PAR LE SOUVERAIN PONTIFE
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Tous les dimanches il y a à Saint-Louis la messe militaire, et nos braves soldats sont l'objet dt» la sollicitude de bons et excellents ecclésiastiques français, parmi lesquels le nom de M«' Bas-
' Cfi tilro donne le privilège de faire la doniando du j^nilinni dan> 1*^> runpistoires, pour les archevêques français et absents de Home.
* Louis Veuillot.
3 Nous y avons remarqué la tombe du rai-dinal Babou do la hourdaisiôre, ! ourangeau, mort à Home, ambassadeur de la Franoe, le 26 janvier 1570.
tide brille au premier rang. Nos soldats aiment Rome, et j'ai remarqué avec quel respect et quelle joie ils saluent les prêtres français, que leur rabat rend facilement reconnaissables.
Us sont casernes pour la plupart dans les couvents, et ils font généralement bon ménage avec les moines, un peu étonnés, il est vrai , d'un pareil voisinage , que , d'ailleurs , ils subissent avec une grâce parfaite.
J'aimais tout particulièrement la vue de cet uniforme français à Rome, et mon voisinage de la caserne du fort Saint-Ange me procura de douces illusions : le son de la trompette, le battement du tambour, les joyeuses et bruyantes fanfares de la retraite me parlaient de la patrie absente.
Nos soldats aiment beaucoup la personne du saint-père, qui, d'ailleurs, les paye d'un bien généreux retour. Vous avez lu, dans les feuilles publiques , mille anecdotes touchantes sur les naïves et affectueuses hardiesses du troupier français vis-à-vis de Pie IX, et vous avez senti plus d'une fois votre paupière se mouiller à ces récits , où la tendresse paternelle du pontife éclate en traits si charmants et si spirituels.
La foi se réveille quelquefois avec ardeur chez ces nobles jeunes gens, dont le cœur est souvent meilleur que les apparences. Il en est quelques-uns qui ont passé de la caserne au couvent, on pourrait dire sans transition, et j'ai vu plusieurs fois un jeune officier français qui avait quitté l'épéc pour la soutane , et qui , après avoir fait ses études théologiques au séminaire français, est aujourd'hui un prêtre fervent et distingué.
Revenons à la visite de nos églises et chapelles nationales. Après Saint-Louis-des-Français, les autres établissements nationaux n'offrent qu'un intérêt très secondaire. Cependant vous verrez avec plaisir la jolie petite église Saint- Nicolas-des-Lorrains , la petite rotonde de Saint-Claude-des-Rourguignons , avec les statues de saint André et de saint Claude qui décorent la façade. Saint- Yves-des-B retons, avec ses piliers de granit gris, ressemble assez à une modeste église de Bretagne, et l'hermine de Bretagne, qui alterne avec le lis de France dans les décorations de la voûte, achève l'illusion.
Arrêtons -nous quelques instants à Saint- Denis -du- Quirinal. C'était l'ancienne église des Trinitaires français. Elle a la forme d'une croix grecque surmontée d'une élégante coupole. L'autel
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principal, dédié à saint Denis, rapùlic des (jaules, csL en jjoau marbre, surmonté d'une riche couronne de marbre blanc et rouge, reposant sur quatre coloimes également' en marbie. De belles fresques, reproduisant plusieurs traits de la vie de saint Félix de Valois et de saint Jean de Matha, déc(jrcnt le sanctuaire.
L'autel de la sainte Vierge possède une madone miraculeuse, et très vénérée à Home sous le titre de Notre-Dame-du-Demède.
Cette église et le couvent ont été cédés en 1834 aux religieuses de Notre-Dame, à la condition qu'il y aurait toujours un certain nombre de religieuses françaises.
Cet ordre religieux , dont le but est l'éducation de la jeunesse, fut fondé par une illustre veuve, la vénérable de Lestonnac, marquise de Montferrand, dont le sacrifice et la piété rappellent sainte Jeanne de Chantai, qui n'hésita point à passer sur le corps de son fils pour suivre la voix de Dieu.
La marquise de Montl'crrand s'arracha à l'aflection d'un fils et d'une fille tendrement aimés pour entrer au couvent.
Bordeaux est l'heureuse ville qui vit naître cette nouvelle famille religieuse, destinée, selon la parole de Paul V, à rendre aux jeunes filles les pieux services que les pères jésuiles rendent aux hommes dans toute la chrétienté.
La bulle d'approbation est datée du 1(> mai IG07. Ce fut une Française, M'"" Duterrail, bien connue dans le Midi, et lestauratrice de l'ordre en France, qui fut aussi la première supérieure de la maison de Home.
Le dévouement et le zèle de ces dames sont appréciés à Hume, comme ils le sont dans le midi de la France, où elles ont de nombieuses maisons. Les souverains pontifes les encouragent de leurs visites et de leur bienveillance.
La première fois que Grégoire XVI visita le couvent, la religieuse chargée de la cuisine, aussi sainte que naïve, se plaignit au pontife de l'obscurité de sa cuisine :
<( H»egardcz, Saint-Hère, je n'y vois rien.
— Ma fille, répondit le doux pontife, montons au ciel, et nous y verrons clair. »
La France compte encore à Home d'autres religieuses IVanc^aises, ce sont les dames du Sacré-Co3ur. Files j^ossèdent deux maisons. Elles ont leur noviciat et une école gratuite dans la Lungara, avec
une charmante petite chapelle gothique; mais leur maison principale est à la Trinité-des-Monts. Cette église et le couvent appartenaient aussi à la France , qui y entretenait les dignes fils de saint François de Paule, à qui l'Italie a donné le jour, mais dont la Touraine est devenue comme la seconde et plus glorieuse patrie.
Cette église fut construite par Charles VIII du vivant même de saint François de Paule, qui avait décidé, de concert avec le roi de France, que ce couvent serait toujours habité par des religieux français: ce qui eut lieu jusqu'en 1816.
Louis XVIII fit restaurer l'église, et, sous le règne de Léon XII, la France donna le couvent aux dames du Sacré-Cœur, à la condition qu'il serait toujours occupé par des religieuses françaises.
Gravissons le bel escalier de marbre qui de la place d'Espagne conduit à l'église de la Trinité-des-Monts, et pénétrons dans ce sanctuaire qui nous parlera de la France.
Daniel de Volterre avait peint dans cette église de nombreuses fresques que le temps a détruites. Heureusement sa célèbre Descente de croix, que Michel-Ange mettait au nombre des quatre plus beaux tableaux de Rome, a pu être conservée en la détachant du mur pour la transporter sur une toile , et vous pourrez l'admirer à la Trinité-des-Monts.
Une madone miraculeuse , connue sons le nom de Mater admirabilis, attire beaucoup de fidèles à ce couvent.
En sortant de l'église de la Trinité-des-Monts, vous pouvez, mon cher ami, parcourir la charmante et belle promenade du Monte-Pincio : vous y jouirez d'une belle vue de Rome. La ville entière se déroule à vos pieds avec ses dômes, ses palais, ses obélisques, ses collines, et au loin un horizon immense borné par les montagnes de la Sabine, de vastes plaines traversées parles eaux du Tibre, qui serpente à travers la campagne immense et silencieuse.
Cette belle promenade du Pincio, fréquentée chaque soir par une foule nombreuse appartenant à toutes les classes de la société, fut tracée, et en grande partie exécutée par les Français du premier empire. L'armée de la république avait pillé, saccagé et dépouillé Rome d'une grande partie de ses trésors ; l'empire y a laissé des traces de son passage plus intelligentes et plus glorieuses, pour les arts du moins.
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Ce sont les Français qui ont déblayé le Forum romanum, le Forum de Trajan, les bains de Titus et le Colisée. Ils ont réparé le Panthéon, Saint-Paul-hors-les-Murs, Sainte-Agnès, refait une grande partie des combles de Saint-Pierre, et mis des paratonnerres sur le dôme de Michel-Ange. Assurément ces travaux méritent des éloges; mais il sera toujours permis à des catholiques de regretter Tabsence du pape dans cette ville, dont il était le père et le roi, et les embellissements procurés à sa capitale ne font jamais oublier les humiliations et les tortures de Fontainebleau.
Mais non, jetons un voile sur ces souvenirs : ce n'était point le cœur de la France qui avait lié les chaînes dans lesquelles on tenait la papauté captive...
Avant de quitter le Pincio , je vous engage à visiter l'Académie de France, où nos jeunes artistes viennent développer et perfectionner leur talent.
Dans les environs, les frères des Écoles chrétiennes ont un pensionnat de jeunes français.
Les bons frères du vénérable de la Salle ont plusieurs écoles à Rome, et il y en a deux qui sont sous la direction des religieux français. Ils se dévouent à la France loin de la France, et ils ne séparent point dans leur amour l'Église et- la patrie.
L'église Sainte-Marie- des- Monts, située dans le voisinage de Saint-Pierre-ès-Liens, quoique n'appartenant point à la France, appelle notre visite. C'est dans cette église que repose le corps de saint Benoît-Joseph Labre, en face d'un autel consacré à saint Vincent de Paul. Admirable et touchant rapprochement qui réunit dans le même sanctuaire le pauvre volontaire de Jésus-Christ et l'ami et le père des 'pauvres.
Saint Benoît- Joseph Labre naquit à Amettes , dans le diocèse d'Arras, et Dieu l'appela de bonne heure à la pratique de la pauvreté absolue. Il attendait de la Providence sa nouriture de chaque jour.
Jamais il ne mendia pour lui : souvent on le vit faire l'aumône, et Dieu multipliait dans ses mains le pain et les légumes qu'il donnait à ses frères.
Il passait son temps dans la prière; l'église Sainte-Marie-des- Monts était son sanctuaire privilégié, et l'on montre avec respect la colonne près de laquelle il s'agenouillait.
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Le monde rit volontiers de la pauvroti'* et de la misère du bienheureux, parce (|iril ne comprend rien aux grandeurs et aux attraits de la trràce divine. Mais, à travei's toutes les déchirures de ses vêtements, la lumière de la grâce, je dirais pn-scpie de la gloire, ruisselait de toutes parts.
« Voyez donc ce pauvre, s'écriait un jour une. l'emnie; eoiiiuic il est bon ! comme il est beau ! »
Et un artiste tranchais, qui rêvait d'exprimer sur la toile la figure de Jésus-Christ humilié, cheminait dans les rues de Rome, tout absorbé par son sujet, lorsque tout à coup le visage d'un pauvre mendiant lui apparut comme l'idéal de son lêve. C'était Henoît Labre.
Quand il mourut, on raconte que les enfants du ((uartier parcouraient la ville en criant : « Le saint est mort! »
Le peuple de Rome a conservé une grande dévotion pour le pauvre de Jésus-Christ, et son autel est souvent entouré de solliciteurs.
Un riche Romain lui a laissé sa maison en héritage. Vous pourrez y vénérer les haillons, le modeste grabat, l'écuelle et le bréviaire du bienheureux. Dépouilles précieuses et sacrées, que ne valent pas les richesses de la terre !
Une autre église, qu'un Français et surtout un Tourangeau ne peuvent pas passer sous silence, c'est Saint-Martin-des-Monts. Le glorieux thaumaturge des Gaules, l'illustre et saint évèque de Tours, honoré partout où le Christ a des autels, devait avoir à Rxtme son sanctuaire.
11 me fut particulièrement doux de prier saint Martin dans celte église, consacrée en son honncui-. depuis l'année 8o0, par le pape Sergius 11. Des marbres, des dorures, un riche pavé et d'immortelles fresques du Poussin, représentant plusieurs traits de la vie ilu proj)hète Elle, O'Ut de Saint-. Martin une des plus belles et des plus gi'acicuses églises de la ville.
Sous cette église, un anti([ue et M'iiérable sanctuaire nous ramène aux premiers jours du christianisme. 11 est consacré au pape saint Sylvestre, et il fut seulement découvert en UJOO. C'est dans cette enceinte ([ue fut condamnée rin-résii; d'Arius, et que les actes du concile de Nicée furent confirmés par le pape saint Sylvestre en présence de Constantin, de sainte Hélène et de Calpurnius Pison, préfet de Rome. C'o>t entouré de deux cent vinirt-
quatre évêques que le pape conlessa la divinité de Jésus-Christ, et ici, à côté de cette chaire d'où le pontife condamna Arius, le symbole de Nicée s'échappe naturellement des lèvres catholiques, et le cœur redit avec saint Pierre : « Tu es Christus, Films Dei vivi. Vous êtes vraiment le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Qu'il est bon de faire cette profession de foi dans ce lieu oîi furent condamnées, il y a quinze siècles, les erreurs qui, en se rajeunissant de nos jours, n'ébranleront pas plus qu'alors le trône divin élevé à Jésus-Christ par l'amour et la foi des siècles!
Le séminaire français, situé sur la place Sainte- Claire, est dirigé par les prêtres du Saint-Esprit et du Saint-Coeur de Marie, et l'on y reçoit tous les ecclésiastiques français qui viennent à Rome, du consentement de leurs évêques, pour y faire leurs études théologiques. Les élèves suivent les cours du collège Romain.
Les prêtres de Sainte-Croix, congrégation fondée par M. l'abbé Moreau, du Mans, ont un établissement à Sainte-Brigitte.
Saint Vincent de Paul vint à Rome en 1608, et il « s'estimait si heureux de marcher sur la terre où tant de grands saints avaient marché, que cette consolation l'avait attendri jusqu'aux larmes. »
Les prêtres de la Mission, ses enfants, possèdent depuis 1642 une maison près de Monte-Citorio, et une église, la Sainte-ïrinité-de-la-Mission , décorée de belles peintures représentant différents traits de la vie de saint Vincent de Paul.
L'apparition des filles de la Charité à Rome fut une véritable révolution dans les idées et les habitudes de cette ville. Si l'on rencontre presque à chaque pas des religieux dans les rues de Rome, on ne voit jamais de religieuses : on ne conçoit pas à Rome un autre genre de vie religieuse pour les femmes que le cloître, et l'apparition des sœurs de Charité fut presque un scandale. Mais l'opinion publique ne tarda pas à revenir de ses appréhensions, et à Rome, comme partout, les filles de saint Vincent de Paul sont entourées de respect et d'amour. Vie de sublime dévouement pour laquelle la femme française semble mieux organisée que celle des autres nations. Pie Vil disait qu'elle possédait seule l'adresse, la confiance, la résolution, le commandement doux, la piété sévère, indispensable à un tel état. Pie IX est le premier qui les ait introduites dans les États
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poiililicaux, lorsiiu'il les ajipelu à riiùpil.il (riiiin|;i, dont il (.•lait alors évéquc.
Ainsi vous le voyez, nutii cher ami, la France est véritablement à Home, el il y a entre la mère et la lille des liens si intimes, une communauté de sentiments si profonde, (jue rien ne pourra les séparer.
La France tient à TEglise par le i'und de ses entraill<.>s, et le pape aime la F'rance comme son enfant le plus dévoué et le plus affectueux. « C'est le plus beau diamant de ma tiare, » disait un jour Pie \I. C'est notre mission, à nous, Français, de protéger et de soutenir le trône des papes, et la France ne s'écarte de celle mission que dans les jours où l'utopie et l'erreur la lancent en dehors de sa voie; mais, quand elle revient à elle-même, l'Eglise retrouve toujours cette fille généreuse qui donne son or et son sang pour défendre sa mère.
L'amour de l'Église a plané sur le berceau de la France : nos rois les plus grands et les plus illustres dans l'histoire sont ceux qui ont le plus el le mieux honoi'é le pape ; et tant que la France sera la tille aînée de l'Église, désireuse d'étendre la gloire et Tempire de sa mère, elle sera grande et bénie de Dieu et des hommes!