X.ES SANFEDISTES
— » Oserais-je me permettre, monsieur le duc , un léger reproche ?
— » Parlez, mon cher abbé.
— » Votre excellence ne s'offensera pas?
— » Moi? Je suis docile comme un enfant.
— » Eh bien l donc , reprit l'abbé Savério , car c'était lui 5 je trouve, monsieur le duc, que vous venez ici avec trop d'éclat. Votre carrosse , vos laquais, tout cela fait sensation dans ces quartiers paisibles; tout cela fait causer, et pourrait bien éveiller des soupçons et nous compromettre. Monsieur le marquis d'Ivrée est plus circonspect;
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il vient à pied, et poiirlaiil il demeure à la place d'Espagne.
— » Mais comment voulez-vous donc , mon cher abbé, qu'un homme comme moi , un ambassadeur, vienne à pied, et de nuit encore, dans ces affreuses rues de la populace où l'on est tué comme des mouches ?
— » J'y viens bien , moi , murmura le j)rince d'iési, patricien romain de la vieille roche.
— » Ce n'est point ici , mon prince , reprit le Jésuite modenais, une question d'étiquette, mais de prudence. Le mystère est l'âme de notre entreprise, et nous sommes environnés d'embûches.
— » Mais enfin, dit étourdîment le duc de Télèse — c'était le nom de l'ambassadeur des Deux- Siciles — qu'avons-nous donc tant à redouter ici? Ce n'est pas la police, j'imagine, puisque le Pape est notre grand-maître.
— » Je demande pardon à votre excellence, répliqua l'abbé; la machine temporelle du Vatican est si compliquée, elle a tant de rouages et si peu d'harmonie, si peu d'unité, que la police pourrait fort bien nous être hostile, quoique Sa Sainteté soit avec nous. Au reste, il y a à Rome autant de polices que d'ambassades, et fussions-nous les enfans gâtés du Saint-Office et du palais Madame, nous avons tout à craindre du palais de Yenise.
— «J'en sors à l'instant même, dit le duc, et
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c'est pour cela que vous me voyez en habit de gala. Il y avait un grand dîner diplomatique , et tout autrichien qu'il est, il faut convenir qu'il nous a traités royalement. Tous les étrangers de Rome y étaient. Pourquoi donc, marquis, n'y êtesvous pas venu ?
— » J'aimerais mieux avaler des couleuvres qu'un verre de vin à sa table autrichienne, répondit le marquis d'Ivrée d'une voix colérique.
— » Ma foi , marquis , si vous aviez bu de son tokai, vous ne diriez pas cela. Il sort de la cave impériale.
— «Impériale! s'écria le prince d'Iési d'un ton sévère, et vous l'avez bu, monsieur le duc!
— » Mais oui , et je vous assure qu'il est excellent. Convenez, prince, qu'il est piquant de conspirer contre son amphytrion en quittant sa table.
— » Pour moi, dit le marquis, je hais l'ambassadeur de toute la haine que je porte à sa cour, et j'évite le palais de Venise comme l'enfer. Croiriezvous que le cabinet autrichien s'avise de nous chicaner sur nos états de Novare , et qu'il se permet de les mettre , comme les Pays-Bas et les Cantons Suisses, au nombre des avulsa imperii? De concession en concession, Turin finirait par n'être plus qu'un satellite de Vienne et une succursale de Milan. C'est ce que nous ne voulons pas, et c'est pourquoi je suis ici.
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— » Soyez tranquille , s'écria le prince d'iési , nous mettrons un frein au cheval de César. » — El je ne sais quelle vieille fureur guelfe brillait dans ses yeux.
— « Dieu me garde, reprit le jésuite, de m ériger en champion de l'Autriche; je la hais autant que vous. Avouez pourtant, monsieur le marquis, que vous lui devez votre existence , et que sans elle il y a long-temps que vous seriez débordés par les carbonari? Et ce serait bien pis, ma foi>
— » Mais que nous payons cher cette auxiliaire incommode ! Elle nous joue et nous perd avec son infernale modération. Quand nous tenions les carbonari, c'est elle, la jjerfide, qui nous a empêchés de les pendre tous. Voilà pourquoi je la hais tant.
— » Votre haine, dit le duc, est bien légitime; et je sens, pour ma part, que je la haïrais encore plus que je ne la hais si elle nous eût , comme à vous, lié les bras après la victoire. Grâce à Dieu , elle nous les a laissés libres, et nos carbonari s'en souviendront. Allez en demander des nouvelles au Cilento. Mais pour en revenir à l'ambassadeur d'Autriche, vous ne me ferez jamais croire, mon cher abbé, qu'il y entende malice, lui. Je le tiens pour bonhomme. » —
Le prince d'iési fronça le somcil . le marquis d'Ivrée se pinça les lèvres.
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— « (l'est la bonhommic du chat accroupi qui guette sa proie , répliqua sans rire l'impassible enfant de Loyola. Tenez, monsieur le duc, peutêtre qu'à cette heure même votre bonhomme nous épie et a des argus jusqu'à la porte du cloître.
— » Croyez-vous ? dit le marquis tout effrayé.
— » Je ne dis pas que cela soit, mais cela peut être » —
Une fanfare de trompette couvrit tout à coup la voix de l'abbé Savéïio; le duc de Télèse tressaillit, pâlit, et s'élança vers la fenêtre en portant la main à son innocente épée de courtisan, comme Arlequin à sa batte. C'était le Catalan qui levait le siège.
— » Quels conspirateurs! dit bas au jésuite le prince d'Iési en jetant sur le trembleur un regard de mépris. Et il faut faire la guerre avec de tels hommes 1 Beaux jours de mes ancêtres où êtesvous ? Soleil guelfe es-tu donc éteint?
— » Prince , répondit le Modenais , avec de la patience nous le rallumerons.
— » La patience est la vertu des faibles.
— » Et des prêtres.
— » Ma foi , messieurs , s'écria l'excellence napolitaine revenue de son alerte, c'est qu'il y aurait de quoi faire perdre la tiare à notre cardinal, et ce serait dommage; il fera un excellent Pape. A
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propos, dit-il au prince, pour détourner la conversation, son protégé, votre compatriote — n'estce pas Anselme que vous l'appelez? — tarde beaucoup ce soir. Je crois , continua-t-il d'un ton de supériorité, que son éminence nous a fait faire là une assez bonne acquisition. Ce jeune homme , quoique roturier, a l'air de n'être pas sans quelque mérite. J'en ai ouï-dire du bien quelque part. Avec le temps on en pourra faire quelque chose.
— » C'est dommage , interrompit le jésuite . qu'il soit si raide.
— » Et qu'il ne soit pas gentilhomme, ajouta le marquis.
— » Il est Romain , répondit fièrement le vieux prince d'Iési, qui tenait un citoyen de la ville éternelle, fut-il des derniers rangs, pour un aussi bon gentilhomme que tous les marquis et les ducs de l'univers. » —
Anselme entra. Il avait profité de la retraite du Catalan pour se glisser dans le couvent sans être vu. J^es deux gentilshommes le saluèrent avec une civilité quelque peu féodale ; le prince lui serra la main, et son œil semblait lui dire qu'il était bien aise de presser enfin une main romaine.
— » Son éminence , demanda Anselme , n'a pas encore paru. Je craignais d'être en retard. 11 est presque deux heures de nuit.
— )) Le cardinal, répondit Savério, est en affaire
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dans sa cellule avec un diplomate étranger. 11 j)araît s'agir d'une négociation capitale.
— » Sait-on quoi ?
— » Pas encore. Mais on nous annonce pour ce soir des communications d'importance. » —
On a compris que tout cela se disait au couvent de Saint François d'Assises dans le parloir du cardinal de Pétralie. Mais cette haine de l'Autriche et des carhonari confondus là dans une commune horreur ; mais ce vieux Guelfe romain et ce jésuite souple et rusé; mais ces deux caricatures féodales blasonnées d'armoiries et de ridicules, et l'ami du trastévérin Marins , le chef des conjurés d'Asture, le grand-maître du carbonarisme romain, Anselme le plébéien, au milieu de tout cela, chez un prince de l'Eglise, que de contradictions 1 que d'obscurités ! quel problème 1
Le mot de l'énigme, le voici.
L'Italie, nous l'avons dit, est, comme l'antique Egypte, un pays de mystères et d'initiations. C'est un sol volcanique en tout; les trônes y tremblent comme la terre, et quand sa surface est calme et jonchée de fleurs, c'est alors peut-être que la mine brûle et va sauter. Dans ce vaste réseau souterrain de mines et de contre-mines qui s'entrecroisent dans l'ombre et sapent aux bases les dynasties italiennes, il arrive maintes fois que l'œuvre de Fun sert à l'autre, et maintes fois aussi que
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les mineurs , se reneontranl sous terre comme au siège de Tortone , ensanglantent les ténèbres.
Avant que l'histoire ait jeté ses flambeaux dans ces catacombes politiques , c'est à l'art à y descendre et à lui frayer la route; les ardens mystères contemporains sont aussi bien de son domaine que les froides chroniques des siècles lointains. Quelque prosaïque et mesquin que l'on dise notre âge , je prétends , moi , qu'il ne l'est point. Partout où il y a lutte, il y a poésie; or je ne sache pas que jamais lutte plus grande, plus décisive ait secoué la terre. D'un côté, le passé relevant partout ses autels décrépits, déployant ses étendards poudreux , sonnant toutes ses trompettes , évoquant du sépulcre dix-huit siècles de croyances mortes, de traditions mortes, galvanisant tous ces mânes et les ressuscitant pour les lancer encore dans la mêlée; de l'autre, l'avenir, jeune, fort , résolu , plein de foi , plein d'audace , et pour champ de bataille les deux mondes ; à quel âge du globe et de l'homme faut-il remonter pour assister à de telles joutes?
Et puis si le passé séduit par ses prestiges, le présent touche par ses malheurs. Poètes inspirés , romanciers sublimes, vous tous artistes puissans qui dédaignez nos siècles , et dont le génie aventureux s'est fait l'hôte des ruines , votre voix m'étonne , m'entraîne, votre intelligence
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me subjugue, j'admire vos poèmes comme des cathédrales , vos héros comme des statues ; mais je suis de mon temps, et mes symjDathies ne sont pas pour eux.
Ma pitié n'est pas pour ceux qui ont souffert, qui ont pleuré, elle est pour ceux qui souffrent, pour ceux qui pleurent. Et pourquoi mes larmes iraientelles baigner la cendre des morts, quand sous mes yeux les vivans gémissent ! Heureux ceux qui ne sont plus! ils se reposent du voyage, et dorment au j)ort! C'est pour ceux qui sont en mer qu'il faut des vœux , pour ceux qui naufragent qu'il faut des pleurs. La mer est grosse, voyez; et là bas dans la tourmente un vaisseau balotté des vagues se débat sous l'orage comme un coursier sous l'éperon. Une femme est à genoux sur le tillac; elle est belle, elle est vêtue de noir; elle porte la ceinture de deuil; sa robe déchirée flotte aux vents; son sein nu est meurtri, ses cheveux épars; ses mains jointes demandent grâce et merci. De ceux qui la voient du rivage, les uns la montrent au doigt et rient ; les autres se détournent pour ne la point voir; beaucoup l'insultent, peu la plaignent, le plus grand nombre passe indifférent.
Or cette femme en déti^esse, c'est l'Italie.
Sans donc parler ici de ces grandes tragédies sociales qui depuis quarante ans se disputent le cirque européen, est-elle sans poésie, cette desti-
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née de gloire et de misère de la Jérusalem captive, dont le prophète aurait pu dire comme de l'autre : — Comment es- tu tombée des cieux, étoile du matin , fille de l'aurore ? — Poésie triste et sanglante! poésie de mystère et de larmes, mais d'espérance, d'action, de vérité ! Les mêmes drames joués ailleurs au soleil, ils se jouent là dans l'ombre. Même cause , mêmes combats, mêmes martyres, et aussi même avenir et même foi.
Deux élémens rivaux ont constitué pendant tout le moyen âge le corps italien : l'élément guelfe et l'élément gibelin ; le Pape et P\.ome d'une part, de l'autre César et l'Empire. Cette grande querelle est connue. Né de la lutte même, et peu à peu détaché des deux autres, un troisième élément a fini par se dégager tout-à-fait : c'est l'élément populaire , l'élément du progrès. Personnifié dans l'origine et représenté par le Pape , ce grand-vicaire élu du Fils de l'homme, ce grand tribun du peuple sur le premier de tous les trônes , il fut trahi par lui, abandonné, persécuté. C'est alors qu'il se fit jour en son propre nom et prit en Allemagne la robe de Luther. Après trois siècles d'une persécution européenne qui n'a d'égale dans l'histoire que celle des premiers chrétiens, il triompha en quatre-vingt-neuf; il s'incarna dans la personnede A^poléon, et nouveau pape militaire et
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plébéien, le grand Corse — je ne parle ici que do l'Italie — le ceignit de la Couronne de Fer. Une grande défaite suivit cette grande victoire. L'élément populaire fut chassé du trône , et comme les géans vaincus de l'antique Sicile , il se réfugia dans les entrailles de la terre. Le carbonarisme fut dès lors appelé à le représenter en Italie.
Institution religieuse et politique importée d'Egypte en Europe , le carbonarisme a traversé les siècles sous mille noms. Propagateur du christianisme tant que le christianisme fut civilisateur, il s'appliqua, quand il se corrompit et dévia, à le réformer, à le ramener à sa pureté primitive. Réunis en des cryptes inconnues, les adeptes se regardaient comme frères et se juraient entr'eux aide et fidélité.
Les carbonari d'Italie révèrent dans tous les temps l'indépendance et l'unité de la Péninsule. François P"^ les protégea ; à ce titre , il est resté en vénération dans l'ordre. Plus tard, au commencement du dix-huitième siècle , le carbonarisme napolitain paraît avoir amené la ruine de la dynastie espagnole. Il tomba dès lors dans l'oubli.
Ressuscité au commencement du siècle dans tout le midi de l'Italie , et détourné de ses vrais principes , il servit là les passions contre-révolutionnaires de la reine Caroline et des Anglais, et
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organisa du fond des cavernes de l'\pennin la Vendée calabraise.
Ainsi deux inslilu lions sœurs, presque identiques , 1(^ Tngend-Bund allemand el le Carbonarisme italien, l'une au midi sous le patronage des lions d'Angleterre, l'autre au nord sous le manteau royal de Prusse, sapaient à Tenvi et au nom de la liberté des peuples le trône populaire de Napoléon. 11 est tombé ce trône, et les cachots, l'exil, l'échafaud les ont toutes les deux punies de leur victoire.
Eclairés par une si sanglante expérience . par une perfidie si éclatante, les carbonari italiens ne se laisseront plus prendre au piège. Sortis des ténèbres pour vaincre, ils y sont rentrés pour s'en repentir et préparer le châtiment des parjures. Seuls représentans désormais au-delà des Alpes du principe libre et plébéien , et fidèles cette fois aux traditions antiques, ce qu'ils veulent avant tout, c'est l'indépendance, c'est l'unité de l'Italie. Leur cause est sainte, mais leur bras faible encore , et quoique l'avenir soit à eux le présent les écrase.
Je passe à leurs ennemis.
Ces ennemis, quels sont-ils ? L'autel qui les excommunie, le trône qui les décime, car Rome el César ont fait alliance contre eux. Pour mieux trancher les mille tètes de l'hydre populaire qui les enlace dans l'ombre de ses immenses replis, ils ont I. ! I
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pactisé, ils ont sacrifié sur l'autel de la peur, Koiiie ses prétentions guelfes, César ses inimitiés gibelines. Le sacrifice forcé n'est qu'apparent , et les vieux levains couvent au fond des âmes. Si l'on veut des deux côtés la destruction de l'ennemi commun, c'est à condition d'avoir pour soi, et soi tout seul, sa dépouille. L'orgueil d'aucun ne veut plier; l'ambition de tous deux s'irrite à l'idée seule d'un partage. Mais une guerre actuelle, une guerre d'existence les rallie ; on dissimule, on combat ensemble, ensemble on tue après la victoire, on
verra. De là de nouvelles complications, de nouveaux mystères ; car si l'on s'embrasse au grand jour, on se déchire dans les ténèbres.
Yienne, qui a l'épée en main, joue le jeu le plus clair. Elle prépare l'unité italienne à son profit , et avec cette suite, cette constance infatigable qui la caractérise, elle travaille à se rendre partout nécessaire. De Palerme à Turin, elle fomente partout des troubles, suscite mille entraves, tend mille pièges aux princes qu'elle veut perdre pour en hériter ; elle leur inspire des fautes pour les compromettre, les pousse aux rigueurs pour les rendre odieux , et , usurière habile , elle leur ouvre largement ses coffres afin d'hypothéquer leurs couronnes.
Quelque révolte, le plus souvent excitée par elle, vient-elle à éclater chez eux, elle accourt, la
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combat, l'étouffé; puis, patron perfide, n'aspirant qu'à rendre ses cliens plus odieux encore par le contraste de sa modération feinte , elle arme d'une main leur bras pour la vengeance, de l'autre elle le retient; elle prêche en secret la violence, elle joue en public la douceur, et, triomphe de l'artifice ! se fait bénir des vaincus eux-mêmes en plaidant pour eux. INe dirait-on pas le Neptune de Virgile? L'orage apaisé, il brandit bien son trident vainqueur sur les coupables : Quos ego!,., mais s'il menace, il épargne et ne veut point frapper.
Cette politique profonde et toute gibeline , Tienne l'applique surtout aux domaines temporels de son antique émule, et tandis que sur ses propres terres elle mate le prêtre et l'enchaîne a l'autel, elle s'arme et combat pour lui au-delà du Pô. Elle tient déjà garnison dans ses citadelles; ses armées se promènent dans ses provinces , elles pacifient ses villes, jusqu'au jour où ses villes, ses provinces, ses citadelles, où le Vatican lui-même, où cette Italie enfin , si ardemment convoitée , palpitera tout entière sous la serre de l'aigle impériale.
Tandis que sa rivale avance à pas lents , mais irrésistibles , s'aplanissant les voies par la ruse et par la force, marchant à la conquête par la clémence et par la rigueur, que fait le prêtre dans
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son Yatican? Le Guelfe superbe dévore en silence tant d'affronts. Rongé toujours de ses passions du moyen âge, rêvant, lui aussi, l'unité de l'Italie, il aspire à la dominer encore comme les Innocent et les Grégoire. Mais les beaux jours sont passés. Ces plans altiers , il faut les taire et il les tait ; il faut presser de client à patron cette main vassale qui tint jadis son étrier, et il la presse; il faut sourire à César, et il lui sourit, et il l'accueille comme un sauveur, et il épuise son trésor pour lui donner des fêtes; et ces armées gibelines que jadis il anathématisait, il les bénit, il leur confie la garde de ses frontières, de ses cités ; il chante le Te Detim à Saint-Pierre pour leurs victoires.
Toutefois les vieilles rancunes percent encore. Le poids de tant d'outrages est trop lourd pour tant d'orgueil, et le Souverain Pontife, pour ne plus faire à l'Empire de guerre ouverte et retentissante, ne lui en fait pas moins de sourdes et silencieuses. Epouvantés comme lui par cette aigle d'Autriche qui plane menaçante sur leurs domaines , et dont l'œil ardent dévore leurs trônes , les princes italiens se sont réfugiés dans leur effroi sous la houlette du pasteur de Rome , et leur alliance est plus étroite qu'elle ne le fut jamais. Ils se prêtent l'un l'autre main forte contre les deux ennemis communs, et en même temps qu'ils exterminent de concert les carbonari, ils conspirent