H(»MI-: M
où se l'i'iiiiissaioiil les poètes et les rliéleurs; les nombreuses statues ijui (lécoi'aieiil la place, tous ces nioiminents ont disparu.
Aujourd'hui le <'.a[>ilole est un des plus giacieux endroits de Home. Un y monte |)ar un magnifujue escaliei- constiuit >\iv les dessins de Michel-Ange. A la naissance de la rampe (jui conduit ù son sommet, deux lions de granit noir, style égyptien, semblent garder l'entrée de ce lieu, (pii résumait en ((uel(|ue sorte toute la puissance et toutes les gloires de lUjme guerrier*' et civilisatrice. La fonction qu'ils remplissent est en rapport avec le Capitole actuel; elle est toute pacifirpic et joyeuse : ils jettent de l'eau par la gueule.
Au sommet de la rampe, sur deux grands |jiédestaux, se dressent les statues gigantesques de Castor et PoUux en njarbre. Auprès d'eux leurs chevaux de bataille; puis les beaux trophées de Marins, et tout à coté des coloimes milliaircs.
Nous voici sur la place du Capitole. Elle forme un carié. Au milieu est la statue équestre de Marc-Aurèle, une des plus belles o?uvres que l'antiquité nous ait léguées. H y a tant de naturel dans la pose du cheval, ([ue Pierre de Cortone lui disait souvent : « Marche, marche donc! oublies-tu que tu vis? »
Au fond de la place, sur les ruines du Tabulariinn, s'élève le palais sénatorial, surmonté d'une cloche dont la voix, je ne sais par quelle bizarrerie, ne se fait entendre que pour annoncer la mort du pape et l'ouverture du carnaval. La façade extérieure est décorée d'une magnifique fontaine ornée de trois statues. Au milieu une statue de Kome, sous les traits de Minerve, en marbre blaiir, diapée de porphyre, est entourée de deux géants représentant le Tibre et le Nil. Home se faisait représenter souvent sous les traits de la déesse de la sagesse et de la guerre, et elle en avait bien le droit.
.\ gauche est le musée Capitolin; à drt)ite, le palais des conservateurs. Ces deux iiioMuments sont séparés du palais sénatorial par deux beaux chemins (pii conduisent au Forum.
Dans la coui* du musée Capitolin est la statue colossale de l'Océan et une belh^ fontaine. Les salky^ renferment un nondire considérable de chefs-d'œuvre antiques. J'ai remaripié le Faune, en rouge antique, trouvé dans la villa d'Adrien, et surtout la célèbre statue connue sous le nom du Gla'liattiir mourant, et qui représente plutôt un chef gaulois expirant sur le champ de ba-
taille. Il était impossible de mieux rendre le sentiment de la vie qui s'en va avec le sang. On peut dire de cette statue ce que Polybc disait des soldats gaulois : blessés, ils résistaient par Tàme. Deux salles pleines d'intérêt, et que j'aurais étudiées avec plaisir si le temps me l'eût permis, sont celles qui renferment les bustes des empereurs et des philosophes. Il m'a semblé qu'aucune de ces physionomies n'était en rapport avec l'idée que les historiens nous ont donnée de leurs mœurs, de leur caractère et de leurs habitudes.
Traversons la place, et rendons-nous au palais des conservateurs. La première salle, peinte entièrement par Arpino, redit les principaux traits de l'histoire romaine, tels que Romulus et Remus, l'enlèvement des Sabines, le sacrifice de Numa, le combat des Horaces et des Curiaces. On y admire les statues de Léon X, d'Urbain VIII et d'Innocent XL Je me suis arrêté devant la louve antique de bronze allaitant Romulus et Remus, et devant la statue de bronze d'un jeune garçon qui s'arrache une épine du pied. Parmi les tableaux les plus remarquables, je me souviens d'un Saint Jérôme du Guide, d'une Sainte Famille du Carrache, de la Présentation de Jésus- Christ, attribuée à fra Bartolommeo , du S" Marco et d'un Saint François d'Annibal Garracci, de la Sainte Péironille du Guerchin, chef-d'œuvre de l'école bolonaise, et surtout de l'Ame Bienheureuse du Guide.
Mais le temple de Jupiter Capitohn, où est-il? Qui l'a détruit? N'en reste-t-il pas au moins quelques ruines? Telles sont les questions que vous m'adressez. Le temple de Jupiter n'existe plus, et sur ses ruines s'élève l'église de VAra Cœli.
« Le temple de Jupiter Capitolin était le premier des temples « de Rome. Jupiter y était adoré, non pas sous quelque titre parte ticulier, sous quelque attribut local ou accidentel , mais sous le « titre de Très Bon et de Très Grand : Optimo Maximo. Rome « voulait qu'on reconnût dans ce dieu universel son dieu natio- « nal. C'est à sa bonté et à sa puissance qu'elle se croyait rede- « vable d'être la ville des villes, comme il était le dieu des dieux : « c'est à ce temple de Jupiter que les généraux , de retour de a leurs victoires, montaient pour en faire hommage; c'est au « premier degré de son portique que la voie triomphale finisse sait. De même que toutes les bornes aboutissaient à la borne a milliaire plantée au bas du Capitole, de môme toutes les traces
i:«i\ll';
« deglaiv.'.-l (!.■ s.iiii: i|iii .ivaicul maitiué, clie/. laiil <!.• nations, « les pas (le la Ini-tiinc de r.dinc, vcnai«3nt se rt'unir .m pied de « l'autel ea|)il(»lin.
« Un n'oiïiait devant It; seuil des autres temples que des cor- « beilles de fruits et des chairs palpitantes. Celui-ci voyait <» s'accomplir une autre immolation, l'immolation politique:
WAra Cfvli.
« iU)me, traînant à sa suite les destins brisés du monde qu'elle « subjuguait, y oiïrait en ((uelque sorte une hécatombe de rois •< et de peuples '. »
Le temple de Jupiter Capitolin i\il d('puuillé el en partie détruit, au v" siècle, par Gcnscric.
Esijuisac de liovtf rhrclifune.
On ne saurait préciser au juste l'époque où, sur ses ruines, au cœur même du paganisme, les chrétiens élevèrent un autel au seul vrai Dieu. Il est probable que dès le temps de saint Grégoire le Grand on y avait construit un oratoire; mais on en trouve une mention certaine seulement vers l'année 985.
D'abord consacrée à la Vierge Marie, cette église a pris le nom d'Ara Cœli (autel du ciel), en souvenir d'une tradition antique.
Vers la cinquante-quatrième année de son règne, l'empereur Auguste se rendit à Delphes pour consulter l'oracle d'Apollon, et savoir qui serait après lui le maître du monde. Le sang des victimes avait coulé, et l'oracle restait muet. Surpris de ce silence, Auguste veut en connaître la cause. La Sibylle répondit alors: « Un enfant hébreu, Dieu lui-même, et commandant aux dieux, m'ordonne de lui céder la place et de retourner tristement dans les enfers. Retire- toi donc de mes autels, et ne demande plus d'oracles. »
Me puer Hebrseus, divos Deus ipse gubernans, Cedere sede jubet Irislemque redire sub Orcum : Aris ergo dehinc tacilus abscedite uostris.
Suivant une autre version, Marie, la Vierge Mère, tenant son divin fils dans ses bras, apparut à Auguste. A la suite de cette vision, il défendit qu'on lui donnât désormais le nom de Dieu, et il fit élever au Capitole un autel avec cette inscription : Ara Primogeniti Del: autel du premier-né de Dieu*.
L'escalier par lequel on monte dans l'église d'Ara Cœli est formé de cent vingt marches provenant du temple que Numa avait dédié à Romulus, sur le mont Quirinal.
L'église, à trois nefs, est supportée par vingt- deux colonnes prises de toutes parts dans les anciens palais et les anciens temples de Rome. Leur style et leur diamètre différents attestent la victoire complète du Dieu Sauveur sur le paganisme. L'une d'elles vient des appartements privés d'Auguste, e cubiculo Augustorum. Elle fut témoin de sa gloire, et plus tard des orgies des Tibère et des Néron, et aujourd'hui elle confesse que Jésus- Christ règne sur les ruines de l'empire païen. A gauche
1 Celte tradition est respectable par son antiquité et les autorités qui la défendent. Le savant cardinal Baronius l'a insérée dans ses Annales. Eusèbe, Suidas, Nicéphore et Jean d'Antioche , surnommé Malalas, en ont parlé.
La moiitcc ilu i Hpilolti
du maître-autel, à rendroit même où la sainte Vierge apparut à Auguste, on a bâti une chapelle en l'honneur de sainte Hélène. Le corps de la glorieuse impératrice repose sous l'autel.
Les pèlerins pénètrent avec émotion dans l'église de l'Ara Cœli. Là, plus qu'ailleurs, on sent que la victoire du christianisme a été complète. Nous pouvons avec vérité redire ce vers de Corneille, en y changeant quelque chose :
Montons au Capitule , et rendons grâce à Dieu.
Oui , remercions Dieu d'avoir délivré le monde de ces triomphes qui cachaient bien des larmes, et de ces sacrifices dans lesquels le sang coulait sans aucun profit et sans aucune glaire pour l'humanité. Les temps sont changés ! Dans ce même lieu où Rome immola tant de victimes à sa puissance et à son orgueil, une victime pure et immaculée est offerte chaque jour; et son sang, en tombant sur le monde , le purifie et le sauve !
Ne quittons pas cette église sans vénérer la statue miraculeuse et si populaire à Rome de l'Enfant Jésus, du santissimo Bambino. Elle est vêtue de soie, de dentelles et de pierreries précieuses.
On s'imaginerait difficilement la dévotion du peuple pour cette statue. Souvent les malades demandent à lui baiser les pieds, et l'on rencontre alors dans les rues de Rome une magnifique voiture, au fond de laquelle est dévotement assis un franciscain tenant sur ses genoux le santissimo Bambino. Les voitures s'arrêtent sur son passage, la foule se prosterne. Les républicains de 1849, après avoir brûlé les voitures des cardinaux, allaient condamner au même sort celle qui sert au pape dans les grandes solennités, lorsque l'un d'eux proposa de la donner à l'église d'Ara Cœli pour le service du Jésus miraculeux, ce qui fut accepté d'enthousiasme.
A l'occasion des fêtes de Noël et de l'Epiphanie , le santissimo Bambino est exposé dans une chapelle, à gauche en entrant. Il est placé sur un très riche reposoir, où les personnages de la crèche sont représentés : Marie et Joseph entourent le saint Enfant, les animaux traditionnels sont présents, puis viennent les bergers et les mages : les anges apparaissent au loin , annonçant la bonne nouvelle.
Pendant tous ces jours, de jeunes enfants de sept à huit ans
vicnnent prononcer de petits discours, au milieu d'une assistance nombreuse et sympathique. Montés sur une espèce de Palco, les petits orateurs débitent leur le^n avec des gestes, des inflexions de voix, et quelques-uns obtiennent de vrais succès. Ce spectacle gracieux et naïf, ces petites voix fraîches et émues charment véritablement, et j'ai rapporté d'une de ces intéressantes séances un doux souvenir.
Le beau couvent des religieux franciscains, attenant à l'église, mérite une visite, et spécialement leur immense et riche bibliothèque, qu'ils ouvrent volontiers à tous ceux qui veulent y venir travailler.
Nous pourrions maintenant suivre la Vi<i triumphalis et descendre au Forum. Mais avant de vous faire parcourir cette immense place publique, je veux vous montrer les prisons que ce fier et glorieux Capitole cache dans ses entrailles. Les touristes les visitent en souvenir de Jugurtha, qui y fut enfermé. Nous irons, nous, avec d'autres pensées et d'autres sentiments.
Cette prison noire, humide, horrible, doit son nom au quatrième roi de Rome, Ancus Martius, qui la fit creuser dans le roc même du Capitole. Elle se compose de deux cachots placés l'un au-dessous de l'autre. On descend, par un escalier moderne, à vingt-cinq pieds sous terre, dans le cachot supérieur, appelé proprement Prison Mamertine. Sous les Romains, il n'y avait ni escalier ni porte; on y glissait les condamnés par une ouverture circulaire pratiquée au-dessus de la voûte, et qui est encore fermée par une grille de fer. Le cachot a 24 pieds de longueur sur 18 de largeur et treize d'élévation. Un étroit soupirail laissait arriver un peu d'air et de lumière.
.\u-dessous du premier cachot il en existe un second plus étroit, plus bas delage, et totalement privé de lumière. On y descendait aussi les condamnés par une ouverture pratiquée au milieu de la voûte.
C'est là que Néron fit jeter les apôtre? l'ierre et Paul, ei <■ c-\ de là qu'ils furent retirés pour être conduits au martyre. Ln petit autel est élevé dans ce cachot pour y célébrer les saints mystères'. J'ai baisé avec «^inoliMn la colonne de irranit où furent attachés les deux apùtre?
> Cel autel a été «Jevé à la demande et aux irais de Si'" de Forbm-Janson , eviqu» de Nancy. Le bas-relief eu bronze doré qui erf au -dessus a éle fait à Paris.
Saint Pierre, ayant converti ses deux geôliers, Processe et Martinien. fit jaillir miraculeusement une fontaine pour les baptiser. Elle est près de la colonne, et coule encore.
Il faut avouer que ces apôtres sont de singuliers prisonniers. Us convertissent leurs geôliers et enflamment leurs bourreaux du désir de partager leurs chaînes. Ce sont eux qui dans les fers sont de vrais conquérants, de vrais triomphateurs.
Le Capitole, en effet, n'a jamais vu, dans ses jours de triomphe, des héros plus illustres, et dont le nom ait traversé les siècles entouré de plus de respect et d'amour. Les îles les plus éloignées, les nations les plus barbares, qui avaient échappé à la domination romaine, ont connu les triomphes de ces obscurs prisonniers et bénissent leurs noms; et Rome elle-même s'est laissé un jour vaincre et enchaîner par ces glorieux captifs de Jésus -Christ.
LF. FORI-M
Souvenirs païens. — Sainle-Martino. — Sninl-A'Irion. — .-Saint-Laurciit in Mirantla.
— Sainl-Cômc et Saint-Damien. — Basilique de Constantin. — Simon le Magicien.
— Arc de Titus.
Mnii iher ami ,
La vie du Romain se passait en grande partie au Forum. C'est là qu'il se rendait dès son lever, escorté de ses clients, ou porté en litière sur les épaules de ses esclaves. Il trouvait au F'orum ceux dont il avait besoin , et il y traitait les affaires sérieuses. La basilique et le tribunal, le comptoir du banquier et la boutique du marchand, le temple et les monuments du plaisir s'élevaient à côté l'un de l'autre. Là enfin étaient le bruit, l'activité et les affaires de la cit('.
11 y avait dans Home plusieurs Forum. Le plus ancien, celui qui occupe une plus grande place dans lliistoire du peuple-roi, c'est le Forum romanum. placé au l»as du Capitole, et traversé dans toute sa longueur par la voie triomphale. C'est lui, mon cher ami, que je vous invite aujourd'hui à parcourir avec moi.
Qu'est devenue l'agitation dont il était le théâtre , ce va-et-vient d'iin peuple qui court à ses affaires ou à ses plaisirs? Où sont ces superbes portiques, ces somptueux monuments qu'on y admirait t'n si grand nombre, et les chefs-d'œuvre qu'on y exposait? Tout cela a disparu. Devant moi se déroule une vallée longue et étroite; riierbe croît en liberté sur ce sol. Çà et là quelipies ruines grandioses et majestueuses, quehpies fùls de colonnes, rappellent encore .son antique splendeur. Mais tout est mort. Le silence n'est troublé que par le travail de quelques artisans. Tout est changé dans ce lieu , et le peuple ne 1»^ - "niM-i plus que sous le nom peu poétique de Campo vaccin<>.
40 ROMK
Au milieu de ces débris, au pied du Capitole, se dresse, majestueux et grandiose, l'arc de Septime Sévère, élevé à cet empereur par le sénat et le peuple romain, après les victoires qu'il remporta sur les Parthes. Il est en marbre blanc, formé de trois arcades, et orné de huit colonnes de l'ordre composite et cannelées. Sauf quelques bas-reliefs que le temps n'a pas respectés, il est en bon état de conservation. A côté, vous pouvez voir des colonnes rangées en cercle : les savants ne sont pas d'accord pour expliquer leur destination première. On ne saurait indiquer d'une manière précise la place occupée par la tribune aux harangues, catte tribune si mémorable dans l'histoire du peuple romain. Plus d'une tempête s'est formée à sa base. Le souvenir de Cicéron, qui lïUustra, se présente naturellement à la pensée: il fut un triste exemple de la puissance éphémère de la parole humaine. Plus d'une fois son éloquence calma et soumit la foule tumultueuse ; ce qui n'empêcha pas cette même foule d'applaudir quand, du haut de cette même tribune, Antoine présentait au peuple la tète sanglante de l'orateur.
Voici la belle colonne de Phocas, qui a quarante-sept pieds d'élévation. Admirez tout cela ; mais je vous avoue que je suis plus pressé de vous montrer la nouvelle vie de ce Forum , qui vous semble si mort et si dépeuplé. Je veux vous faire connaître ses nouveaux habitants, et faire parler les pierres elles-mêmes.
A notre gauche . en descendant du Capitole , entrons à l'académie de Saint -Luc.
C'est un sanctuaire où les artistes font de l'art une chose sacrée. Il renferme plusieurs chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture. Je vous engage à vous arrêter devant le tableau du Titien : Jésus- Christ et le Pharisien; et devant cette magnifique toile de Raphaël : Saint Luc faisant le portrait de la sainte Vierge.
De ce sanctuaire des arts , descendons dans un autre plus saint et plus noble, dans l'église consacrée à sainte Martine.
Romaine et fille de consuls, Martine connut de bonne heure Jésus-Christ, et s'attacha à lui avec amour. Elle lui consacra sa virginité , et employa ses richesses pour nourrir les pauvres. Dénoncée comme chrétienne, elle fut arrêtée, battue de verges, déchirée avec des ongles de fer, couverte de poix bouillante, et ainsi jetée dans l'amphithéâtre pour devenir la proie des bêtes. Les lions et les tigres perdirent leur fureur en sa présence ; ils ne
la louihèreiil pas. Ses bourreaux, furieux, l.i i.l.-i.nl .m milieu des llainmes, et les flammes la respeclèrent.
Tous ces miracles coiiverlirenl beaucoup dt* |i.iiiii> m (luisUanisme, et ne servirent toutefois qu'à augmenter la ratre de ses bourreaux. Martine eut la tète tranchée. Son corps repose au pied du r.apilole, sur le boid du chemin (jue ses aïeux paicouiurt-nt plus d'une fois dans leurs jours de triomphe.
Mais la i^loire de l'Innuble vieri:e \ivra phis loiiL'-ttMiipr- «pi'- l.t gloire qui se donnait au Capitole.
L'église de Saint-Adrien est bâtie à côté de celle de Sainte- Martine, sur l'emplacement d'un ancien temple de Saturne. Sous l'autel repose le corps de ce glorieux martyr de Jésus -Christ. Pendant qu'on le frappait de wevQC^y^ qu'on lui coupait les jambes et les bras, il chantait les louanges du Seigneur, et son épouse, sainte Natalie, témoin de son martyre, le soutenait de ses conseils et de son courage.
Avançons. Voici l'église de Saint-Laurent in Miranda.
C'est le temple même consacré à Anhtnin et à Faustine:
DIVO ANTONIO ET DlV.i-: FAUSTIN.K i:X 3. C
Un temple à Faustine ! Voilà le paganisme.
On voit encore le portique entier, composé de dix grandes c<v lonnes d'une seule pièce de marbre cipolin. Elles supportent l'entablement, qui est formé d'un immense bloc de marbre d'un beau travail. Dans la frise latérale on voit des griffons, des candélabres et autres ornements d'une belle sculpture.
A côté, l't'glise de Saint-Côme et de Sainl-Damien est bâtie sur les ruines, peut-être avec les pierres mêmes du temple de H<»mulus. La superbe mosaïque de l'abside «;sl une paire iriii-tniie du vi" siècle ; elle mérite l'attention.
Les apôtres saint Pierre et saint Paul se tiennent a eote du Sauveui-, et lui pn'îsentenl les glorieux martyrs Cônie et Damien. On admire à juste titre la figure de Jésus-Christ, dont nul arli.-te moderne n'a pu reproduire la majesté. Il se tient debout, bénit de la main droite, et de la main gauche il tient le livre des sainLs Évangiles. .Vu-dessus du Sauveur on voit le jardin et les quatre fleuves du Paradis terrestre. Ln peu plus bas, l'agneau symbolique, couronné du nind)e mystérieux, est entoure de douze autres agneaux.
De Téglise on descend dans une vaste crypte où furent découverts les fragments de Tancien plan de Rome , que l'on conserve au Capitole.
Cette église souterraine conduit dans une autre, où saint Félix fît jaillir miraculeusement une source pour baptiser les chrétiens qui se dérobaient avec lui, dans ce souterrain, à la persécution des ariens. C'est dans ce lieu que fut découvert le corps de ce pape. Voici comment le cardinal Baronius raconte le fait ^ :
« La manière dont Félix était entré dans sa charge avait été jugée vicieuse par les anciens, et des récits contradictoires ne permettaient pas de connaître avec certitude comment il était mort. En conséquence, lorsque, sous le pontificat de Grégoire XIII, on s'occupa de la correction du Martyrologe , les hommes érudits qui avaient été choisis pour cet examen, et qui se réunissaient très souvent à cet effet, élevèrent une grave controverse au sujet de Félix. Il s'agissait de savoir si son nom serait effacé, ou si on le laisserait avec le titre de martyr. Après de longues altercations, je m'étais rangé à l'avis qui voulait rayer son nom du Martyrologe, et j'avais même écrit, pour appuyer mon sentiment, un volume qui avait obtenu l'approbation d'un grand nombre de personnages très savants qui se trouvaient alors à Rome. Mais je fus détrompé par un événement presque miraculeux survenu dans l'église des saints martyrs Côme et Damien, près de l'ancien temple de la Paix, au Forum. Quelques individus, fort niai conseillés, et pourtant conduits à leur insu par la Providence, s'étaient mis à creuser en cachette sous un autel placé du côté droit de cette église, parce qu'ils s'étaient imaginé, d'après je ne sais quels renseignements, qu'un trésor était enfoui dans cet endroit. Ils trouvèrent une arche en marbre : dans l'un des côtés, séparé de l'autre par un intervalle, reposaient sous des tables de pierre les reliques des saints martyrs Marc, Marcellin et Tranquillin ; de l'autre côté , le corps de saint Félix , avec une plaque en pierre placée dans l'intérieur de l'arche, et sur laquelle on lisait cette inscription :
Corpus sancti Felicis, papas Et martyris, qui damnavit Constantium.
Ann. 357, act. LXII,
ijoMt; 4 3
« Cette dëcouvcrlf' (Mit lieu le joui- «ni Tdii .iv.iil coiiliimi- de faire la fête du saint Félix, le (juatiième des cal(MuJt's d'août de l'an 1L)82, dans le temps menu; où, à la suite de grandes controverses, sa mémoire semblait près de succondtcr. Il i(;ssuscita en quelque sorte pour plaider lui-même sa cause. Je jetai alors In plume que le zèle de la charité m'avait fait aiguiser; je fus heureux de céder la palme au cardinal Jiilius Sanctorius, qui s'était fait son défenseur, et il me sembla que je triomphais Tivec mon adversaire, puisque la vérité était victorieuse en tous deux. »
Voici maintenant les ruines de la basilique de Constantin, longtemps connue sous le nom de temple de la Paix. C'était une des merveilles de Rome. On le devine à la beauté de ses ruines, de ses voûtes immenses de plus de vingt mètres de largeur, et des l)locs de niarl)re blanc, taillés jadis par un habile ciseau, qui gisent à terre.
Un jour le Forum était rempli d'une foule immense. Néron était accouru avec toute sa cour pour être témoin d'un grand prodige. Simon le Magicien avait promis de s'élever dans les airs, par sa propre vertu, afin de prouver ainsi la fausseté de la religion prèchée par les apôtres. Simon arrive, et en })résence de tout le peuple il monte dans les airs. A cette vue, le peuple ne peut contenir sa joie; il bat des mains; l'air retentit de clameurs et d'applaudissements, et déjà le cri de: Mort aux chrétiens/ dominait tous les autres. Mais tout à coup, au milieu de son triomphe, une force invisible précipite le magicien à terre, et dans sa chute il trouve la mort.
Perdu dans cette foule tumultueuse et triomphante, un homme obscur s'était agenouillé, et avait prié Dieu de confondre l'imposteur. Cet homme s'appelait Pierre, le pécheur de Génésareth et et le chef de l'Église du Christ.
Ce lieu du Forum est devenu sacré. Une église y fut élevée en l'honneur de la sainte Vierge, sous le titre de Sainte-Mariela- Neuve. On y conserve précieusement les deux pierres sur lesquelles s'agenouilla l'apotre. On y voit l'empreinte de ses deux genoux, et, en les baisant, nous priâmes Dieu de confondre et de briser toujours les ennemis de Jésus-Christ et de l'Fglise par la bouche et par la prière de Pierre.
Cette église fut depuis dédiée à sainte Françoise Romaine. Sous le maître-autel, dans un magnifique tombeau de marbre et de
bronze doré, repose le corps de la sainte. Illustre veuve qui a rempli Ironie tout entière du parfum de sa charité : on la voyait parcourir les rues, distribuant aux pauvres le bois et la nourriture de chaque jour.
Avant de quitter le Forum . vous pouvez jeter un regard sur les ruines du temple de Vénus et de Rome. Pour nous rendre au Colisée, nous passerons sous l'arc de Titus, élevé à cet em-* pereur en souvenir de son triomphe sur la nation juive. Il est décoré de bas- reliefs d'un beau travail.
D'un côté, on voit ce prince dans un char triomphal attelé de quatre chevaux, précédé des licteurs, et accompagné des membres du sénat. Derrière lui, la Victoire, debout, tient d'une main une palme de Judée, et de l'autre une couronne qu'elle lui met sur la tète; Rome triomphante, assise sur le devant du char, tient les rênes des chevaux, qu'elle conduit. De l'autre côté sont les dépouilles du temple de Jérusalem : le chandelier à sept branches, les trompettes du Jubilé, la table des pains de proposition et l'arche d'aUiance.
Ces bas-reliefs sont d'une belle exécution, d'une admirable précision et d'une grande finesse de dessin.
En pas'feant sous cet arc, nous foulons le sol de la voie sacrée. Les Juifs ont grand soin de l'éviter. Pauvres aveugles ! ils ne veulent pas voir que la ruine de Jérusalem et la dispersion de son peuple attestent et proclament la divinité de Celui que leurs pères ont crucifié, et qu'ils ne veulent pas adorer!
LK COLISIiE
Mou cher ami ,
Le Colisée ' était le grand amphilliéàtre de lioine. Cunsliuit en pierre de Tivoli, aussi dure que le marbre, et qui n'a rien à craindre du feu, il forme un ovale dont la hauteur est de 1;)7 pieds sur 1041 de circonférence.
Les enqiereurs Vespasien et Titus enqiloyèrent les Juifs à sa construction ; et ainsi deux grands monuments perpétuent le souvenir de la double captivité de ce peuple inlid»'le et déicide : les l'\ laïuides en Egypte et le Colisée à Rome.
Les historiens du temps nous disent (jue Titus fit couler un Meuve d'or pour le construire ; ils auraient pu ajouter qu'il y répandit des torrents de sang et de larmes.
Ce lieu, en elfet, était le théâtre de ces luttes sanglantes dont le peuple romain était si avide, et dans lesquelles on voyait des hommes disputer leur vie à la férocité des tigres et des lions.
Il faut distinguer trois parties dans le Colisée. Le podium, qui régnait tout autour de l'arène: espèce de terrasse en marbre où brillait le pavillon de l'empereur et des césars. A droite et à gauche se plaçaient les préteurs, les vestales, et tous les dignitaires de l'empire.
• IMusicurs autours |. retendent que le nom de Colisée (Colosse) a été donné à l'amphithéâtre construit par Vespasien et Titus à rause de ses proportions colossales; mais nous ne saurions admctlre rette étymitlo^'it». l.e prand cir(|ue, <jui pouvait contonir de trois à qualro cent mille spectateurs, eût plus justement mérilé ce nom. \\>U'\ une origine du mol Colis<''e qui me semhie plus naturelle, et (jui m'a été donne»» par un prélat dont la science et la connaissance des antiquités romaines ne sauraient être mises en doute par personne. Néron avait fait élever au milieu de s^s jardins une statut colossale en son honneur. Lorsque le peuple voulait désipnor cetto partio des jardins de l'impérial histrion, il disait : Ire ad cotos$eum (aller au colosse). A la mort de Néron, sa statue fut dédit-e au soleil, et elle était encore debout quand l'amphithéàtro fut construit. La statue détruite , In peuple conserva l'hal.itude de désigner cet enlroit sous \o nom de Colosse, qui fut al-'is aj'pli.iué à l'amphithéâtre lui-même.
Au-dessus du podium s'élevaient, en forme de fer à cheval, plusieurs rangs de gradins séparés par des couloirs. Ils formaient autant de compartiments qui allaient en s'élargissant à mesure qu'ils s'élevaient. C'est là que se plaçait la foule. Quatre-vingts portes conduisaient à ces différents gradins; et l'on voit encore au-dessus de chacune d'elles le numéro d'ordre qui indiquait à chaque classe de citoyens la porte par laquelle ils devaient plus facilement et sans confusion arriver à leur place.
Au-dessus était la terrasse, bordée de parapets, et qui pouvait contenir douze mille spectateurs. De nombreuses poutres placées sur cette terrasse soutenaient un immence voile de pourpre, parsemé d'étoiles d'or, et appelé velarium, qui couvrait l'amphithéâtre tout entier, et garantissait les spectateurs des ardeurs du soleil.
Du podium jusqu'à la terrasse, à des distances très rapprochées, on voyait des tubes de métal d'où jaillissaient des eaux de senteur qui retombaient en rosée sur les assistants.
Je suis monté, mon cher ami, sur cette terrasse, et ce n'est pas sans émotion que j'ai contemplé cet immense amphithéâtre, vide maintenant, et dont un côté est à moitié détruit. Mon imagination se plaisait à reconstruire ces ruines, et j'évoquais les souvenirs de ce géant, alors qu'il était dans toute sa gloire. Quel spectacle devait présenter ce lieu ! Les rayons du soleil l'inondenl de sa lumière; les marbres, les colonnes, les statues, tout resplendit ; le velarium, par ses ondulations gracieuses et bienfaisantes, en tempère l'éclat et en rafraîchit les brûlantes ardeurs.
C'est là qu'est réuni le peuple le plus intelligent, le plus grand, le plus puissant de la terre. Ils sont là, au nombre de cent mille. Que font- ils, ces rois du monde? Ils viennent voir couler le sang. Au milieu de l'arène, un autel se dresse, le pontife s'avance, et immole une victime à Jupiter. On entend le rugissement des bètes féroces; elles sont impatientes, moins toutefois que ce peuple, qui veut être témoin de leur rage.
Le sacrifice est achevé: la divinité a été honorée, le peuple peut s'amuser. Mais qui donnera le signal? César, vous qui commandez les armées, vous devant qui l'univers s'incline en tremblant, levez- vous, dites à ces hommes de se livrer à la mort, et vous serez obéi. Non, ce n'est point César qui donne le signal de ces jeux sanglants: une jeune fille, une vestale se lève, fait un signe, et le combat commence.
\ur .•\liTi.';ir.' (lu ('.oiisr
Comme ce trait, n'est-ce pas, caractérise bien un peuple!
La vestale a parlé; aussitôt les carceres,, placés sous le podium, s'ouvrent et laissent sortir les bêtes. La lutte s'engage, et le peuple n'applaudit que lorsqu'il voit le sang couler.
Il y avait aussi les combats des gladiateurs. C'étaient des hommes qui se donnaient la mort pour faire plaisir à ce peuple.
Le peuple romain ne connaissait pas de plus grandes jouissances que ce spectacle. Quand le jour ne suffisait pas, on le prolongeait pendant la nuit. Alors le Cotisée s'illuminait, et pendant des jours entiers, jusqu'à cinq jours et cinq nuits, les jeux se continuaient sans interruption , on mangeait à l'amphithéâtre , et quand les victimes ou les esclaves manquaient on voyait descendre dans l'arène des sénateurs et les matrones elles-mêmes. L'intérêt du public croissait en proportion de la dignité des combattants.
A ces combats succédaient quelquefois des batailles navales. Le fond de l'arène était pavé en marbre. A quelque distance de là était un réservoir alimenté par l'aqueduc de Claude, et qui communiquait à l'amphithéâtre par de larges canaux. Tout à coup l'arène se transformait en lac, et de nouveaux plaisirs succédaient aux anciens.
Un jour l'amphithéâtre fut rempli de vin, et l'on vit trente-six crocodiles, avec plusieurs hippopotames, lutter contre des gladiateurs montés dans des barques.
Ce monument atteste à la fois la grandeur et la décadence des Romains. Le peuple -roi était bien dégénéré, et ses maîtres, en lui donnant du pain et des jeux, pouvaient impunément lui forger des chaînes.
Maintenant, voyons ce que les papes ont fait de ce monument. Pour nous, ce lieu est saint et sacré. Cette terre a été abreuvée du sang de nos ancêtres dans la foi. C'est un des lieux les plus émouvants de Rome, et l'on peut lui appliquer les paroles de saint Pie V à un ambassadeur polonais qui lui demandait des reliques pour son souverain. Prenant en ses mains de la poussière, il lui dit :
« Portez cette terre à votre maître; il suffit de la presser pour en faire sortir le sang des martyrs. »
Là le peuple romain s'amusait, et nos martyrs mouraient avec joie pour Jésus-Christ. Aussi le chrétien doit y venir prier et pleurer.
ROMK 49
11 y a trois ans, le cardiiial-dnyoïi se pi-(iseiilail devant l'ic 1\ à Saint-Jean (Je Lalran, le jour de Noël, pour lui ollrir les vœux du sacré-collège. C'était un de ces moments d'alarmes où l'ennemi semble sur le point de faire un dernier et victorieux eflbrt.
Pie IX, dans sa réponse, aflirma liaulenient le droil de rÉglise, et iminlranl 11' Golisée, qui n'est pas éloigné de la basilique, il dit :
« Cet aiiipliilliéàtre, ce Colisée, qui est près «rici, Cul, dans les premiers siècles de l'Eglise, comme un calice qui reQut le sang des héros chrétiens : il est aujourd'hui comme la coupe qui reçoit nos larmes. Ce sang et ces larmes crient vers le ciel : ils touchent le cœur de Dieu en faveur de son Église. »
C'est là, en elTet, que les chrétiens viennent s'exciter au repentir, et se renouveler dans le souvenir toujours efficace de la passion du Sauveur.
A l'endroit même où était dressé l'autel de Jupiter s'élève maintenant la croix de Jésus-Christ, simple croix de bois, dont la pauvreté fait mieux comprendre et sentir la grandeur du triomphe du divin crucifié.
Benoît XIV a consacré cette arène à la passion de Jésus-Christ en y faisant ériger les stations du Chemin de la Croix. Tous les vendredis le peuple s'y rend en foule, et un père franciscain préside aux exercices.
Où pourrait-on trouver un lieu plus convenable pour exciter la piété envers la passion du Sauveur? Quel touchant spectacle! Les vastes gradins en ruine de cet immense amphithéâtre, la croix debout à la place de l'autel de Jupiter, cette foule agenouillée sur ce sol où expiraient les martyrs : quels contrastes éloquents! quels sublimes enseignements!
L'arène de l'ancien Cotisée est recouverte de quinze pieds de sable. Les papes n'ont pas voulu que la terre arrosée du sang des martyrs fût foulée par les pieds des voyageurs et des curieux.
Si vous venez à Rome, mon cher ami, allez souvent au Colisée. Là vous puiserez la force et l'énergie dont nous avons besoin dans ces jours de défaillance et d'aveuglement. Vcncz-y à toute heure du jour; mais venez le soir surtout, à cette heure où la méditation se fait si douce et si sérieuse au fond de nos cœurs. N y venez i)as comme tous les curieux, pour récréer votre vue
par le jeu de la lumière de la lune à travers ces arcades en ruines, venez pour prier et pour méditer. Un soir, j'y étais à huit heures, la lune commençait à donner sa lumière, je ne saurais vous dire quelle émotion s'empara de moi. Le silence n'était interrompu que par le cri de quelques oiseaux sauvages. Je m'agenouillai près de la croix; et il me sembla voir cet amphithéâtre s'animer de nouveau.
Les Romains étaient là, au nombre de cent mille, demandant par leurs cris de nouvelles victimes : Les chrétiens aux bêtes/ Ce cri retentissait à mes oreilles, et je voyais, peut-être à la place que je foulais, des jeunes gens, des vierges, des vieillards, attendre avec patience le signal qui devait lancer sur eux les lions et les tigres.
César était présent, dans l'éclat de sa puissance et de sa gloire, et les victimes en passant le saluaient : Csesar, morituri te salutant.
Souvent, il est vrai, les chrétiens faisaient entendre de sévères avertissements :
« Tu nous juges en ce monde, disaient les martyrs de Carthage au proconsul Hilarion; mais Dieu le jugera dans l'autre. »
Les bêtes elles-mêmes se chargeaient aussi de donner une leçon à ces maîtres du monde : leur rage s'apaisait tout à coup; on les voyait s'approcher, douces et respectueuses, et caresser les pieds et les mains des martyrs. Ce spectacle n'attendri^sait point ces farouches spectateurs, et la victime qui avait trouvé grâce devant les lions et les panthères n'était point épargnée par le glaive du bourreau.
Trajan, dont on a tant exalté la douceur et la vertu, rendit un jour une ordonnance qui condamnait à la mort Ignace, évêque d'Antioche, qui dit porter le Christ en lui-même. L'on vit le saint vieillard enchaîné, escorté par les soldats de l'empereur, qu'il comparait à des léopards, prendre le chemin de Rome. Toutes les chrétientés se levaient sur son passage, et venaient baiser ses chaînes. A Smyrne, l'évêque saint Polycarpe, comme lui disciple de saint Jean, lui fait un accueil triomphant, et il y trouve les députations des Églises de l'Asie Mineure, qui, n'étant pas sur sa route, étaient venues dans cette ville pour lui offrir leurs félicitations et recevoir sa bénédiction.
11 traverse la Macédoine, l'Épire, l'Italie, et partout il reçoit les mêmes honneurs, et on lui décerne les mêmes triomphes.
lUJMK 51
Il ail'ivc à r.imic Ir dt'iiiici' jour des j(Mi.\ de rMiiii.'.- , ri on le conduit à rainphilhcàlre. Ignace s'agenouille, et il nnnniure ces paroles :
« Je suis le rnimenl du Seigneur; il faut (jue je sois moulu par la dent des bêles pour devenir le pain pui- de Jésus-Cliribl. ■■
Deux lions furieux se jettent sur lui et le dévorent, aux applaudissenienls de tout le peuple.
Hier, j'ai éprouvé, au Golisée, de vives et profondes émotions : deux évèques de la Chine y entrèrent en même temps que moi, et vinrent se prosterner au pied de la croix. Que demandèrent- ils dans leurs prières? quelle fut leur pensée en foulant ce sol arrosé par le sang des martyrs? Peut-être, eux aussi, donneront-ils un jour leur sang pour le triomphe de cette croix qu'ils ont [)lantée sur celte terre chinoise abreuvée tant de fois déjà des sueurs et du sang des drsciples du Christ!
J'imagine que leur prière fut ardente. Pour moi, en songeant aux martyrs d'hier et en voyant ceux qui le seront peut-être demain, je vous avoue que le Colisée ne m'avait jamais paru si digne de respect et d'amour. L'Église ne doit-elle pas être toujours entourée de la glorieuse phalange des martyrs? Trouvez un siècle dans sa vie qui ne compte des témoins de la vérité? Le paganisme, l'hérésie, la politique l'ont tour à tour ornée de cette pourpre sanglante, mille fois plus précieuse pour elle que les honneurs de la terre. Le sang des marlvrs. c'est la \'\c , c'est la gloire, c'est la force de l'Église.
Tout à Rome rappelle celte vérité : elle est inscrite en caractères inefl'ac^ables dans la profondeur des Catacombes et sur le marbre et l'or des basiliques; mais j'affirme qu'au Colisée elle est plus vivante qu'ailleurs, elle y est sensible en quelque sorte.
Aussi toutes les âmes pieuses, toutes les âmes qui ont soif de dévouement et de sacrifices viennent-elles ici de préférence.
Le bienheureux Labre y venait si souvent, cju'on pourrait dire qu'il l'avait choisi pour sa demeure. On montre une petite cellule où le pauvre de Jésus-Christ aimait à se retirer pour y prier plus librement, à l'abri du regard des curieux. J'ai su depuis qu'on pouvait dire la messe dans celte cellule, transformée en chapelle. J'aurais été heureux d'oiïrir à Dieu le Père la victime immolée pour le salut du monde, dans ce lieu où tant de victimes ont répandu leur sang pour le triomplie de l'Agneau sans tache!