‹ Rome & ses monumentsChapitre 129 sur 384 · VIE DB SAINTE CÊCRE · texte numérisé non relu

VIE DB SAINTE CÊCRE

contrés , donne-leur la bénédiction , et dis-leur : « Cécile m*a envoyé vers TOUS pour que tous me fassiez voir le saint vieillard Urbain. Elle m'a chargé d*une commission secrète que je dois lui faire. Quand ils t'auront mené auprès de lui, rapporte-lui toutes mes paroles ; il te baptisera, et, au retour, mon ange se montrera à toi. »

Valérien partit donc, et trouva saint Urbain caché parmi les tombes dans le cimetière des martyrs, aujourd'hui cimetière de Saint-Calixte. Comme il lui eût rapporté les paroles de Cécile, le vieillard leva les bras au ciel , et s'écria, en pleurant : « Seigneur Jésus-Christ, semeur des prudents conseils et des pensées chastes, viens cueillir les fruits qu'a produits pour toi le grain dont tu as semé l'âme de Cécile. Seigneur Jésus-Christ, pasteur des âmes, bénis-la de toutes tes bénédictions, car l'époux qu'elle avait reçu lion rugissant, elle te le renvoie agneau pacifique. » Comme il parlait, voilà qu'apparaît un grand vieillard en robe blanche, et qui portait un livre écrit en lettres d'or. A cette vue, Valérien tomba comme mort devant sa face, mais il le releva, et, ouvrant le livre, il y lut : « Un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu au-dessus de tout, en tout et partout. » Quand il eut fini de lire, il dit à Valérien : « Crois-tu que cela soit vrai ? » Comme il se fut écrié qu'il y croyait, le vieillard disparut, et aussitôt saint Urbain baptisa Valérien.

Or, Valérien, en rentrant dans la chambre nuptiale, y trouva l'ange qni s'entretenait avec Cécile. L'ange tenait dans sa main deux couronnes faites de roses et de lis ; il en donna une à Cécile et l'autre à Valérien, et leur dit : « Gardez ces couronnes, et avec elles le cœur pur et le corps vierge. Ce sont des roses et des lis du paradis ; je les ai cueillis pour vous et je vous les apporte. Jamais ils ne se faneront ; jamais le parfum ne s'évaporera, et des yeux chastes pourront seuls les voir. Mais toi , Valérien, puisque tu as cru , demande ce que tu voudras , et le Seigneur exaucera ton vœu. » Valérien répondit : « Je n'ai point de plus doux ami au monde que mon frère ; je demande donc que la vérité lui apparaisse. « L'ange répondit : « Ta parole platt au Seigneur; tous les deux vous viendrez à lut, une palme de martyre en main. »

Or, un instant après, Tiburoe, frère de Valérien, entra, et sentant par la chambre une odeur de roses et de lis, il dit : « D'où vient donc cette odeur de roses dans cette saison ? Quand je tiendrais en main un bouquet de roses et de lis, je ne respirerais pas un air plus embaumé ; il me semble que ce parfum pénètre dans mon sang, le rafraîchit et le ravive. » Valérien lui dit : « Nos deux fronts sont ceints de couronnes de fleurs qu'a fait germer le printemps céleste ; de môme que, quand tu es entré, l'odeur en est montée vers toi , de même quand tu croiras , tu pourras anssi les voir, tibnrce lui dit : « Parles-tu en rêves ou est-ce sérieusement, ô Valérien ? > Valérien lui dit : « Jusqu'à présent ma vie n'a été qu'un rêve; mais maintenant je me réveille dans la vérité. » Tibnrce lui dit : « D'où sais-tu cela? » Valérien répondit : « Un ange du Seigneur me Ta enseigné; il se montrera aussi à toi, quand ta auras été baptisé, et que tu auras renoncé aux idoles. »

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Alors Cécile lai démontra la vanité des idoles d'airain et de bronze , muettes et sourdes comme leur enveloppe de métal; et elle n'avait pas fini, que Tiburce s'écria : « Celui qui ne croit pas à tout cela est un insensé. » Alors Cécile découvrant sa poitrine, la baisa, et lui dit : « Aujourd'hui, je te reconnais pour mon frère ; je suis ta sœur dans le Christ, comme je suis dans le Christ l'épouse de ton frère. Va donc avec lui pour que tu sois baptisé, et que tu puisses voir les visages angéliques. » Tiburce dit à Valérien : « Je t'en prie, frère, dis moi à qui tu veux me conduire. » Valérien lui répondit : « A révéque Urbain. » Tiburce dit : a Est-ce à cet Urbain déjà condamné tant de fois et qu'on dit caché dans les tombeaux? Si on le trouve, il sera brûlé vif, et nous l'accompagnerons sur son bûcher. » Cécile dit : « S'il n'y avait que cette vie terrestre , nous pourrions redouter la mort; mais il en est une autre que nous a révélée le Christ. » Et elle lui enseigna le mystère de la Trinité, celui de l'Incarnation du Christ; et elle lui raconta toute sa passion, son couronnement d'épines, sa soif sur la croix qu'avait abreuvé le fiel, son dépouillement qui avait couvert notre nudité ; et enfin son élévation sur Tarbre sanglant qui avait purifié le fruit de l'arbre tentateur. A ces paroles, Tiburce s'écria en pleurant : « Ayez pitié de moi, et menez -moi à l'homme de Dieu pour que je sois purifié. » Valérien l'y conduisit, et depuis son bap^ tème, il voyait souvent les anges de Dieu, et s'entretenait avec eux.

Or, Valérien et Tiburce passaient leurs joufs en prières et en aumônes, et ils ensevelissaient les martyrs qu*Amalcbius, le proconsul, immolait. Amalchius les fit traduire à son tribunal, et il leur demanda pourquoi ils donnaient la sépulture à des gens suppliciés pour leurs crimes. Tiburce répondit ; « Plût à Dieu que nous fussions les esclaves de ceux que tu ap* pelles les suppliciés! » Le proconsul fit approcher Valérien, et lui dit : « Ton frère est un insensé , mais toi tu me répondras sagement : dis moi quelle démence vous a pris de renoncer à toutes les joies de la terre pour eo prendre toutes les douleurs? « A cela, Valérien répondit : « Que souvent en hiver, il avait vu les paresseux assis et jouant, et se moquant des laboureurs qui ensemençaient les sillons sous la neige ; mais aussi , que quand venait Tété, et que les javelles touffues des moissons encombraient les granges, il avait vu pleurer ceux qui semblaient les sages, et chanter ceux qui semblaient les fous. Il en est de même de nous ; nous marchons sous le fardeau des ignominies dont la terre nous charge, mais c'est vers une gloire et une réodfaipense éternelles. Quant à vous, les joies terrestres vous enivrent-; mais bientôt viendront les pleurs et les grincements de dents étemels. » Le proconsul lui dit : <i Donc, ce sera nous, princes très-victorieux, qui aurons le deuil éternel ; et c'est à vous , vils esclaves, qu& seront données les joies sans fin? « Valérien lui répondit : « Vous êtes des avortons et non des princes, des fils de la mort et de l'enfer. » Le proconsul leur dit : « A quoi bon tant de paroles? Faites des libations aux dieux et je vous rendrai sains et saufs. » Les saints répondirent : « Nos sacrifices sont pour notre Dieu et non pour les tiens. » Le proconsul leur dit : « Quel est

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le nom de votre Dieu? » Yalérien répondit : « Son nom, tu ne le trouverais pas, quand tu le chercherais en volant avec des ailes. » Le proconsul dit : « Jupiter n*est donc pas le nom de Dieu? » Yalérien répondit : « C'est le nom d'un adultère et d'un homicide. » Le proconsul les mit sous la garde de Maxime pour qu'ils attendissent leur sentence. Or, Maxime leur dit : « 0 fleurs purpurines de la jeunesse! ô vous qu'enlace la fraternité I ditesmoi, beaux enfants, comment faites-vous pour aller à la mort comme à un banquet? » Yalérien lui répondit que s'il croyait, il verrait après leur mort la gloire de leurs âmes. Maxime dit : « Que la foudre me consume, si je ne confesse pas votre Dieu quand j'aurai vu ce que vous m'annoncez. » Et Maxime et toute sa famille, et tous les bourreaux crurent, et Urbain vint en secret les baptiser tous. Le jour de la mort de Yalérien et de Tiburce, aux premières clartés de l'aube, Cécile s'écria : « Allez, soldats du Christ I rejetez les œuvres de ténèbres, et couvrez-vous des armes de la lumière. » Les saints furent conduits à quatre milles de la ville, aux pieds de la statue de Jupiter, et, ayant encore une fois refusé de sacrifier, ils y furent décapités. Or, Maxime afilrma par serment qu'à l'heure de leur passion, il avait vu une troupe lumineuse d'anges, et les âmes des deux martyrs, semblables à des épouses descendant du lit nuptial, emrportées au ciel dans le sein des anges. Amalchius, apprenant jjue Maxime était chrétien, le fit flageller avec des verges de fer jusqu'à ce qu*il rendit l'âme. Cécile ensevelit son corps à côté des tombes fraternelles.

Amalchius s'informa de la famille des martyrs, fit traduire Cécile à son tribunal, comme épouse de Yalérien, et lui ordonna de sacrifier ou de se préparer à la mort. Or, les assistants du tribunal se pressaient autour d'elle, et ils pleuraient de voir cette belle jeune fille qui allait mourir ; mais elle leur dit : x O bons jeunes gens! ne pleurez ni sur ma beauté, ni sur ma jeunesse, car je ne fais q^ie les échanger contre une beauté meilleure et une jeunesse sans déclin. C'est donner de la boue pour recevoir de l'or; c'est changer une chaumière contre une maison dorée. Tout ce que j'aurai donné à Dieu, il me le rendra au centuple. Croyez- vous à ce que je vous dis là? » Ils répondirent tous : « Nous croyons que ton Christ est le vrai Dieu. » Elle fit donc appeler saint Urbain, qui en baptisa plus de quarante.

Almachius fit rappeler Cécile et lui dit : « De quelle condition es-tu? » Elle répondit : « Je suis de famille libre et noble. » Le proconsul dit : « C'est sur ta religion que je t'interroge. » JSXle répondit : « C'est uoe^nterrogation stupide, celle qui veut deux réponses pour une demande. » Almachius dit :

D'où vient donc l'orgueil de tes paroles? n Elle répondit : « Ce n'est pas de l'orgueil, c'est de la constance. » Almachius dit : « Malheureuse! tu ignores donc que j'ai sur toi pouvoir de vie et de mort ?» La bienheureuse répondit : « Tu mens : tu peux tuer les vivants, mais non ressusciter des morts; tu n'es donc qu'un pinistre de mort et non de vie. » Le préfet irrité ordonna que l'on recondaislt Cécile à sa maison afin qu'elle y reçût la mort sans éclat et sans tumulte. Elle devait être renfermée dans une salle

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