LO^SA
EbraiiU'îO par de si violciis souvenirs; révoltée, indignée contre une tyrannie si brutale; sentant au cœur son droit , elle était prête à fondre en larmes , et se tut pour ne pas laisser éclater les sanglots comprimés qui vibraient déjà dans sa voix. Il se fit un silence pendant lequel l'œil scrutateur d'Anselme descendit au fond de ce cœur agité. 11 se reprochait des orages qui pourtant n'étaient pas sans douceur ; il s'efforçait à les calmer du regard; mais une explosion de larmes les pouvait seule apaiser.
— « Pleure , mon enfant , lui dit-il en prenant ses mains dans les siennes; pleure dans le sein de l'ami que Dieu t'envoie pour recueillir tes larmes. Répands-les sur mon cœur, ces douces larmes que fait couler l'amour, l'amour les essuiera. » — Un sourire de joie brilla à travers les pleurs de la jeune Romaine. Son œil rit à la fois et pleura; son cœur s'ouvrit à l'espérance , il ne douta plus du bonheur.
Une heure de nuit sonna et fît passer un nuage sur le front d'Anselme. — « Il faut que je vous quitte, dit-il, d'un ton contrarié.
— «Déjà! dit Loysa.
— » Déjà 1 répéta la tante, à qui cette dernière scène avait arraché des larmes, et fait oublier ses terreurs et jusqu'à la foudroyante colère du capitaine.
LOYSA. l'Ji^
— » Cette heure, répondit Anselme, m'appelle chez un cardinal de mes amis. Je ne puis manquer au rendez-vous.
— «Chez un cardinal! répéta la bonne dame avec un épanouissement de joie; et elle se crut dès lors sauvée, ne doutant pas que son frère ne se thit pour fort honoré de l'alliance d'un homme qui comptait entre ses amis des princes de l'Eglise. Chez quelle éminence allez-vous donc, seigneur Anselme?
— » Chez le cardinal de Pétralie.
— » Le saint homme 1 La chétienté n'a pas un cœur plus charitable, une main plus libérale, et le Sacré-Collége un front plus digne de la tiare. Mais , malheureux pécheurs que nous sommes , nous ne méritons pas des papes comme lui ; c'est pourquoi le Saint-Esprit nous les dénie. Et puis ces êtres angéliques sont trop humbles : ils n'ont point d'ambition; ils ignorent jusqu'au nom des passions mondaines ; ils croiraient offenser Dieu d'élever les yeux jusqu'à la chaire du Vatican. C'est une idée qui ne leur vient pas même en songe 5 et si elle leur venait , ils la repousseraient comme une mauvaise pensée, comme une tentation du prince des ténèbres. Recommandez-moi à ses prières , car elles doivent être bien puissantes au royaume des cieux.
— » Vous, du moins, ma bonne tante, dit Anï, y
1^0 LOYSA.
selmt* en riant, vous avez meillciure opinion de mes amis que Loysa ; avant que vous ne vinssiez elle a horriblement médit de Marins.
— » Oh ! pour celui-là, répliqua Véronique en secouant la tête , c'est autre chose. Il est trastévérin, et qui pis est, ajouta-t-elle avec mystère, je le soupçonne fort, à son air sombre, d être carbonaro. Si vous m'en croyiez, vous rompriez avec cet être -là; il ne peut que vous compromettre. Ah 1 mon Dieu , si mon frère savait que vous connaissez, seulement de nom , un homme si suspect, il aimerait mieux tner sa fille que de vous la donner.
— » En revanche, dit Anselme, je connais des cardinaux , et la vue d'une seule éminence purifierait de la souillure de cent carbonari.
— » Mais allez donc, monseigneur s'impatientera.
— » Est-ce que vous me chassez aussi , Loysa ?
— » Non , mais je ne vous retiens pas. J'ai résolu d'écrire ce soir même à Ravenne, et dans trois jours mon père saura tout. Quand on veut fermement une chose , on n'a pas peur, et je veux être votre femme parceque je vous aime ; il ne sera pas dit qu'une Romaine aimée de vous aura été vendue comme une brebis. » —
La fermeté de la nièce en donnait à la tante. La bonne dame en avait besoin; moins tutrice que