‹ Rome, ses églises, ses monuments, ses institutionsChapitre 7 sur 53 · LA FETE DE SAINT PI K RUE · texte numérisé non relu

LA FETE DE SAINT PI K RUE

Les premières vêpres. — Pie IX.— Illumination de la coupole. — Messe papale.

Mon cher ami ,

La fête des saints apôtres Pierre et Paul commence la veille, aux premières vêpres, chantées à six heures du soir dans la basilique Vaticane, par le souverain pontife. Inutile de vous dire si je fus exact; dès cinq heures et demie j'étais à Saint- l'ierre.

Avant l'office, j'eus le temps d'examiner les hallebardiers du pape, avec leur costume pittoresque dessiné, dit-on, par Raphaël et Michel-Ange. Il se compose d'un haut de chausses noir, rouge et jaune, d'une cuirasse rouge du moyen âge avec brassards articulés, d'une fraise autour du cou, d'un casque rond en acier, surmonté d'un panache rouge, d'un large baudrier* jaune, et d'une longue hallebarde à l'antique.

Après eux les gardes- nobles, en habit rouge, bottes à l'écuyère et casques antiques à crinière, vinrent se ranger autour du chœur. C'est la garde d'honneur du pape : elle est formée par la noblesse romaine.

Les tribunes se remplissaient, et je prenais plaisir à contempler cette foule sans cesse croissante, lorsque des chants, partis de l'enlrce de la basilique, attirèrent mon attention de ce côté. Le pape franchissait le seuil de Saint-Pierre, et l'on chantait l'antienne : Tu es Petrus... J'aperçus un riche dais, brillant d'or et de soie, et de chaque côté deux larges éventails en plumes de paon d'une grande beauté. Sous ce dais, assis sur la scdia gestatoria, éclatante d'or et de pourpre, Pie IX, revêtu de ses ornements pontificaux, la tête couronnée de la tiare, emblème de sa triple puissance de père, de roi et de pontife, s'avançait majestueusement, porté sur les épaules de quatre officiers do sa maison en grand costume rouge.

Je vous avoue, mon cher ami, (jue dès ce moment je n'ai plus rien vu de tout ce qui m'entourait. Pie IX fixa toute mon attention. Je n'entendais plus que sa belle et forte voix, je ne voyais plus que son auguste visage, et tout le temps que dura l'office je ne pus en détacher mes yeux. « C'est la douceur et la majesté d'un ange; mais d'un ange qui est sur la terre, et qui en porte les fardeaux ^ »

Le soir, je fus témoin d'un spectacle unique au monde, l'illumination de la coupole de Saint-Pierre. Placé sur le toit plat d'une maison de la place Rusticucci, en face de la basilique, je pus jouir de la fête sans les inconvénients ordinaires d'une foule compacte et agitée. A huit heures commença l'illumination. Imaginez-vous le plus magnifique temple du monde, avec ses proportions colossales, avec sa coupole de quatre cent vingt-quatre pieds de hauteur, avec son immense place environnée d'une double colonnade ornée de milliers de statues- de marbre, et tout cet édifice devenu une montagne de feu. Quatorze cents lampions à feu voilé sont placés sur la façade extérieure du temple et des portiques, à partir du sol jusqu'à l'extrémité de la croix du dôme. Ces lumières dessinent toutes les arêtes de l'édifice, dont elles marquent les lignes architectoniques, se courbant oi^i elles se courbent, s'arrêtant où elles s'arrêtent, se brisant où elles se brisent.

A neuf heures il y a changement de feux. Au premier coup de l'heure, quelque chose d'enflammé, semblable à des étoiles filantes, court sur le dôme, sur la croix, sur les petites coupoles, sur la façade, sur le péristyle, sur la colonnade, sur la place , se faisant voir partout et ne s'arrêtant nulle part, et quand le dernier coup de l'heure sonne, ce je ne sais quoi ne remue plus, ne se voit plus; mais de nouveaux feux ont été allumés, et des rosaces, des guirlandes, des candélabres, des foyers d'une flamme brillante se trouvent mêlés aux lignes un peu ternes de la première illumination. On ne peut exprimer la promptitude avec laquelle se fait ce changement, pas plus que faire comprendre à ceux qui ne l'ont pas vu le grandiose de cette illumination'.

t Louis Veuillot.

2 Manuel de la chapelle Sixiine. Trois cent soixante-cinq piélrini, suspendus avec des cordes , allument ces lampions-.

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La coupole do Sainl-Picrrc, illuminée, ressemble à une tiare étincelanle de pierreries posée sur le tombeau du pauvre pécheur. Mais cette tiare, lùt-elle mille fois plus biillante, dirait encore bien imparfaitement les i^doircs de Pieirc. A la lumière de ces feux, et en songeant au triomphe de l'apôtre, j'aimais à regarder l'obélisque qui décore le milieu de la place. Je me disais qu'il avait vu d'autres illuminations, alors qu'il était un ornement du cirque de Néron. Qui ne sait, en eflct, que cet empereur, le premier qui ensanglanta la foi naissante, illuminait le cirque et Ses jardins avec les corps des chrétiens, qu'il faisait enduire de poix à laquelle on mettait le feu? Aujourd'hui cet obélisque reflète d'autres lumières, il entend d'autres cris. La croix qui le surmonte annonce la d^'faite du bourreau et le triomphe des victimes. Depuis des siècles il traînait à terre, confondu parmi les débris de l'antique splendeur romaine, lorsque Sixte-Quint le releva ci le plaça en face de Saint-Pierre, afin qu'il devînt à tout jamais le liiTaut de la royauté de Jésus-Christ. D'un côté il porte encore la dédicace de Caligula aux empereurs- dieux, et de l'autre ces paroles :

CHRISTVS VINCIT

CHRISTVS REGNAT

CHRISTVS IMPERAT

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