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LES PALAIS DE ROME

Le Quirinal. — La fontaine de Trevi. — Palais Borghèse. — Palais Farnèse. — Les villas Panfili et Borghèse.

Mon cher ami ,

En sortant de la délicieuse église Saint-André, je suis entré dans le palais d'été des souverains pontifes. Construit en 1574 par Grégoire XIII, au sommet du mont Quirinal, il prit le nom de cette colline, et il offrit aux papes une habitation plus saine que le palais du Vatican.

Le mont Quirinal est appelé aujourd'hui Monte CavaUo, à cause du groupe qui entoure le magnifique obélisque élevé par Sixte V au milieu de la belle place qui précède le palais. Ce groupe représente deux chevaux conduits par deux jeunes gens, et, s'il fallait en croire l'inscription, ces chevaux seraient l'œuvre de Phidias et de Praxitèle. 11 est généralement admis qu'ils sont d'un ciseau moins habile, et qu'ils servaient probablement d'ornement aux thermes de Constantin construits dans les environs. Pie VII fit placer au bas de l'obélisque un magnifique bassin de granit oriental , pour recevoir les eaux d'une belle et limpide fontaine. On jouit, de ce lieu élevé, d'une imposante perspective.

Les jardins du Quirinal sont bien entretenus, mais n'offrent rien de remarquable. Dans une grotte ornée de statues, une grande fontaine fait entendre des sons harmonieux produits par le jeu des eaux. Pendant que nous étions attentifs à cette musique d'un nouveau genre, de petits filets d'eau jaillissant de terre et des côtés de ce rocher factice vinrent nous rafraîchir d'une manièi^e inattendue. Ce fut un sauve qui peut général. Cette surprise, une des grandes jouissances des Itidiens, nous

(li\('ilit. t'I iKtiis l'imos crasse/. Ixmiie lm-Acc do cotte plaisanterie, (|iit' le soloil. en iKHis séchant, inms lit vite oublier.

Le palais du (Juirinal est simple et modeste; les salles sont irrandes, ornées de peintures et de tableaux.

C'est dans ce palais qu'habitait Pie IX lorsque la révolution le força de (juitter Home, le 24 novembre 1848. Abandonné de son peuple, qui, la veille encore, lui exprimait son amour par des élans enthousiastes (|ui réjouissaient tous les cœui's catholi(iues, entouré de quelques serviteurs demeurés fidèles, Pie IX venait d'apprendre l'assassinat de son fidèle ministre, le comte l'ossi. La plupart des cardinaux, menacés par la tourmente, avaient fui ou s'étaient cachés ; chaque jour l'émeute devenait plus redoutable et plus terrible. Les ambassadeurs des puissances catholiques entouraient le pontife et le pressaient de fuir. Pie IX hésitait toujours, lorsqu'il reçut une lettre et un présent de Tévèque de Valence qui le décidèrent. C'était la pyxide dans laquelle Pie VI, lui aussi fugitif, avait emporté sur son cœur la divine Lucharistie. Pie IX vit dans ce don, arrivant à cette heure, un avertissement du ciel, et, de concert avec l'ambassadeur de France, le duc d'Harcourt, et le comte de Spaur, ambassadeur de Bavière, il partit pour Gaëte. Nous avons visité la chambre où Pie IX passa les dernières heures, et revêtit une soutane noii-e pour se dérober plus aisément aux poursuites des ennemis de l'ordre et de la religion.

En sortant du Quirinal, nous avons fait visite à M?"" Sacriste l)0ur obtenir de lui (luehjues parcelles des reliques dont il est le gardien. Nous fûmes assez heureux pour èlre exaucé. Nous avons jeté un regard sur les petites cellules qui servent dhabilalions aux cardinaux pendant les conclaves.

I"ii sortant du Quirinal, je descendis par la cia drlla Uahnin poui- rejoindre le Corso, et je passai devant la célèbre fontaine de Trevi, dont la source e-t à huit milles de Home. Llle fut découverte sous le règne de l'empereur Auguste par une jeune fille, d'où lui est venu le nom û'Acqua-Venfinc : elle est amenée à i^ome par des conduits souterrains. L'eau sort en abondance d'un amas de rochers, et se répand dans un vaste bassin de marbre. Au milieu, la statue de l'Océan, debout sur un chai*, est traînée par des chevaux marins que deux tritons conduisent. Pans les niches latérales sont les statues de TAbondance et de la Salubrité.

Aucune ville ne possède de plus belles et de plus nombreuses fontaines que Rome, et elles fournissent toujours une eau pure, limpide et fraîche. Les anciens Romains avaient construit de nombreux et gigantesques aqueducs pour amener dans leur ville l'eau pure des montagnes ; les papes n'ont point rompu ces traditions : quand la chose était possible , ils ont réparé les travaux des anciens, et ils ne reculent point devant les dépenses exigées pour la création de nouvelles fontaines. L'eau arrive toujours abondante : tantôt elle jaillit en cascades dans d'immenses bassins ; tantôt elle coule doucement des flancs d'un rocher, au milieu de tout un peuple de statues et de monstres marins. J'aimais à voir toutes ces fontaines, sous ce climat brûlant, offrir au voyageur la fraîcheur et le bienfait de leurs eaux , image de la grâce , qui coule sans cesse et invite à se désaltérer. Où la grâce coule-t-elle plus abondamment, et où peut-on la trouver plus facilement qu'à Rome, la ville des saints?

Visitons maintenant quelques-uns des nombreux palais de Rome. Plusieurs ont été bâtis par les familles des papes. Le palais Borghèse est un des plus riches et des plus beaux. On l'appelle à Rome Cembalo Borghèse, à cause de sa forme semblable à celle d'un piano à queue. La cour d'entrée, ornée de belles statues, de colonnes et de fontaines, présente un aspect princier.

La noblesse romaine met sa gloire à collectionner les tableaux des maîtres : il n'est guère de palais à Rome qui ne possèdent quelques peintures remarquables; mais les possesseurs ne jouissent point seuls de leurs richesses, et ils sont heureux d'admettre les visiteurs à partager leur admiration. Le musée du palais Borghèse est riche, et vous pourrez y voir la Fornarina de Raphaël, les Quatre Saisons de l'Albane, de splendides Rubens, quelques portraits par Titien et Jules Romain , et la Chasse de Diane j, par le Dominiquin.

Le palais Barberini, près des Capucins de la Conception, construit en partie des pierres du Colisée, possède une riche bibliothèque et d'admirables fresques de Pierre de Cortone, auxquelles on pourrait repi'ocher un mélange trop prononce des souvenirs mythologiques avec les grands souvenirs de la foi chrétienne.

Le palais Farnèse est l'œuvre de Michel-Ange. Une cour magnifique et carrée, avec trois étages de colonnes superposées, une grande salle ornée de fresques* monumentales d'Annibal Carrache,

qui sont son chef-d'œuvre, en font le plus beau de tous les palais de Rome. On y admirait autrefois de précieux tableaux et de belles statues; mais les rois de Naples, héritiers des Farnèse, en ont enrichi le musée de leur capitale. 11 est aujourd'hui la demeure de François II , cet infortuné monarque trahi par la fortune, par ses amis, par sa famille.

Le palais Farnesina, de l'autre côté du Tibre et à l'autre extrémité de Rome, possède de belles fresques de Raphaël représentant les épisodes de la fable de Psyché et le triomphe de Galalhée. Le palais Gorsino offre aux amateurs une riche collection de tableaux.

Outre ces palais, un grand nombre de villas appartenant à ces mêmes princes deviennent des lieux de promenade ouverts à tout le monde. A ses jours et à ses heures, la villa Doria Panfili et la villa Borghèse, demeures dignes des rois, sont liltéralement envahies par la multitude. Il faut dire, d'ailleurs, que rien n'est plus agréable que ces immenses parcs et jardins, avec leurs nombreuses allées, leurs bois épais, leurs ruisseaux, leurs lacs, et, au milieu de toutes ces richesses d'une nature riche et féconde, des statues, des portiques et des ruines d'une beauté remarquable. La demeure elle-même est souvent un riche musée, comme celui de la villa. Borghèse , où vous trouverez une collection de marbres, de mosaïques, de statues antiques ou modernes, romaines, grecques, égyptiennes, des peintures et des fresques ; et tout cela en si grande quantité , et tellement beau, que vous serez surpris d'admiration. Il y a cinquante ans à peine que ce musée est commencé. La famille Borghèse possédait, avant cette époque, un des plus riches musées de Rome'; mais, sur les désirs de son impérial beau-frère. Napoléon I"'', le prince Camille Borghèse le lui avait cédé pour la somme de huit millions.

J'admire assurément toutes ces richesses et toutes ces splendeurs ; mais je trouve encore plus admirable la noble et royale générosité des hôtes de ces illustres demeures, qui les ouvrent à tous et ne gardent point, comme on le fait ailleurs, avec un soin jaloux et égoïste les trésors de leurs musées et les beautés de leurs agréables et joyeuses villas.

Ce ne sont pas les seuls bienfaits qui distinguent la noblesse romaine : combien d'églises, de chapelles, ont éprouvé les effets

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de leur L;éncroisilé eL de leui' amour de lail ! Les |)auvies les enliiurenl de veiiéralion et d'amour; s'ils liouveiil un asile pour leui' vieillesse, un secoui's ilans leurs maladies, une école pour leurs enfants, c'est à la noblesse romaine restée (idèle et chrétienne qu'ils le doivent. LUe est toujours la première à répondre à la voix du pontife, et plusieurs de ses membres se sont chargés seuls des frais de fondations charitables et importantes. Si la cour se régit d'ordinaire d'après le roi, on peut voir que les princes de Home rellètent heureusement les nobles, les généreuses et les paternelles qualités du grand pontife qui est leui- roi et le père de tous les fidèles.

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