PALLIUM
uoe charge; voilà pourquoi ils porteront le pallium sur les épaules. Les pontifes ne doivent voir dans les pécheurs que la brebis égarée que le Seigneur a cherchée, qu'il a trouvée et qu'il a rapportée sur ses épaules ; c'est pour cette raison que la matière de cet ornement pontifical ne sera pas le lin, mais la toison d'un agneau. C*est par la force et par l'amour du Dieu crucifié qu'ils peuvent accomplir leur terrible mission ; voilà pourquoi le pallium sera orné de six croix. L'origine de leur puissance vient de Pierre, et, par Pierre, de Dieu même : voilà pourquoi la veille de la fête des glorieux Apôtres, on place tous les palliums sur leur tombeau au Vatican dans une urne précieuse. Le lendemain on les reprend avec un grand respect, pour les confier aux chanoines sacristains de Saint-Pierre, qui les déposent au trésor des reliques, en attendant qu'ils soient envoyés. L'usage du pallium remonte pour le Saint-Père au berceau de l'Eglise; et, pour les métropolitains et les patriarches, au lY* siècle. Dans la suite, le Saint-Siège étendit cet honneur aux archevêques, et même, à certains évèques de différentes parties du monde.
Le 21 janvier, après la messe chantée en musique à 40 4/2 heures, le clergé de Sainte- Agnès sort procession nellement de la sacristie pour entrer dans le sanctuaire. La marche est ouverte par des clercs portant des flambeaux, l'encensoir et le bénitier ; viennent ensuite deux ecclésiastiques, tenant chacun sur les bras un superbe coussin de damas rouge, orné de franges d'or, sur lequel est mollement couché un petit agneau, blanc comme neige, la tète couronnée de roses et tout le corps parsemé de rosettes en ruban rouge. Ces deux agneaux avec les coussins sont placés sur l'autel, i'uD du côté de l'Evangile, l'autre du côté de l'Epttre. Tous les chanoines réguliers de Saint-Sauveur qui desservent l'Eglise, viennent prendre place dans le chœur. L'abbé, la mitre en tète et revêtue de la chape, monte à .l'autel avec le diacre et le sous-diacre, pendant que la musique placée dans les galeries supérieures exécute un morceau qui convient à la circonstance.
Bientôt le oàlébrant prononce une prière, qui ne se trouve que dans le Pontifical romain. Elle commence par une hymne en Thonneurde sainte Agnès ; puis rappelant que l'usage de donner des ornements particuliers aux ministres sacrés est conforme à l'antique tradition dont l'origine remonte au Sinaï , elle déroule le splendide tableau des siècles chrétiens. Après la prière, le célébrant jette de l'eau sainte sur les deux agneaux et les parfume de l'odeur de l'encens. Après la bénédiction, le cortège retourne à la sacristie, et les deux agneaux sont donnés d'abord au chapitre de Saint- Jean -de- Latran, à titre de redevance. Le même chapitre les porte ensuite aux pieds du Saint Père qui les bénit lui-même. Le camerlingue des sous-diacres apostoliques transporte ensuite ces jeunes agneaux dans un couvent de religieuses désigné par le souverain Pontife pour en avoir soin. Quand le temps est venu (4), on tond les deux' agneaux, et, de leur laine, on faits les palliums.
(1) Mgr Gaume, ouvrage cité, t. H. p. 449.
ECrLISK DE S.AI-EXIS.
desservie par les Pfere» Somaaqnes.
Cw'âi dtlBaçno
'twàcmletuf dtla
VicL di S. Sahùi£U
/: >':r- ' r à L.: ui'-iir
P-^ro;'^
/r.r/;T7r* TCJIJ- (7: jrKv.iT7*
saint-alexis-sur-l'ayentin. 189
SAINT-ALEXIS-SUR-L'AVENTIN (S. Alessio).
L*église souterraine a été bâtie par sainte Aglaé en l'honneur de saint Bonifece, martyr. Au V" siècle, Innocent I, voulut joindre au souvenir de saint Boniface la mémoire de saint Alexis, en faisant construire une belle église sur l'emplacement du palais habité jadis par Euphemianus, père de saint Alexis. Honorius III restaura et consacra cet édifice, et Sixte Quint le déclara titre cardinalice. Avant de faire la description de ce monument, il nous faut donner les vies si touchantes de saint Boniface et de saint Alexis.
Saint Boniface et sainte A6la£. II y avait à Rome, vers le commencement du IV« siècle, une femme nommée Aglaé, jeune, belle et d^une naissance illustre. Ses richesses étaient si grandes qu'elle avait donné trois fois les jeux du Cirque à ses propres frais. L'amour désordonné du monde avait porté la corruption dans son cœur, et elle vivait dans le pécbé avec Boniface, son principal intendant. Cet homme était souillé de tous les vices, mais il pratiquait trois œuvres de justice : Thospitalité , Taumôoe et la miséricorde. Après bien des années, la grâce de Dieu toucha Aglaé ; elle appela son intendant et lui dit : « Frère Boniface, tu sais dans quelle fange de péché nous nous sommes roulés, sans songer qu*un jour il nous faudra rendre compte à Dieu de tout le mal que nous avons fait dans ce monde. Voilà que j'ai entendu des chrétiens qui disaient entre eux que « quiconque assisterait les Saints qui combattent et qui meurent maintenant pour le nom du Christ, participerait à la gloire de leur passion dans ce terrible jugement de Dieu. Or, j'ai appris que c'est en Orient que les serviteurs du Christ sont maintenant en guerre, livrant leurs corps aux bourreaux, plutôt que de renoncer à Dieu. Va donc en Orient, et rapporte nous en des corps de martyrs, afin que, les honorant, les priant, leur bâtissant des chapelles, nous soyons trouvés dignes d'être sauvés. »
L'Intendant Boniface reçut donc un grand sac d'or pour le rachat des corps des martyrs et pour les aumônes à faire. Avant de partir, il dit en plaisantant à Aglaé : « Maîtresse, si je puis trouver des reliques, je te les rapporterai ; mais si je te reviens mort, reçois mon corps comme un corps de martyr. » Aglaé lui dit : « Cesse de parler comme un homme qui sort d'une orgie, et rends-toi digne de la mission qui t'est confiée. Quant à moi, indigne pécheresse, je prierai Dieu pour toi en attendant. »
Quelques jours après, Boniface arriva dans la ville de Tarse, et apprenant que les saints athlètes du Christ y livraient la grande bataille du martyre^ il s» rendit au Cirque où les Chrétiens combattafeoi ; il y vit 6*épuiser sur eux toutes les tortures. Et il courait d'un martyr à l'autre ,
490 SAINT ALIPLIS ET SAINT BONIFACfi.
baisant amoureusemeDt leurs chatoes et les eoGOiiragean^ à la constance. Arrêté pour ce crime par ordre du juge Sîmplicius, il fut déchiré avec des ongles de fer; on lui enfonça des éclats de bois sous les ongles, on lui coula du plomb fondu dans la bouche, on le plongea dans Thuile bouillante. Mais à la prière du*martyr, un ange de Dien descendit et toucha la poisi, qui fondit comme la cire au feu, et s'évanouit comme une brume. Alors Simplicius le coodamua à être décapité, et, quelques temps après la tète de Boniface tomba sous la hache du bourreau.
Les esclaves romains donnèrent au gardien du Cirque cinquante pièces d*or, et emportèrent le corps du martyr. Puis, Tajaut oint d*aromates et enveloppé dans un suaire d'étoffe précieuse, ils le couchèrent dans une des litières et se remirent en roule.
Or, range du Seigneur apparut à Agiaé, et lui dit : « Ton ancien esclave, maintenant notre frère, va venir : reçois-le comme un maître qui rentre dans sa maison, et ensevelis-le magnifiquement. » Et Aglaé, se levant, convoqua une troupe de diacres et de prêtres, et elle alla ayec eux audevant du saint corps pour le recevoir à la clarté des flambeaux et au bruit des cantiques, et elle Tensevelit à cinq stades de Rome, sur la voie Latine, jusqu'à ce qu'on lui eût construit une tombe digne de sa passion.
Dans la suite, Aglaé renonça au monde et à ses pompes ; et elle distribua aux pauvres tous ses biens ; et elle affranchit toute la tribu de ses esclaves, ne gardant que quelques jeunes filles qui se dévouèrent comme elle à servir le Christ. Elle vécut encore treize ans dans sa retraite ; et s'étant endormie dans le Seigneur, on Tensevelit en paix à côté de la tombe de son ancien esclave, maintenant son frère de gloire dans Téternité (4).
Saint Alexis était fils d'un sénateur romain, Euphemianus, qui, vers le commencement du V<^ siècle, avait sa demeure sur le lieu même où se trouve l'église que nous visitons en ce moment. Après une enfance passée dans rinoocence et dans la vertu, pour écarter les obstacles à la vie parfaite qu'il voulait mener, il quitta secrètement la maison paternelle, le soir même où il venait de s'unir à la jeune épouse qu'on lui avait donnée malgré lui. 11 parcourut en pèlerin les principaux sanctuaires de l'Orient, et puis vint se fixer à Edesse. Quelques années après, il quitta la Syrie et revint à Rome, où sa longue absence lui permettait de rester ignoré de. tous. En effet son propre père, chrétien charitable et compatissant, Tayant pris pour un pèlerin sans asile, lui en offrit un dans sa maison. Pendant dixsept ans le fils d'Euphemianus vécut obscur et caché comme un pauvre ordinaire, sous un escalier du palais sénatorial. Mais bientôt la fin de son héroïque carrière arriva. Al^is meurt; aussitôt retentit dans plusieurs églises de Rome, une voix mystérieuse qui dit : « Quœrite hominem Dei, ui oret pro Roma : c Cherchez l'homme de Dieu afin qu'il prie pour Rome. »
(4) Actat de saint Boaifaoe, publiés par HettschanloB, et (radoila par de Saint- Victor, wtn'uge eilé^ p. 432.