I.A PUkOB DE SAZNT-FRANÇOZS
Pendant ce temps , Anselme avait franchi seul et dans l'obscurité ce terrible quartier des Monts , solitudes formidables où l'habitant de Rome ne rêve que guet-apens et coups de couteau. La rue champêtre de Saint -Vital l'avait conduit sans rencontre au Quirinal et de là à ce Forum de Trajan pour lequel le bienheureux pontife Grégoirele-Grand se prit d'une admiration telle qu'il fît réciter des prières pour l'âme de l'empereur païen qui l'a baptisé. La colonne séculaire surgissait dans les ténèbres , sa masse raide et noire interceptait les étoiles.
17)4 LA PLACE DE sai.\t-eha:n(;ois.
.lusqu'ici le bruit des pas d'Anselme avait seul lait retentir l'écho silencieux des palais et troublé le sombre désert des rues. Là son oreille et ses yeux retrouvèrent quelquesbruils et quelques clartés de ville. Mais il n'était pas au but. Acheminé vers le Trastévéré, faubourg non moins formidable, entre le Tibre et le Janicule , il marchait ce soir de péril en péril , et , comme le nocher de Sicile , n'échappait à Carybde que pour tomber en Scylla.
Côtoyant les bases du Capitole, il atteignit la place Montanara ; bruyant rendez-vous pendant le jour des poétiques montagnards du Latium , elle était solitaire , muette. La nuit même déroba à ses yeux l'antique monument qui la décore , ce théâtre de Marcellus, lieu jadis de fête et de réjouissance pour le peuple romain, crénelé au moyen âge pour l'opprimer, et converti aujourd'hui en tavernes et en charbonniers. Passé le pont Fabricius, le plus ancien de Rome, et l'île tibérine d'Esculape, vaisseau de pierre amarré aux rivages par ses deux ponts consulaires, il mit enfin le pied sur le redoutable pavé du Trastévéré. C'est là que demeurait le cardiual de Pétralie, dans le couvent lointain de Saint-François d'Assises , habité par Saint François lui-même, et adossé presque aux murs de Rome.
Anselme s'enfonça dans un sinistre labyrinthe