de Saint-Calliste. (Voir Roma solteranea.)

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menaçaient de tomber en ruine. Ce jjape eut surtout à cœur de découvrir le corps de la glorieuse martyre, dont on ignorait le lieu de la sépulture. Déjà il avait fait fouiller le cimetière de Saint- Calliste sans pouvoir le découvrir, et il avait perdu l'espoir de le retrouver, lorsque la sainte vint elle-même aider ses recherches. Il nous raconte qu'un dimanche matin il assistait à roflîce divin, dans la basilique de Saint-Pierre, près de la Confession. Pendant que les clercs chantaient, il tomba dans un assoupissement occasionné par de longues veilles. Déjà ses oreilles et ses pensées n'étaient plus attentives au chant sacré, lorsqu'une vierge richement parée lui apparaît soudain, et lui adresse ces paroles :

« Nous avons des actions de grâces à te rendre. Tu as abandonné bien légèrement les recherches qui tu faisais pour me retrouver : il y eut cependant un moment où tu t'es rencontré si près de moi que nous aurions pu discourir.

— Mais, reprit le pontife, qui es-tu donc pour me parler avec tant de hardiesse?

— Je suis Cécile, dit la vierge, la servante du Christ. »

Le saint pontife l'interrogea alors sur le lieu de sa sépulture, et, selon les indications de la sainte, il descendit de nouveau dans les catacombes, et il eut le bonheur de découvrir son corps. Paschal le fit transporter dans la basilique, qu'il venait de faire restaurer, et il y réunit ainsi les corps glorieux de Cécile, de Valérien, de Tiburce et de Maxime. Il ne voulut pas séparer de sa glorieuse conquête saint Urbain, et il ordonna que son corps, qu'il avait fait déposer à Sainte- Praxède, reposerait désormais dans la basilique de Sainte-Cécile.

Vers la fin du xvi" siècle, le cardinal Sfondrate, du titre de Sainte-Cécile, entreprit une restauration générale de la basilique. Il ne changea rien au caractère de l'édifice; mais il voulut l'orner avec une splendeur qui fût digne de la gloire de Cécile et de sa dévotion pour elle. Avant tout, il voulut trouver le corps de la sainte, et il fit percer l'épais mur sur lequel reposait l'autel. Ses recherches furent couronnées de succès, et il éprouva une grande joie en voyant cette illustre vierge dans la même atlilude qu'elle avait en mourant. Revêtue encore de sa robe brochée d'or, elle était étendue sur le côté droit, les bras aiïaissés en avant du corps; le cou portait encore les traces du glaive qui l'avait frappé,

et la tête, par une inflexion mystérieuse et touchante, était retournée vers le fond du cercueil.

Cette attitude a été religieusement conservée dans la gracieuse statue de marbre, placée sous Tautel , qu'Etienne Madernc exécuta par ordre du cardinal Sfondrate. Le pape Clément VIII ordonna de déposer le corps de la sainte dans une châsse d'argent, qui fut enfermée dans un sépulcre en marbre blanc.

Le corps de Cécile repose toujours sous le maître- autel : le pèlerin descend avec joie dans la petite crypte où il est déposé, ainsi que ceux de Valérien , de Tiburce , de Maxime et de Tévêque Urbain.

Le cardinal Sfondrate fit aussi restaurer la salle de bains; il fit faire des fouilles sous le pavé, et l'on découvrit encore une des chaudières, avec les restes des tuyaux de plomb par lesquels la vapeur montait dans le sudatorium.

Je me suis prosterné avec émotion dans ce petit oratoire , théâtre du combat de Cécile ; j'ai vu, sous une grille en fer, cette chaudière épargnée par le temps, et j'ai touché le tuyau de plomb et ceux en terre cuite qui conduisaient la vapeur dans la salle du bain.

La basilique de Sainte-Cécile est une de celles qu'on visite toujours avec bonheur : il s'exhale de ses murs je ne sais quel paifum de pureté et de courage qui fait croire que les paroles de range se sont réalisées, lorsque, déposant des couronnes de lis et de roses sur la tête des jeunes époux, il leur dit: « Ces fleurs ne se faneront jamais , leur parfum sera toujours pur. »

En sortant de la basilique, je vous engage à jeler les yeux sur un magnifique vase de marbre placé dans la cour, à gauche, appelé Canthari, et qui servit, dit- on, de fontaine pour les ablutions des premiers fidèles.

Pendant que nous sommes dans le Transtévère, n'oublions pas, mon cher ami, d'observer un peu les habitants de ce quartier : c'est un type à part. Ils sont plus viiroureux et plus énergiques que les Romains de l'autre rive du Tibre, et ils passent généralement pour avoir la tète chaude et la main prompte. Le Transtévérin se fait gloire d'être issu du vieux sang romain, et m'ême troyen ; et un sénateur du temps de Calon n'eût pas dit avec plus d'orgueil et de fiei'té qu'un Transtévérin : Civis Romanus sum , je suis citoyen romain.

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Ce peuple est bun cepeudanL, eL très dévoue au saint- père : ce sont eux qui en 1849 ouvrirent le passage à l'armée française.

Un jour, le bruit se répand dans le Transtévère que Pic iX est malade. Grand émoi dans tout le quartier : vite une députation est nommée, et envoyée au Quiriual pour avoir dos nouvelles du pape.

Ils arrivent et demandent à voir Pie IX. Ce n'était pas jour d'audience, on refusa de les recevoir. Ce refus les excite davantage : c'est, disent- ils, une preuve incontestable que le pape est très malade, et qu'on veut nous cacher la vérité. « Nous voulons voir le pape, s'écrient-ils : nous sommes députés du Transtévère; il est malade, on nous le cache, nous voulons le voir: dites-lui que nous attendons... »

Pie IX, informé de ce qui se passe, ordonne de les introduire.

« Eh bien! mes enfants, leur dit-il, ({u'y a-t-il donc? Que désirez-vous? — Rien, saint-père; nous voulions seulement vous voir. Le bruit court dans le Transtévère que vous êtes malade , et nous sommes venus nous assurer si cela est vrai. »

Le pape les remercia en souriant, et les tranquillisa sur son état.

« Vous direz partout que je me porte très bien, et que vous m'avez trouvé travaillant. »

Puis il leur donna sa bénédiction.

« Santo Padre, que Votre Sainteté sache bien que si jamais elle a besoin de nous, nous sommes là. »

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