‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 47 sur 53 · AUDIENCE DU SAINT-PERE · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU SAINT-PERE

Mon cher ami,

Je vous ai promis de revenir avec vous au Vatican, et l'heure est venue d'y retourner. Hier soir, en rentrant dans ma chambre, j'ai trouvé une lettre d'audience qui m'invite à me présenter demain, 2 juillet, devant le saint-père, à huit heures du soir.

Les braves gens qui me logeaient avaient accordé à cette bienheureuse lettre les honneurs d'un trône, qu'ils lui avaient élevé avec les livres et autres objets qui se trouvaient sur ma table. Ils avaient bien pressenti mon bonheur! Ce soir-là, je fus longtemps à m'endormir; je ne pouvais détacher mon cœur et mon esprit du grand honneur que m'apporterait le lendemain : j'allais voir et entendre Pie IX!

Dès le matin, à mon réveil, ma résolution fut vite prise; je me rendis à la basilique Vaticane, afin de célébrer la messe dans la Confession même de Saint- Pierre, sur les corps des bienheureux apôtres.

N'était-il pas naturel d'aller voir Pierre, mort il y a deux mille ans, de lui parler, de ic remercier, de lui rendre mes hommages avant de visiter Pierre vivant dans Pie IX? Quels sentiments envahissent l'âme en présence de cette tombe creusée là depuis bientôt vingt siècles! Comme la foi grandit et s'élève en voyant la poussière de cet homme à qui il a été dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, » et quand de ce tombeau le regard se lève'vers ce palais où Pierre règne encore, où il commande, où il prie, où il aime, et devant lequel aussi les générations s'inclinent en demandant l'amour et la vérité!

La petite chapelle de la Confession de Saint-Pierre a la forme d'une croix renversée, pour rappeler le martyre du saint apôtre. Les murs sont enrichis de marbres brillants , de bronzes , de dorures. De riches bas-reliefs dorés redisent les principaux traits de

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la vie de saint Pierre et de saint Paul. « Tous ces souvenirs, qui sont encore rendus plus vifs par la présence de deux portraits des deux apôtres, extrêmement anciens, à demi effacés, semblent répandre sur le jeune éclat des marbres modernes une teinte de piété anti(|ue (jui est comme Tombre des siècles écoulés '. »

Dans cette mystérieuse catacombe enrichie par la foi et l'amour des siècles, l'éclat de l'or et des lumières, le recueillement profond de ce sanctuaire souterrain, tout, en un mot, fait oublier la terre, et un instant je pus me croire dans une région céleste où le cœur et la pensée n'ont plus rien d'humain et de terrestre. Cette parole de Jésus- Christ à saint Pierre retentissait à mes oreilles : « Pierre, m'aimez-vous, m'aimez-vous plus que ceux-ci? » J'aurais voulu répondre avec la même confiance que l'apùtre : « Seigneur, vous connaissez tout, vous savez que je vous aime. » Dieu , du moins , a entendu les désirs de mon cœur, et ma prière lui est arrivée par la bouche de saint Pierre.

J'ai voulu conserver ces bonnes impressions tout le jour, et je m'abstins de visiter aucun monument et aucune église ; ma journée était assez remplie par le souvenir de la visile du malin et par l'espérance de celle du soir. Je m'occupais à comprendre le sens et la grandeur de certaines parties du cérémonial obligatoire pour les audiences du saint-père. L'ouvrage de Ms"" Gerbet me fut d'un grand secours, et je parcourus avec un grand intérêt les admirables pages qu'il a écrites sur le costume des papes et leur cérémonial.

J'ai appris <[ue le pape porte habituellement la soutane blanche, ronmie l'aube qu'il prend à l'autel. Cette couleur, qui signifie la réhabilitation de la nature humaine i)ar la rédemption, vient s'empreindre pour lui dans la robe de travail. Le symbole candide de la lumièie, de la joie, de la paix de Dieu, est son vêtement habituel, parce que le souverain pontife est, comme tel,

' Mr"" Gerbel. — Nicéphorc ncuis a d«;crit lo porirnit 'los deux apotros. Saint Pierre étail d'une taille mojenno, droite et bien prise; il avait le toint pdie et blanc, la barbe et les cheveux loutTus, crépus, courts et complètement blancs, les yeux noirs et saillants, mais babiluellcment rouges, à cause des larmes abondantes qu'ils répandaient; les sourcils relevés et presque nuls; le nez long, dniit. ol plutôt retroussé qu'aquilin.

Saint Paul était petit, mince et un peu voûté; il avait la tète d'un médiocre volume, le visage p.ile, annon.-ant une vieillesse précoce, le-^ v.mix pleins de grdce, les sourcils abaissés, le nez long et aquilin, la barbf> épaisse, bmirue. grisonnante comme les cheveux, la tète un peu chauve.

le type le plus élevé de l'humanité alTranchie et relevée par le Christ. Mais le camail rouge, qui couvre ses épaules et sa poitrine, rappelle que le cœur qui bstt sous cette enveloppe doit être celui d'un martyr par la charité, et que, si le Vicaire du Christ est, par sa dignité, la figure de la réhabilitation qui s'accomplira dans le ciel , il doit être par son amour le modèle du travail terrestre pour le service des serviteurs de Dieu '.

En me présentant devant le souverain pontife , je devrai faire la génuflexion.

L'usage du prosternement, comme marque de vénération, remonte à la plus haute antiquité. Dans la Bible, nous le voyons pratiquer sous la tente des patriarches, et les premiers chrétiens en ont conservé l'usage envers la personne des souverains pontifes.

Cette partie du cérémonial du Vatican était l'étiquette des catacombes. C'est alors que les papes, persécutés, n'ayant pouj^ palais qu'une grotte taillée dans le tuf, reçurent ces premiers hommages des fidèles.

Nous savons, d'ailleurs, que l'usage de se prosterner devant les princes et les grands personnages, en signe de respect, est très commun en Orient. En Chine, on se prosterne devant l'empereur, et l'Anglais, qui rit assez volontiers des marques de respect que nous donnons au Vicaire de Jésus-Christ, fléchit luimême le genou, à certains jours, devant son souverain.

Les premiers empereurs chrétiens adoptèrent ce cérémonial vis-à-vis du pape, et ils ne craignaient pas d'abaisser ou d'avilir le diadème des Césars en l'inclinant devant la tiare.

C'est vers le vu" siècle que les papes , par humilité , firent broder une croix sur leur chaussure, afin de renvoyer à ce signe sacré l'hommage des fidèles.

Malgré ces études intéressantes, la journée fut longue, et les heures ne marchaient pas aussi vite que mes désirs. Dès sept heures et demie j'étais au Vatican. Je fus introduit dans la salle du trône, entièrement tendue de riche damas rouge. J'attendis bien une heure dans cette salle, causant avec un professeur de théologie de Dublin qui avait été convoqué pour le même bonheur. Les prêtres catholiques s'entendent toujours et partout : la

' Esrjuisse de Borne cliréliennr , ch. viii.

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