ÉGLISE^DE SAINTE-MARTINE-ET-SAINT-LUG. 34S
SAINTE-MARTINE-ET-SAINT-LUC (S. Martina b S. Luca),
Au Forum.
Cette église est Tune des plus anciennes de Rome ; elle fut restaurée une première fois par Adrien I, au VHP siècle, et Léon III Tenricbit de dons précieux. Alexandre IV la restaura de nouveau en 1256 et la dédia à sainte Martine. On lisait sur l'ancien sanctuaire : Martyrii gestans, virgo Martiua, coronam éjecta hinç Martis numiue templa tenes. « Tu occupes, ô vierge Martine, toi qui portes la couronne du martyre, le temple dont tu as chassé Mars le faux dieu. En 1588, Sixte V y établit l'académie des beaux-arts, et, à cette occasion, le titre de Saint-Luc fut ajouté à celui de Sainte-Martine. Le corps de cette glorieuse vierge fut retrouvé sous Urbain VIII ; ce qui détermina T. Barberini, neveu du Pontife, à reconstruire l'édifice d'après les plans de P. de Cortone. L'artiste s'affectionna à cette œuvre qu'il appelait sa fille, et il céda, pour cette construction, une partie de la maison qu'il habitait. A sa mort il légua 100 mille écus à l'église et à l'académie de Saint-Luc.
L'intérieur est en croix grecque ornée de colonnes, de pilastres et de stucs. La première chapelle à droite est dédiée à Saint-Lazare, moine et peintre. L'autel a été élevé aux frais et sur les dessins du peintre Lazare Baldi. Le tableau du même artiste représente le saint au moment où l'empereur iconoclaste Théophile lui fait brûler les mains pour avoir peint Notre-Seigneur et la sainte Vierge, Le maître-autel est orné d'une excellente copie par Antiveduta Grammatica, représentant saint Luc et la sainte Vierge. L'original, de la main de Raphaël, fait partie du musée de l'académie, qui est voisin de cette église. La statue en marbre de sainte Martine est de Nicolas Menghino. La troisième chapelle, qui fait face à celle de Saint-Lazare possède une excellente toile de Conca représentant l'Assomption. L'église souterraine, dans laquelle on pénètre par la sacristie, réclame une visite du voyageur catholique. A gauche de l'escalier qui y conduit, se trouve la célèbre inscription consacrée au martyr Gaudentiu9« archi-
tecte du Golisée : sic prexia sbrvas vbspasiane dire premutus
ES morte GAUDENTI LETARE CIVITAS UBI GLORIAE TUE AUTORI PROMISIT ISTE DAT KRISTUS OMNIA TIBI QUI ALIUM PARAVIT THEATRUM IN GELO.
« C'est donc ainsi que tu récompenses, cruel Vespasien ; pour prix tu reçois la mort, Gaudeutius. Réjouis-toi, Rome, dont Tempereur se contente de faire des promesses à Fauteur de ta gloire, car le Christ les accomplit toutes pour toi, lui qui t'a préparé un autre théâtre dans le ciel (1). » Presque vis-à-vis de cette inscription est le buste de Pierçe de Cortone. Aux angles de la croix qui précède le chœur, on conserve les reliques des saintes Euphémie, Théodora, Dorothée et Sabine. On remarquera encore dans cette partie de la crypte une Déposition de la croix et un groupe formé des statues de sainte Martine et des saints Concordius et Epiphanius, ses serviteurs, œuvre de TÂlgarde. A la gauche du chœur, dans un enfoncement, est l'endroit où sainte Martine a été décapitée. Au fond de l'abside, le siège d'Urbain VIII, en marbre grec. L'autel est d'une richesse rare, il est en bronze en partie doré ; les prédelles sont d'améthyste et autres pierres précieuses, les deux bas-reliefs, représentant des visions de la sainte Vierge à sainte Martine, sont, l'un, en cornaline, et l'autre, en agathe, et l'urne qui renferme les restes de sainte Martine et des saints Concordius et Epiphanius, est en albâtre oriental.
Sainte Martine, i^ue d^une noble famille romaine et enflammée d*amour pour Dieu el le prochain, prodiguait aux pauvres ses richesses, quand, sous Alexandre- Sévère, on lui ordonna de sacrifier aux fausses divinités de r Empire. Résistant à cette injonction, elle fut frappée de verges, déchirée avec des ongles de fer, roulée sur des fragments de vases brisés, ointe de graisse brûlante et exposée finalement aux bètes de l'amphithéâtre. Survivant à toutes ces tortures eUe traversa de même, intacte, les flammes d*un bûcher. Frappés d'un tel miracle, plusieurs de ses bourreaux qui se convertirent furent immédiatement décapités après de glorieux supplices. Cependant aux prières de la sainte, la terre trembla, la foudre tomba sur les idoles qui furent détruites et les temples renversés. Au môme moment une lumière éclatante et une délicieuse odeur s'échappaient, avec le sang, des blessures de la glorieuse vierge, et ron entendit des concerts se mêler
(4) Gaame, ouvragé cité, p. 495, 1. 1.