V. — OBÉLISQUES
Od donne le Dom d'Obélisques à ces coIoDoes élevées, minces, rectangulaires, placées sur un étroit piédestal et se terminant à leur sommet par une pointe. Elles furent originairement inventées par les Egyptiens et gardent encore aujourd'hui leur ancien nom d'obélisque, obeliscus, ôSeXiffxo^y c'est-à-dire aiguille (4). Toujours accouplés e| placés aux
(4) Rich« Dict, du ani* rom. p. 434.
abords des temples, des palais ou des tombes des rois égyptiens, les obélisques indiquaient, au moyen de leurs hiéroglyphes, la destination, des édifices près desquels ils se trouvaient, et les rois qui les avaient bâtis; ce sontdODc des monuments essentiellement historiques. Auguste et plusieurs de ses successseurs les firent concourir à la splendeur de leurs temples et de leurs cirques. Renversés parles barbares, ils furent relevés sur les places de Rome par Sixte-Quint, Innocent X, Pie VI, Pie VII, Alexandre VII et Clément XL
1. Obélisque du Vatican (âï^TO de h.), d'une seule pièce, de granit siénitique et sans hiéroglyphes. Il avait été taillé, dit-on, à HiéropoHs et transporté à Rome par Caligula sur un vaisseau qui fut ensuite coulé à fond pour la construction du port d'Ostie. Cet empereur le fit placer dans son cirque du Vatican qu'on appela plus tard le cirque de Néron. C'est le seul qui resta debout à la place où il avait été élevé, près de l'endroit où est aujourd'hui la sacristie de Saint-Pierre. Sixte-Quint voulut en orner la place qui précède la basilique vaticane et confia cette mission à Dominique Fontana, l'an 1586.
Cet obélisque était enterré à un quart de sa hauteur environ, parce qu*au Vatican, comme aux autres quartiers de Rome, il y avait eu un exhaussement considérable du sol. 11 s'agissait donc de soulever un monolithe du poids de 993,537 livres, de le transférer et de Tériger sur une autre place. Le 30 avril 4536, Tobéli^que fut enlevé de sa base et transporté au lieu qu'il devait occuper à Taveoir. On résolut d'attendre pour son érection le 40 septembre, époque où les chaleurs deviennent moins fortes à Home. Ce jour-là, 800 ouvriers, ayant Fontana à leur tête, se rendirent de bonne heure à S.-Pierre, où ils entendirent la sainte messe. Avant de commencer leurs travaux, ils tombèrent à genoux pour implorer la bénédiction divine. Le pape avait fait entourer la place de barrières gardées par une haie de soldats, afin que personne ne pût gêner les ouvriers qui avaient besoin d'un très-vaste espace pour faire jouer les machines. La population de Rome s'était portée au quartier du Vatican. L'anxiété des spectateurs était grande, et, au dire des historiens du temps, elle se manifestait par un silence que troublaient seulement le bruit des cabestans et des leviers, le piétinement de 440 chevaux attachés à 40 grues, et les signaux que donnait de temps en temps le directeur des travaux. On raconte, il est vrai, qu'il y avait menace de mort pour celui qui aurait rompu le silence ; mais c*estlà, nous semble -t-il, une circonstance qu'on se transmet comme une mauvaise monnaie, sans jamais examiner combien elle répugne à la vraisemblance. Ce qui paraît mieux prouvé, c^est qu'une seule voix, an seul
cri partit de la foiile : « De Teau aux cordes, Acqua oMe fune^ » alors que les cordes étaient près de se rompre par leur tension . On les mouilla à riostaot, sur Tordre de riogénieur. Puis on vit Tobélisquef d*abord suspendu en Tair, s'abaisser doucement vers sa base et demeurer immobile; alors seulement il y eut une explosion qui eût couvert Téclat du tonnerre ; et rbeureux Fonlana, enlevé dans les bras des assistants, fut emporté en triomphe aux acclamations des habitants de la ville entière. Il reçut une gratification de 5,000 écus romains, outre les matériaux qui avaient servi à Tentreprise; ils en valafeot 20,000. Quant au jeune marin, nommé Bresca, des environs de Gènes, qui aurait donné le conseil de mouiller les cordes, Sixte-Quint Payant ^it venir, lui demanda quelle récompense il désirait. Cet homme sollicita pour lui et sa descendance, le privilège de fournir les palmes nécessaires à la cérémonie du dimanche des Rameaux au Vatican ; il lui fut accordé, ainsi que d'autres avantages pécuniaires. Aujourd'hui encore ces palmes viennent de San Remo dans la Ligurie et sont fournies par la famille Bresca, originaire de cet endroit. Des trois palmes offertes au Fape, la première est gardée par Sa Sainteté, qui la donne à tenir par un camérter secret, quand il ne la porte pas lui-même à la main ; la seconde est portée par le Mattre des Cérémonies au Prince assistant au trône, qui doit la garder à la main tout le temps de la fonction ; et la troisième reste à la disposition ultérieure du Souverain Pontife.
Le 27 septembre, le monument parut dépouillé des enveloppes qui avaient servi à Tériger, et il fut solennellement consacré à la sainte Croix. Après une grand*messe célébrée à Tautel du Crucifix, le clergé de Saint- Pierre sortit processionnellement de la basilique et se dirigea vers le milieu de la place, en chantant des psaumes en rapport avec la cérémonie. Arrivé au pied de Tobélisque, un évéque prononça les imposantes prières de Texorcisme, bénit le monument, Taspergea par trois fois d*eau bénite, et marqua chacune de ses faces du signe de la rédemption, avec les prières d'usage; puis il remit à un diacre la croix, qui devait être placée au sommet de l'antique aiguille des Pharaons, ainsi qu'une relique du bois sacré que Notre-Seigneur avait porté. Tandis que ce ministre, aidé de quelques clercs et des ouvriers dont le secours lui était nécessaire, accomplissait sa mission, les assistants qui couvraient la place s'étaient prosternés et le chœur chantait : Vexilla Begis prodeunt. Enfin, lorsqu'on aperçut la croix affermie sur sa base, le Te Deum fut entonné, des milliers de voix s'y associèrent, et le canon du fort Saint^Ange salua le monument. Sixte-Quint, par un motu proprio du l'r décembre 1587, accorda dix années d'indulgence à ceux qui diraient un Pater et un Ave en l'honneur de la Sainte- Croix, en traversant la place de Saint-Pierre (4).
A la base de Tobélisque même se lit la dédicace qui en fut
(4) De Buasières, Les sept basilique» de Romst 1. 1, p. 276.
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faite par Galigula aux empereurs Auguste et Tibère. Entre les belles inscriptions qui ornent ce monument, on remarque les deux suivantes. Sur le côté opposé à la place : ecce crux