S LES RUINES DU PALAIS DES CÉSARS
qu'HQ monceau de décombres. Dans les chroniques du moyen âge, rien d'aussi fréquent que les incendies et les tremblements de terre. L'histoire des papes des septième, huitième, neuvième et dixième siècles en est remplie. La ruine de la plupart des monuments de la Ville Eternelle date du grand tremblement de 1349. Ajoutons à cela la nécessité qu'il y avait souvent d'abattre des murs menaçant ruine ; le nombre prodigieux d'églises, de couvents, de chapelles, d'hôpitaux, d'édifices publics, bâtis avec les matériaux des constructions antiques; les palais de l'époque impériale convertis en châteaux-forts par la noblesse insoumise et démolis, en 12S8, par le sénateur Brancaleone, et nous nous expliquerons ainsi parfaitement comment il nous reste si peu d'édifices anciens. Quoiqu'il en soit, aventurons nous un instant au milieu des ruines qui couvrent aujourd'hui le Palatin.
L'entrée principale, vis-à-vis de la basilique de Gonsts^tin est un portail de Vignole, ornée de deux colonnes d'ordre ionique qui soutiennent un balcon. La partie découverte jusqu'ici remonte au temps des Flaviens, et tout porte à y reconnaître celle que Nerva appela œdes pnblicœ, parce qu'elle était affectée à la vie publique, à la représentation des empereurs. Le palais des Césars, tel qu'il se présente devant nous, est la partie reconstruite par Domitien. Quelques briques estampillées qu'on y a rencontrées en donnent la certitude. Une place spacieuse^ aujourd'hui comblée, autrefois probablement entourée de quelques portiques, est ménagée devant la façade du palais. Par un grand escalier on arrive d'abord dans la salle de réception (tablinum) déblayée par Bianchini en 1724. La tribune située en face de l'entrée principale servait probablement à l'empereur dans les assemblées publiques. Cette pièce, plaquée de marbre blanc et violet, est flanquée de deux salles de dimensions plus petites. Celle de gauche a pu servir de chapelle privée (lararium) ; ce serait alors le sanctuaire des Augustes déifiés et des frères Lares, génies tutélaires de la famille ; peut-être servaiiril aussi aux saerifieiss prescrits avant les réunions du Sénat. La salle de droite est la basilique partimlière de l'Empereur; car eUe offre toutes
LfiS RUINES DG PALAIS DES CÉSARS. 4S
les ^Kspositions d'un tribyfial. La tribune oii siégeaiefiit les juges est élevée de plusieurs degrés et bâtie en demi-cercle ; elle se trouve séparée de la nef par une balustrade en marbre dont on a recueilli des fragments. Nul doute, nous nous trouvons au milieu de cette basilique de JupUer, mentionnée tant de fois dans les actes des martyrs chrétiens. Saint Sylvestre et saint Laurent y ont entendu leur arrôt de mort.
En quittant la salle du milieu, nous entrons dans une grande cour carrée, le péristyle. heAlde de marbre et décorée de magnifiques colonnes en marbre de Carie qui en dessinent le pourtour, elle a pour Fantiquarire un intérêt spécial, car elle s'élève sur les deux charmantes pièces souterraines connues sous le nom de Bains de Urne. Ce dernier appartement, Mterré vif pour ainsi dire, avec toutes ses fresques, ses dorures, ses ornements en stuc, sous un amas de ruines, est un reste, le seul peut-^re, de la maison d'Auguste, détruite par l'incendie de Néron.
Du péristyle nous passons à la salle à manger (triclinium). Le réfetîoire de J^kr, voici le titre pompeux porté par cette pièce, se termine Clément par une cavité demi-circulaire, marquant la place du souverain. A droite, elle.s'ouvre sur une salle (nympkasum) plus petite de moitié et pourvue, au milieu, d*un bassin ovale en marbre Manc. Cette pièce délicieuse, garnie d'une double couronne de niches, dont le rang inférieur baignait dans l'eau, devait être décorée de fleurs et de sculptures. Le dallage était en albâtre ; deux eolonnettes de brèche jaune, autrefois surmontées de statues, se voyaient aux deux extrémités delà fontaine. Serait-ce ici la salie Sîdlia dont il est question dans la chronique des empereurs du second siècle? La salle suivante a, suivant M. Rosa, servi autrefois de bibtiothèque. La dernière salle enfin, construite presque sur la pente de la colline, là où le mont Palatin descend vers le cirque, se distingue par une ordonnance des plus singulières. De larges gradins en marbre occupent toute la circonférence de l'abside, conduisent à des niches qu'on y avait pratiquées pour abriter des statues. M. Rosa pense que c'était une académie, endroit réservé à des exercices déclamatoires.